Arch. nat
prédécesseurs, et la ruine de la manufacture est imminente si l'on n'accorde pas l'augmentation de 20,000 écus réclamés par les artisans. Et cependant la faute des entrepreneurs ne devait pas être bien grande. L'état de souffrance et d'insubordination était dû au manque de numéraire. M. d'Angeviller avoue que la difficulté de réaliser les assignats, pour la paye des ouvriers, vient s'ajouter à l'inertie des entrepreneurs, cause principale du trouble fomenté dans les ateliers, et il demande que l'ouvrier soit entièrement payé avant que l'entrepreneur puisse s'octroyer la moindre répartition .
Pour calmer les esprits, on conclue des arrangements, « on accorde l'abolition du bâtonnage et la suppression de toute gratification, on laisse les trois premiers ouvriers des Gobelins à 32 livres par semaine au lieu de 30, chiffre de la réduction proposée, et le traitement des apprentis est fixé à 2 livres par semaine en augmentant de 20 sols par année jusqu'à 6 livres la dernière année ».
Si l'on améliorait le sort des ouvriers, il ne fallait pas négliger celui du haut personnel. On avait commis cet oubli à l'égard de Gibert, inspecteur de la Savonnerie ; aussitôt il représentait à son directeur l'insuffisance de son traitement, <( qui n'est que de 1,000 hvres et faisant observer que si on a l'intention d'améliorer le sort des ouvriers, il est juste de penser aussi aux autres employés de la manufacture, notamment au portier ' ».
En province, le manque de numéraire est tel que le district des cordeliers envoie des lingots à la monnaie de Limoges et signale aussi le chômage des ouvriers de l'hôtel des monnaies de Paris « par défaut de matières premières ». Pour payer les manouvriers des grands travaux, il faut recourir aux assignats. Mais les ouvriers ne les acceptent pas ; afin de ne distribuer que du numéraire nécessaire aux artisans,