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CHAPITRE III

ASSOCUTIONS DE CRÉDIT. — BANQUES D'éCOSSE.

Les associations de crédit ne semblent pas devoir prendre, d'ici à quelque temps, un développement bien considérable en Angleterre- Cela tient à ce que les associations de consommation en tiennent lieu. En effet elles reçoivent en compte courant les dépôts volontaires, et les intérêts qu'elles servent sont en général assez élevés. D'ailleurs l'association de consommation mène tout naturellement ses membres à l'association de production, grâce à l'accumulation facile des bénéfices qu'elle opère pour eux ; et comme la plupart de ces associations sont par principe ennemies du crédit, qu'elles ne le demandent ni ne l'accordent à personne, il en résulte que jusqu'à présent elles n'ont guère songé à lui. Cependant il n'est pas possible que les magasins fassent la banque pour un temps indéfini, puisque leur but et leurs besoins sont parfaitement déterminés. H faudra bien qu'ils cessent de recevoir les dépltts, quand ils n'en sauront plus

ASSOCIATIONS OUVBIÈRES. 107

que faire ; et, d'un autre côté, il n'est pas supposable

que cette haine do crédit persiste bien longtemps, car

ce serait se priver volontairement d'une puissance

considérable. Il faudra donc bien que les associations

songent, dans un avenir prochain, à organiser leur

crédit d'une manière plus complète. En attendant

qu'elles le fassent, je crois bon de dire quelques mets

d'une forme de banque assez peu connue en France,

et qui remplace daïis une partie de l'Angleterre les

banques d'avances de l'Allemagne. On peut m&me dire

que celles-ci ne doivent une grande partie de leur

valeur qu'aux emprunts qu'elles ont faits aux banques

d'Ecosse.

fl y a en Ecosse des banques à qui leur organisation particulière permet de rendre de grands services à la petite industrie et au petit commerce. Ce ne sont pas des banques populaires proprement dites, mais ce sont des banques universelles. Elles prêtent aux riclies, comme toutes les banques du monde, mais elles ne refusent pas de prêter aux pauvres. Elles ne reculent pas devant les opérations à découvert que repoussent toutes les autres banques , et elles sont parvenues à en faire disparaître à peu près tous les dangers. Tandis que partout ailleurs on ne préfait que sur nantissement, le* banques d'Ecosse ont pu prêter à des gens qui ne possédaient rien, sans qu'une expérience de plus d'un siècle et demi permette de les accuser de témérité. Faut-il croire que ce qui a si bien réussi en Ecosse soit impraticable chez nous? Pourquoi? Si ces banques n'ont jamais eu à se repentir fie leur hardiesse, faut-il en attribuer l'honneur à quelque cause locale, telle par exemple qu'une probité exceptionnelle de la part des ouvriers Écossais? Non;

la cause qui a fait réussir ea Ecosse des opérations qui partout ailleurs entraîneraient mille iuconvénients est parfaitement connue, c'est que leur organisation du crédit populaire repose bur un principe dont, presque partout ailleurs, on a méconnu la puissance, le principe de la solidarité ! C'est grâce à l'application intelligente de ce principe que la population ouvrière de l'Ecosse a échappé à une grande partie des misères qui, dans la plupart des autres pays, semblent fatalement attachées à sa condition ; c'est l'application de ce même principe qui en ce moment fait de l'Allemagne l'initiatrice du crédit populaire en Europe et qui tourne les regards de quiconque s'intéresse au sort des ouvriers et' à l'avenir de l'industrie et de la civilisation vers les banques d'avances de M. Sctiulze-Delltzsch.

En France, un ouvrier qui veut s'établir doit attendre patiemment qu'il ait amassé la somme nécessaire pour louer une boutique ou un atelier, pour acheter ses outils, ses matières premières et pour alimenter son exploitation, à moins que par grand hasard il ne trouve un patron, un parent ou un ami, qui non-seulement ait confiance dans sa probité et dans sa capacité, mais qui , outre la volonté, ait |la possibilité dtt lui fournir les avances dont il a besoin. Ëo Ecosse, la situation est toute différente. L'ouvrier ou le commis qui veut s'établir, et à qui il manque tout ou partie de là somme nécessaire, n'est pas condamné pour cela à remettre indéiiniment l'exécution de son projet. Pour peu qu'il soit connu pour un honnête iiomme et pour un ouvrier habile, il lui sera toMJaurs facile de trouver parmi ses connaissances, dans un pays où tout le monde est en relation avec la banque, deux ou trois personnes ,qui y soient connues, et qui

soient disposées à lui rendre service. Dès lors il est sûr de trouver le crédit dont il a besoin. Accompagné de ces deux ou trois personses, il ae rend à }a succursale de son endroit, et moyennant la garantie de ces deux ou trois personnes, qui attestent son honorabilité et sa capacité, la banque lui ouvre un crédit en rapport avec ses besoins ; ce qui lui permet d'acheter ses matières premières , ses outils et de solder son loyer, ses ouvriers, ses commis, en donnant en payement des ordres sur la banque.En même temps, il diminue sa dette en \eT3a.ut jour par jmtr à la banque toutes les sommes qu'il reçoit, car celle-ci lui tient compte jour par jour des intérêts de toutes les sommes qu'il lui cODlie. Grice à ce roulement continu du crédit et du débit qui fait passer par la banque toutes les dépenses et toutes les recettes de son client, celle-ci est toujours tenue exactement au courant de ses af&ires et n'est jamais embarrassée pour savoir si elle doit élargir ou restreindre son crédit. De plus les garants on toujours le droit d'examiner les comptes, et ils peuvent agir en conséquence.

Le résultat de cette manière d'opérer, c'est que, pour peu qu'il présente des garanties morales, l'ouvrier n'est pas condamné à passer sa vie dans la dépendance, faute de pouvoir se procurer l'argent nécessaire pour les frais de premier établissement; c'est ensuite que. grâce à la faculté de payer toutes ses dépenses en papier, il peut placer à intérêt tout l'argent qu'il reçoit, OU' même le convertir en capital fixe, de manière à étendre et à rendre plus productive son exploitation. De plus, et c'est là un des effets les plus favorables à la prospérité générale, aucune somme, si petite qu'elle soit, ne reste inactive, grâce à l'oi^anisalion de

ces banques vraimeDt universelles, qui puisent partout les capitaux disponibles pour les verser saqs relâche dans la circulation, de manière i ce que, par la. rapidité du ipouvemeot, des c&pifAin relativement ipédioçres produisent des résultats que n'obtient pas une rijCbesse réelle bien plus coiistdérable daps les pays qui ne possèdent pas d'institution de cette nature * ; eniip, et c'est ^e lait papilAl, la possibilité, ouverte à cha£un d'exploiter à son propre profit toutes ses faeullés productives leur communiqye une ezcilation et une énergie qui ne contribuent pas médiocrement au bien-être de tous. Voilà pour les efiets matériels. Mais si l'on consi4ère les résultats moraux, U sera facile de comprendre qu'ils ne sont pas moins considérables. La nécessité du cautionnement personnel oblige chacun à veiller sur lui-même et à mériter la confiance et l'estime, qui seules peuvent lui donner droit au crédit. La considération personnelle devient par là un moyen direct de s'enrichir et une des premières nécessités île l'industrie et du commerce. La vertu cesse

1. Dans ces derni^ies années, on banques sur le modMe des banques < jnencent déjt à s'en take sentit.

En somme les banques de cette nature ont un caractère principal qui fait leur supériorité sur les autres. Tandis que les banques ordinaires reçoivent de toutes miins cl n'aCcordent leurs services qu'à une classe restreinte de citoyaos, les banques d'Ecosse, grice à leur ingénieuse combinaison, qui leur permet de tenir compte, dans une certaine mesure etsans grande chance de perte, de ce que j'appellerai le capital moral, ferrent à |a btis l'ouvner et U grande industrie , et lont olfice pour tout le monde et en mémo temps de caisse d'épargnes, de banque de dépôts, do caissier et d'établissement de crédit. Leur exemple est la meilleur argument qu'on puitse imposer à ceux gui comliatlent le principe de la liberté des banques. Nulle part le régime soi-disant protecteui n'a produit do pareils effets.

d'être un vain nom, puisqu'elle devient une condition de succès, et un honnête homme est bien près d'être un homme riche. Les qualités sociales, celles même qui semblent les plus étrangères à l'industrie et au commerce, prennent une importance commerciale- En ■effet, il ne suffit pas d'être probe, loyal et capable , il faut encore savoir inspirer la confiance et l'affeclion. Le plus honnête et le plus habile homme risquerait fort de ne trouver personne qui voulût répondre pour lui, s'il était en môme temps malveillant et méchant ou simplement hargneux et querelleur. De cette manière l'intérêt personnel, qui partout ailleurs est la cause la plus ordinaire des haines et des discOFdes en même temps que le stimulant le plus énergique de toutes les passions égoïstes, devient en Ecosse l'agent le plus actif de l'affection et de la fraternité et l'auxiliaire le plus efticace des meilleures qualités morales. Et tout cela par l'efiet d'une simple combinaison de banque, tant est grande l'influence des conditions économiques sur le développement moral de l'humanité I

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