‹ Les associations ouvrières au XVIIIe siècleChapitre 59 sur 119 · Cf. Rouchon, Revue d'Auvergne · texte numérisé non relu

Cf. Rouchon, Revue d'Auvergne

les protègent ; ils sont arrêtés et transférés au Chatelet sur les six heures du soir. Le 2 janvier un nouveau rassemblement des gagne deniers se produit ; ils veulent présenter leurs plaintes au Roi à Versailles .

Par de bonnes paroles les officiers des gardes françaises les convainquent qu'ils ne pourront pas voir le monarque. On les décide à remettre leur mémoire à un officier et à s'en retourner chez eux. Le soir, quand ils furent rentrés, ceux qui avaient montré le plus d'ardeur furent arrêtés sans bruit par la police et conduits en prison. Le Jeudi 19 Janvier on expose au carcan, place Maubert, en vertu d'un arrêt du parlement, deux des prisonniers. Mais le peuple prit parti pour les suppliciés et le lendemain lorsqu'on montra les malheureux aux halles et le surlendemain place de Grève on fit une collecte ; elle atteignit deux cent trente six livres et leur fut remise.

D'autres ouvriers bien persuadés que les requêtes au pouvoir ne servent à rien, et les faits prouvent qu'ils avaient raison ', s'efforcent d'échapper aux étreintes du régime

1. En 1730, les ouvriers de la manufacture de draps de Louviers « prient qu'on leur permette d'envoyer une députation de deux d'entre eux pour faire un exposé des injustices qui leur sont faites par leurs maîtres touchant leurs salaires, étant donné qu'ils sont desservis parles maîtres auprès du Conseil » Certains patrons avaient élevé le taux des salaires de vingt pour cent. Tous les partisans réclamaient des autres employeurs ce même prix. Gomme ils n'étaient pas écoutés les ouvriers les moins favorisés résolurent de faire grève. Le conseil de commerce n'accepta pas de jouer le rôle d'arbitre ; on décida de maintenir le statu quo quelques jours, puis plusieurs maîtres et plusieurs ouvriers se présentèrent devant le juge de police et l'inspecteur des manufactures. On écouta les plaintes de ceux-là, les réclamations de ceux-ci et finalement on condamna les patrons qui avaient augmenté les salaires à cinq milles livres d'amende.

Autre fait : le 30 Décembre 1748, Machault écrivait au gouverneur de la Bastille :

« J'ay appris que les nommés François Dorieu et Jean Le Crocyditle Comte, ouvriers fabriquants de bas au métier de la ville de Rouen, seront faits députés par une partie des membres de leur communauté pour me faire des représentations au sujet des ordres que j'ay adressés à M. de laBourdonnaye pour l'érection de leurs gardes. Je voue prie de faire faire au plus tôt les perquisitions nécessaires pour découvrir ou ces deux particuliers sont

loO CHAPITRE II

corporatif. Ils se font cliambrclans, ouvriers s'occupantpour leur compte en dehors de l'organisation officielle du travail. M. Hauser, dans son très intéressant ouvrage sur les ouvriers d'autrefois, signale plusieurs cas de cette sorte et il fait remarquer avec beaucoup de raison que les chambrelans seront d'autant plus nombreux que la maîtrise deviendra de plus en plus difficile pour les salariés. La corporation n'apportant que gêne et contrainte le meilleur parti était de

logés dans Paris de les faire arrêter et conduire en prison pour y rester jusquà nouvel ordre et de m'informer de ce que vous aurez fait à ce sujet. Machault. A. de Bastille 11671 ».

Autre exemple, d'autant plus intéressant qu'il permet de signaler une cause de conflits incessants entre ouvriers et patrons des grandes manufactures : le chômage voulu de la part des directeurs, qui indiquait le rédacteur de l'Encyclopédie.

En 1716, les ouvriers de Van Robais envoyèrent au régent un placet pour exposer qu'on les laissait sans travail et « dans une sorte de servitude ». Ce chômage voulu par les directeurs créait un état de malaise considérable. Les Van Robais de répondre : Les ouvriers se forment une idée tout opposée au bon sens et à la raison : ils se figurent que si on interrompt le travail, c'est pour les réduire en servitude et ils ont surtout le grave défaut de penser « que la manufacture est faite uniquement pour les entretenir et ne font point réflexion que la manufacture n'est point faite pour eux, mais qu'eux-mêmes sont faits pour la manufacture ». Puis s'il est vrai qu'il y a du chômage, on doit ajouter qu'aux époques où le travail abonde <> au lieu de conserver quelque chose dans les temps d'abondance pour s'en servir dans ceux de disette et de nécessité, ils s'adonnent à la débauche sans penser à l'avenir ». Qui croire ? Le con-seil du commerce envoie deux députés Godeheu et Gilly qui cherchent à apaiser les révoltés ; mais on leur répond par des cris violents. On envoie des troupes pour protéger les deux représentants du Conseil ; l'intendant vient sur les lieux et demande aux ouvriers de nommer une délégation de vingt personnes qui exposeront leurs griefs. Toutes les personnes présentes veulent parler ; on leur fait savoir qu'on reprendra le travail, mais que les principaux cabaleurs seront punis. Ils protestent, car on doit accueillir tout le monde ou personne ne rentrera dans les ateliers. Ordre est alors donné d'arrêter ceux qui tiennent un semblable langage ; de plus, quelques compagnons qui se dirigeaient sur Paris pour soumettre leur différend au conseil du commerce furent emprisonnés ainsi que le « bâtonnier » d'Abbeville et quelques autres bourgeois ayant fait « un acte» avec les tisseurs où l'on ' se promettait appui et soutien mutuel. Le travail fut alors repris « avec une exactitude et une sagesse qu'on n'avait point encore vues ».

A Boufflers, les ouvriers chôment également en 1735 et demandent au conseil du commerce d'enjoindre â leurs entrepreneurs de les faire travailler. Cf. Germain Martin : La grande industrie sous le règne de Louis XV. m* partie.

l'éviter puisqu'elle n'offrait plus aucun profit. Il est vrai que ce raisonnement excellent en soi n'était pas du goût du pouvoir royal. L'ouvrier ne pouvait travailler à domicile que dans les villes et régions où il n'existait pas de corporations. Dans la Picardie, en Bretagne, les tisseurs de toiles des campagnes, en Beaujolais, Lyonnais, Forez, Velay; les tisseurs de toiles et de rubans, en Gévaudan, dans tout le Languedoc les ouvriers des campagnes pouvaient travailler en chambre, car l'absence de tout groupement avait évité aux artisans de ces régions les corporations et leurs inconvénients, ou du moins, si la corporation existait nominalement, comme dans le Velay pour les rubanniers, ses statuts étaient sans effets; on n'observait pas les règlements corporatifs, on était seulement tenu de fabriquer des étoffes en suivant les prescriptions générales sur la longueur, largeur et qualité des tissus .

En ville, au contraire, toutchambrelan encourt les foudres de l'autorité. Le 29 août 1710, Delapres, procureur général de la cour des monnaies de Paris, écrit au contrôleur général :

« Il expose que sept personnes, sans aucune qualité tiennent boutique ouverte d'orfèvrerie dans l'enclos privilégié du Temple, où les gardes de l'orfèvrerie ne peuvent faire leurs visites, et que d'autres ouvriers y travaillent en chambre. Il demande une lettre de cachet pour éviter toute émotion lorsque les officiers des monnaies qui doivent surveiller la fabrication et le trafic des objets d'or et d'argent, voudront aller mettre un terme à ce commerce irrégulier * . »

Le 5 août 1743, le lieutenant général de Police de Paris « défend aux savetiers d'aller travailler chez les chambrelaus, et ouvriers sans quahté ^ ».

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