VI AVANT-PROPOS
qu'il importe de discuter à un point de vue exclusivement pratique. Nous trouvons un grand intérêt à suivre le développement des associations ouvrières, pai'ce qu'il faut, d'une part, envisager sans illusion les dangers qui peuvent naître d'un fait désormais nécessaire, et, de l'autre, parce que, malgré ces dangers, nous sommes convaincu que ce développement peut être utile, non-seulement à ceux qui en attendent une légitime amélioration de leur sort, mais aussi à la société tout entière. Il nous semble que l'application nouvelle du principe fécond de l'association, nonseulement assurera à la société un profit matériel et un accroissement de la richesse publique, mais lui rendra, dans l'ordre moral, des services plus importants encore. Elle contribuera à montrer tout ce qu'il y a de spécieux et de funeste dans la prétendue opposition d'intérêts entre le capital et le travail. Nous ferons voir ces deux éléments de la prospérité publique en tout pays, tantôt
AYANT- PROPOS. vu
engagés dans une lutte contre nature, tantôt, au contraire, retrouvant toute leur puissance par une heureuse alliance.
Les exemples que nous avons à donner prouveront, nous l'espérons, combien ces éléments sont solidaires, et peut-être alors notre travail ne paraîtra-t-il pas inutile au lecteur. Lorsqu'un navire est pris par les brouillards dans une mer semée de récifs, on jette la sonde à tout moment, et Ton interroge avec soin, comme des indices précieux de la route à suivre, les moindres objets que le plomb ramène du fond des eaux. Au milieu des incertitudes qui enveloppent l'avenir de la France, on ne saurait donner de trop fréquents coups de sonde dans le sillage de nos voisins, qui naviguent entourés des mêmes périls. Pour que ces recherches ne soient pas inutiles, il faut tenir compte de tous les détails qui peuvent éclairer une question aussi grave, et qui nous touche tous également.
Dans le feours de ce travail, inspiré par le
viii AVANT-PROPOS.
spectacle du jeu des institutions d'un pays libre, nous nous sommes efforcé d'user avec impartialité du droit appartenant à chacun d'apprécier des actes qui ont été l'objet d'une discussion publique entre les intéressés. Nous espérons avoir réussi à rendre la justice qui leur est due, tant à ces puissants industriels qui contribuent, par leur intelligence, aux véritables progrès de la civilisation, qu'à cette population ouvrière, probe et laborieuse, qui, par ses qualités solides, fait la force et l'honneur de toutes les grandes nations.
15 mars 1869.