DÉFINITION DU DISPENSAIRE
Mais il est nécessaire auparavant de définir d’une façon très précise ce que nous entendons sous le terme de dispensaire antituberculeux. Notre but est de démontrer dans ce chapitre que caisses-maladie et dispensaires
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avaient de part et d’autre les plus grands avantages à travailler en collaboration intime, mais à condition toutefois, que le dispensaire soit capable d'accomplir parfaitement la tâche qui lui est dévolue. Il faut, en effet, qu’il offre des garanties telles que les caisses reconnaissent cette collaboration comme nécessaire et inévitable. Et, pour cela, le dispensaire doit présenter en personnel comme en matériel une supériorité telle sur les organismes privés susceptibles d’entrer en concurrence avec lui, que le choix des caisses ne saurait être douteux. A notre avis, le parfait équipement du dispensaire est une néces- “sité absolue, sous peine d’entraîner son inutilité.
Il doit d’abord comprendre un personnel nettement
spécialisé.
. De la spécialisation en Phtisiologie. — On a beaucoup discuté sur la nécessité ou la non nécessité du médecin spécialiste en tuberculose. Pour notre part, et nous rangeant à l’avis du professeur Léon BERNARD, nous estimons que la phtisiologie entraîne à l'heure actuelle une série de connaissances qui ne sont plus du domaine du médecin praticien. Il ne suffit plus au phtisiologue d’être un excellent clinicien. Il lui faut encore posséder parfaitement la technique radiologique : savoir non seulement pratiquer des examens radioscopiques, mais encore prendre des clichés et les interpréter. D'autre part, le problème de la thérapeutique de la tuberculose pulmopaire est très différent de ce qu’il était il y a seulement quelques années. Certes, la tuberculose est encore une affection terriblement tenace, et c’est encore dans le domaine de la prévention que l’on doit avoir les plus grands espoirs. Et cependant le traitement de la phtisie a fait en moins d’un demi-siècle d’immense progrès. Le médecin qui, en présence d’un tuberculeux, se déclare
impuissant et se contente d’une vague médication symptomatique et reconstituante commet une impardonnable faute professionnelle ! La chimiothérapie et plus encore la collapsothérapie sont en effet des armes qu’il serait coupable de méconnaître. Mais la collapsothérapie n’est pas une panacée et ses indications ne sauraient être immodérément étendues. Elle ne s'applique, en effet, sous peine de catastrophes, qu’à des cas déterminés qu'il est parfois difficile, même à un phtisiologue averti de déterminer. En tous cas, ce n’est que clichés en main, que l’on doit décider d’une intervention, et les radiographies pulmonaires sont particulièrement délicates à interpréie
La pratique de la collapsothérapie, d’autre part, ne nous parait pas à la portée de tout praticien. Elle demande une prudence, une habileté manuelle qui ne s’acquièrent qu'avec une longue pratique. D’autant plus qu’outre le pneumothorax, d’autres interventions plus complexes, -oleothorax, sections de brides, sont de plus en plus fréquemment pratiquées. Elles nécessitent un outillage très spécial et leur technique très délicate n’est pas du domaine courant.
Tous ces arguments justifient amplement, nous semble-t-il, la création de médecins phtisiologues, et légitiment la présence dans les dispensaires de médecins ayant fait des études complémentaires sur la tuberculose.
Pour nous résumer, le dispensaire antituberculeux, pour rendre les services que les caisses sont en droit de lui demander, doit être dirigé par un phtisiologue compétent.
C’est encore un personnel spécialisé qui doit s’acquitter des délicates fonctions d’infirmière-visiteuse, et ce n’est pas sans raisons que nombre de médecins ont rendu
hommage aux femmes de cœur qui se dévouent à cette tâche pénible, où les qualités de tact et de patience, qui en font la base, nécessitent un personnel d'élite.
À ce personnel spécialisé doit répondre une organisation matérielle en rapports avec les nécessités de la science médicale moderne. Il est de toute nécessité que chaque dispensaire possède un poste radiologique permettant de pratiquer non seulement des examens radioscopiques, mais encore de prendre des clichés. De nombreux auteurs ont, en effet, insisté récemment, tant en France qu’à l'étranger, sur les insuffisances de la radioscopie et démontré que le film pouvait déceler nombre de lésions que la radioscopie était impuissante à mettre en évidence. Le surcroît de dépenses entraîné par l’équipement complet du poste, est compensé par le rendement médical du dispensaire, qui peut ainsi fonctionner d’une façon autonome sans avoir besoin d'envoyer les malades se faire radiographier dans un centre voisin.
D'autre part, un petit laboratoire est l’annexe indispensable du dispensaire. Dans ce laboratoire doivent pouvoir être faits non seulement les examens directs de crachats, mais encore les homogénéisations et les inoculations aux cobayes.
C’est à ces seules conditions que le dispensaire est utile. Et il nous apparaît comme une grave erreur, de parer du titre de dispensaire, un local quelconque, sans poste radiologique ni microscope, où, comme cela se produit encore trop souvent, les médecins de la localité - viennent, à tour de rôle, examiner les consultants qui affluent, parce que la visite est gratuite.
Le diagnostic précis de la tuberculose pulmonaire comportant un pronostic et une thérapeutique adéquats, ne peut être basé que sur le solide trépied : examen clinique, examen radiologique, examen bactériologique.
Priver le dispensaire d’un de ces trois éléments, c’est le rendre inapte à sa tâche et, pour notre part, nous préférons l’armement antituberculeux d’un département qui ne possède qu’un seul dispensaire équipé comme nous venons de le définir et qui draîne les suspects de toute la région, envoyés par leurs médecins, à l'armement d’un département ou plusieurs chefs-licux de cantons se flattent de posséder un dispensaire qui n’est, en réalité, qu’une consultation gratuite, n’ayant aucun caractère de spécialisation.
Tout ceci étant bien posé, il nous semble que les avantages des caisses à user des dispensaires, peuvent se grouper sous trois chefs.