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PRATICIENS ET MÉDECINE SOCIALE

Que dire du médecin ? Sa situation, tant économique que morale, s’est rapidement modifiée. Jadis, le médecin appartenait à cette bourgeoisie aisée, donnant issue à des générations de propriétaires terriens, de magistrats, de médecins intègres et charitables, qui prodiguaient leurs consultations, non pas dans un esprit de lucre, mais afin de faire bénéficier leurs compatriotes du savoir que leur fortune leur avait permis d’acquérir sur les bancs des Facultés.

Mais, de même que la vieille population paysanne française, naguère disséminée dans les campagnes, disparaît peu à peu, cependant qu’un prolétariat, sans cesse plus nombreux, est attiré vers les faubourgs des grandes villes et s’entasse dans ces casernes que sont aujourd’hui, les logements ouvriers, de même les médecins ont quitté leurs rustiques propriétés. Ils habitent ces mêmes faubourgs, parcourent ces mêmes taudis ; ce n’est qu’au prix d’un labeur incessant, d’une âpre concurrence, qu’ils arrivent à gagner leur vie. Sous nos yeux se cons-

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titue, à notre époque, un prolétariat médical, dont la situation évolue parallèlement à celle de l’ouvrier.

Celui-ci, totalement privé de ressources, appartient à cette catégorie, de plus en plus nombreuse, des « économiquement faibles », c’est-à-dire de ceux que le moindre risque social, maladie, invalidité, vieillesse, maternité, chômage, peut réduire, ainsi que leur famille, à la plus grande misère, du jour au lendemain.

D'autre part, les traitements modernes sont si longs, si coûteux, les recherches de laboratoire et examens si nombreux, que la capacité de payement du travailleur est vite épuisée. C’est alors, qu’au malade insolvable, se substitue un tiers. Le grand phénomène qui modifie, de nos jours, l'exercice de la médecine, est l’apparition d’un tiers-payant.

L’apparition d’un intermédiaire, entre malade et médecin, n’est d’ailleurs pas le propre de l’Assurance Sociale. L’assistance médicale gratuite, les compagnies privées d’assurance, les sociétés de secours mutuels, les caisses de compensation des usines ont, depuis longtemps déjà, traduit cette tendance générale à protéger l’économiquement faible, par un système où une responsabilité collective est engagée. L’assurance sociale n’apparaît, dès lors, que comme le terme de cette évolution.

Pour le médecin, deux attitudes sont possibies en face de cette évolution logique et fatale de la médecine. Ou bien vouloir ignorer ces modifications nécessaires qui s’opèrent sous nos yeux, et s’en tenir à des formules périmées, ou bien accepter loyalement de collaborer aux œuvres sociales, qui se créent chaque jour. Car, dans une société moderne à forte densité de population comme la société française, le rôle du médecin n’est pas d'exercer son art en toute liberté et en toute fantaisie. Le rôle de

tout praticien est d’être au service de la santé du peuple français.

Aussi, concevoir l’exercice d’une médecine sociale qui ignore ou se trouve en conflit avec les médecins praticiens, serait un non-sens.

Nous avons déjà souligné, qu’en matière de lutte antituberculeuse, un des principaux éléments du succès est le diagnostic précoce. Ce diagnostic précoce ne peut être fait que par les praticiens. C’est donc eux qui jouent le rôle primordial. Vouloir se passer de leurs services, serait une hérésie et une injustice. Aussi réprouvonsnous toute mesure de la part des autorités, qui aurait pour conséquence de froisser les justes susceptibilités des médecins ; mais, en revanche, nous demandons à ceux-ci, d'accepter de bonne foi, une collaboration efficace avec les autorités sanitaires, en vue de la protection de la Santé publique. C’est l’exemple que nous donnent les médecins des Etats-Unis, du Danemark, du Reich allemand. C’est cet esprit social que nous voudrions voir inculquer aux médecins français, dès les bancs de la Faculté, plutôt que de favoriser un individualisme dangereux.

Cet esprit social ne saurait mieux se manifester que par un large syndicalisme médical qui, ne limitant pas seulement son activité à la stricte défense des intérêts corporatifs, saurait prendre en main, les intérêts moraux de la profession.

C’est ainsi que nous souhaitons de voir le corps médical organisé officiellement, représenté dans les conseils d'administration des Offices départementaux d'Hygiène sociale.

C’est ainsi que nous souhaitons encore de voir le

RS Le MP

corps médical accepter de se soumettre à certaines règles déontologiques, en vue de la limitation de la contamination, par le bacille de Koch.

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