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CHAPITRE VI

L'industrie de la houille est naturellement associée à celle du fer, et la population qu'elle fait vivre n'est pas moins intéressante que celle dont nous venons de parler.

. On a dit avec vérité, qu'un morceau de houille était un rayon de soleil mis en bouteille : or, un rayon de soleil, c'est cette force changeante, indestructible et féconde, qui s'appelle lumière, chaleur, action chimique, électricité et mouvement. Mais on ne sait guère ce qu'il en coûte de travaux et de dangers à toute une population, pour s'emparer des précieux débris d'une antique végétation

enfouis dans la croûte terrestre, et qui, sous forme de combustible et de gaz d'éclairage, nous rendent les principes vivifiants répandus sur notre globe bien avant Tapparition de rhomme. Des puits d une grande profondeur sont la seule communication entre le monde extérieur et un dédale de galeries basses et étroites où s'agite sans relâche le peuple laborieux dévoué à ce travail. Malgré un système perfectionné de ventilation, une atmosphère étoufifante remplit ces ruches souterraines, et le terrible feu grisou, distillé par des fissures imperceptibles, menace sans cesse de punir d'une manière effroyable un seul instant de négligence. Parfois ce démon malfaisant déjoue les plus sages précautions, et s'échappe d'une cavité subitement ouverte, dans laquelle il était enfermé depuis des centaines de siècles. Parfois c'est un éboulement qui vient écraser les ouvriers, lorsqu'à une couche de charbon dure comme la roche en succède ino]>inément une autre friable comme du bois pourri. Quelques chiffres donneront une idée de 1 ^importance de la profession des

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mineurs et de ses dangers. Sur i 74 millions de tonnes de houille débitées en 4867 dans le monde entier, iOi millions l'ont été par l'Angleterre. Ce charbon a été extrait de 3195 mines y dans lesquelles sont employés 282 000 ouvriers. Dans cettie même année 1867, le nombre des morts causées par des accidents s'est élevé à il 90 (en \ 866 il avait été de 1484), parmi lesquelles 286 ont été dues au feu grisou. Il a donc péri en un an, dans ce dangereux travail, un ouvrier sur 280, et chaque fois que 88000 tonnes de houille sont livrées au commerce, il faut, pour savoir ce qu'elles coûtent, ajouter au prix d'extraction la mort violente d'un homme.

Cette vie rude et périlleuse, pleine de hasards et de privations, fait des hommes énergiques, et, en lisant leurs dépositions devant la Commission royale, on ne peut manquer de ressentir pour la plupart d'entre eux une sympathique admiration. Nous avons d'ordinaire évité de parler des personnes pour nous attacher aux caractères généraux du sujet que nous avions abordé ; mais nous

n'aurions donné qu'une idée incomplète du rôle des Unions, de leur influence et de leur avenir, si nous ne faisions pas connaître quelques-uns des hommes qui, chargés de les représenter, honorent la cause qu'ils ont eu à défendre.

L'un d'eux, M. M"" Donald, a raconté sa vie avec une noble simplicité. Né en Ecosse il y a une quarantaine d'années, il entrait dans une mine de fer à l'âge de huit ans. Il fallait se lever à deux heures du matin, l'hiver comme Tété, pour ne rentrer qu'à sept heures dn soir au cottage paternel. Pendant seize ou dix-sept heures, Tenfant poussait des chariots dans des galeries, hautes parfois seulement de dix-huit pouces, mal ventilées, et où l'acide carbonique s'amassait souvent en telle quantité, que trois ou quatre lampes placées côte à côte ne donnaient pas assez de lumière pour permettre de charger le minerai. Aussi, des vingt compagnons de M. M*" Donald, aucun n'a-t-il survécu à cette triste enfance. Dans la seconde mine où il a travaillé, se trouvaient une trentaine de

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garçons et un bon nombre de jeunes filles.

Tous ceux-là aussi, excepté son frère et lui, sont morts, brisés par l'excès du travail, éteints à la fleur de l'âge par une atmosphère empestée, comme les misérables lampes qui refusaient de brûler dans leurs mains. Cependant, à peine arrivé à l'âge d'homme en dépit de ces terribles épreuves, le jeune M*" Donald se consacre au plus rude labeur du mineur pour obtenir un salaire plus considérable, et améliorer plus rapidement sa position. Il prend à l'entreprise le percement des galeries à travers les rochers, là où il faiit travailler dans l'eau jusqu'aux genoux, et sous une pluie qui dégoutte incessamment des parois. c< Pour échapper, dit-il, à Tim- » pression de cette douche perpétuelle, je »> commençais par me rouler tout entier dans » l'eau avant de me mettre au travail. » Malgré cette vie fatigante, il suit les cours du soir, alors récemment fondés pour les ouvriers.

Puis, aussitôt qu'il a amassé un petit pécule, à vingt et un ans, il partage sa vie : pendant Tété, il continue à travailler de ses mains;

pendant l'hiver, il va à l'université de Glasgow ; il étudie le grec, le latin, la rhétorique et les mathématiques : cela lui coûte environ 60 livres sterl. (1 500 fr.) pour ses six mois de vie d'étudiant. Enfin, après avoir été /breman, il devient secrétaire d'une Union, et quitte pour ces fonctions la pioche et le pic. Aujourd'hui, il a été appelé par la confiance de tous ses camarades à la présidence de V Association nationale des mineurs ^ vaste société qui embrasse toutes les Unions de houillers des trois royaumes.

D'autres ouvriers, qui ont débuté comme lui, aussi énergiques et aussi persévérants que lui, ont suivi une autre voie, et ont fini par devenir maîtres à leur tour. Il y a vingtsept ou vingt-huit ans, parmi ces enfants de huit à dix ans, condamnés au terrible travail de la mine, s'en trouvait un appelé George EUiot. Un peu plus tard, il prenait part comme mineur aux grandes grèves par lesquelles les ouvriers obtinrent une réduction considérable des heures de travail, et il en parle encore aujourd'hui comme d'une précieuse

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victoire de la justice et de l'humanité. Dès l'âge de vingt ans, grâce à sa vive intelligence, il commençait à s'élever au-dessus de la condition de simple mineur. Passant successivement par tous les degrés de la hiérarchie des employés des houillères, devenant inspecteur, puis agent, il se trouve être aujourd'hui un des principaux propriétaires de mines dans plusieurs parties de T Angleterre à la fois. Tant dans celles qu'il possède que dans celles qu'il exploite pour ses amis, il occupe dix mille ouvriers, et il extrait annuellement 2 millions de tonnes de charbon, c'est-à-dire un quatrevingi>-huitième de la production du monde entier. Fidèle au souvenir de son origine, il a toujours su conserver les meilleurs rapports avec ses ouvriers, et il termine sa déposition par les paroles suivantes : c< En somme, les » houillers sont xme population admirable.

» Il n'y a pas au monde un corps plus beau » et avec lequel il soit plus facile de s'en- » tendre, pourvu qu'on sache s'y prendre. »

Toute l'extraction de la houille se paye à la tâche. A l'extrémité des galeries, les ouvriers,

généralement couchés sur le dos, tant l'espace est bas, attaquent à coups de pioche la veine de charbon, puis ils ramassent les blocs détachés et les chargent dans des caisses munies de roues qui forment une sorte de chariot.

Ces caisses, poussées sur une voie de fer, sont hissées à la surface par la machine à vapeur, et leur chargement, après avoir été pesé, est porté au compte de chaque ouvrier, qui est payé à tant la tonne de houille extraite. Dans quelques mines, à Staveley par exemple, un certain nombre d'ouvriers prennent une galerie à l'entreprise, et s'associent pour l'exploiter, courant la chance de perdre ou de gagner, selon la qualité de la veine. Ailleurs, cette qualité rendant le travail plus ou moins facile, les ouvriers de telle galerie sont payés à la tonne plus que ceux de telle autre. Enfin, dans le Durham et le Northumberland , les mineurs sont engagés pour une année à un taux fixe, et le propriétaire leur garantit un minimum de 30 à 33 shillings par quinzaine (950 à 104-5 fr. par an), qu'il leur donne ou non du travail. Attaqué tantôt par les maîtres.

tantôt par les Unions, ce système, fort ancien, subsiste encore dans beaucoup de mines, et est en somme avantageux aux deux parties :

elles y trouvent une assurance, Tune contre Télévation subite des salaires, funeste aux contrats à longue échéance, T autre contre les chômages forcés, qui la plongent dans la misère.

En suivant le développement des Unions dans cette industrie, nous montrerons en même temps les divers objets qu'elles se sont proposé d'atteindre, et tout ce qu'elles ont accompli pour l'amélioration de l'existence des mineurs.

C'est en Ecosse qu'elles se sont d'abord formées. Nous en avons dit assez pour qu'on se figure la misérable condition dans laquelle elles trouvèrent les ouvriers des houillères; et l'on pouvait cependant la considérer déjà comme un grand progrès sur ce qu'elle était quelque temps auparavant. Jusqu'en 1779, ce fut en effet un véritable servage. Obligés par la loi de travailler dans les puits tant qu'il plaisait au propriétaire de les y garder, les mineui^s étaient de fait vendus avec le

fonds d'exploitation : s'ils allaient s'engager ailleurs, leur maître pouvait toujours Jes faire reprendre, et ils étaient fouettés comme voleurs pour lui avoir dérobé leur propre travail. Modifiée en 1779, cette loi ne fut définitivement rapportée que par les actes de 1797 et de 1799 ; mais les abus dont les ouvriers étaient les victimes ne disparurent pas tous de ce coup : les lois contre les coalitions étaient en pleine vigueur, des Truck-shops furent établis partout, et, pour obliger leurs ouvriers à y venir acheter à crédit, les maîtres ne les payaient qu'à des termes fort éloignés (1).

(1) Depuis rinterdiction des Truck-shops, ce payement à long terme a donné lieu à un autre genre d'abus, dont encore aujourd'hui les ouvriers se plaignent amèrement : c'est un système de prêts usuraires. Quand, par exemple, un travailleur gagne 3 livres sterl. (75 fr.) dans sa quinzaine, il peut, quoiqu'il ne soit payé que le quinzième jour, se considérer, dès la fin de la première semaine, comme le légitime propriétaire d'une livre et demie. Mais, si alors, sur cette somme qui lui appartient, il veut toucher une livre sterl., oij lui fera signer, dans certaines usines, un reçu d'une livre sterl. et un shilling. Ce shilling représentera l'intérêt de l'avance de la livre qu'il a déjà bien dûment gagnée : ce qui revient à lui prendre 5 pour 100 par semaine, c'est-à-dire à lui prêter, en admettant que ce soit un prêt, au taux de 260 pour 100 par an.

Dans les galeries souterraines s'entassaient les femmes et les enfants ; ces derniers étaient privés de toute instruction; le travail se prolongeait parfois plus de seize heures sur vingt-quatre; enfin aucune garantie n'existait pour l'assainissement et la sécurité des mines. Aussi les sociétés secrètes, formées dès avant l'émancipation, se consolidèrent -elles : elles finirent même par braver la loi. L'Union des mineurs du Lanarkshtre était publiquement tolérée depuis 1817, et son exemple ne fut pas sans influence sur Tacte de justice qui abolit le délit de coalition en 1824. Dès qu'il fut accompli, ces associations se mirent à attaquer les coutumes, antiques débris du servage, qu'elles considéraient justement comme funestes à la situation de l'ouvrier, et elles cherchèrent à intéresser l'opinion publique à leur cause. On ne pourrait, sans exagération, attribuer à la seule influence des sociétés tout ce que l'Angleterre a fait pour extirper ces abus et améliorer la condition des mineurs ; mais il est certain que par leur persévérance à défendre leurs légitimes intérêts, soit devant le public

en général, soit devant les commissions parlementaires^ elles ont hâté la législation dont les effets bienfaisants se font enfin sentir. Elles ont eu à vaincre la force de la tradition, Taversion, fort sage ordinairement, du peuple anglais pour toute réglementation légale, et enfin l'opposition d'un trop grand nombre de maîtres. Tandis qu'elles poursuivent cette œuvre, tantôt par des pétitions au Parlement, tantôt par des grèves, elles soutiennent aussi d'autres luttes, parfois longues et acharnées, soit pour élever les salaires, soit pour en combattre l'abaissement, soit pour défendre leur propre existence. Mais on ne peut les accuser d'avoir introduit ou répandu parmi les ouvriers r habitude des grèves, car nous verrons les plus violentes et les plus persistantes éclater là où les Unions n'ont jamais existé ; et, en revanche, elles ne sont restées étrangères à aucune des améliorations sociales que notre siècle a eu Thonneur d'assurer à la classe des mineurs anglais.

Leurs premiers eflTorts furent couronnés de succès. Elles obtinrent une enquête du Parle-

ment sur les Truck-shops, qui aboutit à une loi proposée aux Communes par Lord Ashley (aujourd'hui Lord Shaftesbury), et votée en 1831, par laquelle cette pratique usuraire fut absolument interdite.

C'est dans cette même année 1831 que les mineurs anglais usent pour la première fois du droit de se coaliser; mais ce n'est qu'une ligue temporaire, et les Unions ne paraissent pas avoir existé parmi eux comme parmi les Ecossais. Ils veulent obtenir la réduction des longues journées de travail (1). Un ouvrier nommé Tomy Hepburn, homme doué d'une rare intelligence et de tous les dons qui désignent un chef à la multitude, se met à leur tête. Trente mille ouvriers sont en grève dans

(1) Quoique le travail soit payé à la tâche, la discipline indispensable dans une mine exige que le nombre d'heures de travail y soit fixé. Dans celles où l'on ne travaille pas continuellement, le service des transports dans les galeries et des machines d'extraction doit fonctionner un certain nombre d'heures, et si le mineur quitte son travail auparavant, c'est une perte nette pour le propriétaire. Dans celles où l'on travaille sans interruption, il faut que chaque ouvrier sache à quelle heure il devra aller remplacer celui qu'il relaye dans l'exploitation d'une galerie. ^

le Durham et le Northumberland : après beaucoup de souj&ances, ils finissent par remporter, et la journée de travail est réduite à douze heures. Cette réduction fut un égal bienfait pour les ouvriers qui Tavaient demandée et pour les maîtres qui s'y étaient opposés : le travail devint plus assidu et le rendement des mines augmenta. Cependant, encouragés par leur succès, les ouvriers ne s'en tinrent pas là : ils réclamèrent un accroissement considérable de leurs salaires. En vain Hepburn les en dissuade-t-il, ils se mettent en grève ; mais les prévisions de leur chef se réalisent bientôt, et ils sont obligés de céder.

Peu de temps après, nous trouvons les Unions du nord de l'Angleterre déjà organisées, et réclamant, de concert avec celles d'Ecosse, l'intervention de la loi contre la mauvaise ventilation des mines et contre l'emploi des femmes et des enfants. En 1834, un comité du Parlement siège à ce sujet, mais se borne à des recommandations, qui furent, à ce qu'il paraît, peu écoutées. Enfin, en 1842, les Chambres, frappées des

funestes conséquences d'un abus toujours croissant, votent une loi qui interdit absolument le travail souterrain aux femmes et aux enfants au-dessous de douze ans(l).

Jusqu'en 1844, sauf une grève peu importante dans le Derbyshire, rien ne vient interrompre le travail des houillères. A cette époque, les mineurs des comtés de Durham et de Nottingham refusent de se servir, pour descendre dans les puits, de nouveaux câbles de fil de fer qui ne leur inspirent pas la même confiance que leurs vieilles cordes de chanvre.

Une fois la grève commencée, ils renoncent à cet objet, mais la continuent pour obtenir le maintien du système des contrats annuels, auxquels, après quatre mois de chômage, les maîtres finissent par les obliger à renoncer.

Les Unions de ce district ne résistèrent pas à cette crise ; mais cinq ans après elles

(1) Avant cette loi, les femmes employées dans les houillères d'Ecosse étaient obligées de monter depuis le fond de la mine jusqu'à la surface, par des échelles droites et glissantes, avec cent kilogrammes de charbon chargés sur les épaules*

se réorganisent et reconîmencent la lutte en 1849. Instruits par Texpérience, les ouvriers ne s'en prennent qu'à une seule mine à la fois, et, pour l'obliger à céder, tous ceux qu'elle emploie, au lieu de se mettre en grève, réduisent graduellement leur travail de manière à ne gagner que 3 shillings (3 fr. 75 c), puis 2 shillings (2 fr. 50 c), et enfin 1 shilling (1 fr. 25 c.) seulement par jour. Par ce système, dit de restriction, le rendement de la mine tombe à presque rien, tandis que tous les frais généraux d'exploitation demeurent les mêmes; et les mineurs, subventionnés par leurs camarades, s'opposent, par ce travail purement nominal, à ce que d'autres puissent les remplacer. La houillère de Marley Hill fut frappée de cette sorte d'interdit : les directeurs, ne voulant pas demeurer plus longtemps dans cette situation, congédièrent rigoureusement tous leurs ouvriers, les expulsèrent des maisons qu'ils leur louaient aux environs, et firent venir des mineurs d'Ecosse pour travailler à leur place. Ces mesures réussirent, et, après avoir tenté

inutilement de s'y opposer, les anciens ouvriers de la houillère furent dans la nécessité de demander à y rentrer, en renonçant à Taccroissement de salaire qu'ils avaient réclamé.

A partir de ce moment, les grèves deviennent de plus en plus fréquentes, même là où les Unions ont encore peu de pouvoir.

Ainsi, dans le district de Leeds, où celles-ci ne comptent que deux mille membres sur sept mille ouvriers, la lutte éclate en 1853, toujours pour la même cause, entre MM. Pope & Pearson et leurs ouvriers. Les premiers sont soutenus par leurs voisins, les seconds persistent, et l'emportent au bout de cinq mois.

Durant Tannée 1855, nous comptons douze grèves dans le Durham. Elles sont aussi fréquentes en Ecosse, et l'une d'entre elles, dans le Lanarkshire, commencée en 1856, ne dure pas moins de treize mois : elle se termine à l'avantage des maîtres. C'est de nouveau dans le district de Leeds que se reportent les hostilités en avril 1858. Tous les ouvriers se sont coalisés et ont formé une

Union (1) pour soutenir leurs camarades de la grande houillère de M. Briggs; celui-ci est à son tour appuyé par ses confrères, qui prononcent un lock ont. Au bout de deux mois, lorsque les ouvriers ont perdu un million par leur chômage, on finit par où l'on aurait du commencer, on transige : les maîtres voulaient réduire les salaires de 1 5 pour 100, les mineurs voulaient les conserver au taux où ils étaient; on convient de les diminuer de 7 et demi pour 100.

Ils ne tardèrent pas à s'élever de nouveau ; mais cela n'empêcha pas la lutte de recommencer bientôt sur un autre sujet. Il s'agissait cette fois de résister à ce que les ouvriers appellent la confiscation ^ usage contre lequel ils ne cessent de protester, et qui, plus que tout autre peut-être, envenime leurs rapports avec les propriétaires. Toutes les fois qu'une caisse de houille, arrivant à la surface, se trouve ne pas avoir le poids voulu, ou qu'elle contient une certaine quantité de terre ou de

(1) Cette Union prit le nom d'Association des mineurs du Yorkshire méridional,

pierre mêlée au charbon, on en verse le contenu au magasin sans l'inscrire au compte du mineur qui Ta extrait, ni lui rien payer pour son travail. Les ouvriers affirment qu'il suffit d'un seul morceau de charbon tombant dans le parcours des galeries pour faire prononcer cette confiscation, et que souvent même elle a été appliquée, par suite d'erreurs plus ou moins volontaires, à des caisses qui avaient le poids voulu, si bien que, par ce procédé, certaines houillères arrivent à faire extraire gratis plus d'un douzième du charbon qu'elles produisent. C'était pour obtenir l'abolition de ce système, nécessaire peut-être dans certains cas, mais dont ils ressentaient vivement les abus, qu'ils s'étaient mis en grève. Tous les maîtres du district se coalisèrent pour le défendre, et répondirent par un nouveau lock out : dix-huit houillères fiu'ent fermées à la fois, laissant plus de dix mille ouvriers sans ouvrage. Mais cette mesure rigoureuse n'empêcha pas les mineurs d'obtenir à la fin satisfaction pour tous leurs principaux griefs. Cependant le système des Unions se fortifie

et se développe parmi les houillers : c'est l'époque à laquelle il s'établissait aussi, comme nous l'avons vu, dans l'industrie du fer. En 1862, une partie considérable des mineurs employés à l'exploitation des riches gisements qui s'étendent entre Liverpool et Manchester, particulièrement près des villes de Wigan et de S.-Helens, formèrent l'association des mineurs du Lancâshire méridional, à l'instar de celle qui s'était fondée à Leeds quatre ans auparavant. L'année suivante, cette dernière ville vit s'assembler dans son enceinte des délégués de presque toutes les sociétés de mineurs anglais; les Unions écossaises, déjà réunies, y furent représentées par M. M*' Donald; et une grande société, dont celui-ci fut élu président, se forma sous le nom d'Association nationale des mineurs^ La propagande unioniste en reçut une grande impulsion. Dans le Yorkshire, devenu son centre, la nouvelle société trouva les esprits particulièrement disposés à la lutte, et elle ne fut que l'occasion d'une explosion d'hostilité entre les maîtres et les

ouvriers, préparée par une longue série de griefs réciproques.

Des agents de TUnion, parcourant les districts où elle n'avait pas encore d'adhérents, adressaient aux ouvriers des harangues passionnées, où ils peignaient des couleurs les plus vives tous les torts, vrais ou faux, des maîtres à leur égard, et leur présentaient l'admission dans l'Union comme un remède infaillible à tous leurs maux. Deux d'entre eux, MM. Brown & Pickles, qui ont l'un et l'autre comparu devant la Commission, se distinguaient par la vivacité de leurs paroles. Tout en ce moment-là était matière à querelles.

Tantôt les maîtres voulaient obliger les ouvriers à trier dans la mine même la houille récemment extraite, et à charger dans des caisses les gros morceaux aussi bien que le menu charbon formé par leurs éclats. Tantôt ils confisquaient les caisses de charbon, pour peu qu'il manquât quelque chose à leur poids. Ce dernier grief était devenu si grave, que le Parlement avait fait une loi établissant comme contrôleur du pesage un ouvrier de la

mine nommé par ses camarades et payé conjointement par eux et les propriétaires. Plusieurs maîtres l'avaient éludée en renvoyant de leur service l'ouvrier désigné pour ces fonctions, aussitôt après son élection, et en lui interdisant alors les approches de la mine, sous prétexte qu'il n'appartenait plus à l'établissement. Traité de la sorte, un de ces contrôleurs, M. Normansell, aujourd'hui président de rUnion du South-Yorkshire, maintint son droit. 11 se fit chasser dix-huit jours de suite de l'entrée de la mine où il venait occuper son poste, en appela aux tribunaux, passa de juridiction en juridiction, et, amenant ses anciens maîtres jusque devant la Cour du Banc de la Reine, les obligea à le réintégrer dans ses fonctions (1).

Les maîtres, de leur côté, se préparaient à la lutte et s'étaient coalisés, formant entre eux une véritable Union, sous la présidence de l'un

(1) Nous citerons enfin, comme derniers sujets de plaintes de la part des ouvriers, le renvoi de la plupart des chefs des Unions, et la contribution imposée à tous les mineurs pour l'entretien d'un médecin, qu'ils ne choisissaient pas.

d'eux, M. Briggs. Ce fut précisément chez lui que commencèrent les hostilités en 1 863 : ses ouvriers refusèrent d'accepter le système du triage du charbon. Décidé à briser leur résistance et les Unions, qu'il accuse de fomenter les grèves, il fait venir des comtés voisins des mineurs pour remplacer ceux qui Tout quitté.

Ces derniers accueillent les nouveaux venus avec une sourde hostilité, qui ne demeure pas longtemps contenue, malgré les louables eflTorts de quelques-uns de leurs chefs. Elle éclata à propos de l'expulsion en masse des anciens locataires des maisons dépendant de la mine. Dans la nuit du 24 au 25 septembre, les ouvriers étrangers qui y avaient été installés furent attaqués, et il s'ensuivit une émeute sérieuse, que la police eut beaucoup de peine à réprimer. Mais cet acte de violence était le dernier effort des plus passionnés parmi les ouvriers en grève : ils furent contraints de s'avouer vaincus, de renoncer à leurs demandes, et de consentir à travailler à côté des ouvriers non-unionistes. Ils se promettaient bien de prendre leur revanche à la première

occasiou : nous verrons plus loin de quelle manière MM. Briggs les en empêchèrent et les désarmèrent comme par enchantement.

Les Unions grandissaient cependant par persuasion et par intimidation dans les houillères du Durham, et s'efforçaient d'obtenir le redressement des griefs des mineurs ; les maîtres ne voulaient pas tolérer leur intervention. De là des dissensions à tout propos, tantôt au sujet de la confiscation, tantôt à cause des salaires. Les ouvriers emploient le système de la restriction; les maîtres répondent par un lock ont. A la mine de Braucepeth, une quarantaine de familles d'ouvriers unionistes sont expulsées des cottages que les propriétaires leur louaient aux environs des puits. Ces maisons étant demeurées inhabitées, les mineurs virent dans ce procédé une persécution gratuite, et l'arrivée d'ouvriers étrangers mit le comble à leur irritation. La police, quoique renforcée par des spécial constableSy ne put prévenir l'explosion de rixes nombreuses, et le séjour du district finit par devenir intolérable aux nouveaux venus. Satisfaits d'avoir

écarté ces concurrents, les anciens ouvriers reprirent leur travail ordinaire, sans insister sur leurs premières demandes ; ils n'auraient pu d'ailleurs prolonger la lutte, car ils avaient dépensé leurs fonds, et perdu, en salaires, 32 000 Uvres sterl. (800 000 fr.).

Avec l'année 1864, la lutte prend un autre caractère dans le South Yorkshire, où elle venait d'être si vive. Cette fois, l'Union n'y est pour rien : c'est malgré son avis que les mineurs d'Oaks et de ThomcliflFe se mettent en grève ; elle refuse de les soutenir, et ils la quittent pour y persister. Mais les maîtres n'en profitent pas pour restreindre la lutte : ils se coalisent de nouveau et ferment toutes les houillères des environs. Ce n'est que lorsque trois mille ouvriers, dont un tiers à peine étaient unionistes, sont ainsi congédiés, que l'Association se décide à résister pour obtenir la révocation d'une pareille mesure. Elle y réussit : au bout de dix-neuf semaines, les propriétaires de la mine d'Oaks sont abandonnés par leurs coassociés ; et Tannée suivante elle recueillit les fruits de cette résis-

tance opportune. En eflfet, ayant alors réclamé un accroissement de salaires de 10 pour 100, justifié par la prospérité du commerce houil- 1er, elle vit plusieurs maîtres, non-seulement le lui accorder, mais se liguer avec elle pour obliger les autres à faire la même concession. Les maîtres qui résistèrent furent frappés de restriction y leurs ouvrieï*s réduisirent leur travail à 3 shillings (3 fr. 75 c.) par jour, et la mine de Thorncliffe ayant congédié les siens, ses compétiteurs soutinrent par leurs souscriptions les ressources afiaiblies de rUnion, si bien que celle-ci, après avoir dépensé 5000 livres sterl. (125000fr.), finit par l'emporter, et obtint l'élévation des salaires, le payement hebdomadaire, et la reconnaissance officielle de T Union par le petit nombre de propriétaires qui avaient jusqu'alors refusé de traiter avec ses représentants.

Ailleurs elle n'est pas aussi heureuse, et c'est en vain qu'elle s'efforce de s'établir dans les cinq houillères voisines de Chesterfield (Derbyshire). Le directeur de la mine de Staveley, M. Markham, a résolu de s'y opposer, A peine

les ouvriers du district, au nombre de sept à huit mille, se sont-ils réimis pour délibérer de la formation d'une société, qu'il donne congé à tous ceux qui ont organisé le meeting, et il menace du même sort tous ceux qui assisteront aux réunions où les délégués de l'Union se feront entendre. La plupart de ses trois mille ouvriers le quittent alors spontanément, et, au bout d'un mois et demi, les travaux sont presque abandonnés. Mais il ne se tient pas pour battu, et attaque l'Union avec ses propres armes. Opposant les meetings aux meetings, les discours aux discours, il réussit à organiser parmi les ouvriers un parti anti-unioniste, qui se recrute d'autant plus facilement parmi les moins résolus, que, la grève s'étendant à tout le district, ceux qui y ont *pris part ne reçoivent aucun secours et sont réduits à la dernière misère. L'occasion s'offre enfin de porter un coup décisif : les nouveaux adversaires de l'Union reçoivent en présent de la viande et de la bière ; ils organisent un grand repas et y convient leurs camarades.

Cette scène est décrite en quelques mots par

Tun d'entre eux (i). «Trois ou quatre cents » hommes^ dit-il, restés fidèles à l'Union, » s'en allaient par le pays, Testomac vide.

» Quand ils virent le bœuf, ils se sentirent dis- » posés à l'avaler, s'il se pouvait, tout entier : » ils arrivèrent tous, en eurent leur part, » et retournèrent au travail le lendemain » matin. — Et, lui demande-t-ori, le dîner » a-t-il été pour quelque chose dans la » dissolution de l'Union? — Il a eu le » meilleur eflfet », répond-il naïvement. Il disait vrai ; car l'Union fut abandonnée pour le moment, et M. Markham finit par reprendre l'exploitation de la mine avec quinze cents ouvriers.

D'autres moyens sont employés en 1867, dans la partie méridionale de ce comté, où la grève a commencé de la même manière- La propagande des agents unionistes a amené

(1) M. Henshaw (Q. 13801, volume VI), qui raconte luimême avoir été choisi avec quelques camarades par les agents de la compagnie pour se présenter devant la commission^ comme type de la fraction des mineurs hostile à l'Union < Leurs dépositions donnent la mesure de leur sagacité;

une coalition de maîtres, qui ont congédié tous les ouvriers affiliés à la société. Cette décision a fait naître une profonde agitation : les mines se sont dépeuplées, et les rares travailleurs qui s'y aventurent encore sont assaillis par leurs camarades, qui les appellent cr suceurs de sang », et qui, armés de bâtons, forment autour d'eux des attroupements menaçants. Aucune transaction n'était possible, dans une lutte où il s'agissait de l'existence même des Unions : aussi s'envenimait-elle de jour en jour, et la police ne put-elle pas toujours prévenir de graves désordres. L'exploitation de la houille était absolument interrompue :

ceux qui avaient fait grève avaient persuadé à des ouvriers appelés pour les remplacer de s'en retourner chez eux, en leur payant largement leur voyage. Les propriétaires des houillères de Gresley Wood et de Swadlincote, pour se procurer d'autres mineurs, louèrent des trains spéciaux, qui, évitant les stations surveillées par les unionistes, débarquèrent les nouveaux venus au milieu de la campagne, dans des lieux isolés, d'où on les amenait

secrètement jusqu'à la mine. Ce moyen réussit , et les anciens ouvriers reprirent leur travail en abandonnant T Union.

C'est au commencement de 1868 que siégeait la Commission, et déjà cette année avait été marquée par plusieurs grèves : Tune en janvier, chez Lord Vemoii (cette fois les mineurs avaient accepté, au bout d'un mois, une réduction de salaires); l'autre dans le comté de Lancastre, où ils avaient résisté à la même mesure, ce qui avait amené des désordres plus graves que tous ceux que nous avons vus jusqu'à présent. Le district qui s'étend entre les petites villes de Wigan et de S. Helens est aussi riche que bien exploité : une seule mine, celle de la « Wtgan Iron and Coal O » , emploie 9000 ouvriers et produit annuellement 1 750 000 tonnes de charbon. Le prix de la houille ayant baissé, les maîtres considéraient la réduction de 1 5 pour 1 00 sur les salaires comme tellement nécessaire, qu'ils auraient mieux aimé fermer leurs mines que

d'y renoncer. Cette fois encore les chefs de

182 LES ÀSSOGIATiONS OUVRIÈRES EN ANGLETERRE.

rUniou (1) donnèrent une preuve de leur dairvoyance en conseillant aux ouvriers d'accepter cette réduction : Tun d'eux, M. Pickard, qui cependant ne pouvait leur être suspect, car il s'était toujours fait remarquer par la vivacité de son langage , chercha en vain à leur prouver les suites funestes de la résistance. On ne Técouta pas, et les sociétés locales de Wigan et de S. Helens, rebelles à l'autorité centrale, ne voulurent pas même entendre parler d'une transaction. Les ouvriers plus sensés qui n'avaient pas voulu se mettre en grève furent molestés de toutes manières, surtout lorsqu'on vit se joindre à eux des travailleurs étrangers au district. En dépit de tous les efforts des chefs de l'Association du South Lancashire, les mineurs en grève, au nombre de quinze cents, parmi lesquels unionistes et non-unionistes s'étaient confondus, s'emparent deâ établissements de la Wiyan Company j et les occupent pendant plusieurs jours. Ils en auraient détruit toutes les ma-

(1) Gomme nous Payons dit plus haut, elle était établie depuis 1862«

chines sans Tinter vention, si rare en Angleterre, de la troupe de ligne. Un détachement de quarante soldats et de soixante policemen fut une nuit attaqué à coups de pierres près de la mine d'Edge Green, et eut beaucoup de peine à disperser les émeutiers. Ces troubles continuaient au moment où nous trouvons la Commission en séance, recevant les plaintes des deux partis encore échauffés par l'ardeur de cette lutte déplorable. Les maîtres accusent non-seulement l'hostilité des ouvriers, mais la longanimité, ils disent la faiblesse, des magistrats chargés de maintenir l'ordre, et la connivence des chefs des Unions. Ceux-ci, au contraire, affirment avoir tout tenté, jusqu'à compromettre leur influence, pour faire prévaloir la modération, et apaiser des passions qu'ils reprochent aux maîtres d'avoir provoquées et irritées par leur conduite antérieure. Quoi qu'il en soit^ il ressort clairement de cette discussion qu'on ne peut imputer aux Unions aucun des torts dont les ouvriers se rendirent coupables en cette circonstance*

Malgré toutes ces luttes, F accroissement des salaires des mineurs depuis quarante ans n'est pas égal au renchérissement de tout ce qui est nécessaire à la vie, et, par conséquent, il se trouve qu'en réalité leur gain est relativement moindre aujourd'hui qu'autrefois. On ne saurait donc reprocher aux Unions d'avoir cherché à élever le prix de la main-d'œuvre, si, comme l'affirment leurs défenseurs, ces efforts n'ont pas été stériles et si elles ont réellement contribué à assurer à l'ouvrier une meilleure rémunération de son travail.

Elles ont été organisées parmi les houillers sur le même modèle que celles que nous avons déjà étudiées. V Association nalionale, formée à Leeds en 1 863, compte 35 000 membres : c'est une simple confédération des Unions établies dans les différents districts, et qui toutes ont leurs budgets et leurs statuts particuliers. Aussi ne lève-t-elle chaque mois qu'un penny par membre, laissant à ces sociétés locales la gestion indépendante de leurs affaires. Elle se propose seulement de donner à leurs efforts une direction générale,

lorsqu'il s'agit d'obtenir des lois plus favorables au mineur, de protéger les droits et de soutenir les réclamations de chaque membre, et enfin de faire réduire la journée de travail, qui devrait, d'après elle, être limitée à huit heures. Dans les grèves, elle n'exerce qu'une action indirecte : ce sont les Unions locales qui les décident et en font les frais. Son rôle n'en est pas moins très-considérable, et, pour le prouver, M. M^ Donald raconte à la Commission que, depuis sept ans qu'il est président, d'abord de la Société écossaise^ puis de cette Association nationale^ il a pris part à 1600 réunions, parcouru 230 000 milles (près de 100 000 lieues), et écrit dix-sept mille lettres. Les Unions de district sont parfois elles-mêmes des corps très-puissants. Ainsi l'Association du Yorkshire méridional, fondée eu 1858, se subdivise en quarante-huit branches et compte 7000 membres, qui payent une entrée de 10 shillings (12 fr. 50 c.) et une quote-part hebdomadaire de 9 pence à 1 shilling (93 c. à 1 fr.). Celle du Lancashire, formée en 1 862 , se compose aussi de 7000 membres ;

elle lève sur eux une contribution semblable de 9 pence (93 cent.), et donne 9 ou 10 shillings (t î fr. 25 c. ou 1 2 fr. 50 c.) par semaine aux ouvriers en grève; elle leur assure en outre 5 ou 6 livres sterling (1 25 fr. ou 1 50 fr.) pour leurs ftmérailles (1).

De leur côté, les propriétaires ont cherché à combattre côtte puissance nouvelle, soit en se coalisant entre eux, soit en fondant des associations ouvrièl^es patronnées et dirigées par eux. Nous avons vu ces coalitions à l'œuvre dans toutes les grèves importantes qu'ils ont eu à soutenir, assurait l'appui commun aux maîtres attaqués, frappant parfois d'interdit les associations de leurs adversaires, fermant l'entrée des mines à tous ceïix qui s'y étaient affiliés, et les empêchant par leur influence de trouver un ouvrage quelconque- Elles ont même adopté le système des bhdk lisiSj ou listes d'exclusion, et la Commission a eu entre les mains une circulaire adressée

(1) Les Unions des mineurs écossais réservent leurs fonds exclusivement pour les grèves.

par le secrétaire de Tune de ces associations à tous les maîtres qui en faisaient partie, pour leur recommander de n'employer sous aucun prétexte les ouvriers désignés comme unionistes. Les sociétés de secours mutuels fondées par certains industriels pour balancer l'influence des Unions semblent fort bonnes et bien administrées ; mais les ouvriers leur reprochent avec raison de s'imposer d'une manière plus despotique encore que les Unions, dont on accuse l'intolérance. En effet, dans certaines mines, ces sociétés sont soutenues, non par des cotisations volontaires, mais par une retenue faite d'autorité sur tous les salaires, et les ouvriers qui quittent la mine spontanément, ou qui sont congédiés, perdent tout droit aux avantages que leurs souscriptions semblaient leur garantir. C'est donc entre les mains du directeur un moyen d'aggraver la peine du renvoi, en y ajoutant indirectement une amende pécuniaire, qui peut être considérable (1).

(1) Il faut citer aussi la Société, assez insignifiante d'ailleurs, dite du travail libre, qui n'est pas limitée à Tindustrie mi-

Nous avons dû, pour suivre l'histoire des grèves, laisser un moment de côté les eflForts que les Unions ne se lassaient pas de faire pour obtenir la protection de la loi contre les abus mentionnés plus haut. Une fois les heures de travail diminuées, une fois le labeur souterrain interdit aux femmes et aux enfants, les associations de mineurs s'occupèrent particulièrement des garanties de sécurité indispensables dans une houillère.

Le nombre même des victimes que les accidents y font encore, malgré toutes les précautions qu'on peut prendre pour protéger la vie des mineurs, prouve combien ces précautions sont nécessaires. Aussi maîtres et ouvriers s'en préoccupent-ils constamment.

Ils cherchent surtout à prévenir l'explosion du feu giîsou. L'admirable invention de Sir Humphrey Davy, qui enveloppe les lampes des mineurs d'un grillage impénétrable au gaz inflammable, est un palliatif fort utile, mais

nière : sorte de bureau de placement où viennent s'inscrire les ouvriers sans ouvrage et où s'adressent les maîtres qui ont besoin de travailleurs.

auquel on ne doit pas se fier aveuglément. En effet, on a vu des mineurs briser la fermeture scellée de leur lampe pour la rallumer, d'autres emporter des briquets dans leur poche ; on a vu des lampes mettre le feu au gaz soit en se brisant par terre, soit en chauffant au rouge leur enveloppe métaQique.

Toutes les mesures de sécurité doivent donc être prises et maintenues aussi strictement que si la lampe Davy n'existait pas (1). 11 faut une puissante ventilation pour emporter constamment le gaz délétère ; il faut, plus encore peut-être, une surveillance infatigable, pour empêcher les imprudences des ouvriers, et pour prévenir les accidents aussitôt que la présence du gaz se révèle. Les maîtres accusent les Unions de les entraver dans cette surveillance, où ils n'admettent aucun contrôle, par l'esprit d'indépendance qu'elles développent. Les mineurs reprochent, au contraire, aux maîtres de négliger bien des

(1) On sait que cette lampe a été singulièrement perfectionnée, ce qui n'empêche pas que les précautions ne soient toujours nécessaires.

précautions essentielles, et particulièrement de se reposer trop exclusivement sur la lampe de sûreté, compromettant ainsi plus d'une précieuse existence.

Comme nous Tavons dit, les Unions avaient obtenu, dès 1834, qu'un comité parlementaire s'occupât de cette question. A leur sollicitation, elle fut reprise, en 1850, et, après une enquête dirigée par lord WharnclifFe, une loi fut votée qui créait des inspecteurs officiels chargés spécialement de contrôler les conditions sanitaires des mines, donnant par là implicitement raison aux plaintes des associations. Mais le nombre et les pouvoirs de ces inspecteurs étaient trop restreints pour que leur action pût être efficace. Les Unions pétitionnèrent encore : un nouveau comité siégea en 1852 et 1853, et une loi plus complète fut votée en 1 855. Les ouvriers n'y trouvèrent cependant pas encore la satisfaction de leurs vœux : les inspecteurs ne pouvaient venir à tout instant examiner la mine, et se bornaient à des tournées trop rares, disait-on, pour être vraiment utiles. Persuadés d'ail-

leurs que rinsouciance et Timprévoyance du mineur, causes de tant d'accidents, venaient de son ignorance, les représentants des différentes Unions proposaient un système d'instruction obligatoire, et, apportant au Parlement une pétition couverte de plus de cinquante mille signatures, ils demandaient qu'une contribution fut levée sur leurs propres salaires pour appliquer ce système, ne mettant d'autre condition à ce sacrifice que d'être suffisamment représentés dans le conseil de direction. Une loi conforme à cette proposition fut préparée par un homme d'Etat sage et libéral, dont l'Angleterre ressent encore la perte, Sir G. Corne wall Lewis; mais elle rencontra une vive opposition : on y vit une législation d'exception, et les clauses les plus importantes en furent rejetées par les Communes, qui ne conservèrent que des prescriptions insignifiantes pour faciliter l'éducation des mineurs. Aussi les Unions continuèrent-elles leurs sollicitations. U Association nationale des mineurs , déjà en instance devant le Parlement pour f^ire abolir la loi

dite du « Maître et du Serviteur» (1), dont les délégués des Unions de tous les métiers demandaient le rappel, obtint, en même temps que cette loi était abrogée, qu'un comité de la Chambre des communes examinerait de nouveau la question de Tinspection des mines et de l'éducation des mineurs. Ce comité a présenté un rapport très-favorable aux propositions des ouvriers, et la session de 1869 sera certainement marquée par une nouvelle loi sur ce sujet.

On reconnaîtra, après cet exposé, que, d'une part, les Unions ne sont pas responsables des principaux actes de violence dont les demandes d'élévation des salaires ont été l'occasion, et que, d'autre part, elles ne se sont pas exclusivement préoccupées de cette élévation. Elles ont tenu à honneur de montrer, dès les premières années de leur existence, comment elles comprenaient leur rôle en dehors des grèves qu'elles ont eu à soutenir, et leurs devoirs vis-à-vis de la classe

(1) Voyez ci -dessus, page 3/i.

ouvrière qui leur avait confié le soin de ses intérêts. Si, dans leur carrière nécessairement si agitée, elles ont commis quelques erreurs, ne les ont-elles pas bien rachetées par leurs persévérants efforts pour améliorer la situation du mineur?

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