Arch. de la Somme, C
pour un métier donnés comme une masse indivise sur laquelle tous les maîtres ont des droits égaux, absolument de la même façon qu'ils ont des droits égaux sur la matière première nécessaire à leur industrie *. »
Nous pouvons maintenant afiirmer que les conditions primitives requises pour atteindre la maîtrise et la capacité personnelle de l'ouvrier sont remplacées au xviii^ siècle par la puissance qu'exercent le capital et les liens de familles. Celles-ci, en recherchant leurs avantages particuliers, enlèvent à la corporation son utilité ; elles font disparaître cette communauté d'intérêts, entre maîtres et ouvriers, qui expliquait son origine et pouvait en assurer l'existence. Cette union n'existant plus, la corporation était un rouage inutile. 11 fallait ou la modifier ou la supprimer.
Turgot prit le second parti. On a beaucoup discuté l'opportunité de cette mesure. Nous ne saurions nous attarder sur ce point qui rentre dans l'histoire des corporations de métiers ; signalons seulement qu'on a accusé Turgot de « brusquerie ». On lui reproche d'avoir pris une décision que nulle autre n'avait préparée. Ce sont là des affirmations inexactes.
Depuis 1729, la jurisprudence du Bureau du commerce réprouvait les clauses des statuts corporatifs restreignant pour chacun la liberté de se vouer au commerce ou à l'industrie ^ Puis vinrent les économistes, et notamment Viccent de Gournay, qui attaquèrent l'esprit exclusif et jaloux des maîtres '\ Le 25 mars 1755, un arrêt prescrit que les sujets qui justifieront d'un apprentissage et compagnonnage chez les maîtres d'une ville quelconque du royaume où il y a jurande seront admis à la maîtrise de leur profession dans les communautés d'arts et métiers de telle autre ville du royaume qu'ils jugeront à propos de choisir à l'exception