‹ Les associations ouvrières de consommation, de crédit et de production enChapitre 9 sur 30 · Journal dit StotumUM, sot · texte numérisé non relu

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cette condition sera eavisagée conune insoluble ou comme ne méritant pas un examen sérieux, et que la seule solution possible en sera indéfiniment ajouruée par les classes auxquelles appartiennent le pouvoir et la richesse, n'espérez pas que la fermentation qui a lieu dans les derniers rangs de la société se calme d'elle-m6me, ni que les aberrations produites dans les esprits et les trésors de haine accumulés dans les coeurs du prolétariat, soient remplacés par des idées rationnelles et par des sentiments de confiance et de résignation 1 ■

En supposant que cette fermentation soit aussi active que le pense M. Cherbulîez, en admettant que ce qu'il appelle des doctrines subversives, c'est-à-dire les préjugés communistes, soient encore aussi généralement répandus qu'il le croit, en admettant même qu'ils le soient bien plus encore, ce serait une raison de plus pour h&ter, pendant que nous sommes en repos, une expérience en tout cas nécessaire. Tant qu'elle ne aéra pas faite, le parti de ceux qui s'appellent eux-mêmes les conservateurs ne comprend-il pas , par ce qui se passe en ce moment, par cette recrudescence partout manifeste du mouvement coopératif, qu'il est sans cesse exposé à voir emporter toutes les d^es qu'il a si laborieusement accumulées contre le courant de la pensée populaire! Qu'ils le dirigent, s'ils peuvent, mais qu'ils ne tentent pas de l'arrêter plus longtemps, car une résistance aveugle et entêtée ne fera que le rendre plus violent. Pour moi, Je ne puis m'empécher de plaindre ces peureux qui tremblent dès que deux hommes sont réunis. Ce n'est plus dans l'association qu'est le danger, c'est dans l'isolement des ouvriers, car c'est l'isolement qui les lient dans la misère, et c'est la mi-

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sère seule qui leur fait désirer le changement. L'institution des corporations leur a permis autrefois de lutter contre l'oppression féodale. En détruisant les corporations devenues oppressives à leur tour, la Révolution a rendu au travail un service important, elle lui a donné la liberté, mais elle ne pouvait prévoir la transformation de l'industrie qui devait rendre cette liberté illusoire pour l'ouvrier. D n'a maintenant qu'un moyen d'en profiter à son tour, comme a fait la bourgeoisie, mieux préparée à en comprendre et à en recueillir les bienfaits, c'est de faire ce qu'elle a fait elle-même, en associant son travail, comme elle a associé ses capitaux. Les associations auront pour lui tous les avantages des corporations, sans en avoir les inconvénients. II y trouvera un point d'appui, qui lui rendra la con&ance et la sécurité. Une fois qu'il n'aura plus rien à réclamer, il oubliera bien vite ces haines et ces colères, résultats d'une lutte impuissante et sans cesse renouvelée. Il cessera d'accuser l'ordre social qui ne lui refusera plus la satisfaction qu'il désûe, et qui, en lui laissant pleine liberté d'assurer par ses propres efforts son bien-être et son avenir, sera dégagé de toute responsabilité à cet égard. Dès lors l'ouvrier aura à maintenir la tranquîUité publique le même iptérët que la bourgeoisie, puisqu'il n'aura rien de boa à attendre des bouleversements. On ne demande aux révolutions violentes que ce qu'on désespère d'obtenir autrement : elles seront impossibles du jour où l'ordre étaïili sur la liberté permettra à chacun de jouir de tous ses droits et de réaliser par lui-même tous les progrès dont il aura senti le besoin. Les hommes qui, dans la population ouvrière, sont les plus hostiles à la constitution de la société présente seront

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biea vite réconciliés avec elle, qqinii ils auront cessé de n'en connaître que les inconvénients, de même que Geu][ qui croient le moins aux bienfaits de l'assodation seront bien forcés d'avouer qu'ils se sont trompés, quand ils les verront prospérer en France comme elles prospèrent en Angleterre et en Allemagne.

Mais h quoi bon s'arrêter plus long:temps à combattre des objections qui te trouvent réfutées d'avance? Quand ces objections seraient mille fois plus fortes qu'elles ne peuvent l'être, il faudrait toujours bien reconnaîtra qu'elles ne sauraient prévaloir contre les faits. Or les faits leur sont partout contraires ; partout ils donnent raison aux associations. Il faut donc bien que ceux qui étaient le mieux pourvus contre ellei d'arguments et da malédictions en prennent leur parti, et se décident à ouvrir les yeux. S'ils s'y refusent, tant pis pour eux. On ne peut que leur répéter ce que le général Bonaparte disait de la République française : < Elle est commo le soleil, aveugle qui ne la voit pas* *

S VI. Associations manufacturières ea ÂJigleterre.

lia forme d'association de production qui appartient en propre à l'Angleterre, c'est l'associatioR manufacturiàre. Rien de plus naturel dans un pays où domine la manufacture. Leaouvriers, enrichis par les bénéfices des associations de consommation, songèrent tout d'abord à lutter contre la grande industrie sur son propre terrain et avec ses propres moyens. Grâce à l'expérience acquise par plusieurs années d'association, grilce aux relations qui en résultèrent entre un grand nombre d'ouvriers, gr&ce surtout aux capitaux considéra-

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Mes que leur procurèrent les bénéfices de leurs premières entreprises, ils ont pu sans témérité aborder un genre d'opérations qu'un grand nombre d'économistes s'eotèlent encore aujourd'hui, malgré les faits qu'ils semblent ignorer, à déclarer inaccessibles aux associations ouvrières. Je crois bien en effet qu'ils ont raison, si l'on considère k condition particulière des associations de production en frsnce. Il est bien certain que ce n'est pas en réunissant, comme ils ont foit jusqu'ici, quelques maigres épargnes, que les ouvriers français peuvent songer à se lancer dans les entreprises ^gaatesques où ont réussi le» assodations anglaises. Mais cette impossibilité tient au mode d'opérer, et pas du tout à une incapacité essentielle de l'aBsociation. Le moyen pour les ouvriers français d'atteindre au résultat obtenu p»r leur» confrères d'ontre-Manche, c'est de faire ce que ceux-ci ont fait, c'est-à-dire de fonder de vastes associations de consommation dont les bénéfices leur procurent les capitaux dont ils ont besoin. Le même résultat peut encore être obtenu par la création des banques populaires, imitées de celles qui depuis quinze ans fonctionnent en Allemagne.

La première de ces grandes entreprises que nous trouvions en Angl^rie, c'est celle du moulin de Leeds. Fondée en 1647, au moyen d'actions de s& fr., l'association comprenait, en 165^, 3S00 membres, possédait un capital ds 100 000 fr., dépensait annuellement 735 COQ fr. et faisait pour l 500 000 Ir. d'affaires. Les bénéfices réalisés en aspt années, de 1847 h 1854, s'élevaient à 1 88 &75 fr. L'économie pour les acheteurs était de 60 pour 100. Aussi cette institution a^t-elle eu une action considérable sur les pnx ordinaires du commerce. Pour soutenir la concurrence , les mor-

chands de farioe ont été obligés d'abaisser leurs

prix.

Depuis, quatre autres entreprises se sont établies sur le même modèle. Celle de Breadford dans le Yorkshire, compte 1246 membres et fait pour 300 000 fr. d'ailaires; celle de Halifax a 1948 membres, et le chiffre de ses affaires est environ de 500 000 fr. Les bénéfices sont partagés entre les actionnaires et les acheteurs.

En 1850, un certain nombre d'ouvriers de l'association de Rochdale se concertèrent pour fonder aussi UQ moulin. Ils purent réunir lOOOOfr., qui leur serr virent à louer et à réparer un moulin hors de service, et à commencer leurs opérations. Comme à l'époque de la fondation du Magasin, ils essuyèrent dans le principe des pertes assez considérables, dues à des vices de construction et à leur inexpérience de cette nouvelle exploitation. Mais ils ne se laissèrent pas plus décourager cette fois-ci que l'autre, et leur persévérance trouva bientôt sa récompense. Au bout de quelques années , ils furent en état de consacrer 125 000 fr. à la construction d'une usine mieux organisée, qu'ils ont pourvue des machines les plus perfectionnées, et qui chaque semaine livre à la consommation 1 700 sacs de farine, de gruau, etc. Les bénéfices sont partagés entre les acheteurs, qui sont principalement le Magasin et les membres de la Société mère, ou de celles qui en sont sorties. C'est lui qui approvisionne les boutiques coopératrices des villes et villages voisins à plusieurs milles à la ronde.

Deux ans plus tard, les mêmes hommes formèrent une nouvelle association pour fonder une filature. Us travaillèrent d'abord (1852-1856) dans des ateliers

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