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ASSOCIATIONS ODVRIÈRBS. 233
supprimées. L'erreur ne peut être supprimée que par la vérité, et le peuple a trop peu de moyens de s'instruire pour que nous puissioQS nous faire beaucoup d'illusion à cet égard. Mais si la grande multitude est restée k peu près ce qu'elle était en 1848, il est certain que l'élite de la population ouvrière est devenue plus éclairée, et que cette élite croit chaque jour en nombre et en influence. C'est ce qui me paratt ressortir évidemmeiit de l'examen que je viens de faire des statuts des nouvelles associations et des statuts revisés des anciennes.
Quant à l'histoire et à la situation passée et présente des associations parisiennes de production, je ne puis mieux faire, pour permettre d'en saisir l'ensemble, que de transcrire ici le tableau qu'en a dressé M. Joseph Gaut, caissier de la Société du crédit au travail, et qu'il m'a communiqué avec son obligeance ordinaire.
CHAPirnE II.
DBS ASSOCU'nOKS DE COHSOlOUTIOtl, EH FRANCE.
S I. Associations de IHiebwiller, de Dieuze, de Grenoble.
Cette forme d'association n'est guère pratiquée ^ Fraoce. Cependant elle n'y est pas absolument inootinoe, et l'on peut prévoir que d'ici à quelques années elle y prendra un développement considérable. Je ne vois aucune raison pour qu'elle ne s'étende pas chez nous comme en Angleterre, si l'administration n'entrave pas le mouvement qui se manifeste.
La plus ancienne des associations françaises dont j'aie connaissance est celle de Guebwilier, en Alsace. En 1832, sur les conseils de MM. Schlumberger et J. i. Bourcart, propriétaires d'une importante manufacture de coton, un certain nombre d'ouvriers s'associèrent pour se procurer le pain à bon marché. Le meilleur moyen était de le fabriquer eux-mêmes. Leurs patrons leur firent construire un four, et ils se mirent h fabriquer leur propre pain, en adietant la farine en gros, au moyen de cotisations hebdomadaires Cette
ASSOCIATIONS OUVRI6RS8, 835
association réussit si bien, qu% la fourniture du paiq elle ajouta bientôt celle du bois et de quelques autres denrées de première nécesdté. Une partie de ses bénéfices fut employée à fonder une caisse de prêt gratuit.
D'après un rapport présenté en 1839 ïi la Société industrielle de Mulhouse, la boulangerie sociétaire avait livré aux associés 452,181 miches de cinq livres à
12 centimes et demi au-dessous du cours; ce qui ne l'avait pas empêchée de réaliser un fonds de caisse de
13 000 fr. En ajoutant cette somme aux bénéfices recueillis par les ouvriers par suite de l'abaissement du prix d'achat, on arrive à un total de 69 532 fr. 62 c, représentant l'économie réelle obtenue au proât des sociétaires. L'association avait consommé chaque année 54 000 fr. de farine ; elle avait en outre fourni annuellement de 1 7 à 20 000 fr. de bois ; 10 000 fr. de pora«ies de terre, saindoux, étoffes, sabols, etc. Les prêts gntr tuits s'élevaient par an à 16 000 fr., et une somœde 3000 fr. avait suffi à cette circulation. En 1849 le nombre des associés était environ de lâOO. Elle est formée et dirigea par les ouvriers, et n'admet que des membres d'une moralité reconnue. Elle existe encore aujourd'hui, et sa prospérité s'est soutenue au milieu de toutes les crises de l'industrie'.
Aux usines de Dieuze, M. de Grimaldi établit une boulangerie semblable pour parer à la disette de 1847. Cette boulangerie, dont il se réserva d'abord l'administration, livra le pain aux ouvriers au prix de 30 c. le kilog., prix moyen des cinq années précédentes. Quand
la crise fut passée, M. de Grimaldi abandonna la boulangerie aux ouvriers associés. Elle fut d'un grand secours pendant les ctiAmages de 1848. Les bénéfices servirent k fonder d'abord une caisse de secours, puis, comme à Guebwiller, une banque qui peut faire aui ouvriers des avances annuelles de 30 à 40 OOO fr. en cjileulant ta durée des prêts à trois ou quatre mois*.
En 1851, il existait, surtout dans les départements du nordide la France, des boucheries, des boulangeries, des épiceries sociétaires en.assez grand nombre et en voie de prospérité. Elles paraissaient devoir se multiplier rapidement, mais le coup d'Etat du 2 décembre et la crise dictatoriale, qui en a été la suite, a arrêté tout ce mouvement. Non-seulement on a cessé de fonder des associations, mais la plupart de celles qui existaient ont disparu.
Panni celles qui subsistent encore, il faut citer en première ligne la Société alimentaire de Grenoble. Fondée en 1850 par le maire de Grenoble, M. Frédéric Taulier, elle commença à fonctionner le 5 janvier 1851. Suivant la définition du fondateur, l'association alimentaire se compose d'une réunion de personnes qui font préparer leurs aliments dans une cuisine comrnune. Ces aliments sont ensuite emportés à domicile ou consommés dans des réfectoires attenant à la cuisine même. Le titre de sociétaire s'acquiert au moyen d'une carte qui, selon l'une ou l'autre hypothèse, coûte 25 c. ou 1 fr, par an. Les aliments sont livrés au plus bas prix possible. L'association est administrée par une commission de quinze membres, nommés en assemblée générale. Il y a en outre un comité de cent mem-
1. Voir uD article de H. Biaise, dans te Payt du 24 octobre 1851.
A^OCIATIONS OTTVaiÈRES. S37
bres choisis par la commission et) dont beaucoup appartiennent aux premiers rangs de. la population. Tous les jours, trois des membres de ce comité sont de service dans l'établissement. L'un reçoit les jetons an guichet intérieur, l'autre au guichet extérieur, et tous deux surveillent la distribution des aliments. Le troisième parcourt les réfectoires. Les employés salariés sont ledirecteur général, l'économe, l'agent comptable, deux cuisiniers et quelques employés subalternes.
Voici le tableau de ses opérations de 1851 à 1859.
En 1851
ont été achetés
En 1852
En 1853
1 lî5!05
En 1854
En 1865
En 1856
En 1857
SnieSB
En 1859
— 112 511 40 Tolal 1032929 16
La diminution qu'on remarque pour les années 1858 et 1859 tient au chômage de la ganterie, qui a forcé' beaucoup d'ouvriers à quitter la ville, et à la guerre d'Italie. Ce qu'il y a de plus frappant, c'est que les années 1856 et 1857 où la consommation a été la plus forte sont précisément celles où la cherté des denrées pesait le plus sur la population. Aussi est-ce pendant ces deux années qu'il a été consommé le plus de jetons de soupe. Le chiffre de la consommation de ces jetons a été de 366 960 pour 1856 et de 369 567 pour 1857. L'utilité de l'association alimentaire se révèle donc surtout dans les années mauvaises.
938 ASSOCI&TIOnS DUTRlëttBS.
Je renvoie pour plus de détails au livre de M. Tanlier, intittUé : le Vrai Livre du Peuj^e, où l'oD trouvera exposées l'organisatioii et l'histoire des quarante-deoi sociétés de secours mutuels existant à Grenoble. Je veux seulement insister sur un détail qui n'a pas été assez remarqué et qui cependant est scion rooi la cause principale du succès de l'association alfmentaire; je veux parler de l'institution des jetons. Je sais convaincu que si, dans plusieurs villes, des tentatÎTes Analogues à l'association de Grenoble ont échoué, cet échec tient surtout à ce qu'on n'a pas bien comprit te râle de cette monnaie de convention.
Les jetons sont en cuivre, et constituent la seule monnaie reçue dans l'intérieur de l'établissement. Chaque jeton représente une portion, et chaque catégorie de portions, soupe, viande, légumes.pain.vin, etc., est représentée par des jetons de couleur et de forme» différentes. Leur valeur nominale varie comme Selle des portions, de 5 centimes à 20 ceotimes. Or c'est précisément parce que leur valeur est purement nominale et conventionnelle, qu'ils ont, au point de rue de l'institution, un avantage sérieux sur la monnaie courante. Le jour où les jetons auraient cetirs hors de l'établissement, l'association grenobloise perdrait immédiatement son principal avantage sur les institution! de même natiire. Gela a l'air d'Un mystère. Rien pourtant n'est plus simple.
Ce qu'il importe surtout de développer ou phitôt de faire nirftre chez l'ouvrier, c'est le goût de l'épargne, c'est l'habitude de prévoir et de régler ses dépraises. Trop souvent l'ouvrier, en recevant sa paye, commence par en dissiper unft partie, soit au cabaretr wât en parties de plaisir. Au bout de la sembjae ou lia la qutn-
AS60CIÂTION8 OUVRIÈRES. 23$
zaine, la famille se trouve sans le sou, et elle est obligée de rËcourir au crédit. Il semble qu'il y aurait pour l'ouvrier un moyen bien simple d'éviter cet iaconvénient, ce serait de prélever avant tout et de mettre de cAté (a somme nécessaire pour les besoiBs de la famille. Oui sans doute ce serait simple, si l'ouvrier le voulait, mais il faut qu'il le veuille et qu'il le veuille fortement. Or, cet argent qui dort là dans un tiroir est pour lui une tentation incessante à laquelle it ne résiste guère. Il ne lui suffit pas d'avoir eu une bonne inspiration, d'avoir voulu Un moment; il se tfouve obligé de vouloir sans trâve et sans relâclie, et cette tâche est au-dessus de ses forces. A la première occasion, la plupart du temps il est entraîné, et voilà toutes ses bonnes résolutions à vau-l'eau. Il le sait bien pour avoir essayé plusieurs fois et pour n'avoir pas réussi. Aussi finit-il par y renoncer. Il n'essaye plus même d'économiser, et peu à peu il ne le peut plus, parce qu'il s'est laissé envabir par les dettes, et que bien souvent chaque quinzaine est d'avance dévorée par le crédit de la quinzaine précédente.
Si la femme qui, elle, comprend mieux la nécessité d'économiser, parce qu'elle n'est pas assujettie aux mêmes passions que son mari, parce que c'est elle qui est chargée d'acheter et de préparer, coûte que coûte, h manger à toute la famille, si elle pouvait profiter d'un de ces bons moments du mari pour mettre d'un seul coup dans son garde-manger toute la nourriture de la quinzaine, elle serait sauvée, elle n'aurait plus besoin de demander crédit au boulanger, au boucher, à l'épicier, à la fruitière, au charbonnier, etc., et le mari, s'étant dessaisi une fois de la meilleure partie de sa paye, n'aurait plus guère de quoi s'enivrer. Le
ikO ASSOCIATIONS OUVRIÈRES.
point difficile, c'est de trouver des aliments qui puis- SBDt M préparer ea un clin d'œil, pour ne pas laisser au mari le temps de se raviser, et qui puissent se conserver quinze jours sans se gâter. Voilà- le problème avec tous ses éléments, et il ne semble pas aisé h résoudre. Et cependant il est résolu.
Ces aliments, ce seront les jetons de la Société alimentaire. La femme n'a qu'à se présenter au guichet extérieur, et h acheter tant de jetons de soupe, tant de viande, tant de légumes, tant de pain, tant de vin, et chaque jour on lui fournira les aliments représentés par les jetons qu'elle apportera. Voilà au moins une monnaie qu'elle peut garder chez elle sans trop d'inquiétude, et qui ne tentera guère le mari, parce qu'elle n'a pas cours chez le marchand de yin. Par là, l'association alimentaire est une institution de prévoyance en même temps que d'économie et d'hygiène. II n'est pas rare àGrenobledevoirdes femmes d'ouvriers venir acheter jusqu'à 25 francs de jetons à la fois. C'est autant d'enlevé au cabaret, et la subsistance de la famille se trouve assurée.
§ II. AssociatioD PoindrOD. — Son ocganJsatioDj
11 vient de se fonder tout nouvellement à Parts une association générale d'approvisionnement et de consommation, sous la raison sociale : Poindron et Gie. Elle est constituée en nom collectif & l'égard du gérant et en commandite simple à l'égard de ceux qui ont adhéré ou qui adhéreront à ses statuts. La durée de la société est de quatre-vingt-diz-^ieuf ans. Elle a pour but : 1° d'acheter et de recevoir en consignation tous pro-
ASSOCIATIONS OUVBIÈRES. 241
duits et marchandises, et de les livrer directMïiént 4 la consommation par l'entremise des stores qu'elle aura créés, en mettant autant que possible le producteur en rapport direct avec le consommateur ; 2° d'aider k la formation d'associations particulières de quartier, de commune ou de ville, pour la consommation et l'ap- ■ ÏJTOvisionnement des habitants.
Ses opérations consisteront à créer h Paris : 1° Un ou plusieurs magasins ou stores coopératifs avec ou sans succursales, dans lesquels on vendra les marchandises aux membres de la société et au public en général; 2' elle créera ou aidera à créer, en opérant par voie de prêt, de subvention ou de commandite, des boulangeries, des meuneries, des boucheries, des buanderies coopératives et autres établissements d'utilité générale qui fonctionneront dans l'intérêt des associés.
La Société vendra expressément au comptant. Sous aucun prétexte, elle n'accordera de crédit à qui que ce soit, assodé ou non.
Les femmes seront admises dans l'association au même titre et jouiront des mêmes droits que les hommes, en tant que la loi ne s'y oppose pas.
Le capital social est, quant à présent, fixé h la somme de 21 920 fr., fournis par les membrss fondateurs. La commandite restant toujours ouverte, le capital social pourra &lre augmenté indéfiniment par de nouvelles souscriptions et par l'admission de nouveaux associés, au fur et à mesure du développement des affaires de la société.
Le capital fourni par la souscription aura droit h un intérêt de 5 pour 100 prélevé sur les bénéfices avant tout partage, et à huit centièmes sur les bénéUces nets.
242 ASSOCUTIQNS OtmUÈRES.
Dans le cas où les bépélices d'une année ne suffiraient payi [>ayer l'intérêt de b pour 100 dont il vient d'être parlé, le solde sera reporté et dû par les années suivantes. Le chiffre des souscriptions est indéterminé, mais il ne pourra être moindre de 60 fr. Tout sous- , cripteiir qui aura versé au moins 60 fr. recevra un titre nominatif, unique, indiquant les sommes par luifournies à l'association, et la date de son admissiOD. Ce titre ne sera, dans aucun cas, transmissible par voie d'endossement et ne pourra jamais être au porteur.
La souscription de 60 francs pourra être payée par des versements, dont le souscripteur pourra fixer le mode et les époques ; mais l'iniérêt ne sera dû que pour les sommes de 10 francs au moins et les multiples exacts de 10, l'appoint étant négligé. Dans ce cas, les versements porteront intérêt à partir du l" du mois suivant. Toute souscription estfaite pour toute la durée de l'association.
Les bénéfices nets seront divisés en cent parts égales et ainsi répartis :
1° 60 parts seront distribuées entre les consommateurs, membres de la société, en bons de caisses transformables en obligations, au prorata de leur consommation.
2° 20 parts pour le fonds de réserve.
3* 8 parts à la commandite, distribuées au marc le franc de leurs versements.
k' 10 parts, à titre de gratification au directeur gé-
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ASSOCIATIONS, OaVRlÈIlES. 2M
rant, aux employés de l'administration et à chacun d'eu]^ proportioQQellement à ses appoinlements.
5* 2 parts, également à titre de gratification aux ;ueti\breâ du conseil de gérance et de la commission de contrôle, proportionnellement au nombre de jetmis de présence possédés par chacun d'eux.
A la fin de chaque année l'assemblée générale décide ^e remploi qu'on doit faire du fonds de réserve.
Les boQ^ de caisse qui servent à représenter les parts de hénéflces sont tous datés du jour de l'ouverture' des payements. Ils seront payés à présentation, dans le premier mois de leur date, et à 30 jours de vue dans les cinq preiniers mois qui suivront. A l'expiration du sixième mois, ils seront de fait convertis en obligations, rapportant un intérêt annuel de 5 pour 100; la société pourra toujours les rembourser si elle le veut, mais les porteurs ne pourront exiger ce remboursement avant la liquidation finale et définitive de la société.
L'administration est remise entre les mains d'un directeur gérant, nommé par l'assemblée générale pour trois ans, mais toujours rééiigible et révocable. Il doit fournir pour sa gestion une garantie déterminée par l'assemblée, et qui peut être augmentée avec l'importance des affaires. Il reçoit, outre sa part des bénéfices comme associé consommateur, un traitement annuel fixé par rassemblée générale, auquel s'ajoute, comme nous l'avors vu, une gratification qui varie avec le chiffre des bénéfices nets.
Il lui est adjoint un conseil de gérance qui n'a que v|iK C()i\^ultative, et une commission de contrôle qui
surveille tous les actes de l'administration, et qyi peut au besoin suspendre provisoirement le directeur gérant.
Telles sont les principales dispositions que je trouve dans les statuts de la nouvelle association. Elles me paraissent en général très-bien imaginées ; j'approuve surtout la combinaison qui, en attribuant au directeur gérant une gratilication variable avec le chiffre des bénéûces, lui assure la juste récompense de ses efforts. Cependant je voudrais encore quelque chose de plus, je voudrais que son traitement presque tout entier fût soumis à celte condition. Il serait ainsi stimulé par un intérêt plus considérable, et sa situation se trouverait à peu près la môme que celle du patron qui agit pour son compte, et qui ne doit attendre d'autre bénéfice que celui qu'il saura mériter par son activité et son zèle.
Je regrette de ne trouver dans les statuts aucune indication sur le système qui sera suivi pour l'évaluation des prix de vente. Vendra-t-on au-dessous du cours, en se rapprochant autant que possible des prix de revient, DU se bornera-t-on comme les associations anglaises àfournir, à prix égal, des qualités meilleures? C'est un point important, et qui intéresse l'avenir de l'association. Quant à moi, je préfère de beaucoup la pratique anglaise, et je crois que c'est h la fois la plus équitable et la plus sûre.
Un autre point important est celui-ci : dans la répartition des bénéfices entre les acheteurs, les associations anglaises ne font pas de différence entre les associés et les clients étrangers. L'association française ne tient aucun compte de ces derniers. Pourquoi? Évidemmmt ce n'est pas un oubli, car je trouve dÉis
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les statuts un article 20, ainsi conçu': > Les associés participeront seuls aux 60 pour 100 des bénéGces attribués aux consommateurs. Mais tont consommateur non associé qui demandera son admission vingt jours avant la réunion de l'assemblée générale qui devra fixer les dividendes de l'exercice et qui sera admis par elle, participera aux bénéfices proportionnellement h sa consommation, comme les autres associés. ' Évidemment on a voulu par là créer à tous les clients de l'association une raison d'intérêt personnel pour se faire recevoir comme associés. La pensée me parait bonne, mais je ne sais si le moyen réussira. Quelque publicité qu'on donnée cet article, il y aura peut-être bien des gens qui l'ignoreront. Et d'ailleurs l'apathie est si grande chez nous, que souvent il ne suffit pas pour nous faire agir que nous sachions que nous y avons intérêt. Il faut, pour nous pousser, que cet intérètsoitpalpable, matériellement présent sous nos yeux. D'ailleurs la nécessité, pour être associé, de fournir une somme de 60 francs, malgré toutes les facilités qui sont ofiertes et que beaucoup peut-être ignoreront, pourra effrayer bien des gens.
Si au contraire on avait attribué aux acheteurs non associés un dixième par exemple des bénéfices nets, cela ferait réfléchir la pauvre femme qui, en recevant sa part, apprendrait qae si elle était associée, elle aurait droit à une somme beaucoup plus considérable, et qu'elle peut obtenir ce titre, rien qu'en abandonnant pendant un certain temps sa part de bénéfices. La somme même qui lut serait offerte serait pour elle une démonstration irréfutable des avantages de l'association, et vaudrait mieux, pour la convaincre, que les plus beaux raisonnements et que les articles de
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Statuts les mieax rédjgés. Il De faut jamais oublier que notre grand mal, c'est l'ignorance, et que si l'igoorance chez l'enftint peut être combatlue par les eilseignements, elle ne cède guère chez les hommes qu'à la leçon des faits. Allez donc dire à un paysan que vous fondez des associations ofl l'on paye ceui qui achètent! Il se trouverait ridicule de ne pas vous rire au uëz, mais il TOUS croira quand il aura mis dans sa poctle les cinq ou six francs qui lui reviendront poUr sa part d'âchkt ; il ne songera plus qu'au moyen de les décupler S'il est possible, et si vous lui dites qu'il suffit pour cela d'être associé, il s'associera. Or, il ne faut pas oublier que les associations de consommatitjn, pour produire tous leurs fruits, doivent pouvoir s'établir dans les campagnes aussi bien que dans les Tilles, et que d'ailleurs, même dans les plus grandes villes, il se trbuvé un nombre infini de gens qui sont tout aussi incapables que les paysans de se rendre compte de certaines combinaisons économiques. Attirez-les par un appSt tju^ls connaissent, par un intérêt sérieux et solide, palpable et maniable, et ils viendront à vous. Si vous les laissez en dehors de tous, en leur donnant de belles paroles, vous aurez beau leur montrer les articles de vos statuts, ita se défieront de vous et ils passeront sans regarder. Je désire me tromper.D est certain que mes craintes ne semblent pas s'accorder avec les faits. Le magasin de consommation ouvert à Passy, le 20 novembre dernier, me de la Montagne 5, fait déjà par jour pour 300 francs d'afliiires en moyenne, et au mois de décembre dernier il avait déjà vendu 250 000 ki!. de charbon. On peut donc dire que son succès est assuré. Hais je n'en reste pas moins convaincu qu'il serziit encore bien plus certain et plus complet, si les ache-
ASSOCIATIONS OD' teurs non associés avaient part a® bénéfices ; je persiste à croire qu'on sera forcé d>n venir à la pratique des Anglais, quand on voudra établir des magasins semblables dans les petites villes et dans les villages, où l'entreprise ne trouvera pas pour la soutenir des Ecrits aussi bien préparés qu'à Paris, et où, sous peine de laisser l'œuvre incomplète, il. faudra cependant bien trouver le moyen de faire pénétrer le mouvement coopératif.