I.G6 ATuix» oosiéQvsvs
» pamtdansoet(econjeoture,lafeimoedec^amr M bre revint |H'Qmi>tem«nt , aloN je ne songeai » pliuqu'àvoler aiip[^d'Ad«Uae;}65Qrti8prôf cifâumoieAt , ou, pour mieux dife, )« m'élwi- » çaî hors de ia njAison ; jcme trouvai en un in&- , )> tant dans le Lois de plataaesf je aaTois qu'après » avoir suivi une longue allée droite, il fttlloit » en prendre une à gauche qui aboutiesoit jt un » œasBÎf d'arbustes étrangers , partagé en deus » par un étroit sentier , au bout duqu«l se trou- » vcritJe bQ>quetdemabelle-si»ur;lepar£umde » saille fleurs odoriférantes m'annonça l'appro' u che de ce refuse de l'iiuKwenoe'^delapaiF : o je ne sais ijuel ÏQstinctde respect iuwlontaire » me força de m'arréter et des lannâs brdUnteti <• eoulèreut sur mes joues '•.••. Cependant, re- » prenant couraget j'avance en chancelant , je ■> déc4urFe]eboaqu«t;jetoughoi)pre»queletFeiln lageàhaubeur d'appui qui FeMouroU, etdont » l'entrée n'éicHt défendue que pu* une petite » porte l^re qu'on auroit pu, sans effort, «n- » jamber ou briser, foible barviéce posée par la » confiante ianoceiftej et qui dans œ mimant » éioit«ntr'ouv«te, ca*- la femme de chamb^, » en sortant , avpit oublié 4e . la fermer.
» J'entre sans bruit et «ans âtre étendu ; je " aurcbois sur un Ufàs de mousse et de ga-
l68 LES ATHÉES COirsÉQUETTS. .
» zon i après avoir fait quelques pas , l'objet « que je de'couvre me fait tressaillir , une puisn 8anceineonnue,mais inéTÎtable, invincible,
B me rend immobile ! Je voyois Adeline me
» tournant le dos, à genoux devant une statue de u marbre blanc, «eprésentant la Viei^e, tenant » dans ses bras l'enfant Jésus, et posée sur un au. » tel dç porphyre, La plus jeune et la plus pure » de toutes les mères , abusée dans son amour » maternel , imploroit pour un enfant étranger » la protection de la reine des cieux et de la n Vierge, mère du Rédempteur. L'innocence » adressait avec espoir une fervente prière an H divin modèle de la plus parfaite pureté. Ade- » liue avoit la tête élevée pour contempler la » statue ; son peigne s'étoit détaché, et ses longs » cheveux blonds , dorés encore par les premiers » rayons du soleil , conservant , en tombant , » les replis ondoyans qui les avoient compri- « mes, ressembloient àla draperie d'une moire M éblouissante et couvroient entièrement ses » épaules et sa taille !Je n'admirai point ce ta- » bleau enchanteur , il mé consterna ! Je fis » même machinalement un mouvement pour » m'âoigner ; Adeliue entendit un léger bruit, » et, retournant la tête, elle me vit, et aussitôt u'elle se releva; jcremarquai alors sur sa douce
J.,:,l,z<»i:,.,G00gIf
LES ATHÉES COlrSÉQUBl<IS. 169-
» physionomie un léger signe de mëcontente- » ment et j'en fus inité : Quoi, me-dit-elle, vous » êtes entré, la porte n'étoit donc pas fermée? » Non , répondis-jfe d'un ton sec , je ne savois " pas que vous fussiez ici^ je croyois ne trouver » que les bustesMe Tournefqtt et de Linné. La » curiosité de les voir m'a fait commettre cette "■indiscrétion : j'ignorois que vous eussiez fait » un oratoire de ce jardin. Oui , reprît Adeline, » je me le suis réseryé pour ce seul usage; » il est si doux de prier à la face du Ciel et » environnée de tous les bienfaits du créa- » teur ! En parlant ainsi, elle éloit toujours de- » bout , comme se disposant à sortir du bosn quet. Ma sœur, lui dîs-je, ne me permettrez- » vous pas de venir qrelquefois dans ce lieu que » vous sancdfiez ? vous m'apprendriez à prier. » Mon frère, répliqua-t-elle, je me suis promis » de ne recevoir dans cette espèce de chapelle " que mon père , ma tante , mon mari et ma helle-mère ; mais, poursuivît-elle, sans me Il donner le temps de répondre , puisque le ha- « sard et la curiosité vous ont conduit ici , que » du moins la religion en profite un instant : ve- » nez faire une prière aux piedi de la sainte MèrediiSauvcur; cette image sacrée est bénie « par le vertueux dvêque de Nîmes; des indul-
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» geAces sont attachées aux hommages religieux, » qu'on lui i-end. Cette proposition me glaça, » nuis il étoit impossible de la refuser : je m'age- » souillai devant la statue , à côte d'Àdeliae , ré- » tétant tout haut un' ,^iv, J/o/ra. Malgré toute » ma corruption , je me trouvai dans ce moment » le plus vil de tous les hommes. C'étoit l'objet » (jue j'avois cru pouvoir séduire qui , sans arti- » fice et sans préméditation , obtenoit de moi cet w acte d'hypocrisie: je rougis de moi-même!... » N'épïouvant .plus que le désir de m'éloigner » de ce lieu fatal , non-seulement je suivis Ade- » Une sans effiu't, mais je la detançai, car elle » s'arrêta pour ramasser son peigne , relever- «es a cheveux, et ensuite pour fermer la porte du » ju:d>n avec une petite clé suspendue ii sa ceio- » lure. Cependant, pour ne pas &ire une chose » ridicule,loiïquej'eu8 perdu de vue le bosquet, » je m'arrêtai pour l'attendre; elle me rejoignit : » la sérénité de sa physionomie , le naturel ei la » simplicité de son maintien , achevèrent de me «confondre; il meeemhloitqu'ellevepoitdeBae u jouer j du moins, j'éprouvai autant de dé^tet » de colère 4{ue si elle en eût eu le dessein* Vea- »dimt le trajet jusqu'à k maison, elle r^rit » tranquillement l'entretien, sans se douter de » mon trouble et sans remarquer mtai humeur :
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LES ATHÉES COIfSSQUEIIS. 17I
» elle attribuoît sans doute mon silence à quel- M qatx néfleùons religietues, iaspirées par tout » ce que je venois de wiv : en effet, si je n'eusse ■ pas été {diHigé dans toutes les tëaâbres de B rathéisme, les vertus de cette créature augé- » lique m'auroieat £u:ileine»t ramené ddns la » bonne Toioi maifi s& perfection ne me causoit » qtie de la surprise > de la colère et une sorte a d'éloignemoit momentané pour elle, qui res- •Minbloit queJqueébis k l'aversiou. Je la recon- » doisis jusqu'à la pcurle de sa cbambre, dans u laquelle je n'entroîs jamais- lorsqu'elle étoit » seule^ et je me hâtai d'aller me renferma- dans 1 la mienne : U, «ucoombant à îia accablement » stapide , je me jetû dans un fauteuil, 'voulant u esamîner ce qui se passoit dans mon iaoe ; et , •> cnùgoant d'y pénétrer : quoi ! m'écriai-je , me u laÏEserai-je ainsi intimider etdominerparune M en&nt ! les superstitions d'un esprit crédule » l'emporteront-eUes snr les raisonnemens ja-o- » fends d'niLe philosophie qui a su se débarrasser » de tous les préjugés vulgaires? »ae fenune » sans art , sans expérience*, et dont le oœur est « «noore neuf et sensible « pourra-t-eile résister » toujours^ un plan de«éductioa qui m'a réussi » tant de fois? Non, nos,, ai elle oonnoisaoit » l'esc^ de la paanon qui m'eatrùne ,- «tie en
J,:,l,z<»i:,.,G00gIf
173 LBS ATHÉES GOTSÉQDEnS.
u partageroît l'ivresse !..Mai9est-il bien vrai que » cette passion soit aussi violente que je le ttoÏs? » Si elle étoit partagée, feroit-elle en effet mon n bonheur ? pourrai-je consacrer ma vife à celte » femme, dont les croyances, les pensées, les »' idées sontsi différentes des miennes? et, quand » je n'aurois plus d'obstades h surmonter, ne » deviendroit-elle pas , comme tant d'auues, » insipide à mesyeiix?..,. Non, nulle autre n'a » son esprit, sa grâce, ses talens, sa beauté ra- » vissante! nulle autre n*a jamais, comme elle, u attiré tous tes regards , obtenu tous les éloges, » et fixé sur sa personne l'admiration générale ! » Ab ! c'est elle qu'il seroit glorieux de captiver, » d'enchaîner! J'en viendrai à bout par la per- » sévérance, des artifices mieux combinés, et, » s'il le faut enfin , par la force et la trahison.
» Je voulus former un nouveau plan ; mais » mon imagination désenchantée m'abandon- » noit ; elle ne pouvoit plus me représenter » qu'Ade'ine à genoux-sur le-s marches de l'au- » tel champêtre qu'elle avoit élevé, ceue image » anéaniissoit tous les prestiges créés par une » passion forcenée, elle dissîpoit toutes les illu- » sions , comme les rayons brillans du jôijr » font évanouir les fantômes de la nuit. La dé- » cision que je venois de prendre ranima néan-
DiailizodbvGoOgle
ISS A.TfiÉ2S COlCSÉqUEHS. 1^5
i> moins un peu mes coupables espérances ; » en me décidant à tout enfreindre , i tout bra- »> ver, je crus avoir repris le pouvoir de tout « obtenir.
» Je revis Adeline à dîner; ma mère étoit en n tiers entre nous ; Adeline lui conta , avec sa w naïveté ordinaire, la petite scène du matin , » et je vis , au charme de son récit et à la dou- » ceur de ses regards , qu'elle en avoit conservé » un souvenir agréable pour moi , tant elle me, » savoit gré de n'avoir pas balancé h me mettre " ■ à genoux à côté d'elle ; Isidore , ajouta-t-elle, » est trop jeune pour être admis encore avec » nous dans ce lieu consacré à la méditation , » mais il n'en est exclus que par une conve- » nauce sociale qu'une jeune personne doit B toujours respecter. Ces convenances, répondit » ma mère, ne peuveat exister pour un/hère. - » Je le j-egarde , comme tel , reprit Adeline , •> néanmoins il. ne l'est pas tout-à'fait j et dans
• cette occasion , je ne fais que suivre les conseils
> de ma tante , approuvés par M. de BerviUe ; » BOUS savons bien, poursuivit-elle, qu'il n'y « auroit aucun inconvénient réel à^recevoir un
* beau-frère si bien né dans ce jardin, et.d'au-
> tant plus que la conversation n'y peut jamais ' être profane ou légère; mais je le répète^
îiailizodbvGoOglf
174 LES AtHÉKS COTTSÉQUEHSt
» nous sommes tous tes deux bien jeunes fflicore, >( et , comme le dit ma tamte , on ne peut jainau, u dans Ja jeunesse, pousser tix>p loin Tobserra* ' " u tiou des bienséances, etsûrement Isidore, dont u les principes sont naturellement austères , ne n desapprouvera pas cette maxime. Addine u prononça ces paroles avec un ton de bienveil- » lance poar moi, qui seul me frappa; je ne » trouvois point de ridicule dans sa crédulité , » quand elle m'étoit favorable. Je donnai , d'un a ton doctoral , toute mon approbation à l'exn tréme délicatesse sur les bienséances , et je » fis remarquer que j'avoîa si bien senti celle » dont il étoit question que je n'avois été pour la a première fois dans ce jardin qu'avec la per- » suasion qu'Adeline n'y seroit point encore, , a Ma mère loua ma rigidité ; elle y croyoit de » bonne foi , car, depuis que j 'étois mon maître, « je lui avois caché avec soin ainsi qu'à mon » frère toutes les actions et même tous les sentin metta que l'un ou l'antre auroit pu blâ- » mer.
» Cet entretien Uie consbla un peu des mé- » comptes de la matinée , puisqu'il me fît » connoitre que du moins j'avois gagné un » d^é de plus dan» la confiance d'Adeline.
» Mon frère revint avec Mlle de Linanges
LES ATHÉES COJTSâOUESS. IjS
i qu'il ramenoit de Paris; Adeline s'empressa ' de leur conter , tout à ifioa avantage , la scène " du bosquet et l'entreiien qui f aVoit suivi , et » mon frère, sachant que je n'avois fait qu'eu- •1 trer et sortir dans ce lieu, voulut qu'au » moins rimagination pût me le représenter j a il chargea Mlle de Linanges de m'y conduire
• dans l'après-cudi et de me faii-e lire toutes 9 fes inscriptions tirées de l'Ëcriture-Sainte , ■ qu'Àdeliae y avoit fait grarer. II fallut subir » ce supplice, qui en fut un véritable pour » moi; jt cinq heures du soir, Mlle de Linanges, » d'un ton grave et glaàal , m'inviu à la suivre dans le jardin; elle étoit la seule que le récit n d'Ade]inen'eÀtpa9charii]ée;)e vis clairement » que cette petite aventure et toute ma conduite » dans cette occasion lui paroiasoient au moins » suspectes; monaversion pour elles'enaccrut, » mais il falloit la disamuler , je la suivis donc n San* hésitfn-; elle marcha toujours trois ou » quatre pas en avant , afin d'être dispensée de » me donner le bras; j'en fbA charmé , car je n iL'aurois pn ^ sans un embarras Kiortel , me » trouver à ses câtés; il se joigikHt jt mon anti- B pathie pour elle un seaiim«il de considération
• que je n'aveis jaœaia pu vaincre ; car les » fourbes et les mécbans ne aauroieat a'em-
1^6 I.E8 ATHÉES COIfSÉQUENS.
» pécher d'avoir un certain respect pour ceux M qui péaètreut leurs desseins; ils leur trouvent » tautdegéniel.... Entraversanllalongueallée » du bois de platanes , je pensai <{ue cette » course pourroit niê servir à bien examiner » cette retraite favorite d'Adeline; je me rap- » pelob avec plaisir qu'elle n'étoit entourée » que d'un léger treillage qu'un eniant auroit , » pu franchir; et qu'on y trouvoit dans l'inté- » rieur et en dehors plusieurs groupes d'arbres » derrière lesquels ou pouvoit facilement se ca- » cher pour épier ce qlii se passoit dans l'en- » ceinte, et qu'en dépit de la porte, de la u scri'ure et de la petite clef ^ ce lieu n'étoit ' » nullement à l'abri d'une entreprise; enfin » nous y arrivâmes, Mlle de Linange ouvrit la » porte , et , passant la première , me fit entrer i H alors elle s'arrêta et me dit : Puisque votre frère « veut que vous conuoissiez toutes les inscrip-' » lions de ce jardin , lisez celle-ci qu'Adeline a » fait écrire sur le haut de cette petite porte.
Je punirai, dit le Seigneur, tous ceux qui sautent par-dessus le seuil de mon temple^ et tjui remplissent d^iniqmté et de tromperie la maison de leur Dieu (i).
(t) Soplumie , chapitre i".
DiailizodbvGoOglc
" t£S ATHÉES CONSÉQtJENS. I77
" Celte "inscription me causa, de premier M mouvement , une surjjrise pénible : Vous » voyez, reprit Mlle de Linanges, la candeur » et l'innocence de ma nièce, qui lui ont fait » penser que cette menace du Seigneur étoit » suffisante pour empêcher les imposteurs et » les hypocrites de passer par-dessus cette bar- » rière si basse, ou de forcer cette fragile ser^ » rtire. En achevant ces mots, elle continua u sa mai'che, et, à quelques pas de là, elle me u montra un banc très-orné , placf^ sous de » beaus otnbragcs, et en face d'un petit ter- » tre de gazon couvert de buissons eu fleurs, » du milieu des(£uels s'élevoit une grande croix » d'albâtre, sur laquelle étoientlràcéesen lettres » d'or ces paroles :
Doctrine et vérité , lumière et pei/ection (1).
» Le dossier dii banc portoit cette înscrip- ' » tion : , ,
Jedemeurerai/ermedans le Heu où je suis en sentinelle, Je me tiendrai immobile dans ma /ôHeresse, et je regarderai attentivement pour
(i) Dans l'ancienae toi , le giand-prélre portoit sur son iront des lames d'or sur lesquelles ceUe admirable définition *toit tracée.
odbvGoogle
tyS LES ATHÉES COHSÉQUENS.
remarquer ce que Dieu me dira au dedans de moi (i).
» Aux côtés du banc , sur deux pierres en- » clavées dans le gazon étoient écrites ces pa- » rôles :
Levez les yeux en haut y et œnsidérez 'qui a créé les deux, qui fait marcher dans un si grand ordre Varmée des étoiles, sans qu'il Tnanque rien à leur harmonie y tant il excelle en grandeur, en vertu et en puissance (2).
Les méchans sotU comme une mer toujours agitée j qui ne peut se calmer, et dont les/lots vont se rompre sur le rivage avec une écttme sale et bourbeuse. Il n'y a point de paix pour les méchans, dit le Seigneur notre Dieu (5).
» Cette dernière sentence produisit sur moi » l'efTetd'une insultante personnalité, et, sans j) y réflécliir, je me retournai brusqriement. a Mes regards tombèient sur Mlle de Linanges; » je vis qu'elle levoit les yeUx au Ciel. J'ima- » ginai k l'instant qu'elle avoit remainûé moti » trouble , et qu'elle priait pour moi , «e que Je
(1) Habacuc .chapitre a. (a) Isaïe , cbapitre ^t.
(S) Idem, chapitre 58.
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tfiS ATHÉES COKSiQDEiSS. 17g
» m'efforçai de trouver ridicule, et ce qui me » parut impertinent; Nous continuâmes cette » promenadesi-ti'îstepoui'moi. Dercièrelebanc o étoient un grand cèdre et nn superbe oraa- <• ger, dont la caisse oiTroit cette citation :
Seiùvz -vous , aquilons j venez j 6 vents du midi y soudez de toutes parts dans mon jardin ^ et que lesparfums en découlent (i ).
» Voici celle du cèdre :
Aigres fruitiers , avec tous les cèdres , louez le Seigneur {2).
» Il y avoit aussi sur des vases remplis de » fleurs plusieurs lignes écrites, tirées des saintes » ccrituros ; \e ne pus m'empécber d'admirer la » justesse de leur application. Cela est tout N simple, dit Mlle de li^anges, car tout ce qui » est beau , grand , utile, touchant, ou seuleu ment agréableavecitinoccnçe, se trouve dans » la Bible : la morale éternelle n'est que là; » elle renferme aussi les comparaisons et les u descriptions de tout genre les plus admi- » râbles , elle offre le modèle parfait de la plus » sublime poésie,
(i) Cantique des cantiques , cfaapitn (a) Ptaume GXLYIII.
iSo LES ATHÉES CONSÉQUENS.
» En quittant le banc , Mlle de' Linanges me B conduisit dans une espèce de petite chapelle , - qu'elle appeloit le cabinet de méditation d'Ain deline. On n'y voyoit qu'un siège de mousse » posé vis-à-ïis un autel de bronze, portant un - » crucifix du même métal. Voici les inscrip- » tious gravées sur l'autel :
Lajemme sainte et pleine de pudeur est une grâcequipasse toute grâce (i).
La grâce est trompeuse et la beauté est vaine j la femme qui cramt leSeigneurest celle qui sera louée (a).
Que les femmes soient soumises à leurs maris comme au Seigneur (3) /
Lasagesse est pleine de lumières j et sa beauté ne sejiétrit point j ceux qui Faiment la découvrent aisément, et ceux qui la cherchent la trouvent C^).
Je l'ai plus aimée que la santé et la beauté j foi résolu de la prendre pour ma lumière, ■ parce que sa clarté ne peut jamais s' éteindre (S).
(i) Ecclésiastique , chapitre a6.
(a) Proverbes, chapitre 3i.
(3) Saint-Paul , chapitre 5.
(4). l'a Sagesse , chapitre 6.
(5) Idem, chapitre 8-
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tes ATHÉES C0S5ÉQUEKS. l8t
» Ces inscriptions, qui montroientd'uue ma- » nière si solennelle les sentimens les plus se- » «yets d' Adelîne ,. me retinrent malgré moi ; j e » relus plusieurs, fois les citations : elles afibi- » blissoient mes coupables espérances ; mais je » croyois entendre la douce voit d'Âdeline ; en » lisant ces paroles sacrées , mon œil profane , » inquiet et curieux , pénétroit dans tous les » replis de cette âme céleste.
» Mlle de Lioanges s'étoit mise à genoux de- « Tant le crucifix, et, voyant que je restoisde- » bout, enseveli dans ma contemplation, elle » me dit tout bas : Ma nièce ne veut pas quç » l'on sorte de ce lieu sans avoir fait une petite » prière. Il fallut encore, du moins en appa- » rence , se soumettre i celte loi générale ; je » mis un genou en terre , mais presque aussitôt » je me relevai. Ma conductrice me fit attendre «encore quelques minutes; ensuite, gardant » un profond, silence , elle m'engagea , par un » signe seulement , à parcourir le reste du jar- » din. Nous laissâmes à droite l'autel de la u Vierge, que je connoissois, et nous entrâmes » dans le bocage de saint Michel, ainsi nommé » parce qu'il cbnienoit Un groupe de terre cuite n représentant saint Micbel terrassant le diable. >» A, cette vue , je m'attendis à 4e sinistres iqs- "
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iSs LES ATHÉES COITSÉQItEirS.
B ciriptîoas ; je ne me trompou pas : les voici à
B peu près toutes ;
Les méckans seront exterminés Le mé-
chant/onne des desseins contre le juste, mais
le Seigneur se rira de lui Le méchant épie
le juste, mais le Seigneur ne Vahandonnera point entre sesmat'ns (i),
Où sera rorgueil, là aussi sera l(t confusion (a).
Le commencement de Forgueil de Ihommc ■ est de commettre une apostasie à regard de Dieu , parce çue son cœur se retire d.' celui qui ta créé; car le principe, de tout péché est l'orgueil, qui n'a point été créé avec l'homme , non plus que la colère avec le sexe des femmes (3).
Celui qui est incrédule n'a point rame, droite (4)-'
Le Seigneur est patient , il est grand en putS' sance ; il diffère à punir, mais il punit à la fin (S).-
» 'Dcjà fort troublé eu entrant dans le bocage,
(i) Psaume 37.
(a) Proverbes, chapitre i5.
(5) Eccl. , chapilrp t3.
(4) Habacuc, chapitre 3.
(5) JSaKum , chapitre i**.
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b» A-m^^ CODSâQUEHS. lS5
m la fHvmiére jnacHptÙHi aclieva de me boule^' » verser; je détournai les yeux; et Mlle de Li- » iisuges , rayant > à mes regarda eirans , tjue je 'U ne lUois pas,, me dit : Ces inscriptioi)s sont ^ beaucoup moins lisihles que les auires; mais, » comme je les' sais par cœur, je vais vous les. » lire,. Alora, avec un ton, se'vère, qui , malgré » moi, me parutmezia{ant,elprophféliqae,eUe a lut, à hauLe voix, toutes œs citations. J'é- » prouvai us mouvement de fiweur inexpri- » majtle; et, avant qu'elle eût fini, regardaut » à ma montre , je disque j'étois force de. reu- », trer sur-le-champ, parce que j'avtûs à e'crire » uiie lettre d'aSàices ti-rè^-impoitante ; et, sans
* attendre de réponse,, je sortis avec la plus » grande préei[âtation. j'e'tois à peine hors de 9 cette enceàute, où mon hypocrisie et mon
• athéisme furem, mis Jt de si rudes épreuves , » que je me repeuiis d'avoir quiuési brusque- » ment Mlle de Z^inanges. J'étois e'mu , j'eprou- »" vois mia secrète terreur et un ressentiment » implacable (X)ntre MUe de Linaoges; mais je » u'avois point de remords, et je ne concevois » pas que la faculté de feindre et de dissimuler » m'eût ahandounc.ai complâtemeni avec une « personne qui, loin de me [Jaire, m'étoit » odieuse. Cependant rieu n'étoit plus simple :
J.,r,l,z<»i..,G00gIf
j84 I'^ ATHÉES GOnSÉQUBIfS.
.n avec Adeline la pai^ioa me rendoitcapablede » prendre toutes les formes pour la séduire , et » d'auiant plus que je ne iTOuvois en elle qu'a- » miiié , douceur et oontîance. L'amour est un M véritable Protée : il n'est entièrement perfide » et trompeur que dans ses préméditations; » mais ses discours , quoique toujours artifi- M cieux, ont néanmoins qu^ue cl^ose de vrai , » car il se fait illusion k lui-même. La haine, » aucontraire^ n'a rien de souple et de flexible, M tous ses premiers mouvemeus ont de la bruta- » liié, et )a brusquerie est toujours sincère. » D'ailleurs, j'élois certain que Mlle de Linao- M ges avoit parfaitement démêlé le fonds de mon j> caractèreet messentimenssecrets. Elle n'avoit » pas plus d'esprit qu'Adeline, mais elle- avoit w plus d'espérience et beaucoup plus de péné- » traiîon; elle étoit née avec un tact et \jnecer- » taine malice, dont la dévotion réprima toutes » les saillies , mais qui lui servoient toujours ^ » saisir facilement les ridicules , à discerner D l'affectation la plus adroite, et à connoître, » quand elle s'y appliquoil . le fonds des carac- » tères et les vrais motifs des actions et de la u conduite. Je n'ignorois pas que ses principes » ne lui permetioient jamais de faire part de ses » conjectures défavorables; mais, dans mille
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LES ATHÉES COnSÉQUEITS. l8S
» occasions, son silence et ses regards sévères ou » dédaigneux cquivaloient à des épigrammes et » à des médisances : ce n'éloit pourtant pas » assez pour innuer sur les opinions de ma belle- » sœur , qui ne jugeoit jamais en mal que sur » des preuves posiiives. Ilesl vrai que j'avoisvu u Mlle de Linanges se radoucir en ma, faveur p pendant les couches d'Adçline, mais)e n'en V étais pas moin& assuré que , depuis son retour » de Paris , elle avoit repris pour moi toute » sa sévénté , et que nos stations dans le » jardin avoienl achevé de me dévoiler à ses » yeux.
» Je rentrai dans ma chambre ; j'avois besoin - n de recueillir mes idées , et d'effacer de mon » esprit des impressions qui , sans me ramener u au bien , jetoient un trouble affreux dans mon » àme. Je me représentai Adeline avec tous ses » charmes , je me livrai de nouveau à toute l'i- » vresse de la passion la plus violente , et alors » en me rappelant des inscriptions qui m'avoieut " causé tant d'humeur et tant d'effroi , il m'en « resta seulement la pensée , que , si je parvenois »'à séduire Adeline, j'obtiendrois la victoire nia plus difficile et la plus glorieuse que l'a- » mour eût jamais remportée , et l'orgueil m'af- » fermitdaos la résolution de tout entrej.reodre.
J.,:,l,z<,i:,.,G00gIf
l86 LES ATHÉES COirséQUGNS.
M de tout faire , trahisons , mensonges , violences , o menaces et crimes de tout genre , s'il le fal- M loit , pour m'assurer un triomphe st exraor- » dinaire et si flatteur.
» Un peu ayant l'heure du dîner , je descenw dis dans le salon , j'y trouvai tout le monde M assemblé , et M. de IJnanges qui venoit d'ar- " river ; il me lémoignoit toujours nne bonté » particulière depuis sa prétendue apoplexie ; je D trouTois bien au fond qu'il y avoit une ex- » trémelàdieté à profiter d'une erreur «jui tranv » framoit en sujet de i-econnoissance ua infôme » attentat , mais je m'e'lois répète mille fois, que ji ri«i en soi sur la terre n'étoit lumnéte pu » malhonnête , que la vertu n'étoit qu'un mot » vide de sens , -une espèce d'idole créée poar » assurer , par une convention générale , le re- » pos de la société ; et qu'enfin , puisque tout 11 périssoit avec nous , et qu'en perdant Ja vie, » notre âme s'anéantissoit , l'homme, durant oe » court passs^ , ne devoit employer son intelli- « genoe qu'à satisfaire ses goûts , ses penchans » et ses passions. Ainsi l'athéisme, me prés«Trant »de tout-scrupule, justifioit à mes, yeui tous » mes crimes , et si quelquefois mes impressions » n'étoienl pas d'aoçord avec ces affreux senti- » mens, je les repousscns comme des foiblosse*
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LES ATHÉES COmstqXJEKS. 187
w et comme les inconséquences les plus absurdes. M Je rais donc tous mes soins à entretenir les dis- '» positions favoraliles de M. de Linanges , ee » qui ne me fut pas difficile, car croyant me de» » voir, 1? TÎe par les prompts secours que je lui . » avois procurés , cet excellent homme ne met- » toit point de bornes h sa gratitude ^ il sembloit » même cjue le temps et la réflexion en eussent » augmenté la vivacité. J'eus dans cette matinée » un nouvel assaut à soutenir ; mon fièie , aus- » sitôt qu'il m'aperçut , vint it moi , et me dit uqu'ajant appris par Mlle de Linanges que je » n'avois pas eu le temps de lire toutes les insi> criptions du jardin , et que les ayafit recueil- » lies dans un livre, il avoit prié sa femme de » les copier pour moi , ce qu'elle avoit faii suf- » le-champ j à ces mots , il me doiina un papjer " que j'ouvris avec empressement , parce qu'il » étoit de l'écriture d'Adeline , je contemplois w avec intérêt ces caractères si corrects et si par- ■1 faits , lorsque Mlle de Linanges , prenant la » parole , dit d'un ton simple et posé : M. Isi- » dore a parcouru toutes les inscriptions , et ce » sont surtout celles du bosquet de «int Mi- » chel , q,u 'il n'a pas eu le temps de lire. Je senn tis seul toute la malignité de cette remarque ; Kpourcette fois, jen'en tus point déconcerté;
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l88 \ ZES -ATHÉES CONSÉQUERS.
» je venois de me décider à braver dormais » avec audace cette redoutable observatrice, . u Vous avez raison , Mademoiselle , lui dïs-je , » et jevais sur-le-champ me dédommager de ce » que j'ai perdu. Alors je lus touthaut ces ins- » criptions, m'extasiaut à chaque ligne sur leur » subhibe' énei^e , je fermai Âdeline et mon » frère par la manière ^ disoient-ils , dont je u seutois la beauté de ces sentences , et j'eus de » plus la satisfaction d'étonner et de confondre » Mlle de Linanges , mais sans changer son opi- Mnion à mon égard. M. de Linanges , apprew nânt qu'il étoit décidé que je n'irois point » dans, ce jardin , se récria sur cette séviérité ; Mcomme on en donnoit surtout pour: raison , » qu'Adeline s'y rendoij souvent toute seule, ou w tête à, tête avec son mari , M. de Linanges ré- X pondit qu'il demandoit la permission de m'y » conduire quelquefois , ce qui f«t accordé sans «difficulté, j'assurai que je n'en abuserois pasi uL'aprés-midij M- de Linanges voyant sa fille » et son gendre retenus dans le salon par la vi- » site d'un voisin , me proposa d'aller dans le » jardin d'Adelineet je le suivis ; nous n'y res- » tâmes qu'un quart-d'heure, ensuite je propo- » sai à mon guide de faire en dehors le tour » de cet enclos , il y consentit , en me louanj
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LES ATHÉES COKSÉQDETISi 189
"de la cntinte si discrète que j'éprouvois de » voir arriver sa fille ; je voalois examiner furii- '» vement tous les endroits favorables à l'espîon- ■.nage que je méditois; j'en trouvai pli^ieurs n d'où l'on pouvoil , sans être aperçu', découvrir » tout ce qui se passoit dans le jardin ; le len-
> demain , une heure après la naissance du jour, » je vis passer ma belle-sœur sous ma feaéti-e ; u peu d'instans après , je courus en diligence
> me placer à l'un des postes extérieurs que j'as vois marqué la veille , c'étoit près du banc » d'Adeline ; en approchant je fus désagréable- ■ ment surpris d'entendre la voix de mon frère, » qui me fit connoîire qu'il s'y ctoit rendu le » premier ; caché sous d'épais feuillages , je me » plaçai de manière à les voir et à les entendre » parfaitcmenl ; ils s'assirent à câté l'un de l'an- »tre; la colombe d'Adeline étoit perchée sur n son épaule , mon frère tenoit la main de sa » femme ; son chien ' se coucha à ses pieds ; je » n'avois jamais vu Adeline aussi belle, une B expression touchante de sentiment emhellis- » soit encore son ravissant .visage^ et sans en af- » foiblir rinaltérable sérénité j mon frère la re- « gardoit, comme on contemple l'innocence el • la vertu ; tous les deux offroient l'image de la D paix et de ta félicité la plus pure. A cet asr
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iqO LES ATHÉES COKSÉQUEUS.
» pect , je demeurai immobile ! La noire envie, »|a ialomie barbare , la furear, l'amour et la s haine Tinrent à la fois bouleverser et dcfdiirer - V mon cceurl j'étois semblable à l'esprit infer- » nal , à Satan ( si bien dépeint par Hilton ) , ■ lorsque , se glissant furtivement dans. les )ar< n dins enchantés d'Eden , il aperçut les deux in- » nocenles créatures dont il méditait la peite!... » Dans toute ma vie, je n'ai rien ressenti de » plus amer et de plus accablant. Après un 9s- «spzlong silence, mon fière prenant la parole i »Oui, dit-il une setUe femme est ma coiomèe net ma parfaite amie; c'est bien d'elle que les j, Jeunes Jilles peuvent se demander : (fuelîe est » celle-ci , qui se montre comme . l'aurore hrs~ B qu'elle se lève, qui est helle- comme la bine, jtpure comme le soleil, et terrible comme une » armée rangée en bataille? (i) A. ces derniers » mots , Adeline sourit : il n'est guères possible, » dit-elle , de m'appliquer cettecoraparaisou, car B certainement je ne serai jaraftisfemWe. Chère » Adeline , reprit mon frère , vous le sereï sounvent, sans vous en douter ; l'eau fnwché ei » limpide d'un paisible ruisseau , serpentant » doucement sur les gazons , ne seroit-ellc pas » redoniable pour un feu dévorant et destruc-
(i) Caotique des cantiques , chapitre 6.
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LES ATHÉKS COWSÉQUESS. IQl
»teuT?.... Et de m6me,si vous inspiriez une a passion crimitielle , vous paroitriez terrible * ■ l'homme déprave qui s'y livreroit en secret } » combien aeroient effrayantes à ses yeux , vos avenus angëli^es, votre piété, la solidité de » vos principes ! . . . .
b Je n'eus pas.le courage d'écouter plus longn ten^ts ; agité d'un frémissement universel , in- » capable d'admettre une providence , je mau- » dis le hasard dont tous les jeuxsembloient faits M pour m'humilier et me confondre , car on eût ■ dit que les discours prononcés par mon frère , B que ses foudroyantes paroles m'étoicnt adres- » sées ; je pris ma course avec 1^ rapidité de » l'éclair,, et ne songeant qu'i m'éloigner du » couple fortuné , je m'élançai dans une longue «allée qui aboutisse it à un labyrinjthc oùj'en- 1 trai, et que je parcourus sans savoir OLtj'allois. » Enâa hors d'haleine , et ne pouvant plus j) me soutenir sur mes jambes , je tombai sor » un siège de gazon ; j'y restai près d'une deomie^ieurej dans un état inexprimable d'a- » battement et de consternation ! je voyois tou- » joura devant moi ces deux êtres si heureux B par la douceur d'un sentiment légitime et » mutuel ; sans pouvoir admirer la vertu , je » venoisdeconnolti-e sonchanue etsa puissance;
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193 l'Es ATHÉES CONSÉQtrETTS.
» je reponssois en vain ce tableau , il étoit im- » muable pour mon s)ipplice ; voulant détacher • mes regards de la terre, je les tournai vers B l'horizon , j'y retrouvai les mêmes souvenirs ; » je voyois la plus douce etla plus brillanteaurorè s à laquelle Tamour conjugal avoitcomparé Àde- »Iine! je ressenlois de telles souffrauces que B pour la première fois , je desirai qu'il me fût » possible de m'atTranchir d'une passion si vio- » leateetsi malheureuse. Je résolus d'aller passer » quelques jours à Paris pour me distraire et » pour remettre un peu d'ordre dans le chaos V de mes idées ; mais je voulus vainement sor- » lir du labyrinthe, je m'y perdis cent fois, u et transporté de colère , je tombai au pied » d'un arbre> en m'écriant : Voilà l'image de
«ma vie incertaine et turbulente Dès ma
«première jeunesse, triste jouet de la fatalité, » je suis entré dans un affreux labyrinthe , et s je n'en sortirai point !.... Gomme je disois ces
" » mots, j'eniendissonner ta cloche du déjeuner, » et quelques instans après , cinq ou six voix » m'appeler ; je répondis à plusieurs reprises , » enfin on accourut pour me déUvrer , on s'ap-
- » procha , et du haut du labyrinthe, j'aperçus n des domestiques essoufflés, à la tête desquels w étoient mon frère et sa femme, courant en rér
LES ATHÉES COKS^QUENS. igS
w pétant mon nom , et riant tous les deux de ce a que je m'étois perdu dans un si petit espace ; » Adeline donnoit le bras à sou mari ; son atp tifude et son extrême gaieté me causèrent un » tel mouvement de .rage , que , s'il y eût eu u un puits dans le labyrinthe , je crois que je a m'y serois précipité. Ils Tinrent à moi en écla- D tant de rire ; heureusement qu'accoutumé à la » dissimulation, j'eus la force de me contraindre, » mais ils me trouvèrent de l'humeur ; je m'en » excusai , eu disant que j'ayois un grand mal » de tcte et un peu de fièvre ; alors Adeliue » me montra un intérêt si tendre, que, passant » subitement d'une extrémité à l'autre, je repris » toutes mes espérances ; je me répétai de nou- » veau qu'elle n'avoit pour son mari que de l'a- » mitié ,' et que le sentiment que je lui inspi- B rois étoit peut-être d'une nature difierente, » qu'il falloit pour l'augmenter, profiter adroi- » tement du lien qui nous unissoit ; que sa sé- «curité le nourriroit; que je. devois attendre ' a avec persévérance qu'il fût mieux développé «pour lui découvrir une passion, dont l'ardeur » et la constance la séduiroient , quand son'cœur »en secret la parugerqit'. Cependant j'allai tou- ' » jours à Paris, et ^ sous le prétexte de ma santé, ' » j'y passai six semaines ; tout le monde étoit i3
194 LB) ATBÉS9 cogrsâQOKirs.
u encore à la campagoe, je n'etu point de de- » Tohs à remplir ; et pour «Soigner de moi les w-idées sinistres, qui, de tempsen temps, Tenoient . » m'assaiUir , je me JAtai dans une dissipation » désordonnée. Quand je retournai à la caon- » pagne , ou me trouva avec raisou, très-change a et fort maigri i j'assnrai gravement ijae j'avois u passé mon tempsà lire, méditer, et k suivre de s » cours ; Adeltne me gronda de me livrer avec' a tant d'ardeur à l'étude ; tous vos discoura sont » inutiles, lui dît Mlle de Iiinanges ^ car je le » crois incorrigible. Il est vrai , répondis-je d'un B tonsentimental, que jehfûa le grand monde, » SOS vains- amusemens, et que rien ne rae ps' » roit attachant sur la terre que la vertu , l'ait mitié , l'étude. Adeline loua avec effusion de » cœur ces ncJsles sentimeus, et je me promis » intérieuremjent d'employer tous les moyens <c possibles poursoutenirconstammentîsesyeua » ce caractère si séduisant pour elle. Jehaïssois » Mlle de Lioanges , mais eile m'inquiéloit » peu ; céitain qu'elle ne diroit pas de bien de B moi^ jel'étois de même que ses principes ne D lui permettroient jamai» d'en dire du luail , à B moins qu'elle ne découvrit unfait positif contre » moi , car alors elle eût cru deroir en instruire » son élève chérie, et d'autant plusquejevoyoit
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LSS ATHlisS COHSÉQUEtrS. • ig5
u clairement qu'ayant pénétré mes sentimens , » elle avoit quelques inquiétudes sur ceux d'Ada* » Une, et cette remarque avoit plus d'une fois » relevé mes espérances.
■> Madame de Terny vint avec son mari à » Fontenay ; ce jour même mon frère alla k n Paris , et comme il devoit revenir le lende- » main pour dtner , M. et Mlle de Linanges ^» partirentavec lui, pour y terminer une afeire. » La plus courte absence de Mlle de Linanges » étoit un événement dans ma vie ; je me flattai » que je pourrais , de quelque manière , profiter I de celle-ci. Mad de Temy , tout occupée de u Gléophas , soupiroit , s'attendrissoit , se repea- » toit , et n'osoit jeter les yeux sur moi , M . de "Terny jouoit aux échecs avec leouré ; ma mère, M appliquée à sa tapisserie , u'écoutoît et n'ob- » servoît rien ; ainsi je me trouvois dans le sa- M Ion , comme si j'y eusse âé téte-à-téte avec » Adelîne : après le dîner , elle se mit au piano, » elle (^anta Vkj'mne du pèlerin et quelques » antres cantiques ; je m'assis deitière elle pour » l'écouter , ce qui ne ponvoît la surprendre , » puisque tout le monde connbissoit mon goût » passionné pour la musique ; au bout de trois "quarts d'heure , elle sonna pour demander ■» un livre de musique qu'elle avoit laissé dans . i3.
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lg6 LES ATH^S COITSÉQDBHS.
«son cabinet. En attendant, nous causâmes et » jelui.disquej'tmaginoisque, pour se distraire » de l'absence de deux personnes qui lui étoîent " si chères, elle passeroit une grande partie de » la journëe dans son jardin : Non , répondit- » elle en souriant, ma tante m'a fait promettre > » en parlant , de n'y jamais aller sans elle , à » moins que M. de BerviUe ne voulût m'ycon- »duire, et comme il n^est pas ici , je n'irai » point. Voilà une singulière idée , repris-je ; » quel est le motif de cette étrange prière?^ — B Ma tante me l'a confié ingénuemeut : elle ne j> veut pas que j'oublie tout ; quand elle n'est » pas avec moi , il est certain que je suis si pars {alternent heureuse dans cette petite retraite , H que l'amitic, quand elle ne partage pas près u de moi ce bonheur , a bien le droit de me «l'envier Tin peu. — Ainsi donc, ma sœur, » quand vous êtes là , vous ne pensez plus h ceux u que vous aimez? — J'y pense toujours, puisnqneloujours j'y prie pour eux.... Y priez-vous » pour moi?.... Pourrois-je ne pas prier pour » un frère!.... — Est-il bien vrai que vous m'ai- » miez comme un frère?.... Comme vous aimez »le chevalier de Linanges? — Oui, fraternelélément, maisd' une manière un peudifférente... B Ces mots me firent battre le cœur, ils m'eus-
DiailizodbvGoOgle
LES ATHÉES CONSÉQVEIT^. I97
» sent transporté , si elle n'eût ajoute' sur-le- » champ : Songez que j'ai été élevée avec mon 9 frère par la même personne , que nous avons » passé ensemble toute notre eniance , mais je » TOUS aime comme un frère que l'on connoit »peu, et dont on a en même temps laimeil- » leiire' opinion ; vous devez d'autant mieux coa- » cevoir ce genre d'attachement que vous n'avez » certainemeut pas pour moi le sentiment que » vous éprouvez pour votre frère.
» Ce trait de naïveté d'Adeline m'attendrit » malgré moi ; elle vit que j'avois les larmes aux » yeux , et reprenant la parole avec une dou- » ceur enchanteresse : Soyez content de mon » amitié , dit-elle , car je vous assure que ma » bonne tante en est un peu jalouse pour mon » frère, c'est du mo^ns ce que j'ai cru discer- » ner plusieurs fois ; mais coinmè elle est la » justice même , elle finira par ne plus voir en » TOUS qu'un neveu chéri ; et si , avec la sincé» »rité qui tous distingue , vous aviez moins de » roideur dans le caractère , ce changement 8*0- »péreroit bien plus tôt. Je me suis aperçu, rd- » pliquai-je, qu'elle ne m'aime pas , et comme » toute dissimulation m'est en horreur , i! m'est » impossible de cacher l'humeur qu'elle me u, donne souvent, quoiqu'elle soit l'une des pei;*-
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198 V^» ATEÉB» COHS^QCSnS.
V sonnes du monde 'que je révère le plus, car » aa conduite et ses vertus sont admirables. Oa " alerta le livre de musique et la conversa-
> tion 6n)t U.
■Telles étoientladroiture et la pureté de cette » âme innocente que , malgré la pénétration » d'ua esprit .supérieur , elle ne pouvoit ni sup- » poser , ni découvrir des desseins et des senli- » mens bas et criminels ; die y donnoil toujours » des interprétations favorables ; il éloit impos-
> sible de la corrompre , mais il étoit toujours fa- . » cile de la tromper ; néanmoins je ne croyoi» »pas alors qu'il pât exister une femme It l'a-
» bri d'une séduction.
«Adeli^e ne quitta le piano que pour se * mettre à son métier : elle brodoit un voile de «calice; jeluidemandai pourquoi elle ne faisoit » babïtuellement des ouvrages pour l'élise » ou pour les pauvres , qu'à la campagne et en » famille : J'espère , Isidore, répondii-elle , que u voua ne croyez pas que ce soh par respect ku' ^main- Non, assurément, repris-je , et c'est »pouit[uoijelias»rdecetteque8tioQ. Eh! bien, »réplîqna-t-elle, voici ma raison à cet égard s n je crois que , dans toutes les choses de devoirs » positif , il faut donner l'exemple aux autres > » mais dérober aux regards publics les bonnes
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LIS ATHÉS5 cfiansÉQCsns. 19g
» œuTres qui ne sont pas posiùrement prescrites; s c'est d'une part suivre les préi^ies de l'Evau - » gile , et de l'autre c'est épargaer aux gens qui » ^pensent, mal , le tort de former des jugemens » injustes et ttfméi^ires,, car , comme le dit ma » tante , ils ne trouTOroient peut>^tre dans ces m œuvres jHeuees que de l'affectf^iion , et même » de rhyjwciisie ; je ne pense pas que le grand » monde ne soit composé que de ces personne»- >• U , etje puis assurer avec vérité que je n'en "Coonois point de telles , du mcàns avec certiw tude ; cependant on sait qu'il en existe parmi « ceux qui se livrent exclusivement à la tîissi- » pation d'une «dciété tres-étendue. L'état et le .• rang de M. de Berville me forcent, à Paris ,' » de rassembler daez moi de fort grands colles, » Cl m^e de recevoir , à toute heure , un nomn bre prodigieux de personnages , qui , pour la «plupart, me sont inconnus; je me dédommage » ici de cet assujétissement , et je m'y livre, «sans contrainte, à des inclinations qui sont » partagées par tous ceux qui m'entourent. Ce » discours fut unanimement applaudi , surtout *par Mad.deTeruf ,qui, devraioe dévote, brop udoitdansee moment, an devant d'autel. Lacha- 9 leur de oe jour fut excessive , on se ratira de » bon^ie heure j comme je n'ealeudois aucun
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200 LAS ATHÉES CONSÉQUSN'S.
» bruit dans l'appartement d'Adeline, je pensai » que tout le inonde ëtoit couché ; voulant pra- » fiter de la beauté de la nuit , je descendis, » sans aucun dessein , dans le jardin ; le tumulte n de mes pensées ne me permettoit pas l'espoir » d'un instant de sommeil ; je descendis dans le
* parc ', leclair de lune étoit le plus brillant que » j'aie jamais tu. Cette belle nuit, cette clarté » si pure , loin de calmer le trouble de ines sens, «augmenta leur agitation ; je me rappelai tous «les vers erotiques que j'avois lus en si grand » nombre sur le clair de lune , et ma bouillante » imagination les appliqua à ma passion !.... Je » dirigeai mes pas vers un grand canal qui setroQvyoitji l'eïtrémitéduparc, mais quellefutmon » émotion , quand j'approchai de ces bords , de u voir Adeline assise sur un tronc d'arbre , les s mains croisées sur sa poitrine , et contemplant » avec extase les cieux parsemés d'étoiles. Elle
* étoit vêtue de blaof , tous les rayons de la lune « se réâédiissoient sur elle ; cette lumière si » douce paroissoit faite pour éclairer cette céleste » figure ! Malgré mon athéisme , je crus voir lui ■ ange descendu du Ciel pour m 'anéantir , en a me révélant , par sa seule présence , tout ce » qu'au fond du cœur je voulois méconnoître «etuierl... J'éprouvai, dans ce moment , une
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LES -ATB^S CONSÉQUBITS. ' aoi
» foule de sentimens contraires et véritablement »-indëâni$8al»les! plus désenchante que jamais, » je pris aussitôt la fuite; ni le respect pour l'in- » nocence , ni la. crainte d'être vu ne me for- 11 çoient àm'éloigiift-, jene-cédoisqu'àunmou- » vement de surprise et k une impression in- » concevable de terreur et d'antipathie ; je me s jetai dans un quinconce de peupliers presque (t entièrement dépouillés de leurs feuilles , car » onétoitaux derniers jours del'aulomne; j'en- . u trai dans une salle spacieuse dont un grand u banc circulaireoccupoitla moitié; je m'assis.;. » Une rage concentrée faisoit bouillonner mon » sang en même temps qu'un horrible a0àisse- » ment d'esprit me ravissoit tout mon courage ; n des larmes amères inondoient moii visage , la » fureur , la plus' profonde humiliation , et a non l'attendrissement , les faisoient couler ; » je ne trOuvois en moi qtie de la lâcheté , de B la pusillanimité , en songeant que ce n'étoit » pas la première fois que le seul aspect de » cette femme , à peine âgée de dix-huit ans ,
» m'avoit épouvanté , m'avoit fait iuir! •
n Non , me disois-je , quand je crois l'aimer , » l'adorer ; je m'abuse , j'aurois plutôt pour elle » un insurmontable éloignement ; sa beauté » me frappe , mais d'ailleurs nulle sympathie
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303 LEa.ATBÉSS CailSÈqUKS3.
» ne peut nous unir; il y a trop de discordance » enire nos opinions , am sensations et nos ca- » ractères ; mais avec l'énergit! du mien , ne M pouvoir maîtriser un enfant crédule » esdave M de tous les préjuges , «e laisser intimider par ' w ellefSansqu'çlIe enaitm^meleprojet... Quel » est donc ce bouclier magique et mystérieux a qui se trouve entre elle et moi , ce bouclier » invisible et formidable qui la garantit à. son » insu ; et qui me repousse toujours?.... Ail! » c'est ma foibJesse qui fait toute sa force! Il » faut sortir de ce honteux abaissement. Je lui » vendrai cher un jour les bumiliations qu'elle u me cause!... Cette pensée féroce me sortit de M mon abattement , et ^ au milieu des transports » d'amour les plus effrénés , je formai mille » projets de vengeance , dans la supposition où " je serois forcé de renoncer à tout e^oir de » succès. O démence d'une passion criminelle I » ces noires idées me ranimèrent. Les belle»
u âmes se «insolent au sein même du malfa«UT, » en songeant an bien qu'elles peuvent faire «o.- » core; et moi , livré ii toute la fureur des dé- » mcms, je reprenois mon audace impie, en •> méditant de nouveaux crimes ! ... Je me levai , ".et, ne pouvant tenir en place, j'errai dans le » jardin avec la crainte et un de»r ctmfui d'y
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LE9 ATHÉES QOHSJËQUiqS. So3
» rencontrer encore Âdeline. Tout à uoup vou- » Uni regarder ce qu'elle avoit contemplé avec » tant de ravissement , je levai les yeux au Ciel, u qui .étoit en effet d'une beauté i-esplendis- >* santé par l'édlst de son azur et celai de tous K les astres de ]a nuit. Ce spectacle sublime me v saisit, me frappa, comme si je ne l'eusse ja- » mais vu ; mais ce fut en me foudroyant. Je » baissai les yeux en frémissant , je me rappelai >• ces fiaroles : L'athée dans la nuit soupçonne » un Dieu , et l'homme de bien croit sentir sa 't présence (i); et, pour chasser ce soupçon » effrayant autant qu'importun , je voulus fuir » la nature , comme j'avoia fui l'innocente Ade- » line l Je me hâtai de sortir du parc et d'aller » me. réfugier dans ma chambre. Je restai à ma 1 fenêtre, surtout pour guetter l'iiisiant oii u Adeline rentreroit. Elle ne revint qu'au bout n d'une heure; elle étoit suivied'une femme de u chambre ; elle ne m'aperçut point , parce que u j'étois, comme iie coutume, caché derrière » ma jalousie.
B Le jour suivant , ' je (Jescendis avec em- » barras pour ledéjeuner, jecraignois de revoir . » Adeline, et que son visage angélique né me
(i) Nuits tTYoung.
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ao4 LBS ATHÉES COUTSÉQUEinS.
» rappelât une impression que j'aurois voulu » pouvoir effacer de mon souvenir. On étoit h » table quand je descendis; aussitôt qa'Adeliue » m'aperçut , elle me dit en riant : Convenez , » mon frère, que je vous ai causé hier une rude "frayeur? — Comment donc? lui demandai-je » aTecunextrèmeétonnement;! cette question, » elle conta avec la même gaîté , qu'à la fin d'un » jour brûlant , espérant trouver un peu de » fraîcheursur les bords du canal, elleétoitdesu cendue dans le parc, en disant à Juliette (une » de ses femmes) de la suivre , et qu'elle étoit » partie sans l'attendre : le Ciel étoit admirable, » poursuivit-elle, et en le contemplant , je me » rappelai avec ravissement cette belle parau phrase des pseaumes :
lies cîeuK iostrubent U terre A révérer leur auteur (i).
» J'étois absorbée danscette méditation, lors- » que j'en ai été tirée par un léger bruit que » j'ai entendu prés de moi, je me suisretpumée » et j'ai vu Isidore qui couroit îk toutes jambes » pour me fuir ; j'ai reconnu là sa rigidité sur » les bienséances; il étoit en effet tout simple
(i) Poésies aacrta de J.-B. Rousseau.
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LES ATHÉES CCKISÉQCEITS. . 205 ~ » qu'il respectât ma solitude , mais la vélocité » de sa course m'a fait rire . » J'essayai de joindre quelques plaisanteries » à ce récit d'Adeline , mais ce fut , je crois , » d'assez mauvaise grâce; cependant j'étois » charmé de l'interprétation qu'elle donnoit à » ma fuite , puisqu'au fond elle m'en faisoit na » véritable mérite. Quand Mlle de Linanges , «revint, Adeline ne manqua pas de lui conter » cette rencontre inattendue, et comme il étoit » impossible de deviner ce qui m'avoit fait agir » ainsi , Mlle de Linanges , pour cette fois, loua u sincèrement ma' retenue et ma délicatesse, » Une des choses qui me frappa le plus dans » ce petit incident, ce fut la différence infinie » qiii se trouToit entre l'imagination de ma » belle-sœur et la'mienne; ce beau clair de lune, > qui me rappela sur-le-champ des' vers effé- " minéset licencieux, retraça naturellement au u souvenir d'Adeline des Idées religieuses!... « Je ne pus m'empécher de m'avouer à moi- » même qu'une imagination chaste > réglée par » la vertu et en même temps exaltée par la n religion , doit procurer sans' cesse des jouis- » sauces dont le temps ne sauroit affoiblir'Ie » charme et la douceur, 'undis que lecontraire V ne peut causer qu'une tumultueuseagitation ,
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306 LBS ATHÉES COSSÉQUBirS.
' » un désordre alfreus dans les idées , qui prive » l'Âme des émotions délicieuses produites par a là délicatesse , l'élération et la purelé des » pensées. Malheureusement , je ne m'arré- » toisjamaisàdes réflexions de ce genre; elles ne ■0 s'offroîent que rarement à mon esprit, et je les •repoussoissiptomptemèntqu'ellesneponvoient s laisser de traces salutaires dans ma mémoire.
» Malgré tous les mécomptes que j'avois » éprouvés durant notre séjour à Fontenay , je » uouvai que ce temps n'avoit pas été perdu , B puisque j'avois fait de très-grands progrès dans ulecœuretdanslaconGanced'Adeline, et malgré » les boutades de mon humeur, jem'attachaî de » plus en pi us à elle par les artifices de tout genre et le temps que j'employoia pour la séduire.
> Nous passâmes l'hiver à Paris, qui s'écoula » pour moi dans des partie secrètes et licenj> cieuses , et une conduite apparente remplie » d'hypocrisie ; à l'approche du [n^iitemps , je s fis,uD assez long voyage en Angleterre; j'y » vécus sous deux noms diâérens : sous le mien, • pour la cour et la lionne compagnie , et sous » l'autre, pour la mauvaise; j'eus aussi le soin > do prendre deux l<^eraens ; quand je quîttoii B l'un des deux, j'avois soin d'annoncer que » f'aUois voyager j soit en Irlande, soit en
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LES ATHÉBS COirSÉQOEIfS. 3O7
S Ecosse, et je disparoiasois jusqu'à ce que je » fusae las de l'un des deux râles que je jouois » alternativement. Reconduisis cette double in- B tf igue avec tant d'adresse qu'elle n'a jamais » été soupçonnée ; les personnes pour lesquelles » mes parens m'ayaient donne des IcttJres dç re- » commaudation , ccrÎTirent de moi des mer- » vcâlles ; je n'étoK pas sorti de Losdres et des » villages adjacens , et lorsqu'à mon retour, on » m'accabla de questroos sur mes voyages , j e ne »fu8 nullement embarrassé; j'en avoîslaplua sieur» relations fort exactes, et je parlai très- » savamment sur la principautë de Galles , » l'Irlande et l'Ecosse ; je fis même en secret à » Fontenay , le journal de ce grand voyage; » j'y jouois le rôle le plus intéressant ; on m'y » voyoit dans des bruyère» méditer jwofondé- B ment les" rêveries d'Ossian , m'exiaHer en » voyant les bra-ger» jouer dé la harpe sur les
♦ rochers de Llangolen, essuyer une tempéie » affreuse sor le canal Saint-Georges, me perdre » ensoite sur la Chaussée des Géants, parcourir
* toutes tes îles poétiqiies de l'Ecosse, tfiontrer » la mélancolie I» pUis romantàfue dans Ule «pittoresque de Staffa, détailler tous les rooBit- , •■mens d'Edimboui|;, eœ cost^r gravement que,
• poum'étre jaHiais distrait dans ct!9 iieporian- .
DiailizodbvGoOgle
308 LES ATHÉES COKSEQlIEItS.
» tes excui-sions , j'avois toujours voyagé inco- » gnito, sans leitres de recommandation , et » sans me faire connoîu-e. Je ue manquai pas de «semer ce précieux journal de réflexions së- » rieuses et sévères sur les mœurs des habitam j n et je fis présenta ma belle-sœur de ce recueil p rempli d'exagérations, de mensonges , et de «discours moraux et religieux. Adeliue lutavec » avidité cet ouvrage qui mit le comble à son es- Btime pour moi; d'uuautrecôté j'augmentai son D amitié par la tendresse extraordinaire que je s monti'ai pour Cléophas; j'aurois pu avoir » naturellement cette affection , mais je ne l'a- » vois que par caprice et momentanément ; en » général sa vue me faisoit éprouver quelque » chose de pénible ; malgré l'endurcissement a de ma conscience, elle me rappeloit un crime - » que souvent je me reprochois moi-même , et s dans d'autres instans^ je m'énorgueillissois en » secret de sa gentillesse , de sa beauté, et je » triomphois de voir cdui qui me devoit la vie n dans les bras d' Adeline, pressé contre son sein » et l'objet du plus tendre sentiment de son B cœur. On trouvoit que Cléophas, en grandis- » saut, preuoit avec moi quelque ressemblance ; » quand on faisoit cette remarque , Adeliue , en * me regardant arec la plus douce expresaon ,
,l,z<»i:,.,G00gIf
LES ATHÉES CONSÉQUEttS. SO9
» ne manquoit jamais de répt^ter : On se res- » semble déplus loin; ces paroles me càasoient » toujours une espèce de saisissement.
» Je me décidai enfin à préparer Âdeline à » une déclaration formelle ; un jour étant assis » à l'écart à côté d'elle dans la salle de billard . " où ne se irouvoient dans ce moment qnequel- » ques personnes insignifiantes, je lui annonçai 1 tout bas que j'allois faire encore un voyage, u mais qui seroit beaucoup plus long que le » précédent i elle partit étonnée , et d'une '> manière obligeante pour moi : Il le faut, re- "pris-je, la raison, le devoir, la conscience, tout me le prescrit; dans ce cas , dit-elle, on ne I" peut vous faire aucune objection, mais vous
» m'affligez Dans ce moment j Mlle de Li-
unaoges entra : Où irez-vous, me demanda » Adeline d'un ton timide : en Allemagne, ■> répondis-je, à Vienne, à trois cents lieues <• d'ici !.... A ces mots, je me levai et je m'é- •' loignai d'elle.
» Mon frère étoit à Saiot-Qoud; j'allai l'y ï trouver; j'eus un long entretien avec lui ; je ' lui déclarai que je partois le lendemain pour u l'Autriche ; il me questionna vivement; je lui » persuadai que j'avois pris une passion mal- » heureuse pour une femme de la société que
,.,i,z<»i:,.,GqogIf
210 LBS ATHÉES COHSÉQCSaS.
u je lui nommai ; que je vouloir me guérie d'un N sentiment coupable qui s'accordoit si mal avec n mes principes ; il me crut et il applaudit d'au- > tant plus à mes verbeuses rësolutions que » Ton dtsoit , dans le monde , que cette femme » avoit du penchant pour moi. Je brusquai » mon départ, et le soir méme^ après souper, i> je montai dans une chaise de poste , et, suivi » d*un seul domestique, je pris la route de » Vienne, où je me rendis effectivement; j'j » restai au^elit d'une année , et je m'y conduisis » avec plus d'extravagance encore qu'en Àngle- >i terre , car l'homme vicieux et corrompu, qui » a rejette tout principe religieux, et qui est 1' en même temps domine' par une passion vio- » lente et malheureuse , ne «Perche commune' » ment k se distraire des tourmens qu'Ole lui » cause , qu'en s'abandonnaut à tous les excès » de la dépravation.; mais je la youlôis mêlée » d'incidens et d'aventures bizarres que j'inven- » tois à mesure, et que je mettais en action, N occupant ainsi mon imagination , comme Tau- » teur licencieux n'emploie la sienne qu'à comu poser un mauvais roman; d'ailleurs, j'avois » remarqué qu'en général la singularité , aux » yeux vulgaires , ôte toujours aux actions re- » préheusibles ce qu'elles ont de plus odieux*
Jinlizci^^GoOglf
LBS ATHâBS COHSÉQB£NS. S 1 1
» Des «xcès de tout genre détruisirent ma » santé; j'eus une dangereuse maladie, ma » cMivftlcsCence tait longue et languissante : » tout est presque physique daus les senlimens » criminels; mon amour sembloit (l'allbiblir et udéCTottre avec mes forces; le dépérissement a total de la«anté n'est auÊHid qu'une décrëpiu tude anticipée; dans l'un et l'autre état, toutes ■t les niosions se dissipent, toutes les passions » Uimidtueùses s'évanouiasem^ on peut alors » ne pas rev^iir à la vérité, mais On cesse dé » tr»ÙTer du cJurme dans leviez et le mensonge, » parce qu'ils ne promettent plus de jouissances» «Je réprouvai ; l'amour , sans me causer de re- » mords , ne laissoit plus dans mon cœur qu'une •> flétrissure douloureuse , des souvenirs amers • et des regrets superflu».
M Lorsque j'arrivai à Paris , tout le monde'fut » eSrajé du changement affreux de ma ^are, » j'ctois véritablement tout-à-fait méoonnois- " sable ; mon frère me reçut avec un profond » altendrissemuit, attribuant l'état où j'étois » auE peines imaginaires que je lui avois con- ' » fiées; pour achever de m'ôter un sentiment » u funeste^ il s'empressa de m'apprendre que la » femme qu'il en cr oyoit l'objet avoit , durant n mon absence^ pris un amant; mou ïndtfis-
,i,z<,i:..,Gbogk"
212 LBS XTBÉBS COUrsâQOBIR.
» rence à cette nouvelle lui prouva que, du
V moiDS ik cet égard, j'étois parfaitement guéri. M Adelioe m'accueillit avec un intérêt qui jadis » m'auroit causé les plus vives émotions ,- mais » dans ce moment , mes yeux n etoient plus fas- >• cinés, et je ne vis en elle que de l'amitié et M un ëtonnement mêlé d'une tendre compasu sion.
» N'ayant jamais regardé comme des liens k> touchans lessentimens honnêtes et l^times^ » n'ayant plus la force et la faculté de m'abann donner aux autres , je me trouvai dans le plus » triste isolement au sein de ma famille; j'en- » viois leur sort, leur tranquillité , leur union , ^, et jusqu'à la sajiié,qiii brilloit sur leur visage , » et je me di$ois : J'ai méprisé leur croyance , X leur crédulité , et ils ont toujours été heureux > oudu moins paisibles, et moi j'ai étécoustam* y> ment agité, bouleversé, et le plus infortuné
V de tous les hommes !.... Ces réflexions, loin de « me faire rentrer en moi-même , ne m'inspi- B roient qu'une sombre misanthropie et un abal- » tement qui alloit jusqu'au désespoir , car je » pris intérieurement la r^lution lâche et im- » piedeme débarrasser d'une existence odieuse, » si je ne recouvrois pas la santé ; je consultai » les plus grands médecins de Paris, qui tous à
ti$ ATHèES COirSidQTTEHS. 3l3
u runanimité , ^m'ordonnèrent d'aller prendre n les eaux de Barrèges : je fus charmé de quit- » ter Paris où les soins de mes parens et de ceux » que j'appelois mea amis n'étoient pour moi a que d'insupportables imporlunités. J'arrivai » h Barrèges sur la fin du printemps ; la tristesse » de ce village augmenta celle qui me consu- » inoit; ilyavoit, celte année, beaucoup de n monde \ ces eaux si célèbres , mais je ne fis » point de visites; par dépit et pai- humeur, je ■» me condamnai à une profonde solitude , » n'ayant aucun des goûts et des sentimens qui » la font aimer. Les médecins me prescrivirent V des promenades sur les petiu chevaux du pays s et dans les environs deJBarréges , qui sont tous « variés et très-pittoresques dans des genres dif- ■ù férens. Je me fis conduire d^'abord dans un » lieu de la campagne, qu'on appelle le chaos, » imaginant que ce site singulier seroit en ac- » cord avec mes sombres pensées , mais il n'y a ■» point d'harmonie dans lé désordre; là, en effet » se trouvent réunis, et péle-méle, avec une » effrayanteconfusion, les rochers, les cascades, » les torrens, les gouffres , les précipices; on se » croit transporté à Tépoque de ta création , au « moment où la majn de l'Eternel commença à » débrouiller les élémens confondus ensemble
DiailizodbvGoOgle
3J4 l-BS ATHÉES COBSÉQUESS.
•> dans nue susse informe ; je n'avoîs point alm » de lelle* pensées; je conaîdérai «tcc e£tù ce » lien ssavage dont l'a^ect ne m'inqura ^ue l'iy dée stapéfiante do néant; assis soi one ro- » die , j'y restai plus d'une Leore , plonge dans n une espèce de létbai^îe ; je n'en fus tiré que » par Tapprodie d'an Ticillacd ooodmt par une » jeune fille , et ijui vint s'asseoir à câtc de moi ; « je cms voir (£dipe guidé par Antïgoae ; son > maintien et «es vétemens n'annonçoient point » un bontme d'une classe inférieure; la noblesse « et la douceur de sa figure m'intéressèrent; j> j'entrai en conversation avec lui : il étoit à n Barrèges pour y prendre les bain» ; il Tendit , » Ions les malins, sur la montage où nous » étions, afin d'admirer la variété infinie des » œuvres du Créateur. Tout est beau dans 1»
y nature, poursuivil-il , parce que tout est pso- » duil par une maîn souverainement puissante » et que rien n'est fait au hasard et sans but ; » Que pouvez-vousdonc admirer ici? lui demaor » dai-je; Gimment? repartit le vieillard, ne » voyez-vous pas que ce liçu est le réservoir peru péluel des eaux bienfaisaiites qui gucàs^^i^t 7) nos maux, ou du moins les soulagent? Une » seule cascade n'auroit fourni qu'une eau. de » m^me nature, elles bains de Barrèges, renfer-
^lailizodbvGoO^IC
LES ATHÉES COJf$éQlIERS.- 2l5
ji mé» dan» une petite enceinte, sont presse j, tous différent par leurs diverses propriétés ; » c'esl pourquoi wus voye* ici cette accumula* » tion de fontaines , de cascades , dont l'eau' s'c- '» pure par une (^ute précipitée, ou par une » lente infiltration à travers les rochers. On ne » peut examiner la nature sans découvrir des n miees de la s^^sse et dé la bonté suprême ! n En disant ces paroles , le vieillard joignit ses » mains tremblantes, et les éleva vers le ciel.. .. »Je te quittai brusquement, je voulois atiri- » btïer tout au hasard et ne croire qu'att néant. » J'allai me promener dans les autres envi- »ronsde Barréges, qui sont presque tous ra-
* vissaiis par l'agi'ément ou la singularité des » sites, mais je ne faisois toutes ces courtes que » pour ma santé , et- les beautés de la nature » n'avoient aucun charme pour moi. Huit jourtf t< après mon arrivée à Barrages, me trouvant » wujours' dans le même état d'épuisement, je » désespérai de ma guérison , et je la retardai en n e0et par les sinistres réflexions que je faisois vaguement sur la mort ; j'aurois pu, comttie
* un autre , la braver dans une bataille; l'efTér- » vescence du sang, lorsque l'on jouit de tonte si » force physique, une multitude de témoins , la » muMque guerrière fl'ergueil , le bruit, letn-
j,=,i,z<,d.vGoogIe
SlG LES A-TH^ES coirsÉQUBTrs.
a multe général, doiment presque toujours dans » les années toutes les apparences d'une brillante » valeur, maisl'athée, dans la solitude et livré » à lui-même , ne peut envisager la mort, qu'an vec épouvante, s'il n'est pas entièrement abruti » par les souffrances et la maladie. .
■ Depuis que j'étois si malade , je ne pouvois » écarter de mon imagination une pense'e ter- » rihie qui me poursuivoit nuit et jour; je me » répétois avec horreur -..Si l'âme était immor- » telle, s'il existait un juge étemel et suprême
» des actions humaines ! que d«vien-
)) drois-/e!
B Cette idée me donna plus d'une fois celle » de m'instruire de la religion et de me couvera tir; je n'étois pas retenu par le respect hu- B main , puis([ue j'avois toujours caché mes » principes philosophiques- J'entrevoyois même » qu'il éloit facile de les réfuter , mais n'ayant » -pas la certitude que ma mort dât être prompte » et inévitable, je n'avois ni la volonté ni le » courage de renoncer aux passions que les dac' » trines philosophiques autorisent-
» Cependant au bout de six semaines , je » m'aperçus que les eaux mefaisoient un bien » sensible; le médecin acheva de me confirmer » dans l'espoir que ma guérison seroit très-pro-
,l,z<»i:,.,G00gIf
LES ATHÉES CÛMSEQUEMS. ÏI7
u chaîne ; il ne m'abusoit point , je me rétablis- » sois à vue d'œil, et je repris , avec la santé , » les idées et \e» sentiment que mes inquiétudes » et mes terreurs avoient suspendus. Adéline 7> s'ofiHt à mon imagination plus channante que » jamais;-je perfectionnai dans ma tête tous les o plans de séduction que j'avois successivement a formés depuis six ans, et pour cette fois je me D décidai irrévocablement à n'en plus différer » l'exécution.
» Je fus sensible à la joie qu'on me montra eu » me voyant guéri ; les marques d'intérêt qu'on » m'avoit prodiguées quand j'arrivai de Vienne » m'avoient déplu , parce qu'elles m'avertis- » soient du danger où j'ctois; j'aurofe alors quitté j» la vie avec terreur, mais sans attendrissement; » je ne regrettois de cette course rapide que de » vains plaisirs, des erreurs et des folies, carsur- » tout dans ce moment l'idée du néant détruit B dans un ^tbée toutes les affections du cœur ; , s mais la santé éloigna de moi les idées noires, n et je repris avec transport les ' illusions qui » m'avoient égaré.
» Il étoit bien difiicile de trouver un moment » favorable pouriàire une déclaration d'amour » à ma belle-sœur; elle étoit, dans presque tous » les inslans, sous la surveillance de sa "lante,
2l8 LES ATHÉE» COnS^QtTBItS.
» et jamais elle ne chercboit h s'y soustraire, » enfin elle n'alloit à aucnoe fête mondaine: » je ne vonlois point lui écrire , il faltoit donc >» lui parler , mais comment s'y prendre pour » n'être entendu qued'e)le seule? Je passai tout » l'hiver dans celte perplexité ; mon frère , qui »n'aïmoitni la représentation, ni les plaisirs » bruyans , n'alloit presque jamais à la cau- » pagne chea les princes , et quoique des molife îi de rcconnoissance l'attachassent pariiculière- » ment à M. le prince de Coudé , il ne lui faia soit sa cour qu'à Paris ; mais cette année 1« » prince exigea positiTem»mt dé Ini la promesse » qu'il iroit, aumcHsdemai, pa»er avec Adeïiue » trois semainesà Chantilly. Commeles femmes » non mariées n'alloient point à la cour , à moin» V qu'elles ne fussent damées, et que ma helle- " sœur mariée depuis huit ans, et mère d*nn » enfiint de sept", n'avoit nullement besoin de » mentor, Mlle de Linanges ne fut point -inTr~ » tée i' ce voyage et n'y alla point; ce fut un » grand déplaisir pour Addine et le a"ujet d'une » extrême satisfaction pour moi, caroomblé des » bontés du prince , j'avois une fois pour toutes. » la pemûsrâtHi d'aâer tous les an» àChaotiity. B Lb surveille de notre départ, ma belle-sdeur ■1 suivant sa coutume, lorsque leteraps le per-
3,a,i,;t!dbïGoogIe
HHieHoit, se rendit aa-jardin du Luxemboui^ » avec Mlle de Linanges , Clcopfaas et une » femme de chamhre. Je la rencoalrai sur l'es- " ealier , je lui dis que j'allois sortir à pied pour u me promener aussi, et je lui demaiulai de me » mener aia Luxemboui^; elle y ccttueatit.et u Qou» partîmes tous ensemble dans sa witure. » ARrivcsdass le jardin, nous nous promenâines X autour de la grande pièce d'eau, afin de jouir » delà vue des lilas en fleurs; Clëopha&couroit " devant nous , tandis que nous causions de » (^oses ibrt indifférentes; tout à coup je m'é- ■» lance impétueusement vers lui , je le voyois » ^iager dans la piéee d'eau ; Adeline pousse « un cri lamentable et tombe presque évanouie » sur L'épaule de sa' tante; la femme de cham.- » bre étoit derrière nous , et elle accourut, lors-
» qu'on n'avbit plus besoin de son secours
» Je me jeitai à l'eau , je saisie aussitôt Cléophas, » qu? étoit déji presque enseveli dans la vase qui a se trouve suc les bords de. ce bassin , et je le » portM dans les bras d' Adeline , qui , en le re- . » çevant ^ec un transport inexprimable, s'é- KL^a ^'uné voix entj'ecpupée de sai^otâ :
» mon cbgt Isidore !.... Cette exclamation re- >• testât l^og-temp» à m^n oreille I.... D»is.ce » moiftent, le pins doux de ma vie^ je me .sentis
,.,l,z<»i:,.,G00gIf
■ 330 LES ATHEES COASÉQCESS.
M enfin des entrailles de père pour cet enfant - » que Je renois de sauver d'une niorl certaine, n et qui devenoit le plus puissant de tous le» n liens entre Adelinc et mof X nous nous hâ- » tdmes d'aller dans un 'café où par bonheur » nous ne trouvâmes personne ; on alluma du » feu pour nous sécher , car nous étions mouil- >• lés de la tête aux pieds , et de pllis Cléophas )» étoit couvert de boue ; nous ne pouvions re- " mettre nos habits, le fils de la maîtresse du » café nous en prêta; on enveloppa chaudc- » ment Cléophas dans un grand gilet qui forma » sur lui une espèce de redingotte; des mouuchoirs lui tinrent lieu de chemise; le man- » teau noir bordé de dentelles d'Adeline com- , ■ » pletta son habillement et nous nous hâtâmes n de gagner la voiture et de retourner i l'hôtel •> de Berville. Durantce trajet, Adeline m'arra- " cha des larmes sincères , en m'exprimant tout *■ ce que la reconnoissance peut inspirer dé plus » tendre et même de plus passionné;, elle finis- « soit toujours par répéter ces mots : Mon cher " frère , Qéophas est votre enfant , car ii vous n doit la vie.... iï est votre enfant, vous le re- « gardere» comme tel désormais , n'est-ce pas ? » mes pleurs couloient et je ne répondois pas; H je savourois en silence la douce joie d'ârtar
J.,:,l,z<»i:,.,G00gIf
LES ATHÉES CONSÉQUEHS. 3al
» fait rëellement une bonne action , et par un » sentiment dont jenepouvois me rendre compte u à moi-même, je ne voulcns pas la gâter par » des réponses qui-m' eussent rappelé un crime. » Mlle de Linangés fut parfaite pour moi dam » cette occasion; elle s'empressa, pendant le reste 11 du jour , à conter cette aventure à tous ceux B qui vinrent nous voir. Le lendeinain Cléo- »phas,en très-bonne santé, ne se ressouvint 11 de l'accident de la veille que pour me remeru cier de ce que j'àvois fait pour lui , et il me » fit tressaillir , en m' appelant plusieurs fois
n papa!
9 Je dois me rendre la justice que, dans tout » le cours de cette journée , je ne fus occupé que D de la satisfaction d'avoir fait, sans aucune by- Bpocrisie, une action louable, et que je ne son- » geaipointda tout à l'ascendant qu'elle pouvoit » me donner sur l'esprit et le cœur d'Âdeline ; » toute bonne action met toujours quelque rec- » titude, du ntoius momentanément, dans l'âme » même la plus dépravée : je sentis , pour la » première fois , qu'il existe en nous des récom- «1 penses intérieures qui sont indépendantes de s l'orgueil -ei de la vanité; cette seule connois- » sauce auroit pu me ramener au bien, si j'en » eusse suivi les conséquences; mais ce ne fut
;.,r,l,z<»i..,G00gIf
332 LES ATHÉES CONSÉQUEHS.
s pour moi qu'un écJair fu(jilif , et qui ne laissa
» point de traces dans mon imagination.
» 'Nous partîmes au jour design^ , pour Ghan- »tiJJy, mon frère ^ sa femme et moi, daos la »même voiture : Adeline ét(»t triste et sil«n-
• cieuse ;.elle o'avoit jamais passé deux jours sans » voir Cléophas; une absence de trois semaines » lui paroissoit bien longue et bien douloarêuse;
• i'admirois aussi la bonne foi avec laquelle elle » regrettoit Mlle de Linanges ; nous tâchions » vainement de la distraire , «a lui détaillant les » beautés du séjour enchanté qu'elle alloit vfàr ; » elle écoutoit ces récils avec une parfaite indifn féi-ence, et nous n'obtenions pour réponse que D des soupirs échappes du fond du cœur. En » effet, Adeline vit, sans admiration, tous ces » {Hodigesdel'art; les jardins ravissans de Chan- » tilly, le hameau factice et pittoresque, les bos- »quet$ séduisaos de Sylvie, les prestiges de » i' Ile d'amour j et en côtoyant les bords émail- » lés de ses eaux si limpides et si belles, Adeline M nous répétoit tristement : J'aime mieux F<mi- » tenay que tout cela. Le suoccs brillant de sa » figure ne Jui fît pas plus d'impression , et u bientôt même on n'osa plus la louer en sa pré- » sence : les hommes ne firent point de cercle u autour d'elle ; ils l'admiroient avec respect :
J.,:,l,z<»i:,.,G00gIf
L£4 A.THÉB5 COHSÛQUEHS. 23^
» malgré l'éclat de sa beauté, ses talens et ses M grâces , elle gagna la bienveillance de toutes » les femmes , parce que nulle espèce de préten- » tions ne pouvoit la m£ttre en rWalité avec » elles.
» A-deline fut obligée d'aller, pour la première » fois desa vie, à des représentations théâtrales; - » ellenepouToit refuser d'assister à des spectacles » dé société , et dans lesquels les Princes même n avoient des rôles : on joua de lielles pièces. «Âdeline, en sortant de la salle de comédie, » nous dit : De tous les amusemens de la société , » voilà sans doute le plus attachant; mais, par «cette raison même, il doit faire perdre un B temps énorme; et je croîs que ces représenta- » tions sont véritabl^nent pernicieuses, quand » les pièces sont d'un genre licencieux ou tout- » à-fait frivole.
» Je n'ai jamais été si enivré d'amour et d'es* » pérance qu'à ce voyage ; je possedois tellement » la confiance et l'amitié d'Adeliue ; elle éioit si JD charmante avec moi, que je ne doutois pas j> qu'elle n'eût, à son insu, un sentiment beau- Bcoup plus vif pour moi. Cependant nous étions D depuis dix jours à Chantilly, et je n'avois pas » encore parlé ; mais je vonlois une occasion «parfaitement favorable, et qui me donnât la
J.,:,l,z<5i:,.,G00gIf
2 24 ^^ ATHÉBS CONSÉQBEHS.
» possibilité d'expliquer avec détail tout ce que » je voulois dire. Un matin , que tout le monde fl partoit pour la chasse du cerf, je me dispensai » d'y aller, sous prétexte d'une violente migrai- » ne : je savois qu'Adeline n*étoit jamais de ces » bruyantes parties : mon frère, ainsi que tous D Igs hommes , suivit les Princes ; presque toutes .»les dames du château montèrent en calèche » pour aller h cette brillante chasse où l'on devoit » faire halte ,. c'est-à-dire déjeuner dans une » grande feuillée ornée de guirlandes de fleurs ; » landis que la musique du Prince , cachée dans » un cabinet de verdure , exécutoit de char-
I mantes symphonies : il ne resta au château » que ma belle-sœur, le maréchal de***, qui
II avoit la goutte ; la vieille duchesse de *** et . » moi. Nous déjeunâmes ensemble , et ensuite
» nous allâmes dans le salon. Un moment après, » le maréchal , tourmenté de sa goutte , nous - » quitta pour aller s'enfermer dans sa chambre j » nous restâmes tous les trois ; la duchesse , qui » vouloit finir un fauteuil de tapisserie , nous >> pria instamment d'attendre qu'il fût terminé; u Adeline commençoit une bourse , et moi , » assis à côté d'elle , je m'amusois à défaire, avec u un grand air d'application , les anneaux d'un » baguenaudier ; j'élois absolument en tête à
J.i:,l,z<,i:,.,G00glf
LES ATHÉES CONSfQtTBHS. asS
» tête avec Adeline, car la surdité de la duchesse « ne lui permeltoit pas d'entendre un seul mot » dé mut ce qu'on disoit à demi-Tois. Pour en- » trer en con've.rsation , je demandai h Àdeline si » elle avoit des commissions à me donner poar v Cléophas, parce que je lui avois promis, en » partant , de hiî écrire , et que je voulois enfln » tenir ma parole ; elle me répondit en souriant , >t qu'elle écriyoit tous les matins à sa tante, et » qu'il y avoit toujours dans ses lettres plusieurs » lignes pour Qéopbas : ensuite Adeline vanta, » avec une touchante éloquence, les douceurs 1 de la maternité ; et tout à coup, elle me de- » manda pourquoi je ne songeois pas k me ma- » rier : à cette question, je poussai un profond » soupir^ etjerépondis qu'im tel bonheur n'étoit
■> pas fait pour moi Dans ce moment, la
» vieille duchesse qui, depuis im quart d'heure, B s'eudormoit, suivant sa coutume, h l'heure » où nous étionsj laissa tomber son aiguille, >> pencha sa tête sur le dos de son fauteuil , et B céda tout-à-fait au sommeil : Adeline alors eut . » envie de rentrer chez elle, mais je lui repréu'sentai que ce sommeil de la duchesse ne durcit » jamais une demi-heure, et qu'à son réveil, elle "seroit fichée de ne plus nous retrouver près » d'elle : Adeline resta ; elle reprit la parole pour ' - ^5
J.,:,l,z<,i:,.,G00glf
Safî ' liU ATHÉES COnSÉQUSIK.
» me sermoner encore en faveur du mariage , ce » qu'elle avoit déjà fait inutilement plusieursu fois avant mon départ pour Vienne. Oui , lui » dis-je, et TOUS devriez le savoir depuis long- » temps, je oe puis former un' tel nœud, un obs-
» taçle invincible s'y oppose Comment?....
» Mon cœur n'est plus à moi ; j'ai fait de vains » efforts pour me guérir : vous avez vu, par l'état B où j'ai été , ce qu*il en coûte pour vouloir arra- 1 cher de son âme un sentimçnt qui la remplit u tout entière ; que n'ai^je pas fait pour en éviter » l'objet, que je ne pouvois fuir à Paris ! Quels u pénibles voyages! il&<mt pensé mé coûter la a vie ; ils n'ont servi qu*à me jaire mieux cou-
» uoître que je ne puis exister sans vous voir.
» A cette parole, Adeline frémit, se retourne » de mon côté , et me regarde fixement : ce re- » gard me rendit immobile et muet ! Âdeline » se leva ; je trouvai dans ce moment sa figure si'
» majestueuse, que je baissai les yeux ! Sans
» trouble et sans précipitation, elle traversa Je .» cabinet , gagna la porte ; et disparut. Je restai »- dans un état de confusion et d'anéantissement u impossible à décrire. Au bout de quelques ins- « tans, rassemblant toutes mes forces, je ii)e » hâtai de quitter ce lieu fatal ; je sortis du châ- » teau; j'allai errer dans les bois voiùns, et Ur
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LBS ATHÉES OOITSÉQUEBS. 3*7
» je tâchai de me persuader que le dëcourage- » ment subit que je venois d'éprouver n'étoit » qu'une leireur panique : en effet, me disois-je^ » elle m'a laissé parler jusqu'à la fm , sans Sl'in- » teiTompre ; elle ne m'a point montre ce coor- » roux éclatant auquel je devois m' attendre : ■» quelle est donc la cause de l'insurmontable
» effroi qui m'a saisi? Mais bientôt de nou-
» Telles réflexions me firen^' sentir que les dé- » monstrations de la colère la plus violente eus- » sent été moins énergiques que cette insultante B sérénité. On peut apaiser la fureur même , » mais on ne peut rien sur le mt^pris uni an » sang-froid. Je me rappelai ce r^ard qni m'a- ' » voit terrassé, et qui exprimoit un si profond » dédain avec tout le calme d'une complète in^ » sensibilité. Je m'étoîs flatté , d'après toute «l'affection qu'elle m'avoit montrée, d'exciter » un grand trouble et une vire émotion ; je » n'avois pas prévu que toute cette amitié, que B j'avois mis tant d'art h lui inspirer, s'anéan> » tiroit avec l'estime qni-, dans les cftnra bon- » nétes , en est la seule base. De ce momeut , je I) n'eus qu'une foible espérance de la séduire : B malheur à elle, m'écriai-je, s'il m'est impoS- » sible de vaincre sa résistance; car, si elle peut "toujours échapper à mes pièges*, à mon amour, i5.
DiailizodbvGoOgle
aaS LES ATHÉES C0HSÉQCEK5.
» elle ne pourra du moins se soustraire k ma » vengeance.
» D fallut m'armei- de courage , après la scène B qui s'étoit passée entre nous , pour me ré- » soudre à la revoir dans le salon , au milieu de » quatre-vingts personnes. Même ayant ce jour, D ses regards si angéliques et si doux m'avoient » toujours fait une impression singulière ; » quoique j'y trouvasse du sentiment, leur cé- D leste et constante séréniië m'intimidoit j mainn tenant ils étoient devenus bien plus redou- » tables pour moi : aussi, lorsque j'eotrai daiw B lesalon, je craignoismortellemeutdelesvoir a se fixer sur moi. Je m'approchai d'elle , comme B à l'ordinaire , mais avec le plus pénible bat- , B tement de cœur; elle me regarda, et de la »' manière qui pouvoit me dëplairele plus, car B ce fut avec une indifférence si naturelle , une B simplicités! désespérante , qu'il étoit facile de B connoître qu'elle s'éloit entièrement déta- » chëe de moi. Mon dépit, qui surpassa ma » douleur, m'ôta tout embarras. Je vouloisab- » solumentlui reparler ,encore pour lui donner B une explication hypocrite de ma passion , et » pour achever de la convaincre que je n avois B jamais eu l'intention de la déclarer, et que, a sans ses questions indiscrètes, j'aurots tou-
LES AfHÉBS conaÉQVEiTs. ' asg » jours gardé un vertueux silence. Je m'assis h » côté d'elle, et je remarquai qu'elle rangeoit' )> sarobe, pourqu'eUenemetouchâtpas.Tous j> les hommes étoient au billard , et même une » partie des femmes; celles qui restoîent dans j> le salon étoient insignifiantes, et ne&isoient » aucune attention à nous. J'arois médité un «.discours; je me décidai i le prononcer en an- » glais, qu'Adeline enteiîdoit parfaitement. Je » lui dis donc , dans cette langue , à peu près ce » qui suit : Songez que c'est vous qui m'avea » arraché l'aveu qui m'est e'chappé ce matin. !» Pourquoi avez-vous interrogé un infortuné » dont vous connoissiez le secret , et qui s'étoil » voué au silence ? Mes principes sont plus se* » vères peut-^tre que les vôtres, et mes senti- » mens sont aussi purs; je n'ai jamais désiré » que ruuion parfaite de nos âmes, et, dans * l'ardeur d'une passion insurmontable , jamais » la pensée d'une séduction criminelle ne s'est » oSerte à mon imagination. Je ne desirois que D la possession de votre cœur, et sans y pré- » tendre, puisque depuis sept ans je me taisois. B Vous^eule êtes coupable , et d'une manière' D d'autant plus odieuse , {|ue vous l'êtes de » sang-froid ! Vous me devez du moins les con-
J.,r,l,z<»i:,.,G00gIe
a30 LBS A.Th£B5 CONSÉQUElrS.
» «olations- d'une amitié coiopatissante me
» les refuMfw-vous toujours?
» Pour Umte réponse , Âdeline se leva tran- 3 quUlemem, et, sous le prétexte de demaDder » un conseil sur son ouvrage , elle alla s'ass seoir aupr^ de Mad. de '**. Cette nouvelle » marque de mépris acheva de m'irriter et de » me transporter de colère. Je me fis uu plaisir
• de la braver ; je ta suivis , eu continuant de » lui parler anglais. Mais aussitôt m'interrom- » pant : Mon frère, me dii-«llc ( et elle appuya » sur le laotjrère ) , vous prononcez si mal l'an- » glais, que je ne comprends rien à tout ce que » vous iBe dites; comme M. de Serville sait B mieux que vous cette langue , il iaut attendre s qu'il iiuisse être en tiers avec nous, parcequ'il
• nous servira d'interprète. Après avoir dit ces ' » paroles , elle ne parla pins que de sou ou-
» vrage , en s'adressanl toujours à Mad. de ***. D Cette espèce de moqnerie si outrageante porta » au comble ma rage intérieure , et d'autant » plus, qu'Adeline, si obligeante, si ingénue, s n'étoit nullement moqueuse , et que je ne lui » avois jamais vu prendre le ton piquant de ■ l'ironie. J'en .conclus, avec raison, que l'ei-
• ces d'indignation et de mépris pouvoit seul la
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LBS ATBàXS COnSÉQUERS. aSl
» sortir aimi de 8<»i «aractére. J'avoia beaucoup » espéré de mon discours aTtifieieux et de mes » phrases sur Y amour platonique , langage rm- » poeteitr , qui séduit si souvent tant de femmes » irr^échJes, mais qui étoit sans effet pour » celle qui savoit qu'aux yeux de Dieu , ou peut » être adultère par les désirs sauleraent , par les » pensées auxquelles on s'arrête , et par les re- » gards. J'étoi» tellement hors de moi que , pour » i)e pas éclater , j'allois sortir du saktn , lorsque w je vis entrer mon tfrère; je frissounaî. Ad^
> line, en entendant la voix de son mari, jeta V les.yeux sur moi , et, voyant Tétat où î'ebHS, » elle en em pitié ; elle m'appela ; je m'appro- » cbai d'elle en diancelant i elle se pencha vers » •moi , et me dit à Voreille : Je vous donne ma « parole, que jamais rien de ce que tous m'aves » ditne sortira de mabouche; je ne veux garder » le souvenir que d'une seple cfaoae : c'est que
> C^opkas wais doit la vie- Cette dernier»
» phrase, prononcée naïvement, me fit trèss saillir. Adelinevouloitmeparlerd'uite bonne » action^ et elle me rappeloit nn nrime ! Je la B quittai brusquement, sans lui répoudre, et jt un instant aprè», je descendis dans les jar- » diiis,pourm*y livrer, sanscontrainte, à toute » l'amertume de mon désespoir. Ehl quoi,-
DiailizodbvGoOgle
S33 LBS ATHÉES COSSÉQVERS.
3 4isois-je, serai-je ^rnellement dupe et vic- * time de cette femme, si enivrante par ses » chai'mes, sa douceur, sa naïveté, mais si îm- » përiense et si terrible par l'ascendant incon- » cevable que lui donne son caractère opiniâtre w et Qegmatique ! Par quelle puissance încon- » nue, parvieovdle toujours à me confondre » et à déjouer mes projets les plus habilement a conçus? Non! je n'aurai jamais là gloire de » tricHnpher de ses préjugés , mais surtout » maintenant qu'une barrière insurmontable » est placée entre nous par le mépris et pai' la » haine!... Eh bien ! désormais je ne songerai « plus qu'à cultiver cette haine ! Je lui ferai V connoitre par la terreur les tourmens de
■ l'agitation I Je ne- veux ni de son indifférence » ni de sa pitié I Je porterai le trouble et une .
.» mortelle frayeur dans cette âme paisible et
■ si fière ! et c'est ainsi que , malgré ses scrus pules et ses dédains , je l'occuperai sans cesse i de moi , et que je saurai l'associer à ma noire » destinée!'.... Je n'ai tenu que trop exacte- » ment ceue funeste résolution de l 'amour et de D l'orgueil audésespoir!,..
» Durant tout le reste du voyage , Adeline ne » daigna pas m'honorer d'un regard. Quand je » luiparlois tout haut, elle me répondoit avec
LES ATHÉES COBSÉQUESS. 333
> douceiir etsîmpliciië; mais en même temps
> elle ëvitott avec tant de soin de se trouver à
> côté de moi , qu'il me fat impossible de pou- ) voir lui dire un seul mot en particulier. J'eus » l'air, pendant les six derniers jours, de n'en I plus chercher roccasion ; alors elle se tint
> moins sur ses gardes , et , ]« surveille du jour I ou nous retournâmes à Paris, je trouvai le
> mo jeu de me placer h côté d'elle à souper> La
> vieille duchesse de*** me fut encore utile ce 1 jpur-lÀ : elle alloit se mettre auprès d'Ade- * liue , lorstpie je me glissai furtivement entre I elles deux , en demandant gaiement la per-
> mission de ies séparer. Addine , n'osant re-
> pousser ouvertement un beau-frère , me laissa >" prendre possession de cette place , que je
> n'avois désirée que pour commencer ma ven- » geance. Je ne fus occupé," pendant la moitié
> du premier service , qu'à répondre aux ques-
> tiens delà vieille duchesse, qui, ne voyant ) guère mieux qu'elle n'entendoit, medeman- ) doit les noms de toutes les personnes placées
> loin de nous, et surtout ceux des mets qui
> n'étoient pas à sa portée. Lorsque cefte inté-
> ressante conversation futépuisée, je me rej tournai du côté d'Adeline , et je lui dis à voix
> basse : Je n'ai souhaité vous parler que pour
J.,r,l,z<»i:,.,G00gIf
a34 LB9 ATHÉES COTfSÉQITEirs.
M vousaiiDoncermesirrevofxiblesdesseins. Vous « m'avez enivré, pendant plusieurs années, par » les témoignages de la plus tendre afl'eciion; » tout a dû vous montrer en moi une passîua u invincible , et vous avez vu que les efTorts suru naturels que j'ai faits pour la conibiiltre ont » pensé me coûter la vie ; mais votre détestable » orgueil desiroit un aveu positif, vans l'avez » obtenu, etc'estpourmetraiteravecledernier » mépris!... Dans ce moment , le voisin d'Ade- » line lui parla , elle se retourna vers lui , et il M s'établit entre eux un assez long entretien , » pendant lequel je l'enteudisrire plusieurs fois. » Ce rire me causa une rage inexprimable , car " il fut pour moi une intolérable insulte. Lors- » qu'il ^e fut possible de reprendre mon dis- » cours : J'aurois pu, lui dis-)e, m'immoler u pour vous ; mais )e ne veux point être la vic- » lime de votre bai-bare injustice. Vous étiez en H droit de tout attendre de ma soumission et de a mon attachement; maintenant vous devez loût o craindre du ressentiment le mieux fondé et 1« » plus implacable ! Cette étrange menace ne lui » causa pas la moindre émotion : tandis que je » lui parlois , elle avoic les jeux baissés sur son » assiette , et elle mangeoit tranquillement. » Dansce moment, cUem'insptTavérilablemcsit
3,a,l,zt!dbvG00gIe
LES ATHÉES COnSÉQUETTS. 235
» autant de haine que j'avois ressenti d'amour. » Je cessai de lui adresser la parole , et ce fut » aiim qae se termina cette soirée.
» Je sa vois trè»-bien que mon innocente belle- » sœur ne m'avoit point arraché l'aveu de ma » criminelle passion , et que son âme si pure a n'avoit pu ni deviner ni prévoir ce aentiment V incestueux; mais} en feignant cette erreur, » j'avois voulu excuser à ses yeux l'insolente • audace de ma déclaration , et en même temps » autoriser l'énergie de mes ressentimens îd- » sensés. Forcé de rendre justice à ses principes, a i'étois hien certain qu'dlé ne se décideroit » jamais à mettre la plus horrible désunion » entre deux frères jusqu'alors si étroitement o unis ; que , par oonséquent , elle ne révéleroit » jamais cet odieux secret, et qu'elle seborneroit n il m'âter toute sa -confiance et tout espoir. » Enfin j'imaginai que sans doute les menaces ■ ne l'intimidoient point, parce qu'elle croyait » que l'amour m'empécheroit de les effectuer, » mais qu'die y croiroit lorsqu'elle en verroit » quelques effets , et qu'alors j'c^tiendroispeut- » être de l'épouvante ce que son cceur me refu- » soit , car ne voyant dans la vertu qu'un préju- » gc aussi pénible qu'impérieux, je ne pouvois « me persuader qu'il f&t impossible de l'anéantiv ■
, ,l,i<,i:..,G00gIf
236 L£S ATHÉES COHSBQDEHS.
w Eu arrivant à Paris , je reçus de la proTÙnce » une lettre qui, loin de lu'alHiger, nt'affrana chissoit d'uue inquiétude qui me lourmen- » toit souvent malgré moi. Cette lettre m'an- » nonçoit que la petite Euphémie, cette mal- » heureuse eufant, dont Cléophas occupoit la - -» place, n'existoit plus; Rosine, la femme de- » chambre i laquelle nous l'avions confiée-, » Mad. de Terny et moi , et qui recevoit de nous u uue pension , me mandoit que dans un voyage » qu'elle avoit été ohligée de faire , cette enfant » étoit morte eu route; cette nouvelle fit verser » beaucoup de larmes à Mad. de Terny; car elle » pensoit avec raison que la mort de cette iufor- » tunceaggravoitencore notre crime, parcequ'il M étoit -vraisemblable que , si on ne l'eût point » ravie à sa véritable mère , les soins de la ma- » temité auroient pu lui conserver la vie ; » Rosine qui , après avoir quitté sa maîtresse , » afoit changé de nom en s'établissant en pro- » vince , m'annonço'it encore qu'elle alloit se » marier, et qu'elle habitcroit désormais la ville » de Saint-Quentin, où son mari avoit sa famille. » Nous lui faisions une pension viagère que " nous continuâmes toujours, pour nous assurer » de sa parfaite discrétion , quoique la mort de »la petite fille fût, à cet égard, la meilleure
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Lss ath:ébs CDHSÉQVENS. 2$y
» sûreté. J'avois demandé , les deux années pré- » cédentes, des congés, pour me dispenser d'aller »à mon régiment; je fus obligé de m'y rendre n au printemps de celte année , et je partis pour » Boûi^es , où je passai cin^ mois : le froid méa pris que me montroit constamment Adetine » depuis ma déclaration, avoit changé en ressen- » timent et en fureur toute ma passion pour elle; » je n'éprouYois plus en la voyant que les émo- » tiom de la haine , ou telles d'un amour fréné- » tique et désespéré; le doux son de sa voix mé » déchiroit le cœur , l'expression de sa figure » aUgélique me paroissoit de la fausseté, quand » je me rappelois sa rigueur et le peu d'efforts » qu'elle sembloit lui coûter , et je ne pouvois » plus supporter sa piété si sincère , si soutenue, u et qui m'inspiroit les plus extravagans mouve- ■ » mens de colère; c'étoit la barrière véritable- » ment insurmontable qui nous séparoit; et, u dans ma démence de haine et d'amour , je a croyois la rendre moins redoutable , en m'ef- » forçant de la mépriser et en m'enfonçant de » plos en plus dans les abîmes de rathéisnie<
» Quand je revinsde mon régiment, jem'étois u tellement nourri d'idées et de projets sinistres, » que la vue du bonheur et de l'intérieur de kmon frère et d'Adeline dans leur famille, fit
J.,:,l,z<»i:,.,G00gIf
a38 LES ATHéBS COHSÉQUEIIS.
1» sur moi tout reflèi'quc peut produire sur les » réprouvés la connoissance de la béatitude des » esprits bienheureux. Tout lemonde fut frappé ndu changement de mes manières avec ma » belle-sœur , qui , toujours simple et calme , a n'eut pas l'air d'y faire la moindre attention ; » mais au bout de quelques mois , mon frère u m'en parla ; je m'y alleodois, et je m'étois pré- » paré. Après m'étre fait presser d'expliquer mes » brusqueries , je dis enfin avec le ton de l'im- » patience : Eh bien ! c*est qu'en arrivant ici , » onm'acontéunesottehisioire,dontjenecrois u pas un mot, mais qui circule dans le monde , » ce qui m'a donné de l'humeur^ Mon frère » vouhit savoir quelle étoit cette histoire ; je reu iîisai positivement de le dire, en ajoutant : » Quand la fausseté m'en sera parfaitement dén montrée , j*e t'en instruirai. Je revis à dessein , » enaiTÎvani, nn de mes anciens compagnons de ■ >• parties ie plaisir , qui alloit habituellement » dans la mauvaise compagnie ; il aimoit beau- >> coup à conter des histoires scandaleuses ; et en » même temps, craignant toujours de compro- » mettre' cetix de qui il les tenait, il avoit la a louable habitude de ne les jamais citer ; lui
• connôissant ce boa car»:tère, je lui confiai ,
* soua le sceau du secret, et comine une chose
3,a,l,;t!dbïG00gIC
LBS. ATHÉES CORSÉQUEBS. aSg "-
» qui m'afiligeoît beaucoup , que tout le monde » doonoit à Âdeliue le comte de Terny pour u amant , et que malheureusement j'étois à peu a près sûr de la vérité de cette intrigue. Quoi ! » s'écria mon ami, ce comte si dévot, si cagot? — » Vraiment oui, repris-je, ceux-là précisément " 'convienneot à une prude ; ces commerces mys- » tiques sont rarement soupçonnés. Mon ami , » comme je l'avois prévu , s'empressa d'aller ap- *> prepdre dans sa société ( où le» nouvelles de la u bonne compagnie parviennent tard) qu'il étoit »avéréque la marquise de Bervilleavoitpris pour » amant lecomte deXerny, et que ce fait lui avoit •> ét^ confirmé par douze ou quinze personnes. ■> On fut enchanté de savoir que cette beauté si •> fière, ce collet monté , cité sans cesse comme » le modèle de la perfection , se fût enfin fut-, » manisé. On ne se lassa point de répéter c^e » calomnie avec beaucoup d'embellissement :
» elle arriva enfin dam le grand monde, où elle » fut d'abord repoussée , mais ensui te à peu-près » reçue , parce qu'elle fut racontée de toutes » parts.
a II est dignfi d'observation que tous les maux » qui arrivent dans le monde, vieanent presque » toujours de$ plu3 bas <Hagiw de la société, et » inèfneceagrand»b<>4levers^a«iMquiétoai^at
,i,z;i:,.,Googlf
a4o l'Es ATHÉES COITSéQUCHS,
a l'uaivers, et qui, en géndral, commencent u par des révoltes et des émeutes parmi le peu- B pie; de même les histoires mensongères et » scandaleuses , les calomnies atroces et dé- » pourvues de toute vraisemblance sont com- B munément débitées d'abord par des valets » méconiens , dans des tavernes et des cabarets u d'où elles passent dans les cafés , de-li dans » la mauvaise compagnie composée de joueurs, » de libertins , de femmes perdues qui re- » cueillent avec transport tout ce qui peut » noircir les personnes qui -ont conservé une a bonne répuution; des libelles consacrant ces » noires inventions, et mille voix s'élevant A la » fois pour le? propager , elles parviennent en- » fin dans les cercles du grand monde de la » cour et de la ville , et U , quand' elles ne ■> persuadent pas entièrement , elles répandent » au moins des préventions injustes et des sonp- » çons injurieux* J'avois prévu toutes ces choses, » et cet essai de Tengeance me procura la joie ■ infernale d'avoir porté une atteinte funeste à » la réputation de mon innocente, belle-sœur. » Ces bruits que j'avois répandus ne parvinrent a point aux oreilles de mon frère, car, partine a convention tacite, on n'instruit point un mari, a totalement abusé , des <^aremens vrais on stip-
3,a,l,zt!dbvG00gIf
LES ATHÉES COHSÉQVENS. 2^1
» posées de sa femme ; les hommes les plus mé- » chans ne se permettent que d'aggraver ses » doutes , s'il en a , et s'il les communique.
» Cependant, ce que j'avoîs dit h mou frère ji ï'inquiëtoit un peu , car il comptoit sur moi u comme sur lui-même; il laissa passer deux » mois, ensuite il m'interrogea de nouveau et » assez vivement : je lui répondis que ma con- » fiance, sans réserve en lui , m'avoit fait parler u imprudemment et trop tôt ; que je ■ n'avois » encore aucune certitude, mais que je m'ex- » pliquerois franchement dans six semaines. Ce » dernier ^itretien augmenta son inquiétude ; » il voulut observer lui-même, chose à laquelle » il êtoit naturellement peu porté ; je m'aperçus » qu'il devenoit rêveur et qu'il examinoit ce » qui se passoit autour de lui; alors j'affectai » plus de sévérité que jamais avec ma belle-sœur » et un ton glacial avec le comte de Terny ; " mon frère en conclut qu'on m'avoit donné " qiuïlques préventions contre une liaison qui u lui avoit toujours paru si parfaitement iuno- » cente entre sa femjne et un homme marié, » d'une excellente réputation , et son ami ; cettç » amitié entre le comte et^mon frère passoit n dans le monde pour être intime , et an fond » ne l'étoit pas. Depuis long-temps y je m'étois
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l4S I^S ATHÉES .COnSBQUSNd.
u emparé exclusivemâtt de la confiance de mon » frère; il n'en «voit une entière qu'en moi » seul; il falloit, pour gagner sou amitié, la ra culiiver avec un soin extrême, lui montrer » un déroûment sans bornes , une confiance » sons réterre , et le besoin continuel de lui V commttniqoer toutes ses pensées ; il fàUoit u encore lui plaire , l'inte'cesser et l'amoser ■• dans ces entretiens particuliers multipliés k » l'infini; il ne trouvoit rien de tout cela dans 1 lé comte qui , arec beaucoï^ d'esprit et d'ins» » truction, ctoitnaturellemoDt grave, distrait, u incapable de petits soisa , et presque unique- >• ment occupe de sa femme , de ses études et » de ses affaires; ainsi ces deux amis s'estimoiient « mutuellnneAt, mais rien ne les rendoit né- » ceasaires l'un k l'autre, et leur liaison étoit » plutât une union de convenance qn'une véri'- » table amitié'
» Les observation» de mon fvère, faites sans " habitude en ee genre et arec précouapation, » augmentèrent son malaise intérieur {^ kvsque " les six semaines furent écoulées, il me de> » manda l'explication promise, que je remis au » siu-lendebiain ; en attepdaat je montcai une » très-vive agitation, et le lendemain, à la pointe » du jour, je partis en poste, en lui laissant kb
j,.,i,z<»i.vGoogIe
LES ATHÉES GOHSÉQlTBBBi 2^5
» billet qu'il reçut k son réveil , et qui disoit
seulement que )e ne pooTois me r^udre •> encore à lui parler; qus j'avois besoin de mé- » diter et de recueillir mes pensées j que je re- B Tieodroîs soos pen de temps, et qu'en alten- » dant, il m'adressât ses lettres à Inspruck, où » j'allois directement me rendre. Ce billet et
1 mon brusque de'part transformèrent tous se» a soupçons en une réritable jalousie, et d'au- » tant plo» qu'il m'avoit toujours vu le plus 1 grand admirateur de la. vertu de sa femme ; « car dans le temps où j'espérois' la séduire , je 1 mettais tous mes aoias à exalter la haute opi- 9 nîon qu'il avoit alors de sa conduite et de ses "- [principes; j'entretins VétM cruel où étoit son « âme par des lettres perfides remplies de mi-
saulrophie et de déclamatioQscontre les femmes « en général, et surtout contre le mariage. Je " parcourus quelques parties de l'Allemagne ,
> que je ue connoîssois pas , et parliculièrement » le Tyrol. Mon fràre, toujours fort inquiet et
> devenu très-nsalbeureuz , ne put supporter
1 plus long-temps cetto situation , et, voulant
> s'éclaircir avant mon retour, il se décida à '.Étire une demi-confidenceauprésidentde***, * un de sssamis, qui, allant beaucoup dans le 4 monde , pourroit lui dire quelle étoit l'espèce
DiailizodbvGoOgle
344 t.BS ATHÉES CONSÉQUEflS.
» d'histoire qu'on y faisoU circuler sur sa » femme. Le président éloit ud de ces gens » qui se sont lait un principe de ne jamais » commencer une méchanceté, mais qui, ]ors- » qu'elle est ébauchée, trouvent un grand plaisir » à la completter; mon frère lui parla donc de » l'histoire que l'on débitoit; le président lut >i avoua que l'on croyoit généralement dans le » monde , que la marquise de Berville et le » comte de Terny avoient l'un pour l'autre , » depuis long-temps, une grande passion ; que u Mad. de Terny, qui l'avoit découvert par une » lettre interceptée , en étoît devenue la confî- » dente, afin de gagner et même d'encbatner » l'amitié de ma helle-sœur et de se rétablir u dans le mondç , qu'ainsi elle avoit eu un » grand intérêt à garderie secret, mais que les » propos d'une femme de chambre , impru- » demment renvoyée , avôient tout-à-coup dé- » voilé ce mystère. Mon frère se rappella qu'en » effet la femme de chambre , favorite d'Ade- ^ » line, éioit sortie de la maison pendant son » séjour dans les pays étrangers , et les cou- » ches d'Adeline , mais il ne pût se persuader ^ '•) que l'intrigue datât d'aussi loin. Le président, u sans l'affirmer , disoit-il , protesta qu'on le u disoit ainsi dans le monde ; qu'on assuroitque
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LES ATHÉKS COWSÉQtJEHS. 24^
« cette passion avoit commencé dès-lors.; qa'on
I ne l'avoit pas su plus tôt , parce que la femme j de chambre s'étoit retirée en province, mais « que, dans un voyage fait k Paris, elle avoit tout •> révélé. Mon frère , la mort dans le cœur ,
II dit néanmoins au président qu'il necroyoit pas « un mot de cette fable calpmiiieuse ; mais le
* coup étoit porté, et, de ce moment, il ne » -vit plus dans Adeline qu'une femme hypo-
* crite et parjure qui le trompoit depuis dix ans. » Je le trouvai dans cette disposition quand je u revins à Paris; sa conversation avec le président, me dispensa de lui apprendre ce que » j'avois inventé eo grande partie; et lorsqu'il » me eonâa tout- ce qu'on lui avoit dit, j'ad- » mirai le hasard qui rappeloit, an bout de
* tant d'années, la retraite de nette femme de » chambre (dont le motif étoit si mal connu), o et qui ^isoit servir cet incident à rendre plus i> suspecte la conduite irréprochable d'Âdeltne. « Je pris o(x:asion de celte circonstance pour " blasphémer intérieurement contre la Provi- » dence divine. Ah ! l'impie la mcconnoît , " parce qu'elle est impénétrable dans ses des^ » seins ! mais taudis que je la niois avec toute u l'effronterie de l'athéisme, Adeline s'y coua fioit avec toute la ferveur et là résignation de
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946 LES ATKÉfiS COMfiÉQUESS.
» la piété, et Dieu, qui veillojtsqrelle, loi préu paroit uQ triomphe écUtapt. J 'exhortai mon » £rére à dissimuler jusqu'à ce qu'il eût acquis n des preuves certaines; je me chargeai du-soin » de les découvrir, en lut promettant solenuel- >> lement de chercher à retrouver les traces de » celte femme de chambre qui pouvott nous » donner de ai grandes lumières. Il me trouva u tant de xèle pour son honneur , tant d'attau chement pour lui, que son affection pour moi u en redoubla. Cependant Adeline avoil trop » d'esprit et de pénétratiou pour ne pas s'aper- » cevoir du trouble et du refroidisGeraent de son » mari ; mais cette agitation s'ëtaul manifestée n surtout pendant que j'étois dans le Tyrol , cl a le {M'aident, qui n'avoit jamais aimé Adetine, » G* étant vanté de son entretien avec mon frère, I) tout lui fut attribué et je ne fus soupçonne de » rien. Plusieurs rapports apprirent confusén ment à Adeline qu'on raccusott , sinon d'une » intrigue coupable, au moins d'un sentiment n illégitime pour le comte de Tei-ny. Cette ao •• eusation lui parut si absurde et si ridicule » qu'elle ne changea rien à sa conduite avec le » comte, mais elle demanda k son mari une » explication; il la refusa sèchement d'un ton u positif; il lui fut impossible de l'obtenir dans
DiailizodbvGoOgle
i:.ES 1THÉE8 CODTSâQDBNS. Î^J
» aacna mtnneDt. Je Es encore quelques tenta- » tives auprès d'elle, je reprendis de l'espoir, et " yéumenfSDvaa^é, en la-voyanthumiliée et déjà » un peadéclraede dettehaâtécoosidiérationdont » elle avoit joui dans lasixneté. Comme ] 'avois mis a un très-long intervaHe dans mes poursuites ^ » cet ^ardj elle crut quej'avoisprismoo parti; » sans me rendre sa confiance , ' elle ne- chérit cboit plus à m'cvtter; je trouvai donc le moyen » d'avoir avec elle téte-à-téte une assez longue » conversation; je lui dis tout ce que l'amour » peut inspirer de véhément, de passionné , de » menaçant; Adeline conserva toujours, en » m'^outant, son imperturbable tranquillité; » ensuite pour la première fois , elle me repoli- » dit : Vos sentiméns, me dit^Ue , votre £aus- » seté, votre pei-veriite, me font horreur ! j'ab- » horre et je mi^prise paiement votre condnite, » vos discours et votre caractère; je vous plains » d'être parvenu à cet inconcevable d^ré de n corruption; je vous pai-donne des menaces » qui ne peuvent exciter en moi que là dédain » le plus profond, mais je vous défende de fe-^ » nouvder jamais cet ecdcntble entretien. En > prononçant- ces molA avec cette autbrité ma- » jestueuse que donne la vertu , elle se leva , et
a48 LES ATHÉES CDNSÉQUEHS.
» saiis précipiter sa marche et sans me regar- » der, elJe sortit du salon ; j'avoi» déjà souvent n ressenti de violais mouvemens de colère et de V fureur, mais celui que j'éprouvai dans cet j» instant les surpassa tous ; il ne resta plus dan» » mon âme qu'un désir forcené de vengeance :
» Quoi ? me disois-je, voilà tout ce que j'ai u constamment recueilli de tant de soins, de » persévérance , d'artifices et de profondes dis- » simulations! elle m'along-tempsdéjoué, dé- - » concerté, sans le vouloir, seulement par cet » incompréhensible empire que la nature lui u a donné sur moi ! et lorsque j'ai osé lui dé- B clarer mes sentim^is, je n'ai ex.cité eu elle ni » trouble, ni crainte, ni pitié; rien n'apn la » sortir deson insultante trauqnillîié; moi qui » ai séduit ou désespéré tant de femmes , je n'ai' » pu obtenir de celle-ci que les marques » d'un insouciant oubli ou d'une dédaigneuse s indignation ! elle ne nie fait même pas l'hon- » neur de me redouter ou de me haïr!,... Non, :d je ne puis supporter cet opprobre et des hu-
» miliations si multipliées i e sais aè/ect, je
a suis exécrable à ses yeux !.... Ah ! je saurai » à mon tour rabaisser cet orgueil jusqu'ici inr domptable ! je lui (erai connoître une partie
j,.,i,z<»i.vCoogIe
LES ATHÉES CONSÉQUEKS. *" S49
S des tourmens qu'elle m'a fait souffrir ; je ne V désire plus que sa haine, et cette ambition du » moins ne sera pas déçue !.,..
» Possédé de cette idëe , j'allai chercher dansu -la province cette ancienne femme de chambre • » d'Adeline, que je voulois rendre complice » des nouveaux crimes que je médilois : toutes » mes recherches furent inutiles; elle avoit quitté » son premier établissement en emmenant la » jeune Euphémie qui , m'avoit-elle mandé , » étoit morte en route; personne ne savoit le a nom du lieu qu'elle habitoit : toutcequej'ap- » pris de nouveau, fut qu'elle avoit épousé un » musicien , dont le nom allemand me fut dit si » diversement et si mal , que je ne pas même le » retenir. Je me bornai , en atlendant mieux , » à entretenir mon frère dans sa jalousie et k • a l'exhorter à la patience , en l'assurât que » j'avois des moyens, certains de tout découvrir, u Je cherchai vainement, par de nouvelles inu trigues mystérieuses , à me distraire de la pas- » «ton , de la haine et des remords involontaires » qui bouleversoicnt mon âme : je me consou lois quelquefois en voylnt qu'au moins j'étois » pai-venu h répandre un nuage de tristesse dans u l'intérieur de la famille; ma belle-sœur étoit u toujours calme , mais on découvroit en elle un
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SSo LES ATHÉBS COUtSÉQUElIS.
» fend de mélaocolie, «t Mlle de Liiunges étoit » devenue rêveuse : je souffrots moi-mâine du » malquejecausois; jenem'ennuytâspoistdaiu u notre intérieur, car l'activité dévorante de la » malTeillancectd'un ressentimeot implacable, » préserve de l'ennui ; mais la curiosité, qui par- » fois rànimoit la physionomie de MUede Linan» » ges, m'inquiétoit; l'air sombre de mon frère le a faisoit jmroitre stupide et ridicule à mes yeux ; » ses entretiens me faiiguMent ; et l'idée qu'Àde- » line me méprisoit et me bravoil, me rendoit »sa présence insupportable. Je voyois arriver » avec plaisir le moment de pardr pour mon ré-' » giment; carjenedemandoiâplusdecongés^je » ne trouToîs lit que des gens qui ne me connoisw soient point , èic'est toujours un bonheur pour » l'être corrompu qui est forcéde vivre habituel" » Imient avec des personnes qui ont dévoilé le >• fond de son caractère , ou qui se défient de » lui. Après deux ans écoulés dans cet état de .» iSEïplexiié et d'angoisses, un événement très- » imprévu réalisa toutes mes espérances de vfflo- " geànce.
» Sur la fin du carême , les papiers publics » annoncèrent, comme une espèce de prodige , »' le début d'une jeune artiste dans sa treizième «année, et nommée Id(»Iie, qui devoit chanter
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LES ATHÉES CONSÉQQERS. aSl
a iboessamment au coiuert spiritud : comme on » vantoit ea même temps sa miraculeuse beauté, » l'eus la curiosité de la voir et de l'entendre : «j'a]lai à ce concert; et lorsque la jeune làa^ M lie parut, je trouvai qu'on n'avoit rien exa- » géré : elle chanta, elles premiers sons de sa voix N me firent tressainirijecroyolseutendremabeUe's sœur ! .... Alors je la regardai avec beaucoup » d'attention ; et quoiqu'elle n'eût pas une re^ » semblance marquée avec Âdeline, on trouvoit » néanmoins qiielques rapports entre ces deux s beaux visages , et surtout dans les mouvemens
» de leurs physionomies Mille idées confuses
» vinrent en foule s'offrir à mon imagination : }% » devinai à peb prés la vérité ; et voulant en ac- 1 quérir la certitude, je quittai la salle pour a aller épier la sortie d'Idalie , qui me fut » annoncée par les applaudissemens redoublés •> et pleins d'enthousiasme qui firent retentir la n salle, lorsqu'elle fit ses révérences d'adieux. » Je me précipitai ver» le haut de l'escaTier avec » beaucoup d'autres personnes , qui vouloient M la voir de prés; elle passa à côté de moi; elle a étoit conduite par une femme que je ne con- •> noiasois pas : mes voisins me dirent que ce B n'étoit pas sa mère ; que cette dernière s'appe- » lott'Mad.Çlavel, et qu'en deuil de son mari,
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a5a LBS ATHJËES COnsÉQUERS.
u elle ne se montroit poiat en public. Je smv!« » Idalie jusqu'à la voiture, où elle monta avec V sa compagne, et je chargeai mou coureur (l'es- » corier ce fiacre jusqu'à leur maison. De cette » manière, bien informé de leur adresse, je me » transportai le lendemain matin k leur Ic^eu ment; je montai Ux)is étages, ensuite je sonnai, » une servante accourut; après s'être Informée » de mon nom , que je me gardai bien de dire , » elle me pria d'attendre un moment, etellealla » savoir si sa maîtresse vouloit recevoir JH. Vu- » tillet; au bout de quelques minutes, elle re- » vint, et je fus introduit sous ce faux nom : àw peine eus- je jeté les yeux sur \i prétendue » Mad. de Oavel, que je reconnus \ l'instant » Aosine^la femme de chambre, ma complice; » ma vue l'épouvanta, mais je la rassurai, en lui » représentantque mon propre intérêt luigaraa- » tissoit la sûreté du secret; et qu'ayant eu des » soupçons sur la réalité de la mortd'Euphémie » (qu'elle appeloit Idalie) , le seul motif de ma » visite étoit de lui faire sentir l'imporlance d'un » tel mystère. Elle me répondit que tout ce » qu'elle avoit fait , tendoit surtout à le rendre » impénétrable; j'en convins, et nous entrâmes » amicalement en conversation. Elle me conta » que le musicien, son mari, qui au vrai étoit
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I^ ATffÉES conséQUBNâ. ^55
» Allemand, etquis'appeloitScalken, avait fait » de grandes spéculations sur les dispositions » musicales de la jeune Ëuphémie ; qu'il l'avoit y fait consentir à quitter la ville où elle étoît éta- »blie, à changer son nom, afin de pouvoir, » dans quelques années, la produire à Paris ■>! comme chanteuse , ^ns y être reconnue par » ceux qui la lui avoient conB^e, qui peut'étre » ne voudroient pas qu'elle pnt l'ëtat d'artiste ; » elle ajouta que son mari étoit mort deux mois , » avant l'époque qu'il avoit fixée pour aller s'é- » tahlir à Paris , et qu'alors elle s'étoil décidée h » réaliser le prc^et de mettre à profit les talens ■ d'Idalie{c'étoit, comme je l'ai dit, le nouveau rniom qu'on lui avoitdonnéàl'âgedeseptans), » Après ce récit , je pris un ton plus sévère pour " déclarer à Rosine que je savois qu'on devoit » faire débuter Idalie ii l'Opéra ; que je ne le » souffrirois point , et que je voulois la reprendre » pour la faire élever convenablement dans un a couvent." A ces mois , Rosine se récria avec vé- » hémence ; je la fis taire en la menaçant d'une >> lettre de cachet,eten lui promettant unesomme » d'argent comptant, et de doubler sa pension, » i!i condition qu'elle iroit vivre dans une pro- » vince éloignée : elle pleura , se radoucit etcon- -" sentit h tout. Enfin , j'exigeai un icrit de Ro-
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3^4 I*^ ATB^BS COB8ÉQUBIT3.
usine, de sa main et signé par elle, par lequel u elle reconpoissoit que )'avoissurIdalie(oommée » dans sa première eniance Ëuphémie) tous les «droits de tuteur et de prolecteur j qu'elle » n'en avoit aucuns^ et qu'elle n'étoit ni sa mère » ni sa parente. '
» Je lui donnai cent louis, et «lie écrivit, sous » mes yeux, cette déctaration ; je lui permis de » faire chanter encore une fois Idalie au cencert ,» spàrituel, et il fut convenu qu'elle la remetn troit entre mes mains, le lendemain du con- » cert. Ensuite ye voulus voir de près Idalie, on » la fit appeler , elle vint anaeitât. Malgré le » désir que j'avois de rezaminer à mon aise , sa » vue me causa d'abord un peu d'émoùon , car w la haine que j'irvois pour Adc^ne étoit un n seatiment indéfinissable qui a'unissoit sans » cesse mix impressions et h tout le trouble que » l'amour peut causer. En re^nlant attentive- » ment EUiphémie, je fus beaucoup mcuns frapa pë de sa ressemblance avec Adeliae; on lui » avoit déjà donné -tout' les artifices de là co- » quetterie boni^^ise ; elle n'avoit aucune in- » génaité; son regard, loin de peindre l'inno- » o*nce , n'exprimoit qiM l'assuTance «t le désir » de plure ; il éioit si différent de cd-ni d'Âde- -u line ^e leurs yeux, queiqu'à peu près «em-
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LES «THÉss consiqUEss. aSÛ
n blables par la forme et par la couleur , ne se » ressembloient nullement ! il y avoit déjà dans » le mainlien d'Euphémie quelque chose de li- »bre, de hardi, qui lui ôtoit toute la grâce de » Tadolescence , d'ailleurs son langage étoit vut » gaire et souvent même ignoble; eUe aSectoit B une gaîte qui manquait Clément de bon vgoût, de chaiioe et de naturel,' elle étoit en >> efEet d'une heanté régulière, éblouissante et M parfaite, mai» on découTrait facilement en ■> elle tous les germes de la corruption ; je ne u pouvoism'empécherdelacompareriiAddine, u et elle me déplat> Je n'avois gagné à la, pas* u sion mitlheareuse qui me dévoroit que' de u trouver un attrait îrréàstiblc ii tout ce qui anu nonçôit Tinnocence et la vertu ; j'avois beau. » me révoltercOBtre cette impressionquin'étoit, u âmes yeux, qu'une bizarretie, une lon^e » contempbticui de l'objet qire j'avois placé >< au-desms de tontes les personnes de son 8eze> « rendoit sut) ce peiiu. tous mes efforts inutiles; » je haïsBois la vertu qui combattît teas mes » pendlaas,- mais j'adoDois son ima^. J« n'en » pourtuivia pas moîiâ mon adfreuK projet de M vengeance; je quittai RoMnCr eithii promet- * tant de nouveaxiE bienfaits., ai«!tie:»iHwiitt«U' •• jours «XitctementnieseonMils; «lie y tvottToit
J.,r,l,z<»i..,GpOgIf
a 56 LES ATHÉES CONSÉQUEfla.
» son intérêt, puisque cet arrangement assuroit » il îamais l'aisanée et la tranquillité du reste de » sa vie, et que d'ailleurs elle craignoit monel- » lement mon caractère, mes menaces et mes" u ressentimens. Nous nous séparâmes, après V avoir passé trois heures ensemble. J'appris » avec étonnement , et par hasard , dans cette » longue conversation, qu'Idahe chanteroit , à » Son prochain concert , rhjrmne du Pèlerin.
» Je demandai à Rosine comment elle avoit pu » se procurer ce morceau de musique , qui n'a- » voit jamais été gravé ? elle me répondit que, u chaînée jadis de toute la musique d'Âdeline , •» elle avoit mis dans une armoire, qui tcnoit u beaucoup d'autres choses, plusieurs copies de » cet hymne , et qu'en s'en allant , elle en avoit » emporté une par mégarde, et que depuis le » musicien qui avoit donné des leçons à Idalie , » ayant admiré cette espèce d'oratorio , l'avoît » fait chanter à Idalie, en disant que rien ne q convenoit mieux à sa belle voix. Je me promis » intérieurement de profiter de cette singulière » circonstance ; je fis ^engager ma beUe-sœur u à aller au concert d'Idalie : elle loua une lo> » ge , et s'y rendit avec une de ses amies ; nous y » allâmes aussi mon frère et moi , mais dans tme u autre logeplace'eenfacedecelled'Adeline. Les
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LES ATHÉES OONSÉQUEMS. 2Sj
•> spectateurs en apercevant la jeune Idalie , i> Vapplaudii-ent avec des- transports unanimes, " et mon frère lit une esclamation de, surprise >■ lorsqu'il l'entendit commencer Yhj-mne du » Pelerinj j'affectai de mon côté le plus grand " étonnement , et quand elle eut fini , je dis h » monfrère que j'alloissui^le-champsavoir d'elle » comment elleavoit pu se procurer cette espèce i> A'oratorio. Je sortis de la loge et je volai dans » l'orchestre ; j'interrogeai Idalie qui me répouu dit, comme jel'avois prévu, qu'elle chantoit » ce morceau de musique depuis sa première » enfance. Je retournai auprès de mon frère , «qui ne ponvoit concevoir cet incident; j' éclair-^ » cirai ce mystère , lui dis-je , car il me rappelle • >t d'étranges idées et m'en lait naître beaucoup M d'autres; jecrois que nous allons découvrir un V épouTdntalile secret ; je saurai à quoi m'en » tenir, sous deux jours, etsui;-le-cliamp jevous » instruirai de tout. Ce fut ainsi que je préparai » la plus horrible calomnie que la haine et la «.vengeance aient jamaisinventée!
u Dès le soir même, je trouvai le moyen de u diretQutbasà Adeline que j'avois la plusim- >> portante révélation à lui faire , que je lui de- » mandoîs , pour le lendemain matin , un en- « U-etien particulier d'un quart d'heure ; je me ^ 17
s 58 LB9 ATHJâES COSSÉQUEUS.
» pressai d'ajouter ^e ce secret , que je ne pou- » vois confier qu'à elle, ne se rapportoit qu'à u Cléophas. Ce mot fut tout-puissant; le rendez- » vous fut aussitôt dûnné pour les dix heures » du matin. On pense bien que je fus exact à H m'y rendre. Je la trouvai seule, et, pour la •» première fois , je remarquai en elle du trouble ■> et de l'agitation. De quoi s'agit-il , me dit-elle B vivement, aussitôt qu'elle m'apecçut? — Du » plusimportantde tous les secrets, repondis-je, u d'un secret auquel l'existence entière de Cléo- » phas est aLtacii^; mats j'ex^serois la mienne » en vous le révélant : il me faut la sûreté par- » faite d'une inviolable discrétion. — "Pourvu » que ces sûretés ne soient pas déshonorantes, B je les donnerai toutes. Elle prononça ces pa- » rolés avec tant de fermeté , qu'il étoit facile u de connoître que la curiosité maternelle et » l'intérêt ménw le plus pi^ssaut de Cléophas n ne lui feroient rieu faire contre son devoir. . » — C'est le repentir, lui dis-je, qui va vous » parler : un tel sentiment ne peut rien exiger » de honteux ou de crimind. Cette phrase aug- » menta la mortelle inquiétude d'Adeline ; elle a leva les yeux au Ciel , et , après un moment de » réfl^ion : Pourrei-vous , dit-elle , me donner t.des preuves irrécusables de tout, ce que vous
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LES ATHlbs OfiBSÉQUEBS. sSg
i> ailes me d^ouvrir? — Ooi.'eiles.preuveslea , » plus ëvidentes et les plus formelles. -^ Et u quand je saurai cet important, ce redoutable K secret; pourrai-je être utile h Gldophae? -^ >• Oui, éminemment utile, et à un autre objet » digne de tout votre attachement. ( Elle ima- » gina que je désignois son mari ). -^ Eh bien ! » répliqua-t-elle , quelles sûretés demandez- » vous?.... — A' ces mots, je tirai de ma poche » un livre d'évangile. Mettez-vous à genoux, lui » dis>je , et jurex-moi , la main étendue sur ce M livre sacré, que vous ne communiquerez à » qui que ceaoitau monde, sanaaucune excepu tion, le secret important et terrible que je • » vais vous- confier. Cette proposition parut » d'aboi'd l'épouvanter ; elle fit quelques objec- » tiens , que j'interrompis en me levant et en ,a disant : Adieu! Aussitôt elle, s'élança pour ^ me retenir , et je fus à la fois attendri et bau- » leversé , en sentant cette main si pure me saisir
» le bras pour m'emp^cher de m'éloigner!
» Songez, repris-je, que, si vous ne profitez fc pas de cet instant de, repentir et de remords , >' vous ne le retrouverez jamajs. Elle me'de- » manda , les mains jointes , un délai d'un jour ■• pour faire ses réflexions. Je compris que^ « n'ayant point encore prononcé de serment , ' ^7- ,
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idO LES ATHÉE» CONSÉQOERS.
» elle vouloitconsultersa tante ; jefus inflexible, » et je répondis seulement : jé présent ou ja- » mdW .' Emportée parle plus tendre sentiment "de son cœur, par sa vive affection pour l'en- » fant qu'elle croycHt le sien , Adeline tombe à « genoux. Je lui présente le livre ouvert des » évangiles, j'exige qu'elle appuie sur les pages » sa main déployée et tremblante ; et , lui dic- » tant le serment le plus fort et le plus éner- » gique, je lui en fais répéter distinctement » toutes les paroles. Cela fait, je l'oblige à écrire » de sa main lé même serment et à le signer. Je » m'empare de ce papier, que je mis sur-le- » cbamp dans mou portefeuille et dans ma »' poche. mon Dieu! s'écria Adeline, en se » jetant dans un fauteuil, que vais-je apprendre! n Ses pleurs lui coupèrent la parole. Je ne les » vis pascoiiler sans émotion, et je fus tenté de » l'instriiirede tout, seulement pour l'éclairer » et non pour la perdre. Tout à coup je me «précipitai à ses pieds; elle s'effraya, voulut » fuir; je la retins en m'écriant : C'est le reu mords qui me conduit è vos genoux ! ne me n repoussez point, écoutez-moi , pardonnez- »-moi !... Je pailoisdans cet instant avec sincé- » rilé; mon visage étoit couvert de larmes :
B j'étois si transporté, si heureux, de me trou-
j,=,i,z<»i.vGoogk'
LB5 ATHÉES 00NSEQUEH9. 36l
n ver à ses pieds sans luicauser de colère! car sa » douce physionomie u'exprimoit quel'ioquic- » tude et Vattendrissemeat. Parlez , dit-elle , » parlez j et soyez sûr d'obtenir le pardon- guie o vous demandez. — Hélas! je vais vous percer ■
• le cœur! — Ah! que vous m'alarmez ! Dans
ce moment, nous entendîmes du bruit ; je me » relevai précipitamment , et je l'engageai à
> passer sur une terrasse , sur laquelle donnoit
1 son appartement, et dont la. porte était oua verte; elle y consentit. Ce mystère et cet air
> d'intelligence entre nous me causoimt un ra-
> vissement inexprimable. Unvalet de chambre
> vint annoncer M. de Linanges , son père. J'ai
• déj^ dit <pi'it avoit la vue très-basse ; ainsi il ne ,
> remarqua ni le trouble d'Àdeliue ni le mien, r Je fis quelques pas pour sortir ; Adeline
> courut après moi , en me disant à voix basse : a Revenez ce soir h sept heures. EUe savoit que » son. mari et^Mlle de Linanges ëtoient engagea
• pour toute la soirée.' J'étais hor^ de moi , en a l'entendant me donner mystérieusement un o rendez-vous. Je né songeois point au motif de •> cette singularité ; et cette vois , jusqu'alors si •> sévère^ qui me raj^loit pour m'inviter tout » bas. à revenir, produisoit sur mes sens et sur » moa imaginatioa tm effet inconcevable etvé-
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a62 lES ATHÉES CONSâQUBITS.
n rilablement magique. Ëq la quittant, j'allai » m'enfenner dans mon cabinet. Je ne pouvois u plus démjéler mes sentimens de mes impre»p sions; jenesaTois plus si je la haïssois mortel- » lement, ou si je l'adorois ennore ; si je voûlois > me venger, la perdre, ou si j'avots le fol es- » poir de gagner son cœur ou seulement d'usur- » pet sa confiance , et de ne la tromper que pour » conquérirsonestimeoudumoinssaplustendre » compassion, nfalloit, pour cela, composer un k roman avec un fond, de vérité , puisque j'avois » annoncé que le destin de CléofJias dépendoit » de ce que j'allois révéler ; mais il falloit aussi u me donner un râle intéressant , et j'inventai » successivement k cet égard mille fictions ro- » manesques. La joiuruée s'écoula dans ces t&- » veries extravagantes.
D Â l'heure indiquée , ma voiture entroitsous ■» la voûtede l'hôtel de Berville. Je m'élance sur » l'escalier; un valet de chambre me guettoit> » et passe devant moi pour m'introduira. J'éatre » dans l'appartement; je.croyois trouver Ade- ■> line, comme le matin, dans le salon; elle n'y » étoit point. Nous traversonscettelonguepièce h ftt ensuite un petit antichambre et un cdi-- » ridor de dégagement, où je n'avois jamais » passé. Tout ce mystère augmeutoit tellement
J.,r,l,z<»i:,.,G00gIf