‹ Les associations ouvrièresChapitre 3 sur 26 · ORIGINE ET PREMIERS DEVELOPPEMENTS · texte numérisé non relu

ORIGINE ET PREMIERS DEVELOPPEMENTS

Il est dans la nature des êtres faibles de se réunir, de s'associer, pour opposer une force collective à une tyrannie individuelle. On peut dire^ en se plaçant à ce point de vue, que l'association est aussi vieille que le monde.

Quand les premiers disciples du Christ propageaient le dogme de l'égalité devant Dieu et du dévouement fraternel entre les hommes, leur association, purement sentimentale, s'appelait l'Église. Aux temps du servage, les communes, berceau de la liberté dans l'ordre civil, commencèrent par des confraternités entre de pauvres gens qui juraient de s'entr'aider contre leurs seigneurs. La fatalité de notre temps, c'est la misère des classes qui vivent d'un salaire insuffisant et incertain. La mission de notre temps, c'est de donner aux travailleurs le calme dans le bien-être et la dignité dans l'indépendance. Eh bien ! voilà que, de toutes parts, des associations surgissent avec une tendance et des formes appropriées à l'œuvre du moment; elles sont industrielles ou économiques, ateliers ou comptoirs; les unes sont destinées à affranchir l'ouvrier qui produit, les autres à économiser les ressources de l'ouvrier qui consomme.

Le propre de ces idées, qui répondent à un besoin social, est de se produire, quand l'heure est venue, par une sorte d'éclosion spontanée, sur tous les points à la fois et avec des formes appropriées aux circonstances; de sorte que beaucoup de personnes peuvent s'attribuer l'honneur de l'initiative.

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 vrai dire, il serait fort difficile de faire la part de chacun des. penseurs et des vulgarisateurs qui ont préparé la réforme indus— trielle. Les analyses ingénieuses et les séduisantes rêyeries de Fourier; les enseignements élevés de H. Bûchez, développés par le jour* nal r Atelier, Met un sentiment de liaiiti moralité et uneeoflvktion entraînante; Timmense publicité donnée par M. Louis Blanc aux doctrines qu'il a empruntées à diverses écoles, en les marquant de sa brillante empreinte; — dans un autre ordre d'études, les économistes, et notamment MM. Rossi, Michel Chevalier, Wolowski, etc., recom- ■ mandant l'association volontaire entre les patrons et les ouvriers; — '• des publications innombrables, une polémique incessante, plusieurs . essais facilités par les sacrifices de quelques généreux citoyens, en tête desquels on s'étonnerait de ne pas rencontrer M. Goudchaux; en I un mot, trente ans de propagande sous toutes les formes ont frappé J les esprits et disposé les classes souffrantes à croire que le régime so« m ciétaire est le principal instrument d'une régénération sociale. -1

Toutefois, pour faire entrer une théorie vague dans le domaine des faits, il fallait une de ces secousses profondes, un de ces entraînements populaires qui triomphent de l'inertie et des préjugés.

La révolution de février fut cette solennelle occasion. L'opinion publique lui reconnut aussitôt ce caractère, et, le lendemain même de la chute du trône, le 25 février, le problème du travail se trouva mis à l'ordre du jour par le décret suivant :

a Le Gouvernement provisoire s'engage à garantir Texistencede l'ouvrier par te travail.

« Il s'engage à garantir le travail à tous les citoyens.

«Il reconnaît que les ouvriers doivent s'associer entre eux pour jouir des bénéfices légitimes de leur travail . »

Ce décret a été vivement attaqué. Si, comme on a voulu le faire croire, il impliquait l'obligation, prise au nom de l'État, de fournir une occupation lucrative au premier venu, nous n'hésiterions pas à prononcer un blâme énergique; mais l'esprit de parti n'a-t-il pas donné à ce décret une interprétation exagérée, invraisemblable? Qu'on se rappelle en quel moment, sous quelles impressions il fut rendu.

Le sol volcanisé tremble encore; le peuple est encore debout sur les barricades. Toutes les natures ardentes affluent vers l'Hôtel-de- Ville. Les onze hommes sur qui pèse la terrible responsabilité du commandement, fuyant de chambre en chambre devant la foule tumultueuse, trouvent à peine un réduit pour se concerter, des plumes

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