Arch. départ, de Haute-Garonne, C
3. Publié par M. Levasseur : mémoires et travau.x de l'Académie des sciences morales. Année 1899.
Dans cette même ville on relève de nombreux exemples d'actes semblables '.
A Chartres, en avril 1761, le lieutenant de police apprend par le procureur du roi que le lundy, doux avril, les compagnons menuisiers ont t'ait beaucoup de tumulte et de bruit notamment dans la rue Saint-Michel vis-à-vis l'auberge des Grands Sauvages où ils s'assemblent; pour éviter toute lutte nouvelle on défend à l'aubergiste de recevoir chez lui aucun garçon menuisier sous peine de 50 livres d'amende et aux dits garçons menuisiers de s'y assembler sous quelque prétexte que ce soit à peine de prison. Les autres cabaretiers ne pourront recevoir des menuisiers au-dessus du nombre de trois :
« Faisons deffences à tous artisans, tans maistres que
1. Jean Bailly, Pierre Dolibeau, et autres compagnons couvreurs, sont condamnés à battre aux champs dans les 21 heures. Ils avaient poursuivi le couteau à la main, un nommé Fleury qui refusait de faire partie du devoir et s'étaient livrés à des bris de clôture chez la femme Houdry qu'ils avaient injuriée. Archives du Loiret, B. 1088.
En 1766, deux vanniers sont condamnés au carcan pendant 3 heures et à 3 livres d'amende, puis bannis pour trois ans d'Orléans ; ils avaient essayé de maltraiter un nommé Robert Gardon qui refusait de s'enrôler dans le Devoir. Idem, B. 1989.
En mai 1723, un compagnon tanneur est condamné à une amende pour le même motif (Idem, B. 1980), ainsi que deux garçons menuisiers faisant le devoir au cabaret du Lièvre d'Or. Dans l'exposé des motifs d'une ordonnance du Lieutenant général de police de Paris : « on lit que les compagnons maçons, couvreurs, plombiers, s'assemblent tous les matins en grand nombre sur la place de Grève, au lieu de s'y comporter honnêtement et d'attendre avec tranquillité que les bourgeois ou les' maistres maçons qui ont besoin d'ouvriers viennent les louer, se liguent les uns contre les autres de différentes provinces et après s'être dit des injures, battus et maltraités à coup de pierre et instruments dont ils se servent dans leurs travaux de façon que plusieurs d'entre eux ont été très dangereusement blessés ce qui a allarraé les bourgeois demeurants dans le voisinage d'autant qu'ils ont été accablés de pierre dans leurs boutiques.
« Enjoignons aux ouvriers de s'y comporter de manière qu'il ne nous en reviennent aucune plainte, leur défendant de se dire des injures et de faire entre eux aucune société ou bandes sur quelque prétexte que ce soit de commettre aucune violence soit entre eux soit envers les bourgeois.
«Permettons en cas de contravention d'emprisonner les contrevenans... » Archives de la Préfecture de police, fonds Lamoignon, t. 26, fol. 741, 10 mai 1719.
compiignons de quelque profession qu'ils soient de mettre aucune différence entre les compagnons nommés gavots et ceux appelez du devoir enjoignons aux maistres de les laisser travailler chez eux indistinctement, deffences auxdits compagnons d'y apporter aucun trouble; faisons pareillement deffences auxdits compagnons de porter cannes, bâtons et armes et de sortir en troupe dans les rues soit de jour, soit de nuit et d'être plus de trois ensemble à peine de prison et d'être punis suivant la rigueur des ordonnances. »
Le marquis de Castries constate qu'en Languedoc les compagnons menuisiers et charpentiers les uns appelés du Devoir les autres Gavots ont été dans de continuelles contestations « qui ont produit des désordres infinis, jusques là qu'ils s'attroupent et vont sur les grands chemins, enfin maltraitent à coups de bâtons carrés dont ils sont continuellement armés, ceux qui ne sont pas de leur parti, ils font plus ils courent la nuit avec des sabres et des épées nues à la main et enfin conduits par la rage et une fureur sans pareille ils se battent jusqu'à se faire tuer les uns les autres. » A Nimes mêmes disputes et combats nocturnes entre les garçons perruquiers et les garçons chirurgiens *.
Une lettre écrite par un compagnon du devoir, s'adressant à ses collègues d'Orléans, permet de connaître l'esprit jaloux des différents rites : (( Je vous dirai que le Gavot qui estoit à Bloys est à Tours présentement. Je suis en peine s'il est toujours royal dégoûtant. L'on m'a dit qu'il avait dessin de se faire recevoir. Tachez d'y tenir la main, que s'il ne voulait pas se rendre prenez mains fortes à coups de cannes ^ » Il ne faut pas s'étonner si une ordonnance de police rendue en date du 18 juillet 1767 pour la ville d'Orléans ' constate