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CHAPITRE II

Le Traitement et l’Isolement des Tuberculeux

Une des difficultés fondamentales de cette lutte antituberculeuses en France réside dans l’insuffisance des établissements de cure et d’isolement. Si l’on évalue, comme nous lavons déjà indiqué, à 100.000 le nombre des décès annuels par tuberculose, et si l’on considère avec la plupart des phtisiologues que l'équipement antituberculeux d’une nation est à peu près suffisant lorsque le nombre des lits dépasse légèrement le taux de mortalité, on s’aperçoit que la France a encore un immense effort à accomplir.

Aussi la lutte antituberculetise en est-elle comme paralysée. Si, en effet, nos dispensaires fonctionnent à la satisfaction unanime, et permettent sur un territoire donné le dépistage des tuberculeux et des familles contaminées, leurs possibilités de placement sont vite épuisées, et les dispensaires travaillent à vide : que leur sert de déceler de nouveaux cas de tuberculose ouverte, s’il leur est impossible de les isoler, si, en un mot, leur fonction de placement est réduite à néant.

DiIFFICULTÉS DU PLACEMENT

Nous avons pu constater par nous-même dans quelques départements, le découragement des médecins de dispensaires qui s’épuisent en vaines démarches qu’ils savent, par avance, vouées à l’insuccès. Dans la Seine, où cependant de nombreux lits se créent chaque jour, le délai d’attente varie selon l’établissement entre deux et quatre mois. En Seine-et-Oise, il atteint fréquemment six mois : le tuberculeux pris en charge par le dispen-

saire a le temps de contaminer tous les siens avant de pouvoir être isolé.

C’est ainsi qu’au dispensaire Léon Bourgeois, à Paris, sur un total de 335 tuberculeux contagieux reconnus en 1929 dans les 1” et 2° arrondissements, si 41 sont placés à l'hôpital et 74 en sanatorium, 37 sont en cure libre à la campagne, 88 en cure libre à Paris, et 95 travaillent. Or, on entend par cure libre à Paris, la situation du malheureux qui attend, avec une impatience que l’on imagine sans peine, l'envoi dans un sanatorium ou un hôpital. Sur 41 enfants en contact familial, reconnus en 1929 dans le premier arrondissement, 18 sont restés à domicile, soit par refus des parents d’éloigner l’enfant, soit faute de place dans les préventoriums.

A tout cela, il est objecté que les budgets de lassistance médicale gratuite, et des Offices d'Hygiène Sociale, que les subventions de l'Etat et des communes, bien loin de permettre la construction d’établissements nouveaux, sont déjà épuisés par les frais d'entretien des lits existants.

La situation risque de s’aggraver avec les Assurances sociales. En effet, les instituts d’assurances pourront, conformément à l’article 4 de la loi, placer les assujettis dans des établissements de cure pendant un délai de six mois.

Certes, le problème de l’équilibre financier des caisses est fort débattu, et seule l’expérience montrera ce qu’il en est. Mais si l’on se refère aux exemples étrangers, il ne semble pas trop optimiste d'évaluer que d'ici une vingtaine d’années, certaines caisses de capitalisation auront des capitaux suffisants pour entreprendre, ainsi que les y autorise l’article 33 de la loi, la construction de leurs propres établissements de cure.

Cette hypothèse nous est confirmée par les exemples

étrangers. Que ce soit en Allemagne, en Alsace, en Belgique, les instituts d’assurance-invalidité gèrent des stations de cure parfois très importantes. Nous avons indiqué, en étudiant l'armement antituberculeux du Reich, que nous eûmes l’avantage de visiter les sanatoriums de Beelitz, près de Berlin, propriété de l’Institut d’Assurances-Invalidité de cette ville et qui comptent 1.400 lits dont 900 pour tuberculeux pulmonaires. L'Institut d’Assurances-Invalidité d’Alsace-Lorraine possède quatre sanatoriums. L'exemple sera sans doute suivi en France. D'ailleurs, nos caisses pourront bénéficier, au même titre que les autres collectivités, d’une s’ubvention que l'Etat accorde, conformément à la loi du 7 septembre 1919, en vue de Ja création, de l’aménagement, &e l'agrandissement ou de la réfection de sanatoriums populaires.

Et cependant, cette solution ne nous paraît pas idéale. Ne vaudrait-il pas mieux créer de vastes établissements, parfaitement équipés, et destinés à des malades de toutes catégories, les caisses collaborant seulement à lentretien de leurs propres malades, plutôt que de voir se fonder toute une série d'établissements de faible capacité dont l'outillage médico-chirurgical sera fatalement rudimentaire.

Quoiqu'il en soit, la France a besoin de lits de tuberculeux : c’est là un problème quantitatif. Mais ce serait une lourde erreur de ne considérer que ce point de vue, sans envisager aussi le problème qualitatif.

Au moment où les Assurances sociales vont amener un remaniement de l’armement sanitaire français ; au moment où elles vont permettre le placement de nombreux malades, il nous paraît urgent de clarifier les idées non seulement du corps médical, mais encore du grand publie sur ces questions. I] importe en particulier

de documenter les futurs administrateurs de caisse, qui bientôt gèreront des capitaux énormes, et dont les erreurs dans l’emploi de ces capitaux, risquent d’être nuisibles non seulement aux organismes qu’ils dirigent, mais à la collectivité toute entière.

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