‹ Les associations ouvrières de consommation, de crédit et de production enChapitre 7 sur 30 · DES ASSOCIATIONS DE CONSOKUATION · texte numérisé non relu

DES ASSOCIATIONS DE CONSOKUATION

S I. Principes.

La forme d'association qui jusqu'à présent a donné les résultats les plus merveilleux, c'est l'association de consommation. Elle conaiste à se cotiser pour acheter en gros les objets nécessaires à la vie, tels que vêtements, cbauBsures, denrées alimentaires; on peut même comprendre dans cette énumération les matières premières d'un grand nombre d'industries. De cette manière les associés évitent l'augmentation de prix que le commerce de détail fait subir aux marchandises, sans compter tes fraudes et les sophistications, auxquelles il a souvent recours pour augmenter ses bénéfices. Rien n'est plus logique en principe ni plus simple en fait. Aussi paratt-il très-étonnant à pre-

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mlère vue qne nous ayons tant tardé en France à fonder des associations de consonunation comme celle de Rochdale en Angleterre. Mais nous verrons par l'étude de quelques-unes de ces associations que la chose n'est pas aussi simple qu'il semble d'abord, et qu'il y a quelques précautions à prendre sans lesquelles on sera à peu près sûr de ne pas réussir. Il ne sufiit pas qu'une institution soit utile en elle-même ; il faut qu'elle soit utile d'une certaine façon, et surtout que son . utilité soit rendue parfaitement évidente pour ceui à qui l'on veut en faire parvenir les bienfaits. Les fondateurs, tout pleins de leur idée, tout échauffés de la perspective des résultats magnifiques qu'ils entrevoient dans l'avenir, ont bien de la peine à se mettre au pas de tout le monde, et à se figurer combien est lourde à soulever cette apathie qu'une longue habitude de souffrances et de misère a rendue naturelle à une grande partie de la population ouvrière. Ils s'imaginent qu'il suffira de publier leur idée, leur découverte pour voir toutes les mains- se tendre vers eux ; et faute de telle ou telle petite précaution insignifiante en apparence, une entreprise utile écboue, et la foule indifférente passe, sans la regarder, à côté d'une idée^ dont il suffirait peut-être de modifier un détail, pour en faire le point de départ d'une rérolution féconde. C'est pour avoir omis un détail , que presque partout les imitateurs de la société alimentaire de Grenoble ont échoué; c'est un détail qui a foit la prospérité de l'association de Rochdale, comme nous I9 verrons, quand nous entrerons dans l'exposé de son organisation.

Il est de principe dans une certaine économie politique courante, que la concurrence ramène nécessai-

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rement le {urii rénal des objets le plas prte possible de leur valeur réelle, c'eBt-à-f|^ de la somme totale qu'a coûtée leur productioB et que par conséquent- il est pariaitement ïliuBoire de rien prétendre au |delà. La concurrence des fabricants les force, dit-on, pour attirer la clientMe, & livrer au plus bas prix possible lears produits, et la même nécessité impose au commerce la même loi. Cela parait assez vraisemblable et l'on peut même dire que c'est vrai en général, mais la concluBion qu'on en tire est parfaitement fausse. La concurrence n'a rien de fixe. Les frais que doit supporter l'objet avant d'être vendu peuvent varier dans des proportions très-considérables, et il peut très-bien se faire qu'un excès de concurrence aboutisse pour le consommateur au même résultat que l'absence de concurrence. Les profits des vendeurs, qui se disputent le marclié, 'peuvent être fort diminués, tandis que les charges du consommateur peuvent augmenter dans la même proportion.

En effet, il ne faut pas oublier que le commerçant a SCS frais de patente, de loyer, d'approvisionnement, d'intérêt d'argent, etc. Il faut donc bien que, outre les frais de production qu'il a payés au producteur avec une part de bénéfices, il ajoute'au prix de chacune des marchandises qu'il livre au public une somme égale k la part que chaque objet doit supporter dans les (rais généraux, et à celle qu'il doit représenter dans les bénéfices de l'exploitation.

Mais si la concurrecce des producteurs et des marchands les force à vendre au plus bas prix possiblç, cette ménpe concurr^ce en bornant Qt en restreignapt la vente de chacun, les force à augmenter pour chaque objet vendu la part qui lui revient dans la parti-

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cipatîoA atlx frais généranz et dans la production des bétiéfices. C'est<à-dire ipi'il est obligé de vendre d'autant plus cher qu'il vend moins. 11 est clûr qu'un marchand, qui p<iuvait vivre en vendant dans son année un million d'objets, sur chacun desquels il ne gagnait «me an centime, sera obligé d'élever ses pris de manière à en gagner deux, si sa vente est réduite par la coDCurrence à un demi-million des mêmes objets.

Un éminent économiste anglais, grand partisan des associations*, a parfaitement démontré ce point.

M. Casimir I^rier développe les mêmes principes dans nne brochure que j'aurai plus d'une fois l'occasion de citer' : ■ La concurrence, dit-il, ne réussit pas toujours k abaisser le prii des denrées alimentaires. Elle peut réduire les bénéfices des vendeurs sans profiter aux consommateurs. La multiplicité des boutiques de débit et la division de la clientèle, qui en est la conséquence, augmentent les charges du commerce de détail et les frais généraux. Il peut donc arriver, lorsque chacun vend moins, que tous se trouvent dans l'impossibilité de vendre moins cher, et il arrive trop souvent que des commerçants peu scrupuleux cherchent une compensation illicite soit dans l'infériorité des denrées, soit même dans la fraude. La cherté relative est plus

t. M. Jotin Stuart H ill disait dernièrement devant une assemblée populaire : nJe crois que l'associatiOD coopératrice Bnint p^r régé- Direr les masses populaires et par elles U sociAé tout entière . » Il □e faut pas oubliée ijue H. Stuart Hill est l'âcononisle le plus autorisé de l'Angleterre, et qu'il n'a pa» attendu le succès des associations pour en proclamer tes avantagea.

a. la tociétit it coopération. — La coniommation, le crédit, la prodtulùm, Vamilioration morale et intellectuelU par l'association. — L'auteur, «omme le titre l'indique suffisamment, se déclare hautement pour l'as

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grande, surtout dans les villes, pour les petits que pour les gros cossommateurs. L'ouvrier peut rarement faire des approvisionnements, il achète presque tout au détail, aliments, vMements, combustible. En outre, les intermédiaires se multiplient eatre lui et le producteur ou le vendeur, par le motif que ni lui ni aucun des siens n'a souvent le temps d'aller aux marchés. £nfin, et c'est là le plus fâcheux, l'ouvrier en-; dette ou seulement arriéré achète à crédit. Dès lors il ne s'appartient plus, pour ainsi dire, et il tombe dans la dépendance de ses fournisseurs habituels, devenus ses créanciers. Il ne peut plus discuter librement avec eux ni le prix ni la qualité des denrées. Pour peu que des habitudes de dissipation, nées souvent du chagrin plus que des mauvais penchants, viennent s'emparer de lui, la gène se change en misère, le découragement en désespoir. Bien peu sortent vainqueurs de cette crise trop fréquente dans la vie de l'ouvrier. Les uns végètent dans la plus triste situation, les autres cherchent à s'y soustraire en changeant de résidence, et c'est là une des principales causes de l'existeDce nomade. Dans l'hypothèse la plus favorable, en supposant l'ouvrier rangé, le débitant honnête, les prix relativement modérés, il y a toigours une grande et inévitable différence entre le prix de la plupart des denrées nécessaires h la vie la plus modeste, selon qu'elles sont achetées en gros ou en détail. »

ASSO0IATION9 OITTSIËHEa.

$ ir. Fondation de l'association de Rochdale.

Nous avons dit qu'il suffît parfois de l'omission d'un détail pour faire échouer Ja plus utile entreprise. L'association de Rochdale, en Angleterre, nous en fournit la preuve. C'est à un détail d'organisation qu'elle a dû son prodigieux succès.

Au mois de novembre 1843'. quelques tisserands en flanelle de la petite ville de Rochdale, à bout de ressources, après avoir ép(iisé inutilement tous les mpyens qu'ils croyaient propres à augmenter leurs salaires, s avisèrent que, s'ils ne pouvaient accroître leurs recettes, il serait peut-être bien possible de c|iminuer leurs dépenses. Rien, en effet, ne paraissait plus facile ; il suffisait d'acheter en gros au lieu de se faire écorcher par les détaillants. Pour mettre à exécution

1. 11 s'était déjà formé à Coventry, en 184Î, une association pour fournir du charbon aui ouvriers pauvres. En 1854 l'association coioptait plus de 850 membres. Elle entreprit alors la toumiturs des objets de premitre nécessité, et installa une boulangerie qui fit jusqu'à 450'000 fr. d'affaires. ■ Elle donnait à ses metiibres de forts dividendes. Les crises de ces dernières années l'>OQt fait disparaître. On attribi^e cet écbec définitif après d^ si l^»ui succès à des goûts de Itîie et de dépenses improductives. Ainsi l'association achetait des terres pour les convertir en jardins d'agrément; c'étaient des frais considérables que rien ne compensait. Ces imprudences la forcirent de s'endetter et la mirent hors d'état de lutter contre les crises. C'est , un des exemples le plus souvent cités par les Anglais- pour démontrer les dangers du crédit. U est certain que si en principe le crédit est une eioellente chose et un des plus puissants instruments de travail dans une société bien réglée, il offre bien des dangers, quand on est sans cesse ciposê à des revirements politiques et à des guerres imprévues. Les protestations des Anglais contre le crédit ne portent donc pas directement contre le crédit lui-même, mais contre les conditions seciales qui seules en rendent l'emploi périlleui.

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4>SSpPÇÏU.1»9^S 0UYBIËKS8. ^3

cette heuBenw i^Ao, il p« ]eur manquait que dfl l'segfint. G^ D'qst p^ là CQ qui ij^vait les arrêter. lia décidèrent que chacun d'ew (ils étaient vingt-huit) prélèverait chaque semaine sor son salaire la somme de SO centimes, qu'ils déposeraient dans uns caisse commqne, jusqu'à ce qu'ils aient réuni te capital nécessaire pour commeocer les opérations. Quelques-uns des iiieni})ires de cette association, qui se proposait de régéqérçr \9 monde, se trouvèrent d'abord dans l'impossibilité de payer leur cotisation.

Cependant à la fin de 1 Skk^ la société passa son acte définitif de constitution. En une année elle était par- Y^nue h. rassembler un capital de 7û9 francs. Dès lors, elle DP douta plus de son succés.et elle lança un manifeste qui témoigne d'une foi singulière et qui paraîtrait naïve, si le succès n'était venu lui donner raison. Par cette déclaration, l'association annonce qu'elle se propose :

1° D'établir un magasin pour la vente des provisions et des vêtements;

2° De construire ou d'acheter des maisons saines et commodes pour les associés ;

&" De fabriquer les produits les plus nécessaires, a6n de les avoir ainsi k meilleur marché encore que par l'achat en gros et pour procurer de l'ouvrage à ceux de ses membres qui seraient sans travail ou qui souffriraient d'une trop grande réduction dans leurs salaires ;

4* D'acquérir par achat ou par fermage des terrains qui seraient d'abord cultivés par les bras inoccupés, et qui seraient ensuite partagés en propriétés individuelles entre les associés ;

5* De consacrer une partie des bénéfices Aitora à la création d'établissements communs pour l'instruction et le développement moral des membres de l'association ;

6° Enfin, c aussitôt que faire se pourra, la société s'occupera d'organiser la production, la distribution du traTail et des fruits du travail, l'éducation, le gouvernement, ou en d'autres termes, de fonder une colonie intérieure unie d'intérêts, se suffisant à ellemême, et d'aider d'autres sociétés à créer de semblables colonies. ■

C'était beaucoup pour des gens qui possédaient 700 francs. En Frani^ on n'eût pas manqué de leur répondre par un éclat de rire et l'association eût peutêtre succombé sous le ridicule. Rien ne nous parait niais comme la foi, quand elle précède le succès. D'ailleurs ce sixième article aurait couru grand risque d'alarmer la prudence de l'administration, qui se fût empressée d'y voir une atteinte à l'unité nationale et la prétention de fonder un État dans l'État, et qui, au nom de l'intérêt public, se fût fait un devoir de dissoudre cette association séditieuse.

En Angleterre, on se contenta de rire un peu ; un malin, comme il s'en trouve partout, même en Angleterre, parla d'emporter tout le magasin dans une brouette, mais du moins la police n'intervint pas, et les pionniers de Rochdaie se mirent bravement à l'œuvre. Ils louèrent moyennant 250 francs par an une misérable écboppe dans une rue écartée. Ce fut le magasm. C'est de ce trou obscur que devaient sortir les millions que possède aujourd'hui l'association. En attendant, après tous les frais d'appropriation, il ne res-

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tait en caisse que 350 francs pour l'adiat des denrées. Od les employa à acheter une chétive provision de sd, de beurre, de farine et de gruau d'avoine, et le samedi soir, à la lueiur d'un bout de chandelle, chacun det associés vint à tour de râle remplir l'office de détaillant.

Parmi ceux qui prirent la part la plus active à cette fondation, il faut citer James Daley, Charles Rcwartb, James Smithers, John Will, John Kent, William Gpoper qui fut nommé caissier, et Samuel Ashworth, qui se chargea presque dès le commencement des fonctions de détaillant. Ces noms, tout obscurs qu'ils sont, méritent bien que le peuple ne les oublie pas, et peutêtre un jour seront-ils célèbres, si jamais la gloire se mesure à la somme des services rendus plutAt qu'au nombre des provinces ravagées.

g III. Premièrea di^cultâs. Une beumise idâe.

Les épreuves ne manquèrent pas à l'association. Après les plaisanteries, vinrent les récriminations, les procès. Les boutiquiers voisins, après avoir ri, eurent peur. Ils crièrent à la concurrence illégale et actionnèrent les fondateurs. Gomme ceux-ci étaient dans leur droit, la justice leur donna gain de cause et ils purent continuer leur entreprise sans plus être inquiétés. Hais des ùilâcultés plusgraves se produisirent d'un autre cdté. Leur inexpérience du commerce les exposa à des erreurs sur la qualité des denrées, et la faiblesse de leur capital ne leur permit pas toujours d'acheter dans les conditions tes plus avantageuses. De ih des défections parmi les acheteurs, dont un certain

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nombres par êuite de l'éloignement de leur hftbit&tibn, se tntUYHfeDt pour Tenir au magtulQ ôbUgSs & des CODFSËS éssez longues, et qui d'ailleurâ trouvaient dé5- ^réable de payei* tout au comptant: Dâ se firent ddnc de l'itifériorité accidentelle des denrées on prétéj^të pour revenir à leurs anciennes habitudes. Il fut sd Dloment question d'exclure, en les tetnbdurâant; les associés qui n'étaient pas des pl^tiqdeii rëgtlligi^Sj bl d'imposer à tous les membre^ l'obligation dé êe fournir ail magasin. On n'y eût pas manqué bû Tnati ; eu Angletert^, la proposition fut t^jetée comme ftttentatoire à la liberté indifidtiËlle.

Ce respect du droit porta bonheur & l'entreprise. D'abord, grâce & lui, on échappa au danger d'insét-er dans les statuts une condition qui eût peut-être éloigné \m grand nombre de souscriplionâ; et de plus, ce tut eu cherchant, pour remédier au mal, un moyeu moins violent, qu'on s'avisa d'une mesure qui a fait le succès de l'association et qui assure à jamais 6a prospérité.

Dès le principe, les- fondateurs , au lieu d'abaisser le prix de leurs denrées i la dernière limite du possible, c'est-à-dire de les livrer au prix coûtaht, surélevé de la sommô strictement ûécessaire pour coutHr les frais généraux, avaient eu le bon esprit de l6s tenir exactement au niveau des prix ordinaires du commerce, mais en s'appliquant par tous les Moyens possibles à ne donner que les meilleures qualités et eti s'interdisant rigoureusement tous les petits béhéficfis ft-auduleux que ne repousse pas toujours la conscience des détaillants. Hs avaient jugé que la certitude de n'être trompés ni sur la tiuàlité ni sur la quantité des marchandises devait suffire pour attirer tes acheteurs.

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lU évitaient par cette préc&utlon de èllrexdtdr la con- Éommaliôn et d'hâbitUer les oavHerS à se créet- det besoins fectices pat- k facilité de les sAtisfair». Déplus; grflcé h l'écart boilsidérAblë àJeê prix de l'achat en groi et A'et pitt dé la Tente aii détail, le itaagàsin pat ea peu de temps t-éaliser des bénéfices considéî'ables, qui coDStitiiëreat à l'asâociatîoii im capital ddut ract[u[sitioii lui pet"mit d'étendte aeé âflaires, tout ell distribuant aux assddés dtes divldÈndés engageants. Oe« dividendes, dans le pHucipe^ devAient être âttt'ibûés à ceux-là seuls qui participaient à rassociàtioti par leurs cotisatioûa hebdotttadaires et Us étalent calcillés au prohità de leurs mifeês.

Quand l'entreprise se trouva menacée par la défection des acheteurs, M. Charles Howarth, un des fondateurs, proposa de changer ce mode dé réparlitioQ, et de faire participer \6as les acheteursj associés ou non; aux bénéfices, en leuf attribuant des dividendes propol^onnés ati chiffre de leurs achats.

Cette prOpoSttioa fut adoptée. Depuis lors, chaque acheteur 1-eçoit un btilletln portant le chiffre de ce qu'il a payé. Touà les tirois niols^ en fait un inventaire, ce qui est ehcore line botme coinbinahon, parce que lé dél&i ordinaire d'une année est bien long pour des oUvriehi. Sur les bénéfices, on prélève d'abonl la somme nécessaire pour couvtir les frais généraux, pour servir l'intérÈtréglementalre à 3 pour 1 00 des actions et des dépôts, et pour amortir les immeubles. Un second prélèvement dfeSpOurlOO est fait au profit de la bibliothèque, des école* fet des cours. C'est le surplus qui constitue le dividende. Où. ett fotme deux parts, dont l'une est attHbûéeanx possesseurs d'actions de bapitàl et s'ajoute à l'intérêt qili leiir eàt àssiité par le pre-

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mier prélivemenl; l'autre est répartie entre les acheteurs, au prorata de leurs achats. Chacun est libre de toucher immédiatement cette part de dividende, qui lui est payée soit eu argent, soit en denrées, à sou choix, ou de la laisser au crédit de sou compte dans l'association. C'est ce dernier parti qui est le plus généralement adopté. Il est arrivé que le dividende afférent aux achats se soit élevé jusqu'à 1 2 pour 100 pour un trimestre , c'est-à-dire qu'il a suffi d'avoir acheté pour 100 francs en trois mois, pour avoir droit à un boDi de 12 francs. C'est' ainsi que des membres qui n'ont jamais versé directement que le montait de leur action obligatoire de 25 francs se trouvent par le seul fait d'avoir acheté au magasin au lieu d'avoir acheté ailleurs, devenus possesseurs de 2000 à 2500 francs^

Cette combinaison si simple et si ingénieuse n'a pas seulement créé un capital à un grand nombre d'ouvriers, mais, comme il arrive toujours pour toutes les mesures qui augmentent le bien-être des malheureux, elle a eu un elfet moral très-remarquable. Pour grossir leurs dividendes, qui en s'accnmulaot produisent assez rapidement un capital considérable pour des ouvriers, beaucoup renoncent au cabaret ; ce qui n'arrivait guère, quand, n'ajant à espérer que le dividende afférent à leur action, ils n'y trouvaient pas l'espoir de s'assurer une sorte de fortune. Aussi les femmes des ouvriers se sont-elles hautement déclarées en faveur de cette innovation, qjii entretenant l'ouvrier chez lui, contribue à rétablir la vie et les affections de famille, fort altérées par l'habitude du cabaret. Rien ne fait mieux toucher au doigt l'erreur de cette morale métaphysique qui se Qgure que le désintéressement seul produit des vertus, et qui accuse de matérialisme

Jes hommes qui, instruits par l'expérience, comptent pour améliorer la conditioii morale de la population ouTiière sur l'amélioration de leur conditioli matérielle, et s'appliquent à développer en elle le stimulant d'uD légitime intérêt. -

Du reste, à un autre point de vue, rien n'est plus jQste et plus logique que cette mesure, qui ne nous paraît étrange au premier aspect, que parce qu'elle sort de DOS usages.

n suffit de réQéctiir un instant pour comprendre que, dans tme exploitation exigeant des frais qu'il n'est pas toi^ours possible de déterminer d'avance, et qui d'ailleurs, comme toute entreprise commerciale, est exposée k des accidents imprévus, il est de la plus simple prudence de ne pas trop abaisser les prix de vente, afin que les bénéfices permettent toujours de faire face aux éventualités possibles. Mais d'un autre côté, si ces éventualités ne se produisent pas, comme il est probable dans la plupart des cas, de quel droit ces bénéfices, dont la plus grande partie provient en somme d'ua excès dans les prix de vente, seraient-ils attribués uniquement aux actionnaires T Sans doute, ceux-ci ont droit à un intérêt pour leurs capitaux eng^és dans l'entreprise, mais quand cet intérêt leur a été payé, leur privil^e cesse de droit, et il est de la plus stricte équité que le surplus revienne aux acheteurs proportionnellement à la somme de leurs achats. Il ne faut pas oublier en effet que le but de l'association est de procurer aux acheteurs les denrées dont ils ont besoin au plus bas prix possible, et que par conséquent ce surplus n'existerait pas si on ne leur avait fait payer plus qu'ils ne devaient réellement, et si l'estimation des frais et des risques possibles ne se trouvait par le fait

5p A^spcui^qN^ qnifit;^^.

^Tpjr ét$ «^gârte; ^ Isar res^tuaat 1^ l>éit46P^) ^ ne fjijf dpDc qa& leur rendra ce qpi ^n ré^lit^ lanr appartient. Spu^emect, et c'est M qu'il &nt fiieD r§pa»|;quef , cette combio^spB 4 là fripl^ avantage âe mettra rentreprise à l'abri des risques, d'attirer Us «^eteHr? par 1^ pei-spective d'un dividende et ^fL mAme teityis de réfonnec les habitpdes de âissipatiçm par l'aiplÂt 4'uD capital.

S IV. Piiocipea et or^aiiiBa^ic)^

J'ai insisté sur cette coiQblD^isoD, parce qu'^lQ sitf-; firait presque à elle seule pour expliquer le succès d« Veptreprise. Cependapt les statuts proclament deux autres principes considérés cpmme esseutiela par les associés de Rochdalfl, et à I4 stricte observance desquels i)9 attribuent la plus beureusp influence. L'on, c'est dp ne jamais demander ni Csire ai^coa ccédit, et par conséquent de ne jamais s'exposer à ne pouvoir remplir leurs engagements ai achetant au delà de leurs moyens ou en vendant à des acheteurs de mauvaise foi ; l'autre, de réserver toiypurs irae partie des bénéfices pour les jouter au fond commun, de manière k n'avoir jamais besoin de recourir aux capitaux étrangers.

pn retrouva dans cette haine du crédit l'influence de Owen, dont les fondateurs professaient en effet les dojjtrines. Pour nous, nous pouvons y trouver quelque ^agératfen. L'emploi du u^dit, bien entendu, aurait p#T^ aux pûinniera de Rochdale de commencer plus tdt leurs opérafioos et de leur donner une extension plju sapîdfr ^eat4-dire de' soulager plus vite un plus

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grand noinbre de aiiaères. dépendant, il. faut reeoDnattre que si le cFédit bîm employé est nue excellente cbose et tiD puissant levier, il n'est pas sans danger pour des etitrepriçes de la nature de celles-ci, néce»çairement administrées, surtout dans le commencement, par des hommes à qui manque l'expérience des affaires et qui peuvent facilement se laisser aller à des témérités désastreuses. L'exagération de la prudence est en tout cas moins dangereuse que l'excès de la ' hardiesse. Or, dans les conditions où se trouvaient les fondateurs de l'assocJatioo de Rochdqle, il était bien dilGcile qu'ils rencontrassent du premier coup la juste mesure; ils étaient presque condamnés d'avance à tomber dans un excès ou dans l'autre. Mais si l'un a pu ralentir leur marche , l'autre pouvait causer leur perte. E faut donc s'applaudir que de deux exagérations ils aient choisi la moins dang;ereuse.

Quant à l'organisation de la société, elle est parfoitement simple. On ne peut j entrer qu^en se taisant admettre par le conseil de direction, élu en assemblée générale. En cas de refus, on peut en appeler à cette même assemblée générale, qui décide. La cotisation hebdomadaire, obligatoire, fixée d'abord à s pence (environ 20 cent.), a été élevée plus tard, après de longs débats, à 3 pences (environ 30 cent.). Elle est restée &tée à ce taux. Quand ces petits dépôts succes^^. 8i£s sont montés à la somme de 35 &., le déposant devient actionnaire. Pour è^e associé, il faut au moins posséder une action, mais nul ne peut en posséder plus de cinq. On a voulu éviter par là l'ingéreuce des capitalistes. Au delà de 125 fr., les dépôts 6gurent en compte-courant au crédit personnel du déposant ; mais

ces dépdts eux-mêmes, jusqu'en 1862, ue pouvaient monter au delà de 3500 fr. Le maximum est maintenant de 5000 fr. L'intérêt se paye à 5 pour 100. Pour les sommes supérieures à 62 fr. 50 c., on ne peut exiger U restitution que moyennant des délais fixés suivant l'importance de la somme réclamée.

Dans le principe, la direction et toutes les fonctions furent gratuites. Maintenant que, grÂce à l'importance des affaires de l'association, ces fonctions absorbent tout le temps de ceux qui en sont chargés, presque tous les employés reçoivent des traitements.

L'administration est remise à un comité de directeurs qui se réunissent une fois par semaine. Tous les mois, il y a une assemblée générale, où tous les associés votent à droit égal. Ces réunions fréquentes donnent à toutes les réclamations l'occasion de se produire et suppriment périodiquementles mécontentements secrets gui, en couvant dans les esprits, pourraient troubler l'harmonie générale.

La grande difficulté pour beaucoup d'ouvriers qui voudraient entrer dans l'association, c'est l'obligation de toujours payer comptant. C'est un problème souvent peu aisé à résoudre pour des gens qui ont toujours vécu à crédit. Il faut pour leur inspirer l'éuei^ie nécessaire l'exemple du bien-être de leurs camarades.

La plupart du temps, leurs comptes chez les mar- Jdiands sont tellement embrouillés, qu'ils ont beau réduire leurs dépenses; ils se trouvent toujours arriérés et le total de leurs dettes ne diminue guère. Aussi, beaucoup renoncent-ils à se libérer et se laiasent-ils aller au courant. Cependant, on en cite un grand nombre qui sont parvenus à payer leurs anciennes dettes avec les dividendes qu'ils ont reçus pour leurs

achats an magasin. On a même formé, dans quelques associations, un fonds de rés«Ye destiné spécialement à payer l'arriéré des malheureux qui désireraient y entrer, et qui ne pouiraient y parvenir sans cette aide. On reprend ensuite ces avances sur les dividendes du 'Douvéf|e^ocié; mais pour que cela soit possible, il faut qtr'il. fournisse à l'association la garantie d'un ou de plusieurs associés, possédant à la caisse une somme égale k celle dont il a lui-même besoin. C'est un système de cautionnement analogue h cehii qui fait la base des banques populaires allemandes.

§ V. Progrés de l'associalion.

En 1845, les pionniers de Rochdale prirent une patente pour la vente du thé et du tabac. Cette extension de commerce exigea une augmentation de capital. Ce fut une grosse affaire- Il n'était pas possible d'élever le chiffre de la cotisation qu'on avait déjà eu bien de la peine à porter de so cent, à 30 cent. Les associés se saignèrent et souscrivirent, les uns pour 3 fr., les autres pour 6 tr.; quelques-uns mdme s'engagèrent à. trouver jusqu'à 25 fr. L'association futTécompensée de ses efforts par un accroissement rapide d'affaires. À la fin de I8(i5, le magasin avait un capital de A52S fr., et les ventes hebdomadaires s'élevèrent à 750 fr. On profita de cette prospérité pour porter à 4 pour lOO l'intérêt du capital, qui n'avait été jusqu'alors que de 2 1/2.

En mars 1846, on se dédda à ouvrir le magasin pendant quatre demi-jotimées, et l'on commença à vendre de la viande de boucherie.

54 ASSOCIATIONS OUVBIÈRES.

Les années 1847 et 1648, désastreuses pour l'industrie, rendirent d'autant plus manifestes les avantages de l'entreprise. Beaucoup d'ouvriers, à bout de ressources» entrèrent dans l'association pour en. partager les bénéfices. Le nombre des associés s'éleva à 140, le capital à 9925 fr., et les recettes de chaque staajne i 4500 fr. Il fallut agrandir le magasin. ■'

En 1849) on ouvrit une salle de lecture et de conversatioD^ où les directeurs tinrent désormais leurs réunions, au lieu de s'assembler au cabaret. La bibliothèque, qu'ils commencèrent à fonder à cette même époque, compte aujourd'hui plus de 4000 volumes; et, comme nous l'avons vu précédemment, on fait chaque trimestre, sur les bénéfices, un prélèvement qu'on emploie à en augmenter le nombre.

En 1850, le nombre des associés était de 600 et la vente hebdomadaire s'élevait à 5950 fr. En 1851, le magasin fut ouvert tous les jours, du matin au soir. M. William Gooper, qui avait jusqu'alors exercé gratuitement les fonctions de caissier, fut promu à la dignité de surintendant, et il eut sous ses ordres deux , garçons de boutique appointés.

A mesure que les affaires s'étendirent^ on sentit la nécessité d'établir des succursales, pour mettre les magasins à la portée d'un pins grand nombre de personnes; il y en a maintenant 16 dans la petite ville de Rochdale. -

En 1 B62, quand la guerre d'Amérique et la disette du coton jetèrent la population ouvrière d'une partie dk l'Angleterre dans une misère si profonde, le nombre des membres de l'association de Rochdale dimmaà de 399 j et les reflrlses dépassëlrênt les. versements de 394 150 fr. Celte décadence appîu^te est elle-même

ASSOCtÀtlONS btffiiiÊREÔ. Bs

tihe preuve de la bonié de l'inàtitatiofl, car 11 fàUt bien comprendra que cette somme dé 394 150 fr. a séHl k faire vivre un grand nombre de familles tjiii, ^ns le aecOllrS qu'elles ont ft-ddvé aloi's dans leur participation A\ti béâéfice^ Sb rassociatioti, n'àdrâietlt ëil d'autrb ressource que la charité publique. Du reste, Cet àbàis- BMtiëul a étë passager, car dès le premier âeibëstre de raniléé fliiivatite, le boitibre des associés fesi remonté à 4000, le capîtdl & lOT5 00d fr. , et la Tëiltë à 1 8T6 250 fr., të (ïlii, Ëil supposâht le secbhd semestre àeuleitleht figal au pi-eiilier, ferait pool- idUle l'atiliéë ub chiffre de teiite dé 3752600 fr., &apéfteni' S celui de toutes les ànnéëâ prétédeilîes '.

Un rapport du grefBer, M. Tidd Pratt, d'août 1863, . donne la liste de 333 associations semblables, toutes

1, J'emprunte aai lettres tcojt peu connues du professeur Hilbeï, de BertiQ, sur les associaliona ouvrières, le tableau suivaDl dont il a recueilli lès données sur les lieui mêmes, et qui nous permet de BiilTre omte p«r tUmSe les progria île l'association de RochdAlé.

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