LES COMPAGNIES D'ASSURANCES SUR LA VIE
Mais, et nous l’avons déjà souligné, une des caractéristiques les plus frappantes de l’organisation sanitaire des Etats-Unis, réside dans l’action prépondérante des organismes privés, au premier rang desquels se placent les grandes Compagnies d’Assurances.
Il apparaît de plus en plus qu’en matière de santé publique deux idées directrices doivent nous guider réaliser la prophylaxie au point de vue scientifique, et l’assurance au point de vue social. Nous avons brièvement envisagé l’organisation de la prophylaxie et du traitement de la tuberculose aux Etats-Unis ; il nous reste à considérer comment les américains ont conçu et en partie réalisé l’assurance.
Nous lavons dit, l'Américain a une profonde répulsion pour tout ce qui apparaît comme une ingérence de l'Etat dans ses affaires privées. Il admettra que les agents de la prohibition fouillent sa maison pour y découvrir quelques flacons d’alcool, mais il ne souffrira pas que l'Etat organise un système de protection contre les risques sociaux.
Les Compagnies privées d’Assurances sur la Vie suppléent à cette déficience des pouvoirs publics. Elles se sont prodigieusement développées aux Etats-Unis et certaines ont réalisé, dans leur intérêt bien compris, des démonstrations sanitaires remarquäbles : leurs vigoureuses Campagnes de propagande, la vulgarisation des examens de santé périodiques, ont été les moyens les plus communément employés. La célèbre expérience de Framingham est un des exemples les plus suggestifs des résultats que l’on peut obtenir.
L'expérience de Framingham. — En 1916, la Metropo-
ADN
litan Insurance Life Company, la plus puissante de ces compagnies, ayant constaté que plus de 16 % des décès prématurés de ses affiliés étaient dus à la tuberculose, et qu'elle devait verser de ce fait plus de quatre millions de dollars par an, mit une somme de 100.000 dollars à la disposition de la National Tuberculosis Association, en vue d’une expérience qui devait durer trois ans. Le but proposé était de savoir si par des movens de prophylaxie appropriés, 1l était possible de limiter l’extension de la Tuberculose, et, par là même, d'éviter une mortalité et une invalidité précoces chez nombre de jeunes travailleurs, dont le rendement social serait ainsi conservé intact.
La petite ville industrielle de Framingham (Massachussets) fut choisie pour cette expérience. Toùs les moyens furent employés : ouverture de dispensaires, de consultations de nourrissons ; campagne de propa-
gande avec conférences, projections, diffusion de bro-
chures ; inspection médicale des écoles et dépistage de la tuberculose chez les enfant; par des cuti-réactions en série ; surveillance sanitaire des ateliers et des mines. Les résultats furent parfaitement démonstratifs : diminution de la mortalité par tuberculose, diminution du nombre des cas avancés, brillants résultats obtenus par une thérapeutique précoce : tels furent, en bref, les résultats les plus tangibles constatés en un temps assez court, et qui conduisirent la Metropolitan à prolonger et étendre le champ de son expérience.