Arch. communales de La Rochelle, E. [Supplément
temps de son engagement aucun des dits sieurs ne pourra le louer engager ny prendre directement ny indirectement pour lui ny pour autre sans avoir par le dit serviteur ou garçon preallablement obtenu de son maître de chez lequel il sort un congé par écrit portant qu'il l'a fidellement servy et qu'il sort de son consentement ce que les dits sieurs susnommés promettent garder et observer, à peine de tous despens et dommages et intérêts et encore de 200 livres d'amende, chasque fois qu'il y sera par eux contrevenu, applicables une moitié aux pauvres de l'hospital général et l'autre moitié à la vollonté dulézé; et outre sera le contrevenant contraint de congédier et envoyer de sa maison le serviteur qu'il aura pris ; c'est l'intention des dits sieurs sus nommés qui pour l'entretien sans y contrevenir à peine de tous despens d'hommages et intérêts, ils obligent
l'un et l'autre tous leurs biens présents et futurs Nous
soubsignès faisant le commerce des raffineries en cette ville certifions qu'il n'est point permis à un apprentif ou vallet engagé pour serviteur dans la raffinerie pour un temps limité de quitter son maître pour aller servir ailleurs avant son temps fini et que nous pratiquons même de ne point recevoir dans cette maison des serviteurs sortant d'une autre raffinerie avant que leur temps soit achevé car autrement cela nous seroit d'un préjudice considérable. »
En 1754 se produit une coalition, non plus locale mais nationale, des maîtres contre les compagnons. Le mouvement prit naissance à Bordeaux. Les patrons de cette ville écrivirent à leurs collègues des principales villes où le compagnonnage était puissant; ils leur demandèrent de se promettre devant notaire de ne recevoir aucun ouvrier en dehors du bureau de placement organisé par les maîtres. En outre on devait refuser du travail à tout « pays » venant d'une autre ville sans être muni d'un bon certificat de conduite. Les règlements rédigés d'un commun accord devaient être soumis à l'approbation des autorités de police
locale et des parlements. Les villes de Nantes, Saumur, Angers et Avignon acceptèrent avec enthousiasme les statuts rédigés par les maîtres de Bordeaux. Dans quelques villes les patrons hésitèrent d'abord à suivre ce mouvement, puis s'y ralUèrent avec empressement ; Les maîtres de toutes les communautés de Nantes écrivent en juin à ceux de Tours pour les convaincre :
Les caballes continuelles des compagnons serruriers de cette ville, les insultes qu'ils font sans cesse aux maîtres, nous engagent a avoir l'honneur de vous écrire pour vous prier de vous joindre a nous afin de tâcher de prévenir les inconvénient qui résultent de l'insolence de ces compagnons ; comme il n'y a que le devoir qui les autorise dans leur desordre, nous avons formé le dessein de les abollir ; nous ferions le bien commun de tous les maîtres de notre état; nous avons pour cet effet écrit à nos confrères de Bordeaux, ils ont approuvé notre résolution ; ils nous ont envoyé leurs reglemens que nous avons trouvé très avantageux ; il serait convenable pour détruire et anéantir entièrement ce malheureux devoir qui est si pernitieux à la société et surtout a notre état, de nous joindre toutes les villes ensemble et à la fois ; alors les compagnons ne trouvant plus de retraite sure seront forcés d'obéir aux maîtres ; par ce moyen nous serons délivrés de l'espèce de servitude où ils veulent nous assujetir. Comme notre projet vous deviendra utile, Messieurs, nous nous flattons que vous voudrez bien vous joindre a nous ; nous vous en prions ; l'uniformité qui régnera entre toutes les villes sera un moyen sur pour réussir, nous avons pris à ce sujet des délibérations en notre communauté, nous en avons conféré a messieurs nos juges, comme notre résolution interesse le bien pubUc, ils nous ont promis toute satisfaction; Monsieur le procureur du Roy nous aidera de ses secours ; il n'y a donc plus, Messieurs, que votre résolution a ce sujet qui opérera la réussite de notre projet ; nous avons l'honneur d'écrire
en toutes les villes ou messieurs de Bordeaux ont écrit afin de les prier de se joindre à nous ; nous nous flattons de n'être pas refusé ; honorez-nous d'une réponse et soyez assurés que nous avons l'honneur d'être avec respect, Messieurs, vos très humbles et très obeissans serviteurs. » La coalition patronale n'eut d'ailleurs aucun succès *.
Nous sommes donc bien loin de l'âge d'or du travail. En vérité l'ancien régime ne paraît pas l'avoir connu et les salariés de la grande industrie en furent peut-être moins éloignés que les compagnons et apprentis des corporations. La Révolution qui modifia profondément la vie nationale ne devait pas non plus résoudre le problème; les rapports entre patrons et ouvriers restèrent en 1789, 1790, 1791 et 1792 aussi tendus qu'ils l'avaient été au xviii^ siècle.