‹ Les associations ouvrières de consommation, de crédit et de production enChapitre 12 sur 30 · OT M · texte numérisé non relu

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' L'économiste le plus rigonreux ne trouvera pas

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une objection contre cette répartition. Le capital et le travail, la création de la richesse et la richesse créée voient leurs droits également respe'-.tés ; le capital ne reçoit pas seulement un intérêt, mais une part des bénéfices ; l'individu prend dans les avantages de l'œuvre commune la part qui Ivi appartient, aux titres divers qu'il possède. L'adoption de ce mode de répartition est la plus éloquente réponse à toute accusation de tendances socialistes. La preuve en serait, au besoin, donnée par la cause même des dissensions nées dans le sein de la société de la manufacture coopérative de Rochdale. Ce n'est pas le travail qui a voulu élever ses prétentions trop iiaul; c'est le capital qui a voulu modifier les conditions du contrat. De nouveaux venus, contre-mallrea et ouvriers d'élite , enrichis par l'épargne et attirés par le succès de l'entreprise, après être parvenus à s'assurer la majorité, firent adopter la proposition de ne plus attribuer de dividende au travail. Gela n'était pas équitable. Sans doute on devrait repousser éuergiquemeot toute prétention des ouvriers à revendiquer, comme un droit, le partage des bénéfices d'une entreprise créée sans leur participation et placée dans les conditions ordinaires de complète liberté qui doivent présider toujours aux rapports entre eux et les patrons; mais il n'en est pas de même des sociétés coopératrices, dont le principe repose sur la rétribution du travail individuel combinée avec la participation aux avantiiges, et combinée de telle façon que plus le salaire est élevé, c'est-à-dire, plus le travail a été énergique et utile, plus le bénélice qui y est attaché est grand. J'ajouterai encore qut: l'admission librement consentie des employés et ouvriers d'une industrie quelconque à une participation

aux bénélices n'a jsmais été considérée commft dangereuse el coocUornable. Ni les honorables industrielâ, ni les grandes compagnies qui ont adopté ce système, comme l'a fuit par exemple la compagnie du chemin ■ de fer d'Orléans depuis is^d', n'ont cru s'exposer au reproche d'introduire uQe dangereuse innovation dans la société. >

§ VIU. Se quelques autres associatioas de production eu Angleterre.

On se rappelle que les pionniers de Rochdale, dans le manifeste qu'ils publièrent lors de leur fondation s'engageaient : 1' a établir des magasins de vente ; 2° à entreprendre la fabrication d'un certain nombre d'articles afin de les avoir à meilleur compte que par l'achat en gros et de fournir du travail aux associés; S' à construire ou à acheter des maisons pour les membres de l'association ; 4" à employer une partie de leurs bénéfices à la création d'établisseoients communs pour l'instruction et le développement moral des sociétaires ; 5' à accroître progressivement la puissance de l'association en offrant son secours aijx autres sociétéa analogues, et en centralisant toutle mouvement coopératif.

Ces divers buts sont désormais atteints. L'étaUissement des magasins s'étend à toute l'Angleterre; le

I. Depuis 1844, toua tes employés ont pari aux LénéSces dans une proportion prévue par les slatula, Ea 1844, 60 468 tt. ont 4t* répartis entre 719 employésiaofr.eDTiiou pour diauuaeumoyeuaeJ.Ea 1861, une somme de 2171 999 tt. a été répailîe entre eOâS ageaU (en majcniie 360 environ pour chacunj.

nombre des manufactures s'accroît sans cesse , ainsi que celui des bibliothèques et des écoles fondées par les associations. Des sociétés de construction s'organisent dans plusieurs contrées. Celle de Rochdale a déjà construit aux portes de la ville un certain nombre de maisons, qui ont toutes été immédiatepient occupées. La crise d'Amérique a forcé presque toutes ces sociétés de suspendre leurs travaux, mais elles les reprennent en ce moment, et dans quelques années l'Angleterre n'aura plus rjen à envier à cet égard à la France'. Quant à la centralisation du mouvement coopératif, j'en dirai quelques mots en parlant de l'avenir probable de l'association.

Parmi les grandes associations de production, il fai^t ci^er la fameuse fabrique de bougies de Belmont, fondée sous le patronage direct de la société d'encouràgeif. Elle emploie plus de cinq cent^ ui y trouvent pour leur développe- ;t moral des secours de toute espèce.

:e la grande association de Birstall a entrepris la confection des vêtent 657 membres et dont le chifire tellement de ?00 000 à 375 000 fr.; l'association des tâilleqrs de Liverpool, fondée en novembre 1850 avec 12 membres et i}n capital de 1250 f., qui comprend aujourd'hui plus de 200 membres, fait 150000 fr. d'affaires, paye plus de 62ûD0 fr. de

1. Je n'insiste pas en ce moment suc ce sujet, parce que je me propose de publier prachalnemeot un tiafail sur les moyens d'améliorer k eoudiliou des ouvriers à^s fabriquas, en m'appuyaut sur l'eiemple de quelques Jabricanta d'Alsace. Natureilemeot les cités ouvrières de llulhou^, de Cuebwillei, etc., y tiendroM tuie grande place.

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salaires annuels; qui, avec ses bénéfices, a formé un fonds de réserve, fondé une caisse de secours et qui s'occupe en ce moment d'établir une bibliothèque pour ses membres; l'association des tisserands en calicot, fondée à Manchester en 1849, avec douze membres et un capital de 7 schelings et demi, qui, en 1854, possédait 30 métiers et faisait annuellement pour 50 000 fr. d'affaires.

On en pourrait citer encore bien d'autres, l'association des ouvriers fabricants de bière, celle des mineurs de Comouailles, des peintres en bâtiment, des cordonniers, des ouvriers chapeliers de Manchester. Je pourrais dire que, outre l'association des tailleurs de Liverpool, il y a en Angleterre huit autres associations de tailleurs, dont l'une, composée de 18 membres, fait pour 109 875 fr. d'affaires annuelles; que les ouvriers en fer de Londres, associés en 1851 au nombre do vingt avec un capital de l 000 fl-., possédaient en ïBhk pour un capital de 75 000 fr. et faisaient annuellement 107 500 fr. d'affaires; que les ouvriers factairs de pianos, dont l'association comprend quatorze membres, réalisent chaque année 66000 fr.; que l'association des ouvriers doreurs de Londres, composée de cinq membres dans le principe, de quatre maintenant, fondée avec un capital de 200 fr., obtenus par des cotisations de 2 fr^ 50 par semaine, et qui, après les frais de premier établissement, possédait pour tout avoir un capital de roulement s'élevant à 5 fr. 60 c, possède maintenant un fonds de réserve de 5 OOO fr., et est parvenue à ne jamais chdrner, ce qui n'arrive guère aux doreurs. Mais je croîs inutile d'y insister parce que, les unes, les grandes associations manufacturières, ne me paraissent pas, pour le présent du moins, convenir aux

aptitudes de dos ouvriers, et que les autres, celles qui ne comprennent qu'un petit nombre d'associés, ne sont que des imitations plus ou moins lieureuses des associations françaises, dont je me propose de parler avec plus de détail dans la troisième partie de ce volume. Je veux seulement m'arréter quelques instants sur une association de constructeurs de machiïies fondée à Londres dans des conditions et avec un caractère parliculier, dont on peut tirer un enseignement utile. J'emprunte ce récit, en l'abrégeant, à une lettre du professeur Uuber, de Berlin, qui a publié sur les associations un grand nombre d'écrits, et dont M. Gherbuliez li traduit plusieurs passages dans un article du Journal des Économistes, que j'ai déjà eu plusieurs fois l'occasion de citer*.

§ iX. AasociîLtioa des coustructeurs de machines, à Londres.

« Je suis allé hier, dit M, Huber, dans la partie sudest du faubourg de la grande Ninive, pour visiter une association d'ouvriers mécaniciens, qui m'intéressait singulièrement, parce qu'elle est née de la fameuse grève de 1851. Et puis, tant il est vrai que le grelot de la folie est toujours attaché à nos pensées les plus sérieuses, le nom du directeur m'avait paru si original que j'étais impatient de le connaître. Musto I je ne sais ce que tu en penseras, mais je me figurais sous ce nom quelque descendant de Viilcaln en personne, et pour

1. Joumat <Ui Économistes, nov. ISfiO. L'article est intitulé : De» utiociations ouvrièrts, et a été composé à propos des écrits de M. Hu- Ijer, trop peu connus en France, et bien dignes de l'étce davantage.

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rien au monde je n'aurais Voulu quitter Londres sans

savoir quel air avait un Musto. '

L'attente de M. Huber ne fut pas trompée. Au lieu d'un Musto qu'il cherchait, il en vît six, plus gigantesques les uns que les autres, et dont i! décrit avec une verve d'admiration comique les dimensions herculéennes. Quant au Musto qui l'accompagnait dans sa visite aux ateliers, et qui était le directeur de l'entreprise, « sa physionomie remarquablement énergique, mais essentiellement honnête, intelligente et bienveillante, portait cependant une certaine expression de sévérité, de brusquerie, et même de colère, qui faisait désirer de n'avoir avec lui que des rapports pacifiques. Ce Musto s'était fait le précepteur de ses plus jeunes frères, et il leur avait enseigné tout ce qu'il savait luimême, c'est-à-dire ce qu'il faut de mathématiques et de dessin pour devenir bon constructeur de machines, n rendait le môme service aux autres Jetines ouvriers, conjointement avec son second frère, pendant les soirées du dimanche et des jours de fête, et il montra à M. Huber le local affecté à cet usage dans le haut de la maison. »

Outre les six Musto que M. Hubef a eU le plaisir de passer en revue, il y en a un septième, William Musto, qui est l'alné, mais qui na faisait pas pattie de l'association. < Il avait été un des principaux mehfiurs de la grève de 1S51, et il était frèqueiïiihent sighalé comme tel par les journaux du temps. Il devait être retriarquablement doué pour ce rôle, à en juger d'aptes ses discours; mais son ambition et sa vanité n'ont pas su résister aux tentations que lui offrait une telle position 6t qui ont perdu tant de héros populaires.

< Tous ses frères l'avaient d'abord suivi avec bon

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nombte de lewscompagnons. Grâce àleurs épargnes, lis avaient pu engager et soutenir pendant quelqne temps cette lutte inégale; puis à la longue, cette réserve s'était épuisée , et il ne restait plus aux sept frères que deux billets d'une livre sterling. — Quant à moi, dit à M. Huber John Musto, le directeur, en dépit de l'habileté et des beaux discours de William, je voyais bien que nous étions dans une mauvaise voie. D'aiUeors, je ne pouvais plus y tenir. Ne rien faire, voir de braves gens aller au diable en passant leur temps à ne rien faire, à boire, à discourir! Non, il faut que je travaille! —En disant cela, le Muslo faisait craquer ses membres athlétiques. Lorsque je lui deman- . dai comment lui et les autres avaient pu se tirer de là et surtout ce qu'il leur avait dit pour les amener à fonder leur association actuelle : — Ce que je leur ai dit, monsieur ? qu'y avait-il à leur dire ? si ce n'est ceci : Cela n'ira jamais de la sorte, mes amis, et pour moi, je ne puis pas continuer, et je ne le voudrais pas non plus. Il faut que je travaille, mea amis, leur dis-je, et vous aussi; aufrement, malheur à vous! — Et où diable, m'objecta Dick, pourra-t-on trouver de l'ouvrage, si tu ne veux pas en demander aux patrons î ce que tu ne voiidras Jamais, John, Je l'espère. Et que le diable les emporte 1 — Les patrons, répondis-je, je m'en moque comme de celai mais pourquoi n'essayerions-nous pas de nous associer et de travailler pour notre compte ?

« Il paraît qu'il avait de son chef parcouru quelques articles du Christian socialist, et que s'étant renseigné auprès de quelques amis déjà initiés à la pratique des sociétés coopératrices, puis auprès de qu^ques philanthropes deimco/n'j/nn, il avait, grâceà une forte dose

\0k AS80CUTI0NS OUVfilÈHES.

naturelle de bon sens, parfaitement compris le but et les moyens de la chose. 11 avait alors engage tinq de ses frères et deux ou trois de leurs compagnoas à mettre en commua le reste de leurs épaisses, et ils avaient pu ainsi, moyennaat un modique prêt, que son tionnète figure lui avait procuré, s'établir dès le mois de février 1852 avec un capital de 2â00 fr. Mais au commencement l'afTaire ne marchait pas, tous voulant comratnder et aucun ne voulant obéir, ce qui écartait à la fois les pratiques et le crédit ; — Comment, dit-il à ses associés, les gens traiteraient-ils avec vous quand ils ne savent pas quel est l'homme de l'affaire? Les gens, vous savez, ont besoin d'avoir affaire avec quelqu'un. — Et d'ailleurs, on nous trouvait toujours querellant et discourant au lieu de travailler. Je leurs dis donc un beau matin : — Mes compagnons, cela ne peut pas aller ainsi, et pour ma part je n'y tiendrai pas longtemps; non, le diable m'emporte 1 Voulez-vous que je vous dise ce qu'il y a? il y a que pas un de vous n'est en état de diriger l'affaire, et alors commeot pourriez-vous la diriger tous ensemble? Or, moi, je peux la diriger et vous le savez bien, et si vous ne me laissez pas mes coudées franches, tout sera uni entre nous. Je ferai mon ctiemin tout seul. — Bref, le brave Musto avait fait aussi son coup d'état en toute innocence, et il avoua en riant, autant du moins que peut rire un Musto, qu'il avait, en guise de péroraison, montré une paire de poings musculeux....

■ Ce qui est très-remarquable, c'est la réponse que Ht l'association Musto à l'une des questions posées par la Société coopératrice de Manchester, questions sur lesquelles tes différentes associations protégées par la Société étaient invitées à se prononcer par écrit, après

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en avoir délibéré. La Société avait demandé à quelle cause chaque association attribuait essentiellement sa . réussite, et quelle recommandation son expérience lui ferait envisager comme la plus importante pour les associations futures; à quoi les mécaniciens associés de Londres avaient répondu : Mdtre la direclion entre les mains d'unpetit nombre. »

L'association Musto avait donc été fondée en 1852 avec 2500 fr. , dont la plus grande partie était empruntée. En 1854, deuxans après sa fondation, elle possédait un capital de plus de 70 000 iï*., et le chifl're de ses affaires s'élevait de 100 000 à 125 OOO fr. Tout semblait donc lui promettre un brillant avenir. Cependant elle n'existe plus; mais les causes qui l'ont fait périr n'ont rien de particulier à la forme de l'association. Elle a succombé, comme tant d'autres entreprises particulières, à la teri-ible crise de 1857. Sa prospérité, quoique de courte durée, reste donc comme un argument en faveur du principe de l'association, et sa chute ne prouve rien contre lui. Souhaitons seulement aux ouvriers français de trouver parmi eux beaucoup de Mustos, et la plupart des objections qu'on fait aux associations tomberont bientôt d'elles-mêmes devant un aliment qui seul triomphe de toutes les hésitations et de toutes les résistances, le succès.

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