Arch. de Maine-et-Loire, E
2. Esmein, Histoire de la procédure criminelle, pp. 24 et 220.
§ 1". Les associations ouvriôres dans la grande industrie. — Elles sont plus rares que dans la petite industrie. — Raisons de ce fait. — Les associations des ouvriers do moulins à papier. — Les grèves de Thiers. — Coutumes des associations : la rente, le droit de gueulage. — Les grèves de Castres; les amendes. — Les Montgolfler et les modes. — Les associations ouvrières et l'esprit de monopole. — L'association générale des ouvriers papetiers.
Nous avons déjà indiqué que la corporation fournit aux associations ouvrières un cadre excellent pour se constituer illégalement, tant dans la grande que dans la petite industrie ; désormais, nous rechercherons comment les employés purent se grouper malgré les prohibitions du pouvoir royal et de quels mo3'ens d'action elles firent usage pour arriver à leurs fins.
Dans la grande industrie, Tassociation ouvrière est plus rare que dans le métier où tous les membres font partie d'une corporation. Ceci est aisément compréhensible ; l'ouvrier d'une grande fabrique est sans cesse en contact avec ses camarades, il lui est seulement nécessaire de leur demander un rendez-vous au sortir de la manufacture pour décider une grève immédiate ; la grève étant le grand moyen d'action des associations ou des coalitions ouvrières. Certains manufacturiers cependant durent compter avec les associations de leurs ouvriers. En avril 1688, on lisait dans une requête présentée au roi par les fabricants de draps de Darnetal près de Rouen : « Les ouvriers ayant entre eux une jurande ou espèce de privilège qui exclut tous ceux qui
n'en sont pas do travailler aux manufactures, nécessitent les suppliants à ne se servir que de ceux qui sont autorisés parleur dite jurande, lesquels ne travaillent que comme ils veulent et quand ils veulent. » Les moulins à papier notamment comptent des associations ouvrières nombreuses. La raison en est facile à trouver : les papeteries comprennent au xviir siècle peu d'ouvriers, mais elles sont établies sur le cours d'une rivière, à peu de distance les unes des autres, et les ouvriers de ces fabriques, afin de se rencontrer, ont soin de se grouper en confréries. Tel est le motif qui soulève de grandes difficultés lors de la détermination des heures de la journée de travail. On lit par exemple dans un règlement du 30 décembre 1727 sur les papeteries de Thiers que la journée ne commencera pas tant en hiver qu'en été avant 3 heures du matin, à peine de 50 livres d'amende. Les ouvriers voulaient être au travail dès 1 heure ou 2 heures, afin d'avoir leur liberté après midi. Ils pouvaient ainsi « assister aux offices de la congrégation des pénitents qui s'assemble à Ambert, d'où les moulins sont prcsc^ue tous éloignés ». Ces assemblées étaient suivies de réunions familières, les ouvriers buvaient, fomentaient des grèves et faisaient du tapage. Les patrons s'eff'orçaient d'obtenir la disparition de coutumes qui nuisaient à la marche des moulins d'autant plus qu'elles entretenaient des habitudes de débauche qu'il importe de connaître. Les maîtres, pour ne pas exciter la révolte de leurs ouvriers, devaient tolérer des bacchanalesjournalières que les ouvriers payaient grâce au prélèvement de certains droits. L'une de ces impositions était appelée « rente ' ». Elle est due lorsqu'un ouvrier mutin quitte son moulin ou par mutinerie ou par libertinage ou par ce qu'il en a été chassé. Cet ouvrier va dans un autre moulin aux ouvriers duquel il demande la rente; alors tout travail du mouUn cesse, on envoie cher-