IL LES VERRIERS
L'industrie de la verrerie, répandue dans toute l'Angleterre, a son centre à Birmingham,^
OÙ elle ne compte pas moins de vingt-deux établissements. On sait qu'elle a besoin d'ouvriers particulièrement adroits et exercés. Ils travaillent dans les ateliers par groupes de quatre, appelés chaises y où chacun appartient aune classe particulière, passant de Tune dans l'autre successivement, selon son degré d'habileté. Un rude labeur leur est imposé : du lundi au vendredi de chaque semaine, le travail continue sans relâche jour et nuit ; deux x^elais d'ouvriers alternent auprès des fournaises, de six heures en six heures, n'ayant pour se reposer que le temps pendant lequel leurs remplaçants sont à l'ouvrage. Ce travail est toujours payé à la tâche. Dans certaines villes, un usage fort ancien, et bien antérieur à l'établissement des sociétés ouvrières, limite la quantité d'ouvrage qui peut être faite dans une journée ; mais, loin d'encourager cette règle, les Unions s'efforcent plutôt de la faire * disparaître.
Le petit nombre des ouvriers en verre (ils sont à peine 2000 dans toute l'Angleterre), joint au long apprentissage par lequel
U leur a fallu passer, en fait un corps fort uni et assez ombrageux. Les moindres variations du marché les atteignent directement : aussitôt qu'une ou deux maisons diminuent leur personnel, un certain nombre d'ouvriers se trouvent dans Timpossibilité de se replacer ailleurs. Dans ces dernières années, cent trente d'entrç eux , en moyenne , se sont trouvés constamment sans ouvrage : aussi ont-ils toujours fait obstacle à l'admission d'un trop grand nombre d'apprentis dans leur profession.
Un des principaux objets de la Société des verriers du Royaume-Uni^ fondée en 1849, fut de régler cette admission et de la limiter à un chiffre fixe, réclamation présentée depuis longtemps par les ouvriers. Le succès paraissait devoir être d'autant plus facile à cette société, que presque tous les verriers s'étaient enrôlés dans ses rangs, et qu'elle n'eut par conséquent à redouter aucune concurrence de la part des non-unionistes. Aujourd'hui elle compte plus de 1700 membres, payant les uns 1 shilling, les autres
1 '** 3^^, selon la classe à laquelle ils appartiennent. Après avoir commencé par un fonds destiné uniquement aux grèves, elle eu employa bientôt une partie à secourir ses membres malades. Mais, quoiqu'elle prélevât une cotisation plus forte que la plupart des Unions, il lui fallut, après quelques années, réduire le tarif adopté pour ces secours (1) : grâce à cette économie, elle se trouve avoir une réserve de 9000 livr. sterl. (225 000 fr.). Le comité central siège à Birmingham ; chaque district a un sous- comité et un agent spécial dans chaque fabrique.
C'est en 1858 qu'elle fit im effort décisif pour obtenir des maîtres que le nombre des apprentis, dont l'accroissement l'alarmait, fût
(1) Il avait d'abord été fixé à 12 shillings (15 fr.) pour les treize premières semaines, à 10 shillings (12 fr. 50 c.) pour les treize suivantes, à 8 shillings (10 fr.) pour vingt-six autres semaines, et à 6 pence (62 cent.) pour vingt-six semaines encore après celles-là. Les membres payant un shilling (Ifr. 25) de cotisation ne touchaient que les deux tiers de ces sommes. Elles ont été réduites à 9^^, 7«*»6^, 6^\li^^ (11 fr. 25 c, 9 fr. 37 c, 7 fr. 50 c, 5 fr.), et enfin à 2«>» (2 fr. 50 c.) seulement pour ceux qui, ne pouvant reprendre le travail après un an et demi de maladie, sont considérés comme infirmes,
limité à un chiffre uniforme dans toutes les verreries. Elle demanda d'abord à deux de ces fabriques de le fixer à un apprenti pour trois chaises ou douze ouvriers. Le refus des patrons amena une grève prolongée, et, au bout de trois mois, tous les manufacturiers de Birmingham se coalisèrent, et répondirent en congédiant leurs ouvriers. La lutte dura trois autres mois, et se termina par un compromis.
Les ouvriers cédèrent sur le nombre des apprentis; les maîtres leur firent une concession de principe bien plus importante, en leur accordant que ce nombre, fixé à un pour deux chaises ou huit ouvriers, ne pourrait désormais être dépassé. Cet engagement ne semble d'ailleurs pas avoir entravé l'industrie, puisque les ouvriers ne s'en sont pas moins toujours trouvés plus nombreux que les emplois qu'on pouvait leur donner : il a même été prouvé devant la Commission que l'Union ne l'avait exigé que là où les artisans exercés n'étaient pas indemnisés de la perte de temps et de travail que leur imposait l'inexpérience des nouveaux venus. Ne craignant pas la
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concurrence des travailleurs non associés, l'Union s'est trouvée être Tintermédiaire naturel entre les maîtres et les ouvriers, et c'est à elle aujourd'hui que s'adressent les premiers lorsqu'ils ont une place vacante à donner.
Aussi, malgré des querelles insignifiantes, aucune lutte sérieuse n'est-elle venue troubler les rapports ainsi établis, ni ébranler la position conquise par l'Association. Sous son influence, les salaires des ouvriers se sont considérablement élevés. Les maîtres veulent trouver dans cette élévation la cause de toutes les difficultés commerciales qu'ils éprouvent aujourd'hui ; mais les témoignages recueillis par la Commission sur ce sujet sont tellement contradictoires, qu'il est impossible de dire jusqu'à quel point cette appréciation est exacte*
m. * — LÈS tVpOgràphès*
Grâce à l'instruction et à l'intelligence qui leur sont nécessaires pour leur profession, aux connaissances qu'ils acquièrent en la
pratiquant, les ouvriers typographes se sont trouvés partout placés à la tête de la classe ouvrière, dans ses efforts pour secouer des entraves séculaires. Personne n'ignore que c'est à la persévérance des typographes parisiens , à la manière à la fois ferme et modérée dont ils ont conduit une grève alors illégale, que nos Codes ont dû d'être débarrassés du délit de coalition.
Les typographes de Londres étaient depuis longtemps entrés dans cette voie. Us ont toujours largement usé du droit d'association. De tout temps, maîtres et ouvriers avaient réglé leurs différends par l'intermédiaire de délégués nommés de part et d'autre. En 1 810, ceux-ci arrêtèrent un tarif détaillé pour le salaire des compositeurs, qui furent désormais payés à la tâche. Depuis lors, ce tarif est toujours demeuré en vigueur, et ce n'est qu'en 1866 qu'il a été légèrement modifié pour consacrer la première augmentation de paye accordée, après cinquante-six ans, ailx compositeurs, en compensation de l'accroisse^ ment du prix de toutes choses; Malgré ce faible
avantage, ils n'en ont pas moins le droit de dire que, depuis un demi-siècle, leur position pécuniaire, loin de s'améliorer, a plutôt empiré. Sauf trois ou quatre, tous les imprimeurs de Londres acceptent le tarif comme la base des contrats avec leurs ouvriers : les uns et les autres le respectent autant ^u'un acte du Parlement, et toutes leurs disputes ne portent que sur la manière de l'interpréter.
Cependant son autorité ne fut pas, dans les premiers temps, aussi incontestée. En 1816, quelques maîtres ayant voulu le modifier, les ouvriers s'associèrent pour protester contre cette innovation. Quelques-uns d'entre eux formèrent un comité destiné à surveiller l'exécution du tarif (1), et qui plus tard devint une Union. D'autres les imitèrent dix ans après, et les deux sociétés se combinèrent en 1834. Les compositeurs de journaux avaient, dès 1 820, établi une association ayant le même but. En 1844, toutes
{\) N*ayant pas une grève en vue, leur société ne tombait pas sous le coup de la loi qui défendait les coalitions : les simples associations ont toujours été permises.
les Unions qui existaient parmi les ouvriers imprimeurs se réunirent en un seul corps, sous le nom d'Association nationale des typographes; mais cette confédération ellemême ne put subsister, et, trois ans après, lorsqu'elle fut dissoute, les compositeurs de livres et de journaux de Londres établirent deuxsociétés séparées. Enfin, en 1853, celles-ci se fondirent de nouveau en une seule, et donnèrent naissance à l'Union actuelle, qui compte 'aujourd'hui 3300 membres, payant des cotisations qui varient, selon leurs salaires, de 2 à 6 pence (20 c. à 62 c.) par semaine. En outre, ceux qui voulaient s'assurer des secours en cas de maladie souscrivaient, jusqu'en 1863, à un fonds spécial, affecté à ce service; mais, l'expérience en ayant alors démontré l'insuffisance, il fut réuni à la caisse générale, qui, depuis lors, entretient un certain nombre de lits dans les hôpitaux de Londres, et paye pom* tous ses membres les visites du médecin. De plus, par une louable sollicitude pour leurs besoins intellectuels, r Union a formé à leur usage une
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bibliothèque considérable (!)• La société est gouvernée par un conseil dans lequel siègent douze compositeurs de livres et deux de journaux, et dont les décisions peuvent tou-
(1) Pourtant elle regarde toujours ces dépenses comme subordonnées à ses ressources. Son but principal est de sou« tenir ceux de ses membres qui chôment, soit faute d'emploi, soit par suite d'une grève ou d'un loch out^ et de pourvoir à tous les frais de leurs dissensions avec les maîtres* L'impor* tance relative des dépenses se voit dans le budget suivant, comprenant dfx uinées, de 1858 à 1868 :
Receltes. . . .
Dépenses*. • .