EMPLOI DBS TROIS MILLIONS AYAN€ÉS PAR L'ÉTAT
tendaient plus que les ressources nécessaires pour se mettre à l'œuvre, lorsqu'il fut décidé qu'un crédit de 3 iniUioiis de francs serait ouvert a pour l'encouragement des associatbns librement contractées, soit entre ouvriers, soit entre patrons et ouvriers, o Les demandes commencèrent donc à se produire dès le lendemain du vote; il s'en' présenta de toute nature, depuis les plus sympathiques jusqu'aux plus extravagantes (I). Leur nombre s'est élevé jusqu'à cinq à six cents; on estime que près de cent mille personnes, appartenant à toutes les régions du territoire, à tous les métiers, étaient intéressées dans ces projets, soit comme patrons, soit comme ouvriers, et qu'une somme de 30 millions n'eût pas été suffisante pour contenter tous les solliciteurs.
Un conseil d'encouragement fut installé en toute bâte pour la distribution du crédit. On le composa de quinze membres, étincelant d'un premier feu, et presque tous favorables au principe qvHoB allait expérimenter. H est regrettable seulement que le ministre du commerce, auquel la présidence était réservée, y fiit représenté le plus souvent par un. administrateur imbu des préjugés bureaucratiques et en défiance contre les idées nouvelles. Un sous^comité de cinq membres, chargé du travail préparatoire, se déclara en permanence. En moins de txois mois, près de quatre cents dossiers furent examinés, et une tremtoine de demandes ftirent accueillies par le ministre. Mais, soit lassitude, sdt dissentiment, cinq des commissaires donnèrent leur démission. Un sixième se retira pour solliciter, en son propre nom, une allocation considérable, qu'il obtint. La magorité primitive se trouva peu à peu déplacée par l'introduction de nouveaux membres. Chaque changenient de miniske élargit la brèche par laquelle se glissaient les influences réactionnaires. Ceux des anciens membres dont la foi et le zèle ne
(1) Les trois quarts des demandes, près de 400, furent déposées dès les trois premiers mois : le département de la Seine avait fourni S50 dossiers; la Seine-Inférieure, 13; le Nord, TEure, le Rhône et la Gironde, de 7 à(^9. Chaque spécialité industrielle a dès lors révélé sa tendance à Tassociation par des demandes plus ou moins nombreuses. Les métiers divers qui composent Tindustrie du bâtiment ont improvisé 22 projets de société; — les lilateurs de coton et de laine, 22; — les typographes, 19; —les mécaniciens, 18; — les tisseurs d'étoffes, 16; — les lingères, 13; — les agriculteurs, 12. — Les deui corporations les plus nombreuses peut-être^ les tailleurs d*habits et les cordonniers, n'ont présenté qu'un petit nombre de demandes; mais ils se sont rassemblés en groupes considérables : un seul projet d'association entre ouvriers cordonniers devait réunir 30,000 personnes.
âO LBS ASSOCIATIONS OUVUJÉABS.
se refroidirent pas se trouvèrent plus d'une fois paralysés dans leurs bonnes intentions.
La tâche confiée à ce comité était fort difficile. Pour que le capital
qu'on avait à semer donnât des f ruits, il aurait fallu pouvoir le réserver pour des groupes ayant déjà fait Tapprentissage du régime collectif, sollicitant un subside, non pas au hasard, sur de vagues espérances, mais en vue d'opérations déterminées et de recouvrements certains. Tout cela serait possible aujourd'hui, après les exemples qui ont été donnés et avec l'expérience que les travailleurs ont acquise. Il n'en était pas de même en 1848. Une foule désœuvrée et affamée frappait avec impatience aux portes du comité. Â côté des sociétés convaincues et procédant avec circonspection^ les coureurs d'aventures se bâtaient de bâcler des statuts et de recruter une douzaine d'adhérents, afin de prendre date au plus tôt (1). Entre tant de compétiteurs dont aucun n'avait d'antécédents appréciables, il était à peu près impossible de prononcer en connaissance de cause. L'arbitraire ou le hasard dictèrent plus d'un choix. Ceux qui furent les plus insinuants ou le mieux recommandés eurent naturellement les chances pour eux.
On pourrait constater encore, dans les avis du comité ou dans les décisions ministérielles, les traces successives des influences politiques. Après le 10 décembre, les associations ouvrières de Paris ont beaucoup moins de part aux faveurs. La préférence est donnée aux départements, où, sous le titre d'associations entre patrons et ouvriers, on se contente souvent de faire une part dans les bénéfices aux chefs d'ateliers et aux contre-maîtres. Dans les derniers temps, les prêts accordés aux propriétaires d'usines qui engagent leurs immeubles ne sont plus que des contrats hypothécaires dans lesquels l'État joue le rôle de vulgaire capitaliste. Enfin, sur l'invitation exprimée, le 5 février i850, dans le rapport de M. Lefèvre- Duruflé, on ralentit peu à peu les opérations, de soi*te que, probablement, la totalité du crédit ne sera pas distribuée.
Si l'on additionnait toutes les allocations faites jusqu'à ce jour par le conseil d'encouragement, on arriverait à un chiffre dépassant de quelques centaines de mille francs le crédit légal de trois mil-
(1) Parmi les 392 dossiers soumis à Texamen avant le 15 octobre ISiS, les sociétés concertées entre patrons et ouvriers étaient au nombre de 190; les combinaisons au profit exclusif des ouvriers ne s'élevaient qu*à SO. On peut se faire une idée, par ces chiffres, du nombre des patrons obérés qui manœuvrèrent dans Tespoir de se relever au moyen de la subvention.
EMPLOI J>ES TttOIS MILLIONS AVANCÉS PAR l'ÉTAT. 21
lions. Mais les avis du conseil n'ont pas toujours été ratifiés par le ministre. Quelques prêts ont été abandonnés par les ayants droit ou révoqués par l'autorité avant le complet paiement'. Pour éviter la confusion, nous nous en tiendrons à donner les chiffres essentiels, c'est-à-dire ceux des sommes réparties jusqu'au mois de septembre 1850. Il n'est pas à notre connaissance que de nouvelles allocations aient eu lieu depuis cette époque.
Le total des sommes employées effectivement sur le crédit de 3 millions s'élève à. 2,590,000 fr.
Les associations, plus ou moins réelles, qui ont participé à ce crédit sont au nombre de 56, savoir :
A Paris, 30 établissements ont reçu 890,500
Dans les départements, on a réparti entre 26 entreprises. . . . i 4,700,000
Il importe de connaître les professions entre lesquelles le partage
a été effectué.
Allocations fournies»
10 AUX ASSOCIATIONS PABISIENIfBS.
Imprimeurs typographes (Desoye) . 65»000 fr.
— — (Remquet) 80,000
— — (Prève) 18,000
Mécaniciens. .... (Cabanis} 20,000
— .... (Guillemin) 35,00q
— .... (Faure) 25,000
Ébénistes (Drien) 75,000
Fabricants de registres. , (Mansonnier) 35,000
— de cbàles. . (Bonfils et Souvraz). .... 300,000
— de tricots. . (Dnrand, de Suresne). .... 15,000
— de tissus. . (Mallard) 30,000
Dessinateurs pour étoffes. (Quéru) 10,000
Fondeurs en cuivre. . (Colin) 16,000
Ouvriers en limes. . . (Wusthorn) 10,000
Fabric.d'inst.decbirurg. (Portier). 47,000
Peintres en bâtiments. (Esseulé) 8,000
Lingères (M"« Goreska). 15,000
Teinturiers (Petit) 10,oOO
Peintres sur porcelaine. (Guyot). 6,000
Potiers de terre. . . . (Mauny) 21,000
Horlogers (Perrenoud) 3,000
Arçonniers. . . . . (King). • . 20,000
Menuisiers en fauteuils. (Auguste Antoine) 25,000
39 USS A860CUTI01I6 OUVUÉKKS.
Fabric.d*iii8t. de miisiq. (Hoazé). i4,000
— de bronzes. . (Finino) 10,000
— d'ippar.pourlegaz.(Jantelet) 17,500
Bijoutiers (Leroy) 24,000
W^nàuean (G&bios) 6,000
Fab. de OMiDeseldefouets. (Lambert) 14,000
ReUeurs. ..... (Janet). ... r ... . 6^000
ToUl pour Paris 800,500
i*" AUX ASSOCIATIONS DÉPARTBHBHTALBS.
"Fiiateurs de laine. . . (SeatiSyàReîms). 150,000
— — (Roger, dans TOise) 130,000
* — de colon. . (Vaussard, à Rouen) ti5,000
* — laine et coton. (Lenoir, à Clisson) 60,000
FSibri^ftts de draps. . . (Goortin, à LouTiers). . . . 100,000
" de toiles. . . (Lescarcd, à Lisieux). . . . ao,000
— de soieries. . (Martin, de Lyon) 100,000
— de velours. . (Ray, de Lyon) 800,000
""Fabric. de métiers p. draps. (Mercier, de Louviers). . . . 100,000
Tisserands (Noyon, à Gravigny (dans l'Eure). ia,000
Teilleurs de lin. . . . (Bonniee, à Lannion) 10,000
"^Mouliniers en soie. . . (Bouchon, dans TArdèche). . . 25,000
* — — (Guigon, dans la Drôme). . . 30,000
Forges (Brolhier, dans la Gironde). . 120,000
Terriers (Védrine, dans la Haute-Loire). 45,000
— (Marre, dans le Nord). . . . 50,000 Maçons. ...... (Giraodon, à Bourges). . . . 6,000
Plafonneurs (Nageotte, à Troyes) 3,000
Imi^imours typograph. (Métreau, à Bordeaux) .... 18,000
Fabriques de coutellerie. (Greorge, à Biesle, Haule^Mame). 50,000
-*- de noir animal. (Lelong, près Rouen) 25,000
ChaHfifiOftniers. . . . (Marsollet, de LouYiers). . . 10^000
Scieurs à la mécanique. (Rîcbon, àÀBgoulème). . . . 16,000
GoBSlruct. de vaisseaux. (Dupuy, dans les Landes). . . 10.060 Société pour Tex traction de la marne dans la Sologne.
(Ghartier et G«, Loir-et-Cher). . 40,000
* Colonisation des landes de Gascogne.
(de Blacas, dans la Gironde). . . 155,000