LE BUREAU DE PLACEMENT POUR TUBERCULEUX
Le bureau de placement peut être facilement créé. Une remarquable étude d'Alice CAMPBELL KLEIN et GRANT THORNBURN nous rapporte les résultats du fonctionnement d’un bureau de placement pour tuberculeux qui a fonctionné pendant trois ans à New-York. Fondé sur une initiative philanthropique, ce bureau de placement n’a nécessité que des dépenses minimes pour son fonctionnement.
Il a travaillé en liaison étroite avec un dispensaire antituberculeux, ne proposant du travail qu'aux anciens malades dûment examinés et radioscopés ; les sujets placés restant sous la surveillance du dispensaire et'y passant des visites périodiques.
L'employeur est informé de l’état sanitaire du candidat ; il reçoit l’assurance de sa non-contagiosité ; et il est prévenu que le bureau s’engage à lui signaler toute modification survenue dans l’état de l'employé.
L'expérience rend bien compte des difficultés nombreuses du placement des anciens tuberculeux : dans près de la moitié des cas, les malades avaient un métier qu’on ne pouvait leur conseiller de reprendre, et plus de la moitié n’avaient aucuné suggestion pratique à apporter sur le travail qu’ils pouvaient faire. Aussi, la recherche d’un emploi pour ces sujets était-elle une question
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de semaines et parfois de mois ; près du tiers des inscrits n’en put trouver.
Les emplois les plus fréquemment procurés ont consisté, pour les hommes, en travaux d'emballage et surtout de surveillance. Pour les femmes, d’un placement plus facile, on a trouvé les débouchés suivants : couture, mode, postes de dame de compagnie, de manucure, de vendeuses de magasin, de comptable. Le travail de bureau sous toutes ses formes fut particulièrement avantageux : bien rétribué et n’exigeant peu d'efforts physiques. Les situations dans les sanatoriums ont été aussi excellentes, en particulier celles d’infirmières et filles de salles, de secrétaires, concierges et assistants de laboratoire.
Quant aux résultats, ils sont satisfaisants dans l’ensemble. Au point de vue médical, 468 phtisiques ont donné, après trois ans, 54,1 % d'états stationnaires ; chez 224 % on a constaté une très nette amélioration, soit dans l'étendue des lésions, soit dans les symptômes fonctionnels, tandis que 23,5 % des cas ont empiré ou sont décédés.
Au point de vue social, si 468 sujets ont été placés, 209 n’ont pu trouver du travail. On observe une diminution générale des gains entre la période qui a précédé et celle qui a suivi la maladie, surtout parmi les travailleurs à salaire élevé. Enfin, et c’est ce qui justifie la création de ces bureaux, le nombre des postes obtenus, la somme totale du salaire gagné, la durée du travail, sont plus éle- “vés dans les situatidns procurées par le bureau de placelectivité. La question prend donc un tout autre aspect. ment et les conditions de travail sont meilleures, que dans les situations que les anciens tuberculeux pouvaient trouver par eux-mêmes.
L'expérience paraît donc concluante : à New-York,
un organisme privé a pu placer les deux tiers des tuberculeux sortis de sanatorium, et leur a permis de gagner leur vie. Un organisme officiel ou officieux ne pourrait-il pas en faire autant en France ? Et les caisses d’assurances n’auraient-elles pas tout intérêt à subventionner un tel organisme, plutôt qu’à verser de lourdes rentes aux tuberculeux, qui ont récidivé et compliqué leur état parce qu’ils n’ont pas trouvé un travail conforme à leur état de santé ?
Et lorsque nous parlons d’organisme officiel ou officieux nous songeons tout naturellement à l'Office départemental d'hygiène qui, décidément, groupe tous les éléments de l’armement antituberculeux du département. Chargé du dépistage par ses dispensaires ; chargé du traitement et de l’isolement par son sanatorium-hôpital départemental ; l’adjonction d’un bureau de placement à son siège social, résoudrait en partie le dernier terme du schéma de lutte antituberculeuse : la réadaptation fonctionnelle du tuberculeux cliniquement guéri.
Mais il reste l’irritante question des débouchés à ouvrir à ces anciens malades. Nous en avons maintes fois, au cours de ce chapitre montré les difficultés. Et cependant, les professions qui leur conviennent ne manquent pas. Elles se définissent toutes d’un mot : ce sont des
professions sédentaires. Pour les femmes, toutes les si-
tuations de la mode et de la couture sont très favorables, Pour les hommes, si le travail de bureau convient parfaitement, il n’est pas à la portée de tous, et des emplois tels que gardiens de bureaux, gardiens de jardins publics, concierges et même gardes de nuit sur les chantiers et dans les usines, sont excellents.
Nous avons été maintes fois frappé de l'aspect des employés du Métropolitain qui poinçonnent les tickets à l'entrée des stations. Que ces fonctions soient réservées
à des femmes, voilà qui est tout naturel ; mais très souvent elles sont assurées par des hommes jeunes et bien portants dont tout l'effort musculaire consiste -à pousser un portillon lors de larrivée du train. Et c’est là encore un emploi qui, malgré les apparences, conviendrait fort bien à d’anciens tuberculeux.
Les EMPLOIS RÉSERVÉS
Mais la tâche du placement des tuberculeux est ingrate ; elle se heurte à l’opposition irréductible des employeurs. Elle est quasi impossible tant qu’elle ne s’appuiera pas sur des dispositions législatives.
L'exemple nous vient encore une fois d'Allemagne. L’annexe du 12 janvier 1923 à la loi sur l’emploi obligatoire des mutilés de guerre, permet, dans le Reich, d’étendre ses dispositions aux incapacités de travail de plus de 50 %. Les employeurs doivent prendre dans leur personnel 2 % de mutilés, la diminution éventuelle du salaire ne devant être supérieure à l’indemnité d’incapacité de travail qui la compense.
Pourquoi les anciens tuberculeux ne seraient-ils pas assimilés aux pensionnés de guerre ? Pourquoi n’auraient-ils pas droit, eux aussi, à des emplois réservés ? Pourquoi les administrations publiques et les entreprises privées importantes ne seraient-elles pas dans l’obligation d’embaucher une proportion de 1 à 2 % de ces anciens tuberculeux dans des emplois de surveillance ou de demi-travail qui, nous l’avons vu, leur conviennent parfaitement ? ,
Nous laissons ces suggestions à la méditation du législateur et des administrateurs des caisses d'assurances sociales. Ce que nous avons essayé de démontrer dans ce chapitre, c’est d’abord que le sanatorium n’est pas tout dans le traitement du tuberculeux curable, et que
son avenir dépend plus de ce qui suit le sanatorium que du sanatorium lui-même.
C’est ensuite que le placement de l’ancien phtisique est extrêmement malaisé, et que cependant, il y a intérêt à trouver une solution judicieuse, pour éviter de retomber dans les lourdes erreurs de la loi sur les pensionnés de guerre tuberculeux.
Cest enfin que, en attendant la réalisation théoriquement parfaite, mais encore lointaine, des villages sanitaires, les Offices départementaux d'Hygiène en collaboration avec les Instituts d’Assurances, doivent s’efforcer d'ouvrir des ateliers spéciaux et viser à la création d'emplois réservés aux anciens tuberculeux.
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