CHAPITRE III
L'attitude relevée peut exceptionnellement ne pas produire de renforcement des bruits pathologiques du cœur quoique le pouls se soit accéléré ou ralenti.
Jusqu'à présent, nous avons admis avec tous les ailleurs que l'intensité des bruits pathologiques s'accroît à mesure que le malade passe de la station debout à la position couchée. Gowers lui-même, pour preuve, nous a montré que c'est à peu près , au moment où le corps fait avec l'horizon un angle de 45» qu'un bruit imperceptible debout devenait sensible. Et cependant Bùchner rapporte le fait contradictoir.3 suivant : « Un malade présentait, debout, un très fort souffle systolique à l'orifice aortique ; en position couchée, on ne l'entendait plus ou à peine Dès que la malade se remettait debout, le souffle reprenait son intensité première. »
Sydney Ringer dit aussi avoir observé un rétrécissement aortique et un rétrécissement mitral qui, en position assise, présentaient des bruits plus intenses qu'en position couchée. Ces faits sont très rares, dit-il, et n'infirment en rien la loi générale, ce qui l'amène à énoncer cette règle acceptée aussi par Guffer et dont l'inexactitude nous a été souvent démontrée : « L'intensité des bruits n'est pas accrue quand la fréquence du pouls n'est pas diminuée en position couchée, »
Sans parler des souffles d'aortite et de rétrécissement aortique léger, qui souvenl se sont montrés plus faibles
en attitude .relevée, nous avons nous-mêmc observé les tas cas suivants opposés à la loi commune:
Un malade du service de M. Lancereaux, à l'Hôlel-Dieu atteint d'insuffisance aorlique, présentait en position couchée un souffle diastolîque musical au foyer aortique. Dans l'attitude relevée complète le souffle perdit son timbre musical, il devint plus large, plus confus, mais • '(ait encore parfaitement caractéristique.
Dans le service de M. Constantin Paul, à la Charité, un malade atteint de troubles fonctionnels, oppression' pouls petit, rapportables à une lésion du cœur, avait des battements sourds, peu nets, en position couchée; En attitude relevée avec genoux plies et même complète, les bruits quoique plus distincts, plus net*, restèrent . tout aussi sourds, tout aussi faibles. On ne pouvait distinguer aucun souîfle ou bruit anormal. Le seul diagnostic qui s'imposait était celui de myocardite.
M. Fiigal lui même vil avec nous, le 21 avril 1892, au lit 5 bis de la salle Bouley à Necker, un malade S. J., âgé de 62 ans, peintre et alcoolique. Le malade avait des troubles clans son système circulatoire, et à l'auscultation en position couchée, ces bruits étaient très sourds ; mais rien d'anormal. En position horizontale ils restèrent encore sourds mais pourtant plus distincts: En attitude relevée avec genoux pliés, toujours même surdite des bruits qui étaient plus distincts niais aussi plus forts. On n'entendait aucun souffle. 11 s'agissait là aussi de myocardite chronique.
Ainsi il peut se faire que les bruits anormaux ou normaux ne soient pas plus forts en position couchée qu'en position assise ou debout, ils peuvent même être moins forts. Il en est de même de l'altitude relevée où des bruits peuvent être moins torts ou pas plus loris qu'en position couchée.
Mais^comme Sydney Ringer, nous dirons que ces ras
sont exceptionnellement rares, et qu'en règle générale: l'intensité des bruits normaux ou anormaux augmente quand on passe graduellement de la station debout à l'ai titude relevée.
Gela n'empêche qu'il faut tenir compte de ces faits rares, les expliquer si c'est possible, et en tirer parti.