ASSOCIATION POUR LA VIE A BON MARCHÉ
voilà déjà |)Our l'acheteur un bénéfice net de 10 pour 100. De son côté, le boulanger veut-il convertir en argent les cartes qu'il a reçues, il les présente à la commission des subsistances^ qui le solde aussitôt, en lui faisant subir le rabais de 12 et demi pour JOO qu'il a consenti. En résumé, le boulanger a livré pour 400 francs de pain au prix de la taxe; il ne touche que 87 fr. 50 c. La société qui le rembourse a reçu des sociétaires 90 fr. : elle encaisse donc un bénéfice net de â fr. 50 c. destiné à l'accroissement du fonds social (1).
L'opération est plus simple encore, quand il s'agit de marchandises comme la viande de boucherie, que la société débite ellemême sans> le concours des intermédiaires.
Chaque fois qu'une commission juge op|)ortun d'étendre ses affaires ou d'entreprendre une branche d'exploitation nouvelle, elle en donne avis à la commission générale, qui, si elle approuve, alloue la somme nécessaire pour le fonds de roulement. Le charbon, le beurre, l'huile, les vêlements, les épices, la pharmacie, les soins médicaux, donnent déjà lieu à des transactions coinme celles que nous venons de décrire à propos de la boulangerie.
La tentative qui présentait les plus grandes difficultés est celle qui a réussi avec le plus d'éclat. Même dans les conditions ordinaires, dans une boutique, dont le possesseur n'a d'autre préoccupation que son profit particulier, le commerce de la boucherie exige des connaissances et même un instinct spécial qui paraissent assez rares. Mais débiter à prix coûtant, et de manière à équilibrer tous les intérêts, une marchandise dont l'achat est aléatoire, sujette à détérioration, diCTérente de qualité et de valeur dans chacune de ses parties, c'était se précipiter dans l'inconnu. Le problème a pourtant été résolu à la satisfaction générale. L'achat du bétail, le dépeçage des animaux abattus, le désossement, la classification des qualités, l'exacte pondération de leur valeur relative, la manipulation et l'emploi des abats et issues, ont donné lieu à des études approfondies, au point de vue des intérêts du consommateur. Nous l'avons dit en commençant : c'est surtout à la boucherie sociétaire qu'est dû le prodigieux développement de V Humanité.
(1) Pour facUiler Topération, il a été arrêté, le 16 mars dernier, par la commission générale, qu*à daler du 15 avril jusqu'au 15 juin a une retenue d'un liard par livre sera fuite aux sociétaires qui prouveront leur impossibilité pécuniaire, et jusqu'à ce que celle retenue vienne compenser une semaine d'avance. A daler du l'5 juin, tout crédit sera irrévocablcmeul refusé. » Celte mesure sera une leçon pratique de prévoyance à la portée des plus pauvres.
Prodigieux! le mot est exact, et nous y insistons. Le chiffre des associés nominativement inscrits et payant cotisation s'élevait, au 12 avril dernier, à 1,S41. Il y a encore eu progrès depuis cette époque. Comme ces associés sont, pour la plupart, des chefs de famille ou de maison, comme les associations ouvrières et les corps militaires ont le droit de s'approvisionner à la boucherie sociétaire, même sans cotiser, il est indubitable que le nombre des consommateurs atteint 8,000. C'est la neuvième partie de la population lilloise, et on n'est encore qu'au début I
Les ouvriers de fabrique, tuUistes, fileurs, peigneurs, tisserands, teinturiers, et en général ceux qui manipulent les matières textiles, forment le fond du personnel de l'Humanité. Plus ils sont laborieux, économes, plus ils ont de dévouement à leur famille et de respect pour eux-mêmes, et plus ils se montrent zélés pour l'institution. Le rayonnement de leur satisfaction devient une propagande incessante et irrésistible. Autour des ouvriers fondateurs de l'œuvre se groupent successivement, et en nombre déjà considé- * rable, des employés d'administration, des commis de magasin, des petits boutiquiers, condamnés à l'économie comme les plus humbles travailleurs. Enfin, depuis que le service de la boucherie offre l'attrait d'un gros bénéfice, V Humanité se reerute jusque parmi les riches. On estime qu'un dixième des sociétaires appartiennent aux conditions favorisées.
Depuis que Tassocialion exploite directement le commerce de la viande, ses établissements tendent à se multiplier. La boucherie centrale, siège ordinaire des délibérations, rue du Priez, compte environ onze mois d'existence, et déjà on y a rattaché quatre succursales : une rue de la Monnaie, deux autres dans les faubourgs de Wazemuaes et de la Madeleine, la dernière dans la commune de Loos.
A défaut de résumés généraux qui nous permettent d'apprécier dans leur ensemble les opérations de l'Humanité, nous nous contenterons d'eu indiquer l'importance par quelques chiffres.
Des marchés sont actuellement passés, dans les conditions exposées plus haut, avec cinq boulangers auxquels il avait été remboursé, pour pain fourni par eux jusqu'à la un de l'année dernière, 117,606 fr. Depuis cette époque, les ventes mensuelles ayant atteint le chiffre de 8,000 fr., on peut évaluer à 160,000 fr. le total des opérations de boulangerie. Si les remises faites collectivement à la société et individuellement aux acheteurs se sont élevées à 12 et