‹ Les associations ouvrières au XVIIIe siècleChapitre 57 sur 119 · Arch. nat., F · texte numérisé non relu

Arch. nat., F

120 CHAPITRK II

2° Ne plus limiter le nombre des compagnons de chaque établissement;

S" Réduire le compagnonnage à un an et laisser à chaque compagnon la liberté d'aller chez tel maître qu'il voudrait.

11 y avait dans ces vœux le plan d'une partie des édits de Turgot.

Malheureusement ces vœux ne furent jamais réalisés et l'ouvrier ne dut compter que sur lui-même pour améUorer sa situation ; n'ayant pas de moyens légaux pour aboutir au résultat légitimement cherché il recourt souvent à la violence. L'histoire du travail à Lyon est tout à fait instructive sur ce point. Rappelons seulement la grève de 1744.

Un règlement ancien exigeait des ouvriers un droit de trois cents hvres s'ils voulaient être nommés maîtres. En 1737, on abolit cette disposition au grand contentement des ouvriers qui désormais pourront devenir plus facilement fabricants et changer de condition. Mais l'intrigue et la cabale reprirent le dessus et l'on fit entendre qu'on allait revenir aux anciens statuts. Ce fut alors pendant plusieurs jours des émeutes successives. On voulait réduire les maîtres au silence. Les tisseurs, sous la conduite de dix à douze « cabaleurs », se rendirent au faubourg de la Guillotière et jurèrent de ne point céder aux patrons." Les femmes étaient d'ailleurs à côté de leurs maris pour les exciter à la révolte. Des fabricants furent faits prisonniers chez eux; leur mobilier fut brisé. Les mutins protestaient aussi contre l'emploi des femmes : « il est bien triste pour vous de nous voir sur le pavé sans ouvrage, tandis qu'on emploie les filles sur le métier ». On alla même jusqu'à souhaiter la mort de Vaucanson, alors de passage dans cette ville. Il avait inventé des machines pour supprimer les travailleurs, faisant ainsi cause commune avec les patrons. Heureusement pour lui il put échapper aux grévistes et éviter le sort qu'on lui réservait :

Un certain Vaucanson

Grand garçon,

Un certain Vaucanson

A reçu une patta

De les maîtres marchants

Gara, gara, la gratta

Si tombe entre nos mains.

Un industriel devait essuyer de plus mauvais traitements :

Allons chez Montessuy

Aujourd'huy

Allons chez Montessuy

Ma foy si nos échappe

Le bogre sera fin

Le faut mettre en écharpe

Faisons un puttafin.

Sitôt qui va paraître

Y faudra l'assomma.

L'intendant et le prévôt des marchands étaient alarmés et se voyaient impuissants à calmer les ouvriers ; ils leur accordaient provisoirement ce qu'ils demandaient : la suppression des anciens arrêts : « il s'agit d'apaiser quinze à vingt mille personnes au moins, sauf à les punir dans la suite comme ils le méritent... 11 est delà dernière importance que jusqu'au moment qu'on puisse être en force pour les châtier, ainsi qu'ils le méritent, vous vouliez bien avoir la bonté de m'envoyer un arrêt du conseil qui ordonne l'exécution du règlement de 1737 * ». Ainsi fut fait et après le rétablissement de l'ordre, on vit pendre deux ouvriers et d'autres partir aux galères -.

Les ouvriers revinrent à la charge et obtinrent que les salariés seraient représentés parmi les gardes et jurés de la communauté. Lorsque les Lyonnais réclamèrent de Napoléon P' le rétablissement de l'ancien régime de la soierie et

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