‹ Les associations ouvrières au XVIIIe siècleChapitre 63 sur 119 · Publié par Briquet, Op. cit · texte numérisé non relu

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celle des papetiers colleurs ; par conséquent ils devaient être assimilés à ces ouvriers et ne faire comme eux que 14 heures.

Leur tentative échoua.

Les maîtres reheurs espéraient que « comme la faim chasse presque toujours le loup hors du bois quand les ouvriers auraient consommé leur petit avoir, ils mettraient fin aux parades injurieuses qu'ils croient se permettre de faire devant les boutiques des maîtres comme pour les insulter et seraient contraints de venir enfin kjube »,

Mais les grévistes avaient fait une bourse commune pour pouvoir prolonger la grève ; envers quelques gargotiers du Mont Saint-Hilaire ils s'étaient engagés à payer la nourriture des plus nécessiteux d'entre eux, c'est-à-dire de ceux que la misère aurait contraint à reprendre le travail avant le temps; à plusieurs apprentis reheurs, qui étaient accourus de la province à Paris pour y travaiher ils donnèrent même une indemnité, afin de les déterminer à ne pas mettre leurs projets à exécution et à s'en aller.

Les maîtres font appel au lieutenant de Police. Dans la nuit du dimanche 13 au lundi 14 octobre six ouvriers sont arrêtés, mis en prison ^ Les camarades reprennent le travail.

Le 9 mars 1748 on constate qu'il s'est élevé à VersaiUes une sédition de la part des compagnons peintres travaillant aux ouvrages de peinture, sculpture qui ont prétendu faire la loi aux entrepreneurs des travaux du Roy et fixer le prix tems et durée de leurs journées et les heures auxquelles ils commenceront et finiront leur travail ; qu'il se trame même tous les jours entre lesdits compagnons de nouvehes intrigues et de nouveaux projets à ce sujet, et comme une pareihe conduite est non seulement contraire à la disposition de l'article 71, des statuts de la communauté

I. Flammermont : Mémoires sur les grèves et les coalitions ouvrières, p. 7.

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homologués en parlement et aux jugements précédemment rendus qui défendent auxdits compagnons de faire aucune brigue pour fixer le prix de leurs journées; mais encore pareille conduite peut être très 'préjudiciable aux intérêts du 2^ubHc, de l'Etat et des maîtres «. Les directeurs de la communauté croient qu'il serait nécessaire de prévenir de pareils désordres. Il y a d'ailleurs des règlements qui fixent les heures de travail et les salaires *.

En décembre 1765 nouvelles difficultés, il faut qu'un règlement - vienne déterminer les heures de travail des peintres. De plus les compagnons qui voudront quitter leur maître devront le prévenir huit jours à l'avance « et s'ils sont plusieurs dans le même atelier ils ne pourront sortir tous ensemble que du consentement du maître à peine de prison ^). Cette mesure est fréquemment renouvelée; on espère éviter tout nouveau cas de grève.

Ainsi la cessation simultanée du travail est un fait constant au xvir siècle ; elle revêt des modes qu'elle n'a pas oubliées à notre époque . On voit les ouvriers constituer des caisses de grève et nous aurons l'occasion d'indiquer que, soit nécessité, soit écart de conduite, les compagnons du

1. Arch. de la préfecture de police. Fonds Lamoignon, vol. .38, f. 596 et suivants.

2. « Ils commenceront à travailler depuis le \^^ avril jusqu'au \" septembre à 6 heures précises du matin et finiront leur journée à 7 heures du soir, et depuis le l^"" septembre jusqu'au l^"" avril à 7 heures du matin jusqu'à 8 heures du soir.

A compter du l^"" avril jusqu'au 1"'' septembre les compagnons auront depuis 8 heures jusqu'à 9 heures pour déjeuner et de midi à une heure pour diner ; la journée doit être de 11 heures de travail ; le déjeuner dans la seconde partie de l'année [l^"" septembre aul«"" avril] de 9 à 10, le dîner, de 1 heure à 2. Dans le l»"" semestre on pourra faire veiller, mais sans que les ouvriers puissent l'exiger, jusqu'à minuit, jusqu'à une heure dans le second — et il y aura une heure pour la collation.

Le prix des journées variera de 10 sols à 30 suivant la qualité des anciens « sans qu'ils puissent exiger plus haut prix à peine de prisons. Si on va à la campagne travailler, l'entrepreneur devra un supplément de 10 sols. Défense aux ouvriers de porter des épées. »

Archives de l'Arsenal, 12369.

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xviii^ siècle donnèrent aux autorités administratives des inquiétudes que bien des Préfets de la fin du xix' siècle ont appris à partager.

Les grèves contribuèrent-elles beaucoup à la hausse des salaires qui se produisit durant tout le xv!!!*-' siècle f

On peut allîrmer que les agissements des ouvriers forcent les patrons à hausser momentanément * les salaires. Aussi les maîtres qui ne veulent pas céder aux réclamations des ouvriers demandent-ils des règlements interdisant à leurs collègues d'élever le prix de la journée. Un arrêt du 18 juillet 1781 défend aux maîtres perruquiers de payer à leurs garçons plus de 15 sous par jour outre la nourriture. Les maîtres chapeliers ne sauraient offrir « des salaires plus élevés que ceux qu'on a arrêtés » dans la communauté.

Les maîtres lors des embauchages pourraient promettre des salaires supérieurs à ceux qu'ils veulent donner réellement; afin d'éviter toute surprise les ouvriers ont soin de se faire avancer le jour de leur entrée des sommes qui sont comme une garantie.

En 1727, à Carcassonne, on constate que les ouvriers « profitant du besoin que les fabricants ont d'eux » se font 'payer d'avance des salaires trop considérables ou quittent leurs patrons si on leur refuse le taux qu'ils demandent. Un inspecteur des manufactures suppliait l'Intendant du Languedoc d'empêcher par une ordonnance ces paiements anticipés ; il le priait aussi d'interdire aux ouvriers de quitter leurs patrons. De Bernage refusait : « car si les ouvriers exigent un prix excessif de leur travail lorsqu'ils voyent que les fabricants ont besoin d'eux, il y a aussi des temps où ces derniers font la loi aux autres, et ne les payent qu'à très bas prix, les obhgeant quelquefois de prendre pour leur payement des denrées sur le pied qu'ils veulent ; ainsi il y a

1. Plus loin nous indiquerons une cause qui amènera des augmentations durables.

une espèce de compensation dans le traitement réciproque qu'ils se font les uns aux autres, dont les temps et les circonstances décident. » Comment obliger les ouvriers à rester chez des patrons qu'ils ne pouvaient ou ne voulaient servir : « les ouvriers seraient dans une trop grande dépendance et même dans une espèce de servitude à l'égard des fabricants ». Amiens compte quatre cents ouvriers qui demandent une augmentation et des avances de salaires et empêchent leurs collègues de travailler. On cherche à punir les meneurs, mais « les preuves étaient difficiles à réunir contre ceux qui n'étaient point arrêtés pendant le mouvement ».

En 1743 on interdit aux maîtres savetiers de Paris de faire des avances à leurs ouvriers et de « payer à leurs garçons un plus haut prix aux uns qu'aux autres ». L'article 6 du règlement des charpentiers de La Rochelle dispose : « aucun compagnon ne pourra quitter son maître qu'au préalable il ne lui ait remboursé les avances que le maître aurait pu luy faire ». Même mesure est prise contre certains maîtres menuisiers de Dijon.

§ 4. Les compagnons et le monopole de la main d'œuvre. — Le placement des ouvriers assuré par le compagnonnage et la hausse dos salaires. — Le bureau de placement des compagnons, le rouleur. — Le salut dos boutiques, le changement de boutiques. — Règlement des vanniers d'Orléans.

— Les compagnonnages éduquent l'ouvrier. — Le fer de gaguro ; les maîtres maréchaux brimés. — Maîtres faisant cause commune avec les compagnons. — Les statuts corporatifs protestent contre ces ententes. — La crise de la main d'œuvre dans les moulins de la Rochelle. — Les ouvriers réclament des avances lors de leur embauchage. — La lutte de l'Etat et des patrons contre les bureaux de placement du compagnonnage.

— Le clerc de la communauté pourra seul placer les ouvriers. — Les bureaux de placement patronaux; les frais qui en découlent sont à la charge des patrons ou des ouvriers.

Le document contenant cette disposition va nous indi-

quer quelle fut la véritable cause qui agit puissamment sur les maîtres et les obligea, par une pression constante, à hausser les salaires. Le 12 janvier 1768, le syndic et les jurés des maîtres menuisiers et ébénistes se portent demandeurs devant la chambre de ville contre plusieurs maîtres menuisiers et ébénistes et compagnons « pour ouïr dire, sçavoir lesdits compagnons qu'ils seront tenus tous sohdairement à payer les sommes qu'ils ont empruntés des maîtres et tenus de battre au champ avec deflfenses de rentrer en cette ville attendu qu'ils se sont soumis pour tous les compagnons qui étoient en ladite ville d'empêcher les compagnons menuisiers étrangers de venir travailler à Dijon et d'en faire partir tous les arrivants parce qu'il avait été délibéré par les maîtres menuisiers qu'ils retrancheroient un verre de vin par repas sur le nombre de trois qu'il étoit d'usage de leur donner; et lesdits maîtres pour ouïr dire que deffenses leur seront faites d'occuper lesdits compagnons... La Chambre a condamné » lesdits compagnons « a payer solidairement les sommes qu'ils se sont fait avancer par leurs maîtres, jusqu'à l'acquittement desquelles lesdits compagnons tiendront prison ; ordonne qu'après le payement desdites sommes les compagnons seront tenus de vuider la ville de laquelle ils demeurent expulsés, leur fait défense d'y rentrer. . . fait très-expresse deffenses aux maîtres menuisiers, cy devant nommés, et à tous autres, de les occuper directement ou indirectement, à peine de cinquante livres d'amende ; ordonne auxdits maîtres de remettre es mains des jurés de leur communauté les hardes, effets et sacs de leurs compagnons, pour être par eux conservés et remis auxdits particuliers, lors de leur sortie de cette ville. Et faisant droit sur les plus amples conclusions du syndic ladite chambre a fait et fait injonction aux maîtres, composant le corps des menuisiers de cette ville, de s'assembler incessamment pour nommer un juré embaucheur des compagnons qui viendront en ladite ville, lequel sera présenté

par les jurés actuels à l'audience prochaine pour y prêter serment * . . . »

Ce n'est point tant par la grève que par le monopole du placement des camarades que les ouvriers arrivent à faire hausser les salaires. Si les patrons ne peuvent obtenir des travailleurs que par l'intermédiaire du compagnonnage, il faudra ou bien accepter les conditions qu'imposent les associations ouvrières ou bien se passer d'ouvriers. C'est en effet ce qui se produit durant tout le xviii^ siècle et l'on doit reconnaître que si la grève n'a pas donné de résultats appréciables, l'accaparement de la main-d'œuvre indispensable au patronat corporatif a été un moyen puissant qui a nécessité des hausses fréquentes. Par son organisation pour le placement des « pays » qui est toujours en fonction dans toutes les villes, le compagnonnage est arrivé à imposer au patronat des obligations analogues à celles que poursuivent les travailleurs de la fin du xix« siècle par le contrat collectif. Notons cependant que le malheur des groupements ouvriers, la cause qui les empêche d'être les maîtres absolus du patronat réside dans ces rivalités de rites compagnonniques s'occupant du bien-être de leur coterie et non du bien-être de la masse.

11 faut d'abord connaître l'organisation du bureau de placement du compagnonnage. Chaque semaine un compagnon devient « rouleur », c'est lui qui est averti par les camarades de tous les nouveau-venus-

« S'il arrive quelque compagnon en ville désirant travailler s'adresseront à la première boutique où il y aura des compagnons signera sur ledit roUe, l'un d'eux sera obligé de le conduire au rôleur et le rôleur sera tenu de le mener au capitaine pour l'interrogé avant de l'embaucher et à faute de cela faire payera la somme de dix sols.

« Le rôleur et le capitaine seront tenus d'écrire les arri-

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