CHAPITRE PREMIER
Les Etats-Unis et l’ Assurance privée
L'organisation de la lutte antituberculeuse aux Etats- Unis procède des caractéristiques de ce peuple neuf, audacieux et riche. L’hygiène sociale subit, en effet, dans ce pays, les mêmes influences que les autres branches de l’activité humaine ; et l’on peut observer, dès le plus bref examen, ce mélange d’autoritarisme violent et de méfiance instinctive de l'administration qui constituent les bases, apparemment contradictoires, de la mentalité yankee.
Dans ce pays, qui s’est vu imposer la plus sévère loi que puisse subir une nation civilisée, la loi de prohibition, la lutte antituberculeuse est en grande partie dirigée et financée par des organismes privés, compagnies d’assurances et œuvres philantropiques. Et cependant, la législation antituberculeuse est, à l'heure actuelle, une des plus rigoureuses qui soient : ainsi, d’une part, une série de mesures sanitaires, appliquées avec méthode et rendues nécessaires par l’afflux des populations ouvrières dans les grands centres industriels, d’autre part, une floraison de fondations privées se substituant aux organismes d'Etat, dans lesquels on a une médiocre confiance, tels sont les deux traits caractéristiques de la lutte antituberculeuse aux Etats-Unis.
Dès 1857, fut créé à Asheville, le premier sanatorium ; mais c’est à 1884 que remonte la naissance du premier établissement véritablement actif ; c’est en effet à cette date que TRuDEAU, le créateur de la lutte antituberculeuse aux Etats-Unis, ouvrit son célèbre sanatorium d’Adirondack-Cottage. Toute une série d’institutions
firent procéder alors à la création de stations de cure strictement privées. Mais ce n’est qu’en 1892, qu’apparaissent dans l'Etat de Pensylvanie, et grâce à l’initiative de Lawrence F. FLick, les premières mesures publiques d’ordre préventif. Cet auteur professait, en effet, que la phtisie ne devait pas seulement être traitée et guérie par le repos, mais encore qu'il fallait l’éviter par des mesures d'hygiène appropriées. De telles idées, audacieuses pour l’époque, furent néanmoins adoptées par nombre de médecins éclairés qui, avec l’appui de philantropes et d’industriels, créèrent bientôt de multiples associations antituberculeuses régionales. Ces associations fusionnèrent en juin 1904, pour former, sous la présidence de TRUDEAU, l'Association Nationale contre la Tuberculose.
Cette vaste organisation joue un rôle considérable. Le premier bureau en fut ouvert en 1905. A cette époque, une centaine d’associations privées, à moyens limités, s’occupaient de combattre la tuberculose. Actuellement, l'Association Nationale groupe près de douze cents associations, dont le budget global dépasse six millions de dollars. Les revenus proviennent en partie de la vente annuelle d’un timbre antituberculeux : la première vente, faite à Delaware en 1907, sous la patronage de la Croix Rouge américaine, rapporta 3.000 dollars ; en 1920, la vente du timbre antituberculeux rapporta plus de 4 millions de dollars, et en 1926, la recette atteignit 5.500.000 dollars, soit environ 130 millions de francs. Par ailleurs, de nombreux et généreux donateurs permettent à la plupart des associations locales, d’administrer des budgets très prospères.
L'activité de l’Association Nationale est très étendue : elle incite les Pouvoirs publics, par une propagande adroiïte, à imposer la déclaration obligatoire, la défense de cracher, et autres mesures semblables : à créer des
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hôpitaux et des dispensaires. Elle s’attache surtout à l'éducation des masses, et par des procédés ingénieux et toujours renouvelés, elle se propose d’atteindre chaque enfant et chaque adulte et de les éclairer sur les mesures les plus propres à éviter la tuberculose. Dès 1906, une exposition ambulante parcourait les Etats de l'Est, et cet exemple fut bientôt imité par de nombreuses expositions ou manifestations de tous ordres, afin de maintenir en éveil l’opinion publique. L'esprit éminemment pratique et commercial de l’Américain triomphe, d’ailleurs, dans ces essais de vulgarisation scientifique,. et nos techniciens purent apprécier ces méthodes, lorsqu’en 1917, la mission ROCKFELLER vint apporter à la France une aide généreuse et efficace. Nous-même, alors jeune lycéen, avons conservé le souvenir précis d’une conférence suivie de projections cinématographiques et de distribution de brochures, qui réalisa pleinement l’intention des organisateurs américains et fut assez attrayante pour frapper vivement notre imagination et celle de nos camarades.
LA LÉGISLATION ÂMÉRICAINE
C’est grâce à l’état d'esprit ainsi créé aux Etats-Unis, que purent être prises par les Pouvoirs publics, et acceptées par la population, les mesures d’ordre sanitaire qui constituent la législation antituberculeuse de ce pays.
Il convient de considérer qu’en cette matière, le pouvoir central n'intervient que dans des questions qui dépassent les limites des Etats (protection sanitaire des frontières, hygiène des voies de communication, etc...) Les lois d’hygiène sont promulguées par les Etats et sont différentes d’un Etat à un autre. Primitives et quasi
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inexistantes dans certaines régions peu peuplées de l'Ouest, elles font place ailleurs à une législation d’une très grande complexité. Ce serait sortir du cadre de cette étude que de vouloir résumer toute cette législation. Donnons ici seulement la teneur des mesures le plus généralement appliquées dans les Etats industriels de l'Est.
La déclaration de la tuberculose est obligatoire pour les médecins pratriciens, les directeurs d’hôpitaux, sanatoriums, dispensaires, etc. En cas de non exécution, les fautifs encourent une peine de 10 à 25 dollars d'amende.
Les logements doivent être désinfectés lors du décès ou du déménagement d’un phtisique, avant de pouvoir être occupés de nouveau. Si cette mesure n’est pas prise, le propriétaire de l’immeuble et le médecin sont solidairement responsables.
Une fois la déclaration faite, le pratricien recoit du service de santé une notice lui rappelant les diverses précautions à faire prendre par le malade et son entourage. Le médecin doit faire savoir s’il consent à assurer la mise en œuvre de ces soins d’hygiène. S'il ne le peut ou ne le veut, c’est le service municipal qui s’en charge ; s’il accepte, il peut néanmoins mentionner les mesures prophylactiques, hors de sa portée, qui lui paraissent devoir être prises par les services publics.
Signalons par ailleurs que sur l’imprimé en question, il est fait, en outre, mention des moyens mis à la disposition du malade, tant par l'Etat ou la municipalité que par les œuvres privées, soit pour confirmer le diagnostic, soit pour assurer le traitement du phtisique : ainsi, à chaque moment, le médecin sait où pouvoir aiguiller son malade et dans quelles conditions. Il y a donc, entre pratriciens et services publics une collaboration effective et une entente en vue de lutter avec efficacité contre