L'ASSOCIATION EN ALLEMAGNE
besoins. 11 crée, si l'on veut, des iiiiliUs, mais Donpas des choses nouvelles. Ainsi, pour prendre un exemple, la terre , dans certains pays, produit un arbrisseau dont les fruits sont enveloppés d'un duvet épais et long. L'industrie humaine s'empare de ce produit naturel et le transforme en 01 ; ce fil lui-même est transformé en étoffes, et les étoffes en vêtements. C'est toujours la même balle de coton qui a passé par ces différents états, pour servir à des usages différents.
Mais pour lui faire ^ubir ces transformations, il faut : 1" se procurer la matière première, soit par achat, soit par échange ; 2° posséder uue certaine quantité d'instruments '; 3° avoir l'habileté nécessaire pour s'en servir. Je pense que personne ne me contestera cette triple affirmation, car cela revient à dire que sans matière première, sans argent, sans instruments et sans habileté personnelle, il est impossible de rien produire. Or ce que j'appelle capital se compose : l" de l'argent ou du produit quelconque qui a servi à procurer au fabricant le coton dont il a besoin ; 2° du coton lui-même, qui, une fois qu'il l'a dans ses magasins, devient une partie de son capital ; 3" de l'outillage, qui va servir à manufacturer le coton ; 4° de l'habileté acquise du fabricant à transformer le coton brut en fils et en étoffes. Cet exemple nous donne le capital sous ses trois formes : le capital fixe, représenté par l'outillage, dont le caractère est de servir à plusieurs opérations et dont le renouvellement ue se fait qu'à de longs intervalles ; le capital circulant, représenté par le coton, par l'argent employé pour se le procurer et pour le manufacturer, et qu'il faut renouveler à diaque opération nouvelle ; enfin le capital personnel, qu'on peut faire rentrer dans la catégorie du capilai fixe, et qui n'est au-
tre que l'habîlet)^ même du fabricant. On voit que le 'caractère commun de ces trois catégories du capital. c'est de concourir ù la transformation du produit naturel en produit manufacturé, ce que, en langage économique, on appelle la production,
]I fautaussi remarquer en même temps que le capital SQU3 ses trois formes n'est pas seulement l'instrume4|W>écessaire de la production, mais qu'il est luimême et nécessairement le résultat d'une produciion antérieure. L'argent que le fabricant emploie à acheter son coton, il faut ou qu'il l'ait extrait lui-même de la mine ou qu'il l'ait acquis en échangeant contre lui d'autres produits de son industrie, ou qu'il l'ait reçu, i un titre quelconque, de quelqu'un qui se le soit procuré lui-même par l'un de ces deux moyens ; le coton, il a fallu le planter, le cultiver, ou tout au moins le récolter et le transporter ; l'habileté a dû être acquise par une étude et une application plus ou moins longues et pénibles. Donc on peut appeler capital tout ce qui sert à la production, et cet instrument général de la production n'est jamais qu'une accumulation de produits résultant d'un travail antérieur et mis en réserve pour augmenter les moyens d'action du producteur, c'est-à-dire, et il est bon de le remarquer à cause des préjugés trop généralement répandus à l'égard du capital, que l'argent possédé par un homme représente toujours, à moins d'avoir été volé, une somme de travail équivalente, effectué par lui ou par ceux qui le lui ont transmis.
Il n'est pas inutile de remarquer aussi que, en verlu même de sa défînilion, l'expression de capital, considérée par rapport aux objets auxquels ou l'applique, est essentiellement variable. Ainsi l'outillage du ma-
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nufaclurier, qui est pour lui un capital, est pour le mécanicien qui l'a fait un produit, de même que le llL qu'il produit devient matière première, c'est-k-dire partie du capital circulaot, pour le tisserand, lequel à son tour produit une étoffe qui est la matière première de l'industrie du vêtement. Capital et produit représentent donc souvent le même objet, selon qu'on le considère comme moyen ou comme rôsnltat du travail ; ce qui explique pourquoi il n'y a ^ital proprement dit que quand il y a accumulation de produits en vue d'un accroissement de production. Par conséquent l'ouvrier a dans sa force et dans son habileté professionnelle un capital personnel ; dans ses outils, un capital fixe ; mais il lui manque le capital circulanl, parce que son travail, lui donnant tout juste de quoi entretenir ses forces et acheter des outils , ne lui permet pas d'accumuler ses produits. D'un autre côté les produits ne pouvant s'échanger que contre des produits, et l'intermédiaire presque obligé de l'échange étant l'argent, il en résulte que l'argent est devenu dans les transactions commerciales le représentant ordinaire de la valeur des objets. Par conséquent le capital fixe et le capital circulant pouvant toujours s'évaluer en argent, et s'échanger avec lui, ou s'est habitué tout naturellement à entendre sous l'expression de capital, quand elle n'est pas autrement déterminée, la somme d'argent dont chacun peut disposer en vue d'une opération quelconque.
Le capital argent étant donc par son caractère d'intermédiaire et par sa faculté illimitée d'échange l'agent principal de la production, il est clair que si l'on pouvait l'engager indéfiniment dans des opérations de production sans pour cela cesser de l'avoir toujours à
sa disposition pour des opérations de production incessamment renouvelées, on arriveraiï à accroître indéfiniment la puissance du capital. C'est précisément ce que iait le crédit.
Il n'y a pas longtemps que les institutions de crédit ont pris en France la place qu'elles y occupent aujourd'hui. Jusque vers le commencement de notre siècle, le commerçant et l'industriel n'opéraient guère qu'avec leurs propres capitaux, et ils ne les aventuraient guère. Le plus souvent, on ne fabriquait que les produits auxquels les déboudiés étaient assurés par des commandes faites d'avance, et par la même raison la somme des produits était peu considérable. Le capital engagé dans l'opération se reconstituait par la vente des objets fabriqués, et permettait de faire face à de nouvelles commandes. Cette fabrication intermittente pouvait donc se passer du crédit, et elle avait l'avantage de ne jamais dépasser les besoins de la consommation. Aussi l'industrie n'élait-elle pas exposée k ces crises qui semblent être devenues un de ses fléaux habituels, et qui proviennent de l'exagération de la production par rapport à la consommation. Il est facile de comprendre en effet qu'un manufacturier ne fabriquant que sur commande n'avait pas à craindre de garder en magasin ses marchandises ou d'être obligé de les écouler au-dessous du prix de revient. ïl en était de même pour le commerce, qui du reste, sauf pour le commerce d'importation et d'exportation, n'était pas comme maintenant, distinct de l'industrie. Dans la plupart des cas, l'industriel se confondait avec le marchand et l'atelier était dans In boutique. Le mouvement des affaires étant peu considérable, le producteur pouvait vendre lui-même au public les produits
de Bon travail. Les foires étaient à peu près les seules occasions qu'eussent autrefois l'industrie et le commerce de se livrer à des opérations aléatoires. De Ik la solidité proverbiale de l'ancien commerce, qu'on oppose si souvent à la fréquence des faillites de notre temps.
C'était certainement un avant^e de pouvoir toujours opérer à coup sâr; mais aussi quelle lenteur dans la production I A forc« d'application à ne pas se risquer au delà des besoins de la consommation , le consommateur, c'est-à-dire le public se trouvait privé des bénéfices que lui assurent désormais la concurrence plus active des producteurs et la nécessité où ils se trouvent souvent d'abaisser à la dernière limite du possible, et quelquefois même au dessous, le prix vénal de leurs produits.
D'ailleurs il ne faut pas se faire d'illusion sur les avantages que semblait assurer à l'industrie et au commerce la mélbode alors adoptée. Si les désastna étaient rares, les grandes fortunes l'étaient encore plus, et si les bénéfices étaient assurés, ils étaient peu considérables. 11 fallait après chaque opération attendre des commandes nouvelles. C'étaient de continuelles pertes de temps. Or, dans l'industrie et dans le commerce, le temps, c'est de l'argent, d'abord parce que l'outillage oisif se détériore sans compensation, et ensuite parce qu'un capital dormant perd nécessairement une somme égale à celle des intérêts et des bénéfices qu'il aurait produits, s'il avait été employé.
C'est ce que l'on a fini par comprendre, surtout depuis l'application de la vapeur à l'industrie. C'a étt^ toute une révolution, dont les conséquences sont encore loin d'être épuisées. Une des principales a été
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l'essor donné au crédit. Ce résullat était inévitable. (Ine Tois en possessîoif ^ ces machines si puissantes, mais si coûteuses, l'industrie ne pouvait plus s'accommoder des lenteurs du travail sur commandes. L'énormïté des frais de premier établissement, la nécessité de construire de vastes usines afin d'amoindrir les frais généraux par la possibilité d'un accroissement de produclion forcèrent lapiupart des manufacturiers de recourir au crédit et à l'association. Dès lors, il fallut produire et produire sans relâche, sous peine d'être dévoré par les seuls intérêts du capital engagé. La première conséquence de cette activité nouvelle de la production fut d'abaisser le prix des produits, afin de leur ouvrir des débouchés en les mettant à la portée d'un plus grand nombre de consommateurs.
Mais pour produire, il faut, outre le capital fixe, un capital circulant, qui serve à acheter les matières premières, à payer le salaire des ouvriers, à entretenir et à réparer l'outillante. Le manufacturier qui vient d'épuiser son capital à fabriquer pour cent mille francs de produits, laissera-t-il chômer ses ateliers jusqu'à ce qu'il ait pu reconstituer son capital par la vente de ses marchandises? Mais les ouvriers condamnés à des chômages continuellement répétés, l'abandonneraient bien vite ; les délais de la vente et l'oisiveté de ses machines auraient en quelques jours dévoré tous les bénéfices qu'il pourrait se promettre de ce travail intermittent. Il faut donc qu'il vende et qu'il vende vite. Mais cela n'est pas toujours possible, et d'ailleurs dans la plupart des cas il ne peut pas espérer d'être payé comptant, car ses produits sont achetés par d'autres industriels à qui il est obligé de faire crédit. Ainsi le fabricant de draps vend au marchand en gros, qui à
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soo.tour vend au tailleur. Or, celui-ci est obligé.de faire
crédit à ses pratiques; il faut dooc i]ue le marchand en
gros lui fasse crédit, et par la même raison que )e
fabricant fasse crédit au marchand. C'est une série de
délais qui du consommateur remontent au premier
producteur.
Celui-ci cependant qui ne peut pas rester sans rien faire en attendant la rentrée de son capital, et qui en même temps possède des valeurs réelles représentées par ses produits mêmes, emprunte sur ces valeurs de manière à pouvoir continuer son travail. Toute la question pour lui est de trouver à emprunter à un taux inférieur au bénéCce qu'il doit retirer de la venlç de ses produits. Si ce bénéfice doit être, par exemple, de 9 ou 10 pour cent, il aura avantage à emprupler à 5 ou 6 pour cent, car s'il attendait, il perdrait précisément la dliférence, c'est-à-dire 4 pour cent , puisqu'il manquerait à les gagner.
g IL Définition et organisation du crédit.
Mais à qui empruntera-t-il? Ira-t-iJ de porte en porte jusqu'à ce qu'il ait trouvé un capitaliste, qui ne sachant comment employer son argent qu'il ne peut faire fructifier lui-même, sera bien aise de le prêter à 5 ou 6 pour centî Ou bien attendra-t-il que ce capita' liste vienne lui-même le lui offrir! Ce serajt bien un hasard qu'ils pussent se rencontrer, et il y faudrait bien du temps. Ce serait une perte réelle pour l'un et pour l'autre.
Il faut évidemment entre eux un intermédiaire dont le rôle soit précisément de savoir quels sont les caplta-
listes qai veulent prêter et quels sont les industriels qui ontbesoin d'emprunter. Ces intermédiaires existent, ce sont les banquiers. Leur fonclion dans la société est parfaitement simple. Ils reçoivent d'une main les capitaux disponibles, moyennant un intérêt déterminé qu'ils s'engagent à leurs risques et périls à payer au dépositaire, et de l'autre ils remettent ces fonds aux industriels qui, eux, s'engagent à leur payer ce même intérêt, plus un droit de commission, qui est la rémunération de leur service. De cette manière, tout le monde est content, et le capitaliste qui reçoit un intérêt de son argent, et l'industriel, qui peut continuer son exploitation, etle banquier qui reçoit le prix de son iptervenlion. Mais ce n'est pas tout, et la plus grande part du bénéflce est pour le public tout entier. En effet, grâce aux banques, des milliards qui dormiraient sans rien produire dans les caisses des particuliers se trouvent sans cesse versés dans la circulation et alimentent sans relâche le travail productif. Les ouvriers lui doivent la constance de leur salaire, et le consommaleur, c'est-à-dire le public, doit à l'abondance des produits l'avantage de les payer moins cher. En effet, bien que le crédit ne produise pas de capital et que, suivant l'expression populaire, l'argent ne &sse pas de petits, il est bien clair qu'une somme de cent mille francs, qui, prêtée à des échéances de trots mois, va successivement dans le courant d'une année alimenter le travail de quatre fabriques, est autrement utile pour le public que la même somme enfermée dans un coiïrefort ou dépensée en fêtes et en parures.
Il est certain que à côté de ces immenses avantages, ce mouvement si rapide des capitaux présente quelques dangers. Ainsi il peut se faire que l'industriel
qui, en empruntant 100 000 fr. pour faire marcher son usine, compte pour les rendre sur la vente de ses produits antérieurs, soit trompé dans son espoir, qu'une circonstance imprévue déprécie ses marchandises et le mette dans l'impossibilité de faire honneur à sa si- ■ gnature. Il peut par là être contraint à une faillite. Mais au fond qu'est-ce que cela prouve? Tout simplement que grAce au mouvement rapide des affaires, l'industrie moderne avec son énorme puissance de production a besoin de débouchés autrement larges que l'industrie du temps passé , et qu'elle exige de ceux qui l'exercent une justesse de coup d'œil, nue fertilité de ressources, une puissance de prévision, en on mot une sagacité et une intelligence qui n'étaient pas nécessaires à la timide el tranquille industrie de nos pères. Accuser le crédit des désastres si fréquents de l'industrie moderne, c'est reprocher aux armes à feu d'être plus dangereuses que la flèche du sauvage. Toute force est un danger pour qui ne sait pas s'en servir, et d'autant plus dangereuse qu'elle est plus puissante. 11 en est du cri^dit, comme de la vapeur; ceux qui l'accusent ressemblent à ceux qui ont peur des cliemins de fer, parce que des chaudières mal construites ou mal conduites peuvent éclater.
D'ailleurs ce serait une grave erreur de s'imaginer que l'industrie se trouve en ce moment dans une situation normale. L'accroissement rapide de la production depuis l'introduction des machines à vapeur a rompu l'équilibre. D'un autre côté la consommation, sans cesse sollicitée par l'abaissement du prix des objets manufacturés n'a pins rien de fixe, et i! est bien difficile de déterminer le point où elle s'arrêtera. Il en résulte que les rapports de l'offre et de la demande
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varient sans cesse, et que les deux teimes ne pouvant pas êlre délerminés d'avance, il est impossible de baser les calculs sur autre chose que sur des probabilités fort incertaines. De là une foule d'erreurs désastreuses, dont une expérience plus complète rendra le retour moins fréquent. Nous sommes dans une situalion transitoire. Il n'y a donc pas à s'étonner que nous en subissions les inconvénients.
Quoi qu'il en soit, il n'y a plus à y revenir. L'impulsion donnée au crédit ne s'arrêtera plus. Les opérations de banque proprement dites paraissent ellesmêmes trop lentes. Au lieu d'attendre que le capitaliste porte son argent chez le banquier, on fait appel par tous les moyens aux plus petits capitaux, qui n'auraient pas songé à se présenter à la banque, et qui par conséquent seraient restés enfouis dans des tiroirs ou à la caisse d'épargne. Or, le total de ces petits capitaux forme des sommes très-considérables. Ainsi une compagnie se forme pour l'exploitation d'une mine ou d'une ligne de chemin de fer. Les associés mettent en commun un capital qui est leur garantie personnelle, mais qui est insufSsant pour l'exploitation. Ils font appel au crédit en émettant des actions et des obligations dont le chiffre, bien que déterminé par la loi, est facilement éludé. Le moyen le plus ordinaire est celui-ci. A|h^8 avoir longuement énuméré, dans des drculaires partout distribuées, partout afîichées, tous les avantages réé éprise,
au lieu de demander i invile
à souscrire une mise i ferait
peur à un grand noml pour-
raient fournir, on ne ' it par
exemple de 50 fr. sur , avec
promesse de ne faire de nouveaux appels de fonds qu'à des intervalles plus ou moins éloignés , calculés de manière à laisser aux moins riches l'espoir de pouvoir d'ici là se mettre en mesure de compléter leurs versements.
Mais ce n'est pas tout. Celte combinaison à elle seule ne suffirait pas, car les petits et très-petits capitalistes qui prennent part à l'opération sont par leur situation même exposés plus que les autres à avoir besoin un jour ou l'autre de cet argent qu'ils versent dans la caisse de la grande industrie. Une maladie, un chômage, la nécessité d'un voyage pourrait leur faire regretter d'avoir engagé leur argent, s'il fallait pour être remboursé attendre un terme déterminé, et cette considération pourrait écarter un certain nombre d'entre eux. Le crédit a pourvu à tout. Ces actions, ces obligations remboursables après un nombre fixé d'années, peuvent être vendues dès le lendemain de l'émission au marché des valeurs, c'est-à-dire à la bourse, par l'entremise d'agents privilégiés, qu'on nomme agents de change. L'avantage de cette combinaison est évidente. A tout instant on peut acheter ou vendre des titres, car ils sont au porteur, c'est-à-dire, qu'ils appartiennent, comme les billets de banque, àquiconque les achète, de même que toute autre marchandise. Ainsi pendant que le capital argent travaille, le titre lussl mobile que l'argent le et en même temps, sa valeur legré de confiance qu'inspire ! il est engagé.
is suiSsantes pour faire comactères essentiels des opérale qui a du crédit est donc un
homme qui, soit par l'ensemble des garanties morales qu'il présente, soit plus ordinairement grâce à la possession d'un capital fixe, comme une maison, une usine, des marchandises, des terres, n'est jamais réduit à manquer d'argent et à attendre les bras croisés, dans une oisiveté ruineuse, que la vente de ses produits ait reconstitué son capital roulant; enfin c'est un homme qui trouve moyen d'utiliser tout son temps (times îs money), et de tirer de son outillage et de son capital fixe tout le service possible, en escomptant l'avenir et en Dlilisant à son propre profit et au profit du public les capitaux d'autrui. En un mot, avoir du crédit, c'est inspirer de la confiance, et par suite avoir la faculté d'emprunter. Or, si les qualités personnelles de l'emprunteur sont pour beaucoup dans la confiance qu'il inspire, il est connu que le plus honnête homme du monde peut mourir d'un coup de sang, sans avoir eu le temps de mettre ordre à ses alfaires et de payer ses dettes. Si cet homme est un ouvrier, une maladie, un chômage de quelques semaines peuvent le mettre pour longtemps hors d'état de rembourser ce qu'il a emprunté. Pour avoir la faculté d'emprunter, il faut donc posséder quelque chose qui garantisse la dette et réponde du remboursement, c'est-à-dire qu'il faut être riche dans une certaine mesure. C'est ce que dit le proverbe : on ne prête qu'aux riches. Pour que les ouvriers aient du crédit et qu'ils puissent emprunter, faut-il donc qu'ils commencent par s'enrichir? Mais si pour s'enrichir ils ont besoin de ce crédit même qui leur manque? Commeut sortir de ce cercle? C'est précisément ce qu'a trouvé M. Schulze-Delitzsch.
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ASSOaATIONS OUVRIERES.
g III. HËcessilé du crédit pour l'ou
M. Horii, dans l'excelleDle introduction qu'il a mise en tête du livre de M. Batbie, sur le crédit populaire, fait observer avec grande raison que s'il est une classe qui ait besoin de crédit, c'est-à-dire de la faculté d'escompter les ressources de l'avenir et de disposer momentanément du capital d'autrui, c'est précisément celle dont le présent est le plus gêné et qui possède le moins de capital propre.
Or, non-seulement ce besoin de crédit est manifeste, mais, par suite de la transformation qui s'opère si rapidement sous nos yeux dans la condition du commerce et de l'induslrie, ce besoin s'accroît chaque jour pour la population ouvrière, enmêmetempsquedécroissent dans une proportion encore plus rapide les moyens de le satisfaire. Il n'y a pas du reste à s'en étonner ni à s'en effrayer. Il était naturel que les institutions de crédit lussent- d'abord perfectionnées par ceux-là même qui avaient une plus grande expérience des affaires, c'esi-à-dire par les grands industriels et par les riches commerçants, et qu'elles le fussent à leur protit. Mais si le fait n'a rien de surprenant, il n'en est pas moins réel.
Autrefois, l'industrie et le commerce étaient sous l'empire du régime de» corporations et des règlements restrictifs presque toujours inspirés par un egoisme étroit et violent. Les corporations n'avaient d'autre souci que d'assurer leurs bénéQces en accumulant autour d'elles les obstacles contre toute concurrence. Chaque industrie tendait à se constituer de
ASSOCIATIONS OUVRIÈBES. 129
lait en une sorte de monopole collectif, vigoureusement défendu contre toute tentative du dehors. Aussi l'ouvrier, le simple compagnon ne pouvait-il guère songer k s'établir, et si par hasard il osait en concevoir la pensée, il trouvait autour de lui, dans les lois et dans les usages tant de difiSculléi de toute espèce, que la plupart du temps il était contraint d'y renoncer. Quand, par hasard, il parvenait à triompher de ces obstacles, il n'avait pas besoin de grands frais d'installation, ni d'un fonds àe roulement bien considérable. Un atelier dans une chambre obscure qui servait en même temps de boutique, quelques outils peu coûteux, voilà tonte la dépense de premier établissement. Gomme, d'un autre cflfé, on ne travaillait guère que sur commande, k chaque livraison le capital se reconstituait avec addition du bénéfice. On arrivait ainsi tout doucement à une petite aisance, grâce aux privilèges de la corporation, qui limitaient singulièrement la concurrence, et l'on ne risquait guère de se ruiner, à moins qu'il ne prit fantaisie aux gens du roi ou du seigneur de vous dépouiller, ou qu'on ne fût pillé par les routiers ou autres gens de mauvaise vie. A quoi aurait servi le crédit dans de pareilles conditions? Aussi n'y songeaiton guère, et, si quelqu'un de ces placides industriels du douzième ou du treizième siècle revenait au monde, il serait grandement ébahi à voir la façon dont nous nous comportons aujourd'hui.
En effet, tout a changé I Le désir de l'indépendance se répand de plus en plus dans les esprits, et comme les corporations ont disparu avec leurs règlmients jaloux et qu'il suffit pour s'établir d'avoir de quoi acheter des outils et louer un atelier, il y a un grand nombre d'ouvriers qui ne travaillent que dans l'espoir
d'amasser ta somme nécessaire à l'accomplissement de ce projet. S'établir, voilà la grande affaire et le but de toutes les pensées !
Mais si les lois ii'y font plus obstacle, il y a bien d'autres difficultés qui ne sont guère plus commodes à écarter. D'abord le pris exagéré des loyers dans les grandes villes. La seule location d'une boutique dévore ' au delà des bénéûces qui sufGsaient aux petits iûdnstriels du siècle del-nier. Mais ce n'est pas tout : k cette boutique, il faut des cuivres, des dorures, des glaces, des panneaux richement peints, mille accessoires dispendieux imposés par les habitudes du luxe moderne. Il y a loin de là à la modeste échoppe qui sufGsalt autrefois à la plupart des industries. A cette boutique somptueuse U faut joindre un magasin contenant de vastes approvisionnements. Il faut que le citent trouve tout sous sa main, qu'il puisse choisir. On ne veut plus attendre. Aussi le travail sur commande, si commode et si sûr pour le fabricant, tend-il à disparaître chaque jour. La confection a pris sa place à peu près partout, ^le fixe et immobilise quelquefbis pour longtemps des capitaux considérables, qui dans d'autres conditions auraient amplement sufB pour alimenter la fabrication; sans compter que, dans un grand nombre d'industries soumises aux caprices delà tnode, il faut périodiquement renouveler l'approvisionnement et souvent vendre au rabais des marchandises excellentes qui n'ont d'aUlrè tort que de ne plus ré pondre aux exigences du goût dominant. Pour tout cela, il laut un capital de roulement , sans cesse renouvelé, que le crédit seul peut fournir.
La fabrication n'est pas soumise à des conditions moins rigoureuses que le commerce. II lui faut d'im-
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menaes ateliers, de grands magasins, des ouvriers nombreux, des machines coûteuses. Comme elle est obligée de produire sans relâche, il lui faut sans cesse acheter des matières premières , et, pour retenir ses ouvriers, leur fournir sans interruption du travail, même dans les moments où elle n'est pas sûre d'écouler ses produits. De là mille hasards, souvent désastreux, et la nécessité permanente d'un capital disponible. Ce capital, elle ne peut le demander qu'au crédit, et elle trouve à le faire un avantage évident, ptiisque elle emprunte généralement à 5 ou 5 et demi pour cent, et que dans les conditions normales ses bénéfices s'élèvent à un chiffre supérieur. ÈUe a donc en profit toute la différence. Aussi est-il à peu près de règle que le fabricant ou le commerçant engage à peu près tous ses capitaux dans son exploitation, et s'adresse au crédit pour les dépenses coûtantes.
M. Sorn cita plusieurs exemples frappants des souffrances et des privations qu'impose aux classes ouvrières le manque de crédit. A Lyon, dans l'industrie de la soie, le chef d'atefier prélève environ la moitié environ du solde net de l'ouvrier. Cette moitié peut s'élever à 5 ou 600 fr. par an. Or la seule différence qui existe entre le chef d'atelier et l'ouvrier, c'est que l'un possède plusieurs métiers et que l'autre n'en a pae. C'est donc uniquement la location d'un métier que l'ouvrigf paye souvent pour toute sa vie de la perte de son indépendance et de la moitié du produit de son travail. S'il pouvait trouver quelque part la soDome nécessaire pour acheter un métier, il pourrait la rembourser en une ou deux années sans s'imposer d'autre sacrifice que celui qu'il s'impose pour le louer,
et, après ce temps, il serait propriétaire, indépendant,
et assuré de la totalité de son gain.
Partout on trouve des exemples semblables. Faute de pouvoir acheter une machine à coudre, plus d'une ouvrière, qui travaillait chez elle et à son compte, est forcée par celte nouvelle concurrence d'aller à l'atelier où elle laisse le tiers de ce qu'elle ga^e. Ou bien ce sei-a un petit industriel, établi, qui, ne pouvant, faute d'ai^ent, réparer ou renouveler à propos les instruments qu'il est parvenu à se procurer à force de travail et de privations, se trouvera forcé de se remettre au service d'un maître, et de retomber dans la condition à laquelk il pensait avoir échappé.
Les inconvénients du manque de crédit sont plus sensibles encore pour l'apprentissage. Si des parents n'ool pas 4 ou 500 fr. pour payer l'a faut, il faudra qu'il paye de se arrive le plus souvent. Cela dant trois ou quatre ans l'en!
odieusement exploité par un qui lui fera perdre la pren tourses ou à remplir des o n'ont aucun rapport avec le i de lui apprendre. Quand il s cette partie de son engagement, au bout de quelques mois le plus souvent, l'apprenti sera déjà' en état de gagner quelque chose, et dans la plupart des cas une année sufSra pour que le mattre n'ait plus rien à lui apprendre. Il restera donc encore deux années pendant lesquelles le produit du travail de l'apprenti passera intégralement dan» la poche du patron. Supposez que les parents eussent su où emprunter la somme nécesjaire pour payer l'apprentissage de leur enfant, sa po-
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sition dans l'atelier eût élé toute différente, et il aurait facilement, dès la seconde ou la troisième année, pu gagner de quoi rembourser la somme empruntée.
Il serait inutile de chercher d'autres exemples. Il suffit de songer à la situation d'un graud nombre d'ouvriers qui, avec toutes les qualités morales nécessaires pour mériter la confiance, avec toutes les quaUtés professionnelles propres à assurer leur succès dans l'industrie ou dans le commerce, sont réduits, faute de crédit, à vieillir dans une condition sans issue; qui, avec un peu d'aide, pourraient rendre à la société des services sérieux par un exercice plus complet de leur initiative et de leur activité, et que l'impossibilité trop évidente de sortir du cercle étroit où ils sont renfermés jette dans le découragement et dans tous les vices qui en sont la suite, ou même livre sans défense aux funestes conseils du désespoir. La plupart du temps ce sont leurs qualités mêmes qui les perdent. Quand après avoir lutté avec une énergie digne d'un meilleur sort, ils retomI>ent accablés par le sentiment de leur impuissance contre les obstacles qui leur ferment toute issue, il est bien difficile qu'ils ne s'en prennent pas à la société qui leur refuse le prix de leurs efforts et qu'ils ne se considèrent pas comme des victimes de l'injustice sociale. Combien y en a-t-il parmi ces malheureux toujours prêts pour l'émeute et la guerre civile, qui n'auraient jamais songé à en appeler à la violence, s'ils n'y afaient été amenés par l'espoir de trouver dans une transformation sociale le seul moyen d'arriver au but d'une légitime ambition 1 Toutes les déclamations contre les passions anarchiques ne changeront rien à l'état réel des choses. Or la réalité, c'est que, en proclamant la liberté du travail, en faisant
toznl>er les barrières légales qui s'élevainnt entre l'ourrier et le patroTi, la Révolution a stimulé et exalté dans les ^mes le seQtiipent de riadépen4ance, l'énei^e ifidividiielle, l'espoir et le besoin d'une coqdition meilleure, et que ce besoin trouve partout autour de lui des obstacles infi-aDchissables. Tant que ces obstacles subsisteront, il est impossible que le cMfue %e rétablisse d'une manière solide et durable. Or de tous ces o]>stacles, le pitis considérable et ^ vrai dire le seul ^riei^x, c'est le manque de crédit. Que l'ouvrir troqve du crédit, et tous les dangers disparaissent.
$ IV. De l'argauisation présente du crédit, par rapport à {'ouvrier.
M^'sce crédit dont il a besoin, où peut-il le trouver? Chez les banquier^} La Banque, telle qu'elle e^t organisée ei» France, n'est pas faite pour l'ûRTÔer. Elle rend d'iniinenses services à toutes les parties de la population eq activant la circulation et 1)^ pro4uctiOTi, eq livrant au travail des capitaux qui sourent ^ns ^Ue restefaient oisifs dans les caisses des particuliers. Elle contribue donc pour une grande part au bleuâtre i]e l'ouvrier et par l'accélération du ||iov)vemept des capitaux, qui, en produisant davantage, rendant les produits plus accessibles wx petites bourses, çt parce que en alimentant l'industrie et le coounerce par la rigidité des prêts et des emprunta, dos achats et des ventes, elle assure et accroît les salaires. Mais les serriçea qq'elle lui rend, tout considérables qu'ils puissent être, sont indirects. Qitant à le faire participer dir^tement au crédit dont elle est l'organe et la distributrice, il n'y faut pas songer : il ne lui présente
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pas de garanties suffiaaQtes. Il ne possède ni maison, ni terres, ni titres, et elle n'a ni le loisir ni la volonté de s'enquérir de ses qualités personnelles.
Il y a jnèuie plus, c'est que, si la Banque rend des services indirects à la population ouvrière en alimentant le travail, co,nsidérée à un autre point de vue, elle lui porte un préjudice direct. Elle refuse de lui prêter, mais elle prête h tous ceux qui peuvent lui livrer eu nantissenieiit des titres de rentes, des obligations, des hypothèques, etc., etc., c'est-à-dire à la grande iadtistrio et au grand commerce, qui en un certain sens sont les ennemis naturels de la petite industrie et du petit commerce. On peut donc dire avec quelque apparence que c'est grâce h la Banque que ceux-ci sont écrasés et étouEFés par la prépondérance chaque jour plus exQrl)itante de leurs pui^s^iits rivaux, qui les tuent en leur imposant par la concurrence des nécessités de lyxe, d'approvisionnements et de dépenses de toutes sortes, qu'ils ne peuvent supporter. Or S) la Banque ne prët@ qu'aux riches, elle emprunte très-volontiers aux pauvre. De ces fonds qu'elle prête â la grande industrie, une partie, la plus petite il est vrai, est prélevée sur tes économies de la population ouvrière, et de cette manière les ouvriers eux-mêmes, en plaçant leurs épargnes che; les banquiers, prêtent, sans s'en douter ou faute de savoir où mettre leur aident, à ceux-là même dont la concurrence le;^ opprime et le? condamne à vieillir dans la dépendance.
■ Il y a vingt-cinq 4ns, dit un ancien industriel cité par U. Hom, ceux qui avaient des fonds disponibles.... conunanditaient de nouveaux établissements ; beaucoup même étaient de simples préleurs, heufeux de
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retirer de leur argent un intérêt de 6 pour lOO. Tous ces fonds, mis à la disposition du commerce et de l'industrie, formaient un capital flottant Tenant au secours de celui qui en avait besoin, se retirant ensuite pour passer dans les mains d'un autre. A cette époque, les commis qui avaient plus d'intelligence que d'argent, les ouvriers qui avaient une bonne conduite et du tilent, trouvaient facilement la somme nécessaire pour s'établir. Quoique ce fût le petit nombre, chacun pouvait espérer d'y arriver; c'était un encouragement pour tous. Beaucoup de chefs d'établissement qui ont fait de grandes fortunes seraient restés ouvriers s'ils n'avaient pas trouvé cette ressource.» C'étaient surtout les petits capitaux qui prenaient cette direction. Quiconque avait quelques épargnes les prêtait volontiers au ivoisin , au petit comoierçant , et chacun y trouvait son bénéfice. Aujourd'hui les chemins de fer, les grandes compagnies financières et industrielles aspirent et absorbent tout. Dès qu'on a quelques centaines de francs disponibles, oo achète des titres, et la petite industrie se trouve abandonnée à 'ses propres ressources. L'état, à son tour, est venu lui porter le dernier coup, en ajoutant à toutes ces concurrences une concurrence nouvelle et plus formidable que les autres. Non content de la supériorité que lui assure sur tous les emprunteurs la garantie de la fortune publique, il s'est ingénié à trouver mille combinaisons séduisantes pour attirer & lui jusqu'aux plus faibles épargnes et pour les détourner de la production industrielle. Aux impôts déjà excessifs viennent s'ajouter des emprunts qui menacent de devenir périodiques, et dont le résultat le plus clair est d'enlever à la circulation les capitaux nécessaires à l'industrie et au com-
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merce, et de produire coup sur coup dea crises financières funestes à la prospérité générale. .
La seule source de crédit qui reste ouverte à l'ouvrier, c'est le mont de piété, qui lui prêtera quelques sous, moyennant un intérêt de lo à 12 p, lOû, à la condition qu'il y laissera ses vêtements, ses outils ou son lit. II faut avouer qu'une institution qui vend à ce prix ses services n'est pas de nature à résoudre le problème du crédit populaire. Elle peut, dans des cas désespérés, fournir à l'ouvner ruiné par le chômage ou la maladie de quoi acheter un morceau de pain pour attendre des temps meilleurs, mais ce n'est pas sur elle qu'il peut compter pour conquérir son indépendance.
On en peut dire autant des sociétés de secours mutuels. Elles rendent certainement des services trèsconsîdérablea à la population ouvrière, et rieu n'est plus loin de ma pensée que de les déprécier. Mais si elles sont très-utiles pour combattre la misère, en empêchant la maladie de dévorer les épargnes de l'ouvrier et en l'habituant à se préoccuper de l'avenir pour en conjurer les dangers, elles ne peuvent rien pour son émancipation, et jamais elles ne feront de l'ouvrier un propriétaire.
Quant aux caisses d'épargne, il faut reconnaître avec l'éloquent auteur de l'Ouvrière , que si elles sont excellentes pour entretenir et fortifier le goût et l'habitude de l'épargne, elles ne sont guère propres à les faire naitre. Le maigre intérêt de moins de k p. 100, qu'elles servent à ceux qui leurs confient leurs économies, ne constitue pas un stimulant assez énergique. D'ailleurs l'obligation où se sont trouvés les gouvernements d'abaisser à plusieurs reprises le maximum des dépôts
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oppose ui) obstacle trës-sérieu? à leur 4éve1cipt>en)çnt et à leur efficacité. Ce n'est pas avec les lOûû fr, que les caisses d'épargne conseqient k recevoir que l'ouvrier pourra s'établir. Cette somme peut |ui être utile coipme appoint, mais où prendra-l-îl le surplus dont il a besoin î En supposant même qu'il trouve à en)prudter une somme égale à celle qu'il possède, il u'auia toiyours fL sa disposition que 1000 fr-, parce qu'il faudra qu'il laisse à la caisse d'épargne le total de se^ dépôts, comme garantie du capital qu'il emprunte pour 30a exploitation. Cette suppositiop mémt! est exagérée, car à piûips d'avoir une entière coiifiaiice dans l'hoBnêteté de l'emprunteur, on hésitera toujours à lui prêter, sachant qu'il n'a qu'à demander à la caisse son remboursement pour que en quinze jours I9 garantie du préteur ait disparu. Les caisses d'épargne, telles ^'elles soQt constituées, ne peuvent donc pB« nop plu$ donner aux ouvriers le crédit dont ils ont bosoin- Elles peuvent bîep le mettre sur le chemip de l'émancipation, mais elles pe sauraient les y amener.
11 est assez singulier que le succès d^s banques d'Ecosse n'ait pas eu d'influence sur l'organisation du crédit dans les autres pay?. Cela tiçnt £( plusieurs causes, dont la principale est l'esprit de routine qui domine dans les questions de finance comme dans le$ autres. Ainsi que nous l'avons déjà expliqué, l'industrie fit le commerce , organisés comme ils l'étaient autrefois, ne sentaient guère le besoin de crédit. Souvent même , dans leur ignorance des faits économi-
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queg, ils s'en défendaieqt cQqipae d'ilP entteipi. Ûuan4 l'intradgctioD des tnaçt^ines plus perfectioqnées, et en dernier lieu de ]ï vapeur, commencèrent à transformer les habitudes du travail, les institutions de ci'édit se piodiâèrent uniquement dcps la mesure des besoins de la grande industrie, qui naturellement se trouva tout entière aux maios des grands capitalistes. A force d'énergie et de sacrifices, la petite industrie et le petit com;qerce ont soijtepu d'abord comme ils ont pu U concurrence sans sopger à se rendre compte des causes qui les ruinaient. Us ft'y devaient songer, comme topjours, que quand ils seraient à bout de force. lies hommes pe gavent se laisser instruire que par des désastre? et les seules lecpns dont ils prohtent sQpt celles qu'ils af hètept ai} prix de la souSi^çe. C'est ce q^ii arrivei^ encore cette fois. Ruinés par la supériorité écrasante de leurs concurrents, les petits commerçants et les petits industriels finiropt par comprendre qu'ils ne peuveqt se relever que par l'association de crédit; que, ayx grandes compagnies qui les affament, il faut opposer la puissance de l'associatipQ et chercher dans une nouvelle organisation du crédit populaire la force de lutter contre les envahissements (ju crédit aristocratique.
Ce qu'il ï a eq effet de très-remarquable, c'est que toute cette ioule qui ne saurait nulle part trouver de crédit, possède en réalité gn capital très-considérable. Mais faute de connaissances, d'initiative et d'entente, çUe ne sait pas en tirer parti. Tandiaquelabourgeoîsie, rompue aux affaires, invente chaque jour des moyens de crédit à son usage particulier, la population ouvrière, uniquement vouée au travail des bras, sans connaissances économiques et sans expérience per-
soDDelle des combinaisona propres à lui fournir le crédit dont elle a besoin, laisse dormir sans emploi Doe bonne partie de son capital disponible, surtout dans tes villages et dana les petites villes. On formerait un total formidable de toutes les petites sommes qui dorment ainsi sans rien produire , dans des tiroirs, où elles s'accumulent sou par sou, jusqu'à ce que, après des années, elles permettent à leur possesseur d'acheter un bout de champ ou une paire de bœufs.
Une autre partie s'enfouit dans les caisses d'épargne, sans proSt pour le commerce et l'industrie, auxquels elle pourrait rendre de si grands services. Son unique emploi est d'alimenter et de grossir la dette flottante de l'État , qui , pour échapper aux embarras dont le menace sans cesse l'obligation de la restituer du jour au lendemain, s'applique sans cesse à en combattre l'accumulation en s'efTorçant par tous les moyens de l'immobiliser le plus vite possible. Malgré ses efforts et ses restrictions, cette somme s'élève aujourd'hui à quatre cents millions. Versée dans la circulation, elle produirait au moins le double de ce qu'elle rapporte à ses possesseurs et elle donnerait une impulsion féconde au travail qui languit faute de capitaux et de crédit.
Une troisième partie est placée chez les banquiers ou sert à acheter des actions dans les grandes entreprises. Ces placements ont au moins l'avantage d'être productifs et de concourir à la prospérité publique, puisque en somme ils servent à alimenter le travail. Hais c'est autant de perdu pour la petite industrie qui se trouve ainsi dépouillée des capitaux qui semblaient le plus naturellement devoir lui revenir, au profit des grands industriels, dont la concurrence l'écrase. Or si nous nous en rapportons au recensement de
..ibïGoo'^lc
1851, la petite industrie occupe en ÏYance trois fcùs plus de bras que la grande (7 810 )50 habitants contre 2 094 370) sans compter l'industrie agricole, où la proportion est encore plus forte. On peut donc dire sans exagération que, au point de vue du crédit, les deux tiers des habitants de la France sont sacriûés à l'autre tiers. Et cela, non pas par suite d'une infériorité nécessaire et irrémédiable , mais uniquement faute de chercher avec assez d'application et de persévérance le moyen de rétablir l'équilibre qui tend de plus en plus à se rompre.
ËQ somme ce ne sont pas les capitaux qui manquent pour fonder le crédit populaire, mais c'est l'art de les employer et de les forcer à rester au service de la petite industrie. Dans la condition présente, ils sont sans doute peu considérables, comparés à ceux dont dispose la grande industrie, mais ils seraient suffisants, si au lieu de se disséminer de droite et de gauche, ils savaient s'unir et se concentrer. Le mal, c'est que la population ouvrière jette son argent aux quatre vents, et que après avoir prêté aux banquiers, aux grandes entreprises et à l'État des sommes qui ne vont peut-être pas à moins d'un milliard, elle ne saurait trouver pour elle-même cinquante millions de crédit.
S VI. Solution da prohième. ~ Banques d'avances.
La question ainsi posée se résout d'elle-même. Puisque le mal dont souffre la population ouvrière tient à l'organisation présente du crédit, il n'y a qu'à l'oi^aniser autrement. Puisque le manque de crédit,
Ikt ASSOCIATIONS OOVRIÈÎlES.
(jui pèse sut la populallon ouvrière et qiil paralyse ses efforts, résulte moind de l'itlsuffisaiice des cSpitaul Hùé de leiir dispersiotl , il suffit de les mit et de les cotidenser. Puisque l'impùiâsance et le dëpéHssement de la petite industrie sont des conséquences de l'Isolement et de la divisiân qui là livretlt sans dgfbnSe à là conciirrence des gratides ca&i|>àgiiles et â la ctialltioQ des capitalistes, elle tl'ti qil'â auirrê leur etbiupie et à s'asaocier pout^ soutenir lài Idtte. Association et solidarité, voilà la solution du prdblèttife, toità le l-e'mède qui guérira les misères dont toute l*ËliropO souffi^ depuis longtëûipii. KoUâ iTohs d^à Vu les merveilléilx effets du seul pHtieipe de solidité dank l'organisation du crédit en Ecosse. Nous allons 16 Voir uni & celui de l'associatloQ dans les batiques d'Allemagne, et c'est précisément l'heureuse couibltiaisoll de ces deUx principes qui a fait l'ifnnlense succès de ces banques, et qui permet d« penser que ta question du crédit populaire est aujourd'hui résolue. Les banques d'Ecosse, nolis l'avons vu, ont de très-gratids avantages sur les autres , au point de vue qui UoUs occupe, parce qu'elles font des operatioils à découvert et qu'elles prêtent sans autre garantie qUe des garanties morales; elles ont donné Un ezeùlple excellent (il est vrai qu'on ne l'a pas suivi), en ouvrant des tirédtts à quiconque trouve deux ou trois personnes disposées à répondre de son honnêteté et de sa capacité '. Elles
1. 11 ftul bioh remftrquer que !& buiqafl d'Ecowe n'aiige ni de l'amprunteur ni des répondants qu'ils aient des capttaui ; il lui suffll de le» connaître at de savoir qu'ils ne se fernol paS un jeu di leurs engigaioents. Elle sait bisn que deut ou trois perwonflE, qti'rils connut, qui sont ses chants, qui ont besoin d'elle, n'iront pu da gaieté de cœur s'accorder {ioui'pktrôtiiiei& ses dépens et aux léuH tui
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ont inauguré par là, il y a près de detix cefils am, la vraie forme dU crédit démocratique; mais il n'est pas au pouvoir de la population ouvrière de décider les baçqUes des autres pays à imiter celles d'ÉcoSSe. Le plus simple était d'en foûder qui rendissent les rtiéiîiei services. Cest ce qu'a fait M. Schulze-Delitzsch, et désormais, puisqu'on ne peut pas ïivolr des banques universelles, des banques pour tout le monde, comme en Ecosse, \eà pauvres auront leurs banques k e\li, comme les riches ont les leurS.
Toute la combinaison, dans ses traits extérieurs, est très^lettement et complètement exposée dans ces lignes de M. Gherbuliez * : ■ Lorsque des centaines d'industriels, individuellement pauvres et sans crédit, fnettent en commun leurs responsabilités personnelles et le produit d'une cotisation annuelle qu'ils s'imposent , ils acquièrent un crédit collectif, avec lequel ils peuvent facilement se procurer des capitaux , qu'ils emprunteront comme société pour les prêter à ceux d'entre eux qui en auront besoin. Telle est en deux mots la société de crédit mutuel. Avec le temps, les associés emprunteurs payant un intérêt plus fort que celui que paye la société, et les cotisations s'accumulant, il se forme un fonds qui peut rendre superflus les emprunts au dehors, et qui produit pour chaque associé un intérêt proportionné à la part pour laquelle il y a contribué. Dès lors ces industriels deviennent
/tipm BU kn iuMp^le. Chee nous suisi U banque prêtera duis drt conditions en apparence semblabUa, es réalité très-nlifférenies. Porlez-luï la signature d'un riche capitaliste, connu pour tel, elle vous ouvrira un erËdit, mais untquèount parcs qu'alla se sauripufaitement couverte par la garantie qu'elle aura autre las mains. 1. Journal des ÉconomisKS, nov. 1860, p- 18l-18i.
capitalistes et indépeadants ; tout au moins ils sont
sur le chemin de l'indépendance et de la fortune. >
La dénomination de Banques d'avances, qui a prévalu, n'est donc pas, comme on le voit, parfaitement juste, car elle n'exprime que la fonction des banques, sans rien indiquer du principe sur lequel elles reposent, et qui leur donne l'existence. Ce principe constitutif de l'institution est, comme le fait parfaitement ressortir la définition de M. Cherbwliez, le principe d'association. En effet, le caractère qui à première vue semble le plus saillant dans l'organisation de ces ban ques, c'est d'être des associations de prêts ou d'avancer Mais ce n'est pas tout; l'association même n'explique encore que le cAté en quelque sorte physique de la combinaison. Sansl'association elles n'existeraient pas, mais sans les principes de mutualité et de solidarité, elles n'auraient plus ce qui fait leur caractère essentiel, ce qui en est le principe vital, l'âme, pour tout dire en un mot. C'est grâce à l'association qu'est devenue possible l'accumulation de capitaux qui donne à la banque la faculté matérielle d'opérer; mais sans les principes de mutualité et de solidarité, ces capitaux seraient bien vite épuisés. En somme, malgré l'apparence, l'association ne constitue pas le caractère vraiment original des banques d'avances, car dans la réalité nulle part il n'y a de banque qui ne repose plus ou moins sur une association de capitaux; les plus riches banquiers ne sont riches que parce qu'ils peuvent disposer d'un nombre plus ou moins considérable de petites sommes qui leur sont confiées sous une forme ou sous uoe autre par le public. L'innovation vraiment féconde des basques d'AÛemagne consiste dans une imitations c'est l'importation sur le continent des principM de mutua-
ASSOaATIONS OUVRIÈRES. 145
lité et de solidarité dès longtemps appliqués en Ecosse ; c'est d'avoir mis le crédit à la portée de tous par l'usage du cautionnement réciproque.
Le fonds social se compose des sommes que payent les associés comme droits d'entrée, et des cotisations mensuelles auxquelles ils s'obligent jusqu'à ce qu'ils aient complété une somme déterminée, qui est en général de 60 fr. et qui constitue une action. Dans la plupart desassûciations.ledroit d'entrée est de 1 fr. 25c. à 1 fr. 87 c, payal)le en plusieurs fois, et la cotisation mensuelle obligatoire oe dépasse guère 25 c. On voit que les sacrifices qu'on demande aux sociétaires ne sont pas bien considérables, et qu'il n'y a pas grands efforts à faire pour entrer dans l'association. Que) est le malheureux à qui il soit réellement impossible d'économiser 25 c. par mois? C'est pourtant là tout ce que l'on exige des sociétaires, et cela seul suffirait pour démontrer la parfaite connaissance qu'avait des besoins et des habitudes du pei^le le fondateur de ces associations. Or, pour rendre ces sacrifices encore plus légers, du moment qu'un associé a versé 1 fr. 25 c. pour droit d'entrée et qu'il a payé la première cotisation mensuelle de 25 c, la banque se met immédiatement à travailler pour lai. Tout versement, quelque petit qu'il soit, donne dr^iît à une part proportionnelle des
ir le Créait populoirt,
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bénéfices. Maisjuscpj'à ce qu'il sojt actionnaire, c'çst-idipe jusqu'à ce qa'iL possède à la banque une aonime de 60 fr., l'associé n'a p^a droit de toucher ^ ses dividendes. Ils se capitalisent à son compte, et diminuent d'autant les versements nécessaires pour former son apport régIfmeQtaire. Or, comice le droit d'emprunter est proportionnel au capital déposé h la banque, il résulte de ces combinaisons que les associés ont un double intérêt et par&iteinent clair à compléter le plus vite possible leur action, en portant à la baoqiie toutes les petites gommes dont ils peuvent disposer et dopt l'accumulalion augmente d'autant leur divideade, et, quand Us sont actionnaires, à continuer \ grossier de la ménœ manière leur capital, puisque la ipiotil^ du capital iDdÎTicki9l de chaque sociétaire détermiifp le chiSTre des avances auxquelles il a droit.
Il est clair que des droits d'entrée et des eotïsatioQs si peu considérables ne peuvent pas dëa le i^inpipe former un fonds suffisant pour des opérations s^ijgiir ses. Hais dès qu'il s'élève à quelqoes cestainâs de francs, il permMdéjà de faire des ^opruats uïUec^ au nom de l'association, sons la garantie aolidaiea 4e tous ses membres. Les sommes, empruntées pour la plupart à 4 ou 5 p«ur lOû, soqt géo^alement prêtées aux associas «u taiB de 5 pour 100, plus un droit de commission d'un quart pour 100 par mois, ce qui porte l'intérêt ies prêts à S pour 100.
Ge taux, qui peut paraître excessif, doit à son ^v^ tàark même plusieurs avantages. &'abord i| empâche les emprunts inconsidérés. Chacun e» erapruntaol comprend qae ia restitution pourra être IsJaorieuse; il y Eegud« ï deux f<Qi« et œ se dét^iplne i wp^rnnter que quand il s'est bien convaiscn gne l'opératios «n
vue de l^ijuellB il veut emprunter lui sera réellement avantageuse, ce qui n'arriverait pas avec un intérêt trop abaissé. D'ailleurs il ne faut pas oublier que cet inconvénient, si c'en est un, n'est pas sans compeasatioa : plus rinlérôi des emprunts est élevé, plus anssi sVcroissent les bénéâces de la banque, c'est-à-dire Ifii dividendes des associés qui sont précisément les emprunteurs. Ce qu'ils payent d'une main leur revient dp l'autre. L'associé n'y perd donc rien, et la banque y gagne de posséder toujours par ce moyen un fonds de roulement capable de faire face aux éventualités. D'ailleurs, même sans ceUe raison de ppudence, il est bien clair que la banque ne peut pas prêter eiaclement aux conditions auxquelles elle emprunte. Il tant bien que ses opérations lui fournissent le moyea : I" de payw les intérêts qu'elle doit pour les sommes qu'on lui prête à 4 ou 5. pour lOO; 2° de restituer petfi peu une partie des sommes primitivement empruntées ; 3* de se créer à eUe-m^me un capital qui lui permette de faire au moins une partie de «e> opérations avec ses propres ressources. Tout cela n'est possible qu'à I9 condition de réaliser des bénéâces sensiblemaat supérieunt a.\n^ dépenses. Sufin, g^âca à l'élévation de l'intérêt des sommes qu'elle prêt^, elle^ peut étendre indétoimett et rapidement ses opérations , tandia que si elle prêtait à peu pnÈs au taux où elle empcunte eUe-mâdW, n'ayant pour ae libérer et pour étandre ses opération^ que la ressource bris-lente des cotisations:, elle serait obligée d'angmeDter indéfiniment le nombce de ssa associés; ce qui rendait ces sortes de banques a^sez di£6cile$à éfaldir dans les campagnes et dans les localités peu peuplées, et ce qui de plus ne leur permettrait de se développer que très-lentement. Or, il
ne faut pas perdre de vue que pour réussir dans des entreprises qui ont besoin d'être soutenues par l'attention publique, la rapidité des développements est une condition essentielle. Une grande partie du peuple, trop peu éclairée sur les questions économiques pour juger par elle-même de la justesse des combinaisons qu'on lui pro^iose, a besoin d'être séduite par le succès et ue va guère que là où la porte le courant de l'opinion publique.
§ vin. Emprunta coUactifs.
La question des emprunts collectifs de l'association a été très-discutée. Quelques-uns auraient voulu que les banques ne commençassent leurs opérations que quand elles auraient réuni par le moyen des cotisations et des versements volontaires des fonds suffisants pour opérer avec leurs propres ressources. Cette crainte du crédit chez des fondateurs d'institutions de crédit est assez singulière. Ils ne voyaient pas que ces retards auraient fait perdre aux banques, c'est-à'^ire aux associés, tous les avantages et bénéfices qu'on aurait pu réaliser dans l'intervalle. Or, cet intervalle aurait pu être considérable, tant à cause du petit nombre des associés dans les premiers temps, t^e de l'exiguïté des cotisations. Au contraire, par la méthode des emprunts, on a pu commencer les opérations presque immédiatement, et sans risque, puisque le taux de l'intérêt des sommes prêtées par la banque est de 3 pour 100 audessus de celui qu'elle paye pour ses emprunts. Les emprunts ne pourraient devenir un danger sérieux que dans le cas où le capital emprunté se trouverait
hors de proportion avec le capital propre de la société. Tonte la question revient à fiier la juste proportion qui doit se trouver entre ces deux éléments. Dans une de leurs dernières réunions{niai 1863} les déléguésd'un certain nombre d'associations ont exprimé l'opinion que, dans les banques populaires, l'avoir des sociétaires devrait constituer au moins 10 pour 100 du capital d'opéAWkms dès le début, 25 pour lOO dans les trois premières années et ensuite 50 pour 100, de manière à ce que les opérations se fissent moitié avec le capital des sociétaires, moitié avec les capitaux empruntés. Cette combinaison semble en effet être assez raisonnable. Elle évite pour l'association tout danger sérieux, et en même temps elle lui assure les avantages d'un champ d'opérations plus étendu. Le capital propre de l'association étant égal à celui qu'elle emprunte lui permet de trouver de l'argent plus facilement et à un taux moins élevé, parce que la garantie qu'elle offre aux bailleurs de fonds est plus considérable et plus sûre; et d'un autre côté, elle a toujours pour opérer une somme double de celle qu'elle posséderait si elle se réduisait à ses seuls capitaux. II est vrai que les intérêts qu'elle a à payer à ses bailleurs de fonds réduisent d'une manière notable ses bénéfices et par suite les dividendes des associés. Mais cet inconvénient est amplement compensé par la facilité qu'elle acquiert de faire des avances à un plus grand nombre de sociétaires. Loin donc de condamner ]a méthode des emprunts, j'avoue que s'il fallait absolument trouver de i'Mtagération d'un côté ou de l'autre, je serais porté à accuser les banques allemandes de timidité plutôt que de témérité. Ou moment que les prêts qu'elles font aux associas sont garantis en grande partie par les fonds
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versés par eux dans leurs caisses, elles ne courent pKsque aucun risque, et en tous cas, elles opèrent avec bien moins de hardiesse que les banques d'Ecosse,
. lesquelles pourtantn'ont pas encore eu, depuis plus de cent cinquante ans qu'elles fonctionnent, comme nous l'avons vu, l'occasion de s'en repentir. Il est vrai qu'en pareille matière il vaut mieux pécher par excès de prudence que par l'eicès cobtraite, et que surtout au Commencement d'une pareille entreprise, il est bon d'éviter tout ce qui pourrait alarmer. Quand les banques d'avances auront derrière elles un passé suffisant pour fermer la bouche aux prophètes de noalheurs, elles pourront alors sans dai^er mettre à profit leur propre expérience.
Parmi les réformes dont le tonps démontrera la nécessité, une dçs principales, à mon avis, devra porter sur ce qui regarde l'application du principe de solidarité. Dans les banques allemandes, tous les membres sont solidaires au même titre et au même degré. Chacun répond pour tous à l'égard des bailleurs de fonds. Cette responsabilité illimitée me paratt exagé-
- rée, du moment qu'elle s'applique à tous les sociétaires sans distinction. Il n'est pas juste qu'un bdmme, à qui la banque ne. prêterait pas plus de cent francs, soit obligé pour obtenir un avantage aussi restreint d'engager tout ce qu'il possède, et qu'il puisse, en cas de désastre, être exposé à laisser tout son avoir entre les mains des créanciers de l'association. Je conçois fort bien que les administrateurs doivent se soumettre à cette condition; c'est une nécessité de leur situation et la conséquence naturelle des fonctions qu'ils ont acceptées. Puisque ce sont eux qui gèrent, ils doiveut être responsables de leur gestion. Hais le simple as-
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sodé est dans une situation tout à ftU dîffétflnte, et je ne vois pas pourquoi îl serait engagé au delà de sa souscription personnelle. Qu'il puisse, perdre œ qu'il a risqué, rien de plus juste, mais que sa responsabilitë puisse s'étendre au delà. Je ne le comprends plus et je ne vois pas quel principe en peut invoquer pour justifier cette mesure '.
Elle a pu être nécessaire au moment ah les associatiens de crédit ont commencé à fonctionner. La nouveauté de l'entreprise et la faiblesse de son capital propre pouvaient éloigner les bailleurs de fonds étrangers, il a pu être utile pour les attirer de leur offrir des garanties exagérées. Mais maintenant la situation est bien différente, et je ne vois plus dans cette organisation qu'un danger sans compensation. Il me paraît probable qu'elle se modifiera par la pratique, et je crois que les associations de crédit qui pourront se fonder en France sur le modèle des banques allemandes feront bien de corriger cet article de leurs statuts.
§ IX. Avantages des sociétairee.
Nous avons vu qu'on ne peut être sociétaire qu'& là condition d'être acUonnaire, c'est-à-dire de possédée dans la caisse de la Banque une somme totale qui est en général fixée à 60 fr., et qui est constituée soit patl'accumulation des cotisations mensuelles et des divi-
1. Voir pour plue de déieloppemeDl un très- intéressant arlJcle publié sur cette questiOD, dacsIeJouTDal l'Association (décembre 1864], p«t M. P&Dl Blanc. Le rnSnia écrivain a publié dîna le iC^Mirrtndit Dimaneht un grand ■aocahia d'article» sur lea associations ouvrièrts.
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deades auxiiue's^^'^oi^^nt droit, soit par des versements facullstifa et anticipés, supérieurs au minimum défennin^ par les statuts. Une fois que la somme de 60 fr. est parfaite, l'associé a désormEÛs le droit de toucher ses dividendes. S'il les laisse à la caisse , h banque les accepte à titre d'emprunts; il participe aux bénéfices proportionnellement à la somme totale de ses versements. Ce capital inscrit à son compte, en dehors de l'action réglementaire , le rend créancier de la banque. On voit que par cette combinaison, ■ ]a même caisse qui prête de l'argent à ceux de ses associés qui en ont besoin, emprunte aux autres celui qu'ils ont de disponible et qui autrement resterait improductif dans leurs mains ; c'est-à-dire qu'elle fait à la fois office d'établissement de crédit et de CMsse d'épargne, avec cette différence entre autres, que les dépôts y sont plus productifs, et pour le déposant qui a droit, outre l'intérêt fixe de 5 pour iOO, à une part plus forte dans les bénéfices, et pour le public qui profite indirectement, mais nécessairement de l'accroissement de production, résultant de la faculté que, grftce à ces emprunts, les banques acquièrent de faire ' au travail des avances plus nombreuses et plus considérables. Par là en effet, elles rendent à la société en général les mêmes services que les banques d'Ecosse, puisqu'elles attirent sans cesse à elles tous les capitaux inoccupés pour les reverser sans relâche dans la circulation.
Jusqu'à concurrence de la somme totale déposée par lui dans la caisse de la banque, le sociétaire emprunte sous sa seule signature. Au delà, il lut faut la garantie d'un autre associé, dont la signature lui donne le droit d'emprunter encore une somme égale à
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celle que possède le garant lui-même. Cette institution du cautionnement des emprunteurs les uns par les au^ très, quand la somme demandée dépasse l'avoir de l'emprunteur, est une des plus ingénieuses combinaisons de ces banques, et une de celles qui seront le plus fécondes en conséquences heureuses. On l'a attaquée cependant, et l'on s'est étonné que les pertes résultant des emprunts non remboursés ne fussent pas réparties sur l'association tout entière, puisque, dit-oo, elle n'a précisément d'autre but que de créer une solidarité commune entre les associés. On n'a pas songé que ce serait réduire les associations de crédit au râle des sociétés de secours mutuel. La solidarité des associés est réelle, puisque tous les sociétaires garantissent solidairement les dettes de la société à l'égard des bailleurs de fonds; or cela dans le principe a pu être nécessaire pour obtenir du crédit, ce qui est le but même de l'association. Mais étendre cette solidarité au delà de cette limite, sous prétexte de rendre les pertes peu sensibles en les faisant porter sur tous les membres indistinctement, c'eût été exposer la société à des chances de pertes assez considérables. II est impossible qu'une collection d'hommes, qu'un comité, qu'un conseil d'administration, si intelligent et si bien informé qu'on le suppose, se trouve jour par jour au courant de la solvabilité de tous les sociétaires, tandis que la chose est beaucoup plus facile pour le particulier, qui nécessairement vit dans des relations beaucoup plus intimes avec celui qui invoque sa garantie. Supprimez cet usage du cautionnement, les banques d'avances perdent immédiatement leur principal caractère et la condition qui assure le mieux leur succès et leur efficacité.
154 ASSOCIATIONS ODVBIÈRBS.
La durée des prêts esl de trois mois au plus, ce qui permet à la même somme de circuler quatre fois dans uoe même année. Cependant on peut dans certains cas, el moyennant le consentement des garants, quand il y en a, proroger l'échéance h. sis mois.
Les statuts paiiiculiers de la société de Delitzsch, qui ont sei'vi de modèle i. la plupart des autres, fixent les limites extrêmes de ses avancés entre 11 fr. 2K c. (3 thalers) et 37&0 fr. (lOOO thalers). QuaAd l'avance demandée ne dépasse pas de plus de 37 fr. 50 c. (10 thalePs) l'aToir total du demandeur, le comité examine simplement jusqu'à quel point ses qualités personnelles et sa situation permettent de compter sur le remboursement. Quand la somme des versements s'élève à 150 fr. (40 thalers), le prêt sur une seule signature peut èice de S25 fr. (60 thalers). C'est l'activité, l'habileté, l'esprit d'ordre et l'honoéteté du demandeur que dans ce cas le comité doit considérer avant tout.
Mais si l'avance demandée dépasse ces limites, le comité exige des sûretés particulières, par nantissement ou par répondant. Lorsqu'un sociétaire qui a déjà emprunté sur la signature d'un tiers sollicite, avant le remboursement de son preiniei" emprunt, un prêt nouveau sous la garantie d'un autre répondant, ce prêt ne peut lui être accordé que dU ctHisentement du garant de la première dette, sans que cependant celui-ci soit aucunement engagé par ce consentement, pour ce qui regarde ce nouvel emprunt.
Pour les refus d'avances on peut toujours en ajjpeler à l'assemblée générale. Les règles générales fiSées h cet égard par les statuts sont celles-ci : Pour Ekvoir le droit de demander une avance, il faut : r n'être atteint d'aucune peine infamante; — 2° n'être en retard
envers la caisse pour aucune avance antérieure, et n'avoir pas fait mettre ses garants en cause ; — 3* être dans une sitaalion qui permette à la banque de compter sur le remboursement-
il s'en faut que toutes les banques prêtent des sommes aussi considérables que celle de Delîtzsch. Il y en a qui ont fité Je maximum de leurs prôls à 18 fr. 75 c. (5 fhalers) ; d'autres à 37 fr. &0 c. (10 thalers). Cependant un certain nombre pi-ôtetit jusqu'à 1125 fr. '{300 thalers), et la banque de Delîtzsch n'est pas là seule qui aille jusqu'à 3750 ff. (1000 thalers). Du reste il ne faut pas oublier que la plupart de ces associations sont à peine formées, et qu'elles sont forcées de régler leurs opérations d'après leurs ressources présentes.
S i. Ctmséqiiences matérielles et morales de l'institutlbii des banques d'avaaceB.
« Qui pourrait dire, s'écrie lli. Horn*, la somme do bonheur que peut créer, la somme de misères que peut prévenir un capital de 100,000 fr. ainsi réparti, dans le cbuf ant d'une année , en prêts aux ouvriers, aux petits fabricants et côinmefçîUitâ d'une localité? Qui poillrait établir le compte des pertes que subissent ces classes si dignes d'attention , les bonnes occasions qu'elles doivent laisser échapper, uniquemeiit parce qu'on lenr refuse le modeste crédll'dont ëlie's auraient besoin, tatitdt pour se soutenir dans des moments difficiles, tantôt pour étendre leur action dans les inoments favorables? Ce crédit si difficile &
]. Jtntw eontemporaiti, p. ËGG-6ST.
obtenir, la banque d'avances le leur fait trouver de la manière la plus sûre, la plus tacile et la plus honorable: la plus honorable, puisque c'est de leurs propres épai^nes et du produit de leur crédit collectif que se compose le foods auquel les sociétaires empruntent; la plus facile, puisque la banque n'exige que la cosignature d'un ami , d'une connaissance ; la plus sûre puisqu'elle ne refuse presque jamais le crédit que méritent l'honorabilité et la solvabilité du demandeur. > * Void comment le même M. Horn, qu'il faut toujours citer quand on parle de ces banques dont il a suivi les progrès avec une attention constante, appréciait les résultats obtenus en 1862 par les S43 banques d'avances (sur plus de 500) dont on venait de publier les comptes d'opérations ' : < Quand on pense que ces 6â millions de francs, sortis dans l'année des caisses de 243 banques populaires ont été prêtés à des personnes qui autrement ne trouvaient aucun crédit ou ne l'obtenaientqu'aux conditions lesplus onéreuses; queles établissements qui distribuaient aux classes laborieuses ce beau crédit de 89 millions ont tous été créés et sont lODS gérés par les travailleurs sociétaires euxmêmes, sans aucun concours pécuniaire ou autre, soit de l'État, soit des classes supémeures ; que les 28 millions de francs, constituant le fond de roulement de ces S43 banques d'avances appartiennent pour la plus grande moitié aux sociétaires, qui hier peut-être ne possédaient rien^ et sont pour l'autre moitié empruntés sur le crédit collectif de personnes à qui individuellement on n'aurait rien prêté ; on reconnaîtra volontiers que les banques d'avances ont déjà réalisé
t. Journal iaDébaU, dulBoetobre 1663.
des merveilles que naguère on aurait jugées impossibles, et qu'elles sont destinées à exercer l'influence la plus heureuse et la plus féconde sur la situation malérielle des classes laborieuses.
■ Là n'est pourtant pas, à notre sens, le cdté le plus important de cette œuvre. Il faut tenir compte aussi de son influence moralisatrice. La société d'avances habitue l'ouvrier à l'économie, à l'ordre dans ses affairts, à. l'exactitude dans ses eng^emmts, parce qu'autrement il ne saurait devenir ni rester membreclient de l'association. Elle développe chez lui lé sentiment de la bonne fraternité et de la solidarité intelligente; ellele fait peu à peu capitaliste par le boni qu'elle l'oblige â se créer, par les dividendes qu'il touche. Or, quel moyen pins sur de faire disparaître l'antagoniame entre le travail et le capital, que de transformer l'ouvrier lui-même en capitaliste, que de lui fournir, en attendant, les moyens de suppléer par le crédit à son manque de ressources! Au-dessus de tout nous plaçons enQn cet enseignement pratique d'une portée inappréciable: Les banques d'avances apprennent au travailleur, de la manière la plus efficace , par le succès, que l'amélioration de son sort est entre ses mains et non ailleurs; qu'il doit la chercher dans son assiduité au travail, dans son esprit de prévoyance, dans les progrès de sa moralité et de son intelligence, dans la considération qu'il sait ainsi conquérir et conserver. Làoù-cette conviction aura pénétré les masses et sera devenue le guide de leut's actes, les classes dites inférieures s'élèveront immanquablement, sans que cette tendance ascensionnelle poisse donner la moindre appréhension aux autres disses de la société. .
Tel doit être et tel eçt en effet le but de l'association. La possibilité d'échapper à la ipisëre sti}nule toutes les activités, ouvre tous les esprits, développe toutes Us énergies, jusqu'alors eodorinieç par le désespoic d'im meilleur aveoir. Itfainten^nt, chacuD de;; associés spot et comprend qu'il peut arrivera une certainp aisance, et que si des occasions favorables se présentent, il ne sera pas obligé, f^ute d'argent ou de crédit, de les regarder pftaspr sans en tirer profit. Hais en piâme temps* et ce D'est pas le moindre avantage de l'associatioD, ii sait bien qu'il aura besoin un jour ou l'autre de trouver parmi ceux qui l'eptoijr^pt des geus disposés à répondre pour lui, et cet^e peosée, présente 4 chacun, les oblige tous à maintenir intc^e leur réputation ^e probité, de loyauté, 4 ne janaais se lais^r ^q^pecter d^ paresse ou de nonchalance; ell^ entretiept entre tons des relations d'amitié et écarte les querelles et les violences. Elle les force à comprçodre que c'est par l'ordre et l'économie, par l'esprit de Er^teraité et de solidarité, par la fuite des vices qui les dégradent, par la pratique des vertiis quj le^ relèvent, qu'ils pourcoat au jour du besQin trouver l'agpui qu'ils cherchecorjt, et en faisant des qijalité& morales des conditions de crédit et des moyens de richesse, elle tend et réqssit ^ les développer sans relâche.
Mais U ne faQt pas oublier, et il ne faut pas se lasser de le redire à ceux qu'attire le succès des bapques ï les introduire en Frapce, it eCQcace qu'autant qu'elje l'intérêt personnel, sgr le i chacuf) par soi-même de la solidarité. I^aissons lus ou moins généreuses.
ASSOCIATIONS OUYBIËRJBS. )59
qui foot i^ chacun une loi de se sacri6er pour les autres, et qui, en fondant la société sur le dévoue- Qjeiitt ne pourraient faire que des sociétés de victimes. Pour qu'une institution sociale soit durable, il faut que chacun y soit à l'aise et que le voisin n'y soit ni gêné,. ^^ gênant. Surtout évitons tout ce (tul rappellerait le patronage et la bienfaisance, non pas que la bienfaisance ne soit aussi une belle et bonne chose, mais il faut qu'elle soit à sa place, et ici le but à atteindre n'est pas de soulager pour un teinps les misères du peuple : il faut que la p(q)ulation ouvrière {et elle ne sera sauvée qu'à ce pris) apprenne à se auf- Àre à elle-même et à compter avant tout sur ga propre initiative et sur ses propres effort^. Ce sentiment du reste se développe ep elle depuis quelt^ues années ayeç une énergie qjti doit rassurer sur son avenir tous ceux quç touchent s^s misères présentes. Le plus grand mal qu'on pût lui faipe serait (je 1^ détoprner de la voie où ellp sçmblQ près de s'engager pour la ramener par l'app&t de la bienfaisance et des secours h cas habitudes d'inertie qui lui ont été si f))neste£|. Oa np voit plus naître, comme autrefois, de ces systèmes soi-disant socialistes, qui supprimaient la sodélé au profit de l'État, dont la générosité iudisciète mettait ^upiUage la caisse publique et ne voyait à la misère d'autre remède qu'une mendicité oppressive, organisée sous les nopis retentissants de droits à l'assistance et au b-avail. Les plus intelligents pariai les ouvriers commencent ^ comprendre aujpurd'hui tout ce qu'il y avait d'inique h l'égard des autres, d'humiliant pour euz-ipémes dan^ ce perpétuel recours à la bourse d'antrui et dans ce coi^qt appel ^ la puissance publique.
Voil^ asa^ lo^gt^tpps que la population ouvrière vif
160 ASSOCIATIONS OOVRIÈRBS.
courbée sous la protection tyrannique de l'État. Cette expérience suffit pour montrer à tous ce qu'il faut attendre, pour l'améiioratioD de sa condition, des intentions les plus généreuses, quand elles ne s'attachent pas surtout à développer dans les ouvriers l'esprit d'initiative et des stimulants moraux qui puissent un jour ou l'autre les mettre en état de se passer de tutelle. Tous les palliatifs inventés jusqu'à ce jour et appliqués avec tant de libéralité par la charité légale et privée n'ont guère fait qu'aggraver le mal en enracinant ^'^s l'esprit des malheureux l'habitude de compter sur le secours d'autrui. Il est temps aujourd'hui qu'ils s'habituent à ne compter que sur euxmêmes, et k entrer enfin dans la voie féconde de l'activité personnelle. Gomme l'a dit un grand écrivain de notre temps et un des plus fervents amis des classes ouvrières : « Personne n'a le pouvoir de sauver l'ouvrier du paupérisme, si ce n'est l'ouvrier lui-méoie, » Rien n'aura plus contribué que l'institution des banques de M. Schulze-Delitzach à démontrer cette grande vérité et à en manifester les effets.
g XI. Progrès dea banques d'avances.
Ces associations ont réussi en Allemagne et se sont multipliées au delà de toute espérance. La première a été fondée k la fin de 1850 dans la petite ville de Delitzsch par U. Schulze-Delitzsdi, qui n'a cessé depuis de travailler avec une admirable activité à leur propagation et dont le nom sera désormais inséparable du souvenir de cette bienfaisante institution. Sans autre! force que l'autorité d'une conviction sérieuse, sanft|
autre moyen d'action qu'une persévérance et un zèle infatigables, il est parvenu à faire comprendre h la population industrielle de l'Allemagne qu'elle trouverait le remède de ses misères, non dans un retour insensé à la vieille réglementation des corporations, ni dans ud appel désespéré à l'État et aux subventions du trésor public, mais dans son application à veiller sur ellemême, à restreindre ses dépenses inutiles, à féconder ses épargn^- Malgré les difficultés de toutes sortes que lui ont suscitées des ministres réactionnaires et inintelligents, malgré les déclamations protectionistes de M. Lasalle, l'apAtre des subventions et de l'organisation du travail par l'État, qui s'en allait de ville en ville . échauffer l'imagination des ouvriers en faisant sonner à leurs oreilles les millions que l'État tient h leur disposition pour le jour où ils se jetteront dans ses bras, H. Schuize-Delitzsch, sans s'émouvoir et sans se lasser, continue et pousse l'œuvre commencée, renverse d'un souflle l'échafaudage artificiel des argumentations de Bon adversaire, et, sans répondre è ses diatribes passionnées ou peut-être même pensionnées, il fonde des banques et ouvre la voie à une révolution féconde qui, avant un siècle, aura transformé la condition des populations ouvrières et changé toute la politique européenne. Qu'on me cite dans l'histoire un preneur de villes, un héros de batailles, un massacreur d'hommes dont les sanglants exploits vaillent ces fondations pacifiques I Chaque association qu'il suscite par sa parole ou par son exemple promet plus de bien au monde que n'ont pu lui faire de mal les plus terribles mêlées ; chaque homme qu'il arrache au découragement, au désespoir, à la dissipation, au désordre, devient un ceutre et comme un foyer de morali$at)6o, dont l'effet • II
s'étend à toute one famille et souvent dédde da sort de toute une géDéradou; chaque épargna qu'U attire dans les caisses des associations est une promesse {mor l'avenir, une garantie de bien-être et de moralité poor celui qui la dépose, de sécurité et de calme, de prospérité et de développement pour la société tout enliërel Et cependant M. Schulz&-Delitzsch sera beaucoup moins illustre que les Alexandres et les Césars de tous les temps I Beaucoup même trouveront fort ridicule que je puisse rapprodier son nom de celui de ces gralids ravageurs, tant est profondément ancrée dans nos cœurs l'adoration de la force I tant est incurable la faiblesse qui nous incline et nous prosterne devant toutes les tyrannies et tontes les violences I Mais & quoi bon s'étonnerî Voici bien longtemps que l'humanité souffre de ce mal et qu'elle préfère ceux qui la fouaillent à ceux qui la servent. Mais cela disparaîtra avec l'ignorance qui eu est la cause, avec la misère qui entretient l'ignorance, et un jour la statue de M. Schulze - Delitzsch pourra sans inconvenante prendre sa place au milieu de ces idoles de la superstition populaire.
Quelques chiffres que j'emprunte aux rapports de M. Schulze-Delitzsch, analysés par M. Balbie, donneront une idée de la rapidité avec laquelle se développe en , Allemagtie l'inslitution des banques d'avances.
D'après le rapport de 1860, il existait en 1859, 200 association^ de crédit. En 1861, il y en avait 400, et en 1862, 511. Le rapport de 1861 donnait le tableau des opérations de 188 banques d'avances, dont 46 venaient de clore leur premier exercice. Elles comptaient 48 760 membres. Ces avances faites ou renouvelées pendant l'annêô s'élç^hient à U somme de 63285035 fr. Elles
ASSOCIATIONS OUVRIËEIES. IW
araieot touché en intérâts et proviaions la .sooime de 1 168 790 fr. Elles avaient payé ou devaient payer eo intérêts à leurs créanciers la somme de 616000fr.; elles avaient dépensé 91 330 £r. en frais d'administration et appointements. Les bénéfices nets s'élevaient à S92 700 &*. Les bodis des sociétaires étaient de 2997655 fr.; les dépôts^ volontaires, de 9933885 fr.j' le ibnds de réserve de 408 140 fr. et les somnies empruntées s'élevaient à 7 437 900 fr ., de telle sorte que le fonds de roalemeot, dont-^isposaient les banques, dépassait 20 millions de francs. C'était le tiers à peu près du montant des prêts faits aux sociétaires, ce qui revient à dfre que le capital est en. moyenne retourné trois fois pendant l'année *.
Le rapport de 1862, résumé par M. Hom, donne l'énumération ntuninative de 511 sociétés de prêt. Sur ce nombre, s<l3 avaient envoyé à l'agence centrale leur compte des opérations de l'année 1862. Ces 2^3 banques comptaient, à la fin de 1863, 69302 sociétaires; les bonis des sodélaires s'élevaient k k 498 280 fr. et leurs versements volontaires ou dépôts, à 10313315 fr. Le fonds de réserve était de 498 350 fr., et le capital emprunté, de 12 90S875 fr. Les fonds dont elles disposaient s'élevaient donc à 27715480. Les avances iâjtes ans sociétaires atteignaient le chifire de se 778 480 fr^ etavaient rapporté 1 772 490 fr. en intérêts et provisions, fie leur côté, les banques avaient payé 1031970 fr. en intérêts, 402 30O fr. en frais d'administration, el réalisé un bénéfice net de 404 800 fr.
1. Voilà l'appeDdice du ijTTâ de îî. fiatble le taMeou complet des opéralioDs de cha^e société, dont noue ce donnODa ici qu'un résumi folt par lui-Dieme,
164 > AS80CIATIOHS OOVRIËmES.
En 1 864, le nombre des banques d'avances s'élève à. près de 700.
I! est difficile d'imaginer une meilleure réponse à ceux qui prétendent que la misère est un fait nécessaire, et qu'il est inutile de chercher à la combattre. .Sans doute on n'a rien pu contre elle, tant qu'on ne lui a opposé que les remèdes de l'aocienne charité, qui, au lieu de stimuler dans les hommes les instincts d'activité et d'indépendance, ne pouvait que les émousser. Mais maintenant ce sout ceuz même qu'elle écrase qui ont entrepris de secouer son oppression, et s'ils continuent à le vouloir résolument, si nous entrons avec courage dans la voie qu'ils ont ouverte, il n'y aura bientôt plus de misérables que ceux que leurs vices ou leur apathie auront rendus incapables de profiter de l'enseignement qu'ils auront sous les yeux. Et ceux-là seront peu nombreux, car les vices pour la plupart ne nais^ sent et ne s'invétêrent parmi les ouvriers que par le désespoir et le dégoût de leur condition présente, et par l'ignorance des moyens de la rendre meilleure. Quand l'élite leur aura donné l'exemple , la transforination s'opérera de proche en proche et Gnira par gagner les couches inférieures. La misère décroîtra à mesure que se modifieront les habitudes ^cieuses qui lui donnent ' naissance, ku lieu d'aller au cabaret consumer en orgies la meilleure partie de leur salaire, l'espoir désormais éveillé dans leurs cœurs donnera à leurs désirs une autre direction, et la pensée consolante du bienêtre futur triomphera de la passion brutale qui trop souvent sacrifie leur santé et leurs familles aux jouissances grossières du plaisir présent.
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ASSOCIATIONS onvaiËBEs.
s XII. De la nécessilë de réformer queli^es-i
CepeadaDt, il faut bien le dire, tous les obstacles au développement de l'esprit d'association ne viennent pas en France de l'ignorance et des habitudes vicieuses des ouvriers. Nos lois, faites en vue de l'état de choses ancien, ne sont pas toigours d'accord avec les nécessités présentes. Pour que les associations anglaises et allemandes puissent s'établir chez nous, i] faut sur un certain nombre de points modifier la législation française.
M. Casimir Perler, dans sa brochure sur les sociétés de coopération, indique quelques-uns de ces changements, en faisant remarquer qu'ils n'auraient rien qui dût effrayer, d'autant mieux qu'il serait possible, en les opérant , de tracer aux associations les limites qu'elles ne pourraient franchir, et que le gouvernement conserverait toujours le droit de dissoudre les sociétés qui se laisseraient détourner de leur objet pour faire des incursions sur le terrain de la politique .
■ La loi du 23 mai 1863, sur les sociétés à responsabilité limitée, n'a presque rien fait, dit-il (pa^e 30), dont puissent profiter les sociétés de coopération. Elle ne dispense de l'autorisation exigée par l'article 37 du code de commerce que les sociétés commerciales qui observent lesdispositions des articles 29, 30, 32,33, 34, 36 et 40 de ce code. Le capital doitétre divisé en actions cessibles (art. 34 et 36). Gela est contraire au principe de la plupart des associations , cela est tout à fait impossible pour les sociétés coopératrices de crédit et de travail, qui' doivent, en raison de la mutualité et de la
ivQootjlc
16S ASSOCIATIONS OUVBIËItES.
solidarité, rester libres d'accorder ou de refuser l'admission daos leur sein. La loi ne permet pas la division en actions ou coupons d'actions de moins de 100 fr. lors(]ue le capital n'excède pas 200000 fr.; de moins de 5Q0 fr. lorsque le capital est supérieur. Elle ne permet la constitution des sociétés qu'après le versement du qnart au moins du capital souscrit fart. 4). Les dispositions de ces deux articles s'opposent â la formation graduelle du capital par cotisations successives, ce qui est la base fondamentale des sociétés de coopération, pour qu'elles soient accessibles â tous. En outre le mipimum des coupures d'actions est porté trop haut et l'obligation du versement préalable du quart du capital souscrit équivaudrait souvent à une interdiction. La loi impose aux administrateurs (art. 7) l'obligation d'être propriétaires, par parts égales, d'un vingtième du capital social, ce qpi, dans les associations nombreuses, empêcherait de composer lé conseil d'administration, ou pourrait en exclure les membres les plus capables. Je me contente de signaler les points principaux. Ce que je dis suffit pour montrer que l'associatioD de Rochdale (et aussi celles d'^em^;pe) aurait été impossible en France.
€ Il faut permettre aux sociétés de coopération de réunir les conditions qui sont indispensables à leur existence, ou sans lesquelles elles ne peuvent avoir qu'une existence précaire, si on veut leur ouvrir la voie qui leur a si bien réussi ailleurs, si l'on veut que la France ne reste pas trop étrangère au mouvement qui s'accomplit autour d'elle.
t Chaque jour noqs entendons répétée que la France n'est pas encore capable de supporter la liberté politique. Elle est privée de droits et de garanties dont jouis-
ASSOCfàTIONS ODVMÈRBS. 167
s«Qt lea peuples qui l'entouroat et qui les lui enTlsieut naguère ; c'est le chAUmenl de ses fautas- Mm lorsqu'on l'aappelée, au boiq de ta liberté commerciale, à, sout^r la lutte dans sou industrie, dans sa marine et dans sou commerce, avec des riTaux longuement préparés, on a pris l'engagement de ne pas lui Mfuser les armes que possèdent ces rivaux, celles du moins qu'oa peut lui donner. Ne pas affranchir l'industrie, aprèa l'avoir mise en concurrence avec les nations les plus libres du monde, ce serait une contradiction trop grande ] et si celte contradiction devait durer, ce pourrail être, après un déni de justice, un véritable arrêt de mort. Si la France ne peut vivre qu'en tutelle, si elle est fatalement condamnée à voir se perpétuer les mesures restrictives, les règlements gênants, la surveillance inquiète, toutes les entraves enfin dont le célèbre manifeste impérial de janvier 1860 promettait la suppression ', qu'on élève, au lieu de les abaisser, les barrières destinées à nous protéger dans cette infériorité morale et matérielle, ofBciellement proclamée. Ouant à moi, j'ai toujours eu meilleure opinion de notre pays, et lorsque j'ai plaidé la cause de son industrie, j'ai surtout iovoquéla nécessité de comtnencer une réforme par la liberté intérieure, afin de donner au travail national l'égalité de conditions qui seule peut lui donner l'égalité de forces dans la lutte avec l'étranger. »
Gomme M. Casimir Périer le dît un peu plus loin :
1 . s Avant de développer Dolre commerce £trangei pour TéchaDge des produits, il faut améliorer notre agriculture et affranchir notre industrie de toutes les entravea intérieures gui la placent dans des conditions d'inférinrité. « ( Lettre de l'Empereur au ministre d'Ëlart, — Moniteur du ]â janvier 1S60.)
byGO(îgk
168 ASSOCIATIONS OtlVKlÈRES.
" Quand on accepte le principe de la liberté de coalition, il est impossible de repousser la liberté d'association pour le travail et pour le crédit. La raison se refase à trouver pleine d'embûches et de périls cachés l'application de procédés d'amélioration morale et matérielle duit les exemples se pressent autour de nous et dont l'Europe entière possède ou va posséder les bienfaits. >
Ce qu'il faut pour assurer le progrès des associalions en France, ce n'est pas une loi nouvelle. Il suffit, sans se mettre en frais de rédaction , d'effacer de nos Codes toutes les dispositions restrictives qui entravent l'initiative individuelle en matière d'industrie et de commerce. Le plus sûr moyen de développer nos associations ouvrières, c'est de ne pas les gêner. Un peu de liberté leur vaudrait mieux que la plus ingénieuse réglementation et que les dispositions les plus fa&- .tueusement protectrices.
GmS)