‹ Les associations ouvrières au XVIIIe siècleChapitre 62 sur 119 · Smit : Grèves et coalitions, p · texte numérisé non relu

Smit : Grèves et coalitions, p

mettent en prison les meneurs et la grève recommence à la première occasion '.

1. L'habitude de s'adresser au pouvoir, communal, seigneurial ou royal était fort ancienne. On en a cité beaucoup d'exemples, rappelons seulement un fait assez intéressant. En 136G, divers particuliers s'étaient plaints au maire et consuls de Périgueux du salaire exagéré réclamé par les ouvriers emploj'és aux travaux des champs qui pour chaque journée de travail exigeaient qu'on leur donnât 2 sols 6 deniers et même plus. Dans un conseil de ville tenu à l'Hotcl du Consulat le 18 février 1365, et auquel se trouvèrent cinquante des principaux habitants, il fut décidé que le prix de la journée serait fixé à 2 sols. Bourse largement sullisante « attenta per Dei graciam abundantia et bono foro victualium ».

Toute infraction au présent arrêté sera punie d'une amende de 60 sols. Il est rappelé dans l'acte que les maires et consuls avaient ainsi, à plusieurs reprises, réglementé le salaire des ouvriers.

Arch. de la ville de Périgueux, H. H.*.

Mais il importe de donner actuellement des exemples de différends sur les salaires au win" siècle; tant pour le paiement en argent qu'en nature. A Paris nous relevons des différents concernant 1° les Bonnetiers : affaire Médard Fournier. C'est un garçon faiseur de bas au métier qui voulait exiger 5 sols d'augmentation par paire de bas et qui a ameuté plusieurs de ses camarades à ne point travailler à moins qu'on ne leur en payât autant pour quoy il a été conduit en prison le 11 juin 1736. — Libéré le 10 septembre 1736

Fournier prétend « que plusieurs ouvriers dudit métier l'auraient arraché de chez le sieur Jone son maitre fabricant demeurant rue Saint-Denys, pour le conduire au cabaret ou étant pris de vin outre mesure l'auraient engagé de venir avec eux chez son maitre, lequel ils auraient accablé

d'injures et de menaces sans que luy ait proféré la moindre injure Le

sieur Jone porte plainte, on ne peut arrêter les auteurs de la cabale et on arrête Fournier pour s'être trouvé du nombre. Il est réduit à la misère ayant été contraint de vendre si peu qu'il avait de nipe pour l'aider à subsister ».

Suivant les maîtres :

« Les ouvriers quittent non seulement leurs maîtres en demandant une augmentation (ce qui retombera infailliblement sur le public) mais même menacent de maltraiter le peu d'ouvriers qui restent s'ils continuent à travailler sans l'augmentation. Enfin les nommés Dejean et Fournier ouvriers, chefs de cette révolte font une quête pour entretenir et soudoyer ses ouvriers mutins qui ont quitté leurs maîtres. »

Arch. de la Bastille, II. .321.

Boulangers. 12 Décembre 1704.

•' Plusieurs garçons boulangers ont fait entre eux une ligue et cabale pour augmenter le prix de leurs journées vont chez les boulangers et intimident leurs garçons, les menacent de les maltraiter s'ils servent les maîtres à moindre prix que celuy qu'ils ont fixé eux mêmes, les font sortir par force en sorte que bien souvent dans le temps ou lesdits boulangers ont beaucoup de pain à faire pour garnir leurs boutiques et lesdites places qu'ils

On peut lire en note de nombreux textes qui permettent d'affirmer que les différends entre patrons et ouvriers sur les salaires sont communs à tous les métiers, au xviif siè-

occupent dans les halles et marchés publics les dits garçons les quittent et lesdits boulangers sont obligés de subir la loi que leurs garçons leur imposent ou d'en aller chercher d'autres à force d'argent ; ce qui leur est préjudiciable et au {)ublic que si cela était toléré ils ne pourraient plus continuer leur commerce.... Lesdits garçons ont des auberges particulières où ils se retirent sans que lesdits aubergistes qui les logent se mettent en peine de leur faire représenter le certificat au congé du maître qu'ils ont servi ; d'ailleurs les garçons des Boulangers qui sont les chefs de la caballe se cottisent pour nourir ceux qu'ils obligent par force et par menaces à quitter le service de leurs maîtres.

Arch. de la préfect. de Police, fonds Lamoignon. Vol. 2. fol. 88.

Chapeliers. 24 Janvier 1700.

Les maîtres seront tenus d'employer au travail et fabrique de leurs marchandises les compagnons de Paris préférablement à tous autres pourvu qu'ils ne veulent exiger des maîtres un plus grand salaire. — Idem. vol. 20 fol. 665.

Charpentiers. 1786. 17 Mars.

Les patrons augmentent salaires de cinq sous, mais les ouvriers ne pourront plus emporter de morceaux de bois.

Hordy à ce propos dit: « il paraissait d'autant plus important de réprimer ce mouvement qu'on voyait régner comme une espèce de fermentation parmi les compagnons des différents métiers, tels que les maréchaux, les serruriers, les boutiquiers. »

Flamermont. Les grèves à la fin de l'ancien régime. Page 10.

Charretiers. Bormeau, charretier a quitté ses maîtres, débauche ses camarades, et les fait passer chez d'autres maîtres qu'il oblige de leur donner un salaire plus considérable.

A cause de son infidélité et du préjudice qu'il cause au nettoyement il parait nécessaire pour l'exemple de le conduire en prison. Arch. de l'Arsenal, 12462.

Maréchaux. Smith dans son ouvrage sur les coalitions et les grèves indique qu'à la fin du xviii« siècle vers 1787 les compagnons maréchaux se révoltèrent afin d'obtenir une augmentation de salaire. — Smith, op. cit. p. 109.

Pâtissiers. 31 octobre 17.39.

Les compagnons pâtissiers qui travaillaient chez les maîtres s'étaient donnés le mot pour quitter de concert et tous ensemble leurs dits maîtres et maîtresses que depuis ils avaient appris que ces compagnons au nombre de trente devaient s'attrouper dans un cabaret à l'effet de faire la loi aux maîtres et veuves de maîtres par rapport aux gages qu'ils prétendaient exiger d'eux.

Arch. de la préf. de Police, fonds Lamoignon. Vol. .33. fol. 617 et suiv.

Peintres. 23 décembre 1765.

Extrait des registres des délibérations de l'académie de Saint-Luc et communauté des peintres et sculpteurs. Ce jourd'hui 13 Décembre 1765, la

cle. En Province on relève aussi des cas de grève et des difficultés pour le paiement des journées. A Saint- Étienne les ouvriers de la manufacture d'armes travaillant

compagnie était assemblée, la convocation faite en la manière accoutumée de la part de Messieurs les directeurs a été par eux exposé : qu'il leur a été porté des plaintes par un très grand nombre de maîtres de la communauté sur la conduite que tiennent les compagnons doreurs, apprèteurs et peintres d'impression par leur cabale pour fixer le prix et la durée de leurs journées et forcer les maîtres à les faire travailler jusqu'à dix heures du soir pour en exiger une journée et demie, et sur l'insolence avec laquelle ils répondent aux maitros, lorsque ceux-ci se plaignent du peu d'exactitude qu'ils ont à venir travailler aux heures qu'ils doivent le faire ; insolence qui a été portée, non seulement jusques aux injures; mais même aux voyes de fait de la part de quelques uns de ces compagnons et que les maîtres ne peuvent entreprendre de réprimer sans s'exposer à voir dans l'instant leurs atteliers abandonnés de la part de tous les compagnons. Que ces cabales sont fomentées et facilitées tant par les assemblées journalières desdits compagnons peintres et doreurs au coin de la rue Aubry le Boucher au Temple et en d'autres endroits que pour l'élection qu'ils ont faites entre eux d'une confrairie au dit lieu du Temple où ils se sont formés en corps particulier par la nomination de syndics, trésoriers et autres officiers et la rédaction de statuts et règlements avec une liste de tous les membres de cette confrairie.... Les maîtres se trouvent dans la triste alternative ou d'abandonner les ouvrages par eux entrepris ou d'en consommer, et au delà, le prix en journées de compagnons.

Le lieutenant général de Police fait défense expresse aux dits compagnons de cabaler entre eux pour fixer le prix de leurs journées et se détourner l'un l'autre de travailler chez ceux des maîtres qui leur déplaisent d'avoir aucune chapelle particulière et d'y tenir confrairie à peine d'être privés de travailler chez aucun maître, d'exclusion de la maîtrise et de prison. Arch. de la Bastille, n*» 12.365.

Potiers. 20 Juillet 1743.

Les compagnons se réunissaient pour exiger des prix plus haut que ceux qui sont tous les ans réglés par les pères de la communauté ; défense aussi de quitter les maîtres sans avoir prévenu un maître à l'avance d'un mois. — Fonds Lamoignon. vol. 35. fol. 23.

Tanneurs. 12 décembre 1720.

Défense est faite aux compagnons tanneurs de s'assembler pour régler le prix de leurs journées. — De Fréminville. Traité de la police, p. 179.

Tisseurs (a) de coiwerture . 23 août 17.36.

Plusieurs maîtres et marchands entreprennent journellement d'attirer et débaucher les ouvriers et les compagnons de leurs confrères et notamment depuis le mois d'avril dernier sous l'appas d'augmentation de prix des façons nonobstant les dispositions expresses des règlements

« Les ouvriers se voyant ainsi recherchés vivent dans une licence et une indiscipline que leurs maîtres auxquels ils veulent faire la loi ne peuvent réprimer ; d'où différents abus préjudiciables et au public et aux fabriquans ainsy privés de leurs ouvriers en ce que une augmentation du prix

aux pièces et fournissant la matière première pour le compte du Roi représentent aux officiers directeurs qu'ils se ruinent; l'ouvrage n'est pas payé son prix. On entend leurs repré-

des façons on opère nécessairement une sur le prix de la marchandise

les maitres privés d'ouvriers se voient forcés d'abandonner leurs fabriques et dans l'impossibilité de subsister avec leurs familles »

Défense est faite aux ouvriers de quitter les maîtres sans billet de cong-é. — Préfecture de police. Fonds Lamoignon, vol. 32, fol. 221.

(b) de Gaze. — 20 mars 1746.

Les ouvriers fabricants de Gaze « cabaleurs depuis quelque tems ont cessé tous travaux, obligent ceux des ouvriers qui ne veulent pas cesser à leur payer difîérentes sommes avec menace violence, voyes de fait sous prétexte de se faire donner par les maîtres une augmentation du prix de façon et même plusieurs des ouvriers cabalistes ont exigé des autres ouvriers une contribution, les uns de 20 sols, les autres de trente sols et

même jusqu'à 50 sols pour les indemniser de ce qu'ils ne font rien Les

assemblées que les ouvriers tiennent peuvent occasionner des émeutes et séditions, les maîtres de ladite fabrique sont journellement exposés à des insultes, de mauvais traitements et il est de l'intérêt de ladite communauté et du bien public d'einpècher un pareil désordre il a été délibéré que les maitres et gardes » supplieraient le lieutenant de police pour qu'on empêchât les ouvriers de cabaler et leur enjoindrait d'observer les statuts de la communauté, sous « peine de punition corporelle, prisons et celles portées par les ordonnances et règlements de police et défense aux maîtres de la dite fabrique d'excéder les prix qui seront réglés par leur bureau et de faire transporter un commissaire accompagné de monde suflisant pour empêcher les cabales d'ouvriers même de faire emprisonner ceux qui contreviendront à notre présente ordonnance ». Les demandes des maîtres sont toutes accueillies. Préfecture de Police, fonds Lamoignon, vol. 10, fol. 375 à 382.

c) Rtibanniers, 28 février 1763.

Les ouvriers que les maîtres rubanniers ont coutume d'employer dans les fabriques ont exigé pour façon des ouvrages qu'ils leur faisaient fabriquer, des prix plus forts que ceux que tous les maitres de ladite communauté avaient coutume de leur payer, même sur le pied le plus haut avec menaces de la part desdits ouvriers de quitter leurs maitres même d'abandonner et de couper les ouvrages par eux commencés et imparfaits étant sur les métiers de leurs maitres ; si l'on refusait de leur payer le prix qu'ils exigeaient et ils ont mis depuis leurs menaces à exécution en quittant leurs maitres et leurs ouvrages commencés sans aucuns congés ni permissions contre les dispositions portées par les lettres patentes du Roi du 2 janvier 1749 enregistrées au parlement le 31 desdits mois et an ; que lesdits ouvriers auteurs de ces troubles non contents de s'être ainsi conduits envers leurs maîtres se sont attroupés en très grand nombre et ont arrêté de ne point travailler qu'ils n'ayent obtenus leurs demandes et ils ont en outre la témérité d'aller dans les fabriques de plusieurs maîtres et y ont fait cesser par violence et mauvais traitements le travail à plusieurs ouvriers qui continuaient leurs ouvrages de bonne foi en les menaçant de

sentations et on les emprisonne vingt-cinq jours pour avoir eu l'audace de tenir un tel langage. Louis Reymons autre armurier est emprisonné trois mois en 1778 ; il a

les charger de coups de bâtons s'ils les reprenaient et pour mettre le comble à leurs désordres ils ont dit-on contribué entre eux pour assister un des ouvriers leurs confrères qui n'ont d'autre ressources pour vivre que leur travail journalier, pour les déterminer d'autant plus facilement à le quitter que l'envie de la part desdits ouvriers et compagnons de gagner plus que de coutume ne provient que de ce que quelques-uns des maîtres de la communauté ayant entrepris de grands ouvrages, voulant avoir des ouvriers à choix et en grand nombre et ont pour l'instant augmenté le prix des ouvrages qu'ils faisaient fabriquer dans la vue de les attirer chez eux par préférence.

Préfecture de Police. Lamoignon, vol. 41, fol. 102 et suiv.

Tonneliers, 1730.

Au Fort l'Évoque on emprisonne quatre garçons tonneliers qui « s'attroupaient chez le premier pour empêcher leurs compagnons de travailler chez les maîtres à moins d'une augmentation considérable ». Le comte de Lespinay les interroge; ils avouent leur faute et sont enfermés *■'.

24 février 1737. J'ay l'honneur de vous rendre compte qu'en outre de vos ordres en datte du 3™« de ce mois je me suis transporté avec M. le commissaire de l'Epinay, rue de la Mortellerie chez le nommé le Roy, garçon tonnelier au sujet de l'aire lavisitte et vériffier l'exposé qui vous a esté fait par les jurés tonnelliers des Assemblées qu'il faisait des garçons tonneliers chez ledit le Roy et des caballeurs qui s'y attroupaient pour faire la loi à leurs maîtres, ce qui s'est trouvé vrai dont il est convenu par ledit procèsverbal de mondit sieur commissaire et nous avons assisté et conduit au fort l'Evèque scavoir :

1° Le nommé Le Roy;

2° Jean Paul ;

3° Pierre Bormel;

4" Charles Desjardis.

Ce sont quatre garçons tonneliers qui s'attroupaient chez le sieur pour empêcher les autres garçons de travailler chez les maîtres à moins d'une augmentation considérable par jour. Ce sont des cabaleurs qui sont convenus de leur caballe. Arch. de la Bastille, IL 364.

Vidangeurs, 14 octobre 1740.

« Les nommés Dumont père et fils, Gilbert Pierre et Jean Lefèvre Gambier et Laurent et autres garçons vidangeurs au mépris des arrêts du Parlement et ordonnances de Police veulent exiger de leurs maîtres 4 livres par jour au lieu de 50 sols prix fixé par l'ordonnance de police de l'année 1725 et pour ce ils s'étaient atroupés un nombre considérable et avaient comploté entre eux de ne point travailler pour leurs dits maîtres qu'à ce prix ; que comme il restait encore dans le devoir et dans la règle un petit nombre de garçons vidangeurs ; ces premiers avaient résolu et arrêté entre eux de se rendre la nuit aux bateliers desdits maîtres vidangeurs à l'effet de maltraiter les garçons qu'ils trouveraient trovaillants pour le prix fixé de 50 sols Il est nécessaire de contenir lesdits garçons vidangeurs dans

refusé de travailler parce qu'il se ruinait *. Il avait six enfants et une femme ; il fut obligé de vendre son mobilier et au sortir de prison adressa une requête au contrôleur général. On ordonna une enquête qui dévoila l'odieux d'un traitement inique autant qu'arbitraire à l'égard d'un honnête travailleur. A Rouen, en 1744 les ouvriers toiliers demandent quinze sous au lieu de dix et commettent des actes de violence parce que les maîtres refusent d'écouter leurs plaintes? La même année les compagnons menuisiers de Tours intentent une poursuite ;devantle lieutenant de police contre leurs maîtres. Ceux-ci à cause de la cherté du vin prétendaient pouvoir mélanger d'eau celui qu'ils donnaient à leurs ouvriers.

Vouloir citer tous les cas de grèves occasionnés par les différends sur les salaires dans les papeteries nous entraînerait très loin. Donnons un seul fait. A Mazamet, en 1788, quatre papeteries doivent fermer leurs portes.. Les ouvriers exposent leurs griefs disant que les maîtres des moulins nourissaient à leur table leurs garçons et leur donnaient pour salaire outre le manger, aux uns sept livres, aux autres neuf livres par mois . Les maîtres ont abandonné cet usage et ne nourissent plus leurs garçons ; . ceux-ci contraints et cédant à la force ont pris des logements en ville ;

le devoir parce que le public en souffrirait, en ce que les maîtres vidangeurs ne pourraient plus entreprendre les ouvrages de leur profession sur le prix taxé, que parce que les garçons vidangeurs se croiraient en état de se dispenser de travailler pour leurs maîtres trouvant moyen de vivre en travaillant pour leur compte en sorte que lesdits garçons vidangeurs exigeraient de leur maître un paj^ement à leur gré »

On poursuit pour éviter ces abus les compagnons nommés ci-dessus et ont fait diffence « aux garçons, soldats manœuvres et autres ouvriers d'entreprendre sur la profession desdits maîtres vidangeurs à peine de 100 livres d'amende contre chacun des contrevenants de la saisie et confiscation de leurs ouvriers et ustensiles pourront même les contrevenants être arrêtés sur le champ de s"ameuter de comploter entre eux et d'exiger de leurs maîtres au delà de 50 sols pour chacune journée de leur travail »

Préfecture de police, fonds Lamoignon, vol. 34, fol. 2.30 et suiv.

1. Arch. nat. F'^ 1312', et Smith, Grèves et coalitions, p. 144.

mais les loyers sont élevés. « A la place de la nourriture il a plu aux maîtres de leur fixer douze livres pour cet objet, sans cependant augmenter leurs salaires. Ils ont demandé trois livres d'augmentation par mois, ce qui est un acte d'humanité dont la justice a déjà été reconnue par la population de Saint-Laurent où les garçons ont été augmentés de cinq livres dix-neuf sols par mois. Les maîtres de Mazamet sont si durs, qu'ils ont osé écrire aux papeteries des environs de ne pas donner de travail aux suppliants, afin de pouvoir les gêner et les forcer à travailler chez eux aux conditions qu'ils veulent *. » Il ne faut pas s'étonner après cela si un patron constate que les associations ouvrières de la papeterie sont les plus opiniâtres de tout le royaume. Elles obtiennent gain de cause le plus souvent parce que leur action concertée s'étend à toutes les provinces à la même époque. Dans les autres métiers les efforts ont moins d'effet parcequ'ils ne sont pas combinés. Ainsi, les sergers d'Orléans s'efforcent de débaucher leurs camarades travaillant chez les maîtres, mais il n'y a dans ces tentatives aucun plan ; le maire de cette même ville interdit aux compagnons tanneurs de cabaler pour se faire augmenter et régler entre eux le prix de leurs journées.

La question de la durée de la journée de travail est intimement liée à la question du salaire ; aussi relève-t-on des faits de grève qui indiquent chez les ouvriers le désir d'obtenir une journée de 14 heures au lieu de 16.

Telle est la cause de la grève générale des ouvriers relieurs qui éclate un lundi du mois d'octobre 1776 sur le refus des patrons de diminuer de deux heures Id. journée de travail, elle était de par les règlements de 16 heures. Pour justifier leur réclamation les grévistes disaient que par le nouvel édit rétablissant les communautés d'arts et métiers, la corporation des reheurs venait d'être réunie à

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