Arch. pari. t. XXVI, pp. 754 et
octroyés? Ils ne veulent pas faire attention que nous ne sommes occupés que six mois de Tannée, ce qui réduit nos journées à 24 sous ; et sur cette chétive paye il faut que nous trouvions de quoi nous loger, nous nourrir et entretenir nos familles lorsque nous avons femmes et enfants ! Ainsi après avoir épuisé nos jours au service de l'État, maltraités par nos chefs, exténués de fatigue, il ne nous reste souvent d'autres ressources que d'aller finir nos jours à Bicêtre, tandis que nos vampires habitent des palais, boivent les vins les plus déhcats, couchent sur le duvet, sont tramés dans des chars et qu'ils oublient, dans l'abondance et les plaisirs, nos malheurs, refusant souvent à la famille d'un ouvrier blessé ou tué à midi le commencement de la journée ' . »
Mais sans attendre deux ans on trouve, deux jours après la prise de la forteresse, la preuve que les ouvriers ont joué un rôle actif le 14 juillet 1789. Le 16, on ^ délivre une autorisation » à M. Damoye, président du district de Sainte-Marguerite, à l'effet d'obtenir du comité des subsistances un secours pour les ouvriers du faubourg Saint-Antoine, surtout pour ceux, en nombre considérable, qui n'avaient pas mangé depuis vingt-quatre heures \ Le 18 juillet 1789, M. Bessin, procureur au Châtelet, commandant la garde bourgeoise du district de Saint-Méri, est introduit dans l'assemblée et lui adresse la parole en faveur des malheureux habitants du faubourg Saint-Antoine qui sont sans pain depuis cinq jours qu'ils ont quitté leurs travaux pour la patrie. « Messieurs, s'écrie Bessin, vous êtes les sauveurs de la patrie, mais vous mêmes vous avez des sauveurs. Ce sont les hommes intrépides qui viennent de prendre la Bastille \ » Le 18 juillet encore, les députés de Paris offrent 45,000
1. Déjà publié par Batbie, Journal de la coopération, avril 1867. Voir aussi Levasseur, Histoire des classes ouvrières depuis 1789, t. I.