‹ Les attitudes du corps comme méthode d'examen de diagnostic ety de pronostic dans les maladies du cœur [electronic resource]Chapitre 4 sur 29 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

EMPLOI DES ATTITUDES SUIVANT L'INTENSITÉ DES BRUITS ENTENDUS EN POSITION COUCHÉE.

Conditions qui rendent un diagnostic facile ou difficile. Interprétation et intensité des bruits pathologiques.

Conditions qui rendent un diagnostic facile ou difficile.

On pourrait croire d'après les avantages que nous avons reconnus à l'attitude relevée pour l'auscultation du cœur qu'elle doit sulfireavec le décubitus dorsal à résoudre facilement tous les diagnostics. Il n'en est rien. Après l'usage de ces deux altitudes, bien des diagnostics restent encore en suspens. A quoi cela peut-il tenir? Et les conditions diverses dans lesquelles se présentent les bruits anormaux du cœur, isolés ou compliqués entre eux ne peuvent-elles pas expliquer pourquoi un diagnostic es! difficile dans tel ou tel cas ?

Si nous considérons d'une façon schématique les conditions offertes à notre oreille par un bruit anormal en position couchée, position ordinaire de l'examen, nous voyons, les bruits du cœur étant bien perceptibles ou sourds, que :

A. On n'entend aucun bruit anormal.

B. Il semble n'exister qu'un bruit anormal.

1° 11 est assez faible pour qu'on ne puisse pas le déterminer nettement ;

2° 11 est bien perceptible, il n'est ni trop fort ni trop faible, ne se propage pas et reste bien localisé ;

3 II es| très tort, trop tort même; sou intensité faU

qu'il se propage partout et qu'on ne peut le localiser exactement.

C. Il existe deux ou plusieurs bruits anormaux à peu près au même temps du cœur.

1° lis sont assez faibles pour ne pas se couvrir ; leurs caractères restent bien distincts, de même que leur foyer;

u2" L'un d'eux est si fort qu'il est impossible ou très difficile de saisir les différences de timbre et de siège.

D. Quel que soit le nombre des bruits anormaux :

1° Les battements du cœur se font avec une lenteur telle qu'on peut distinctement percevoir tous les temps;

2° Les battements sont assez rapides pour qu'on ne puisse distinguer certains bruits anormaux confondus avec ceux qui les précèdent ou les suivent, ou bien localiser dans un temps de la révolution cardiaque un bruit qu'on perçoit suffisamment.

Toutes ces conditions différentes peuvent se combiner entre elles de façon à rendre le diagnostic plus facile ou pins difficile. Nous ne pouvons insister à ce sujet, les combinaisons étant infiniment multiples.

Ce que nous devons préciser avant tout clans ce tableau schématique, ce sont les cas où le diagnostic est facile et les cas où il est difficile. Les cas faciles sont ceux où, en position couchée, lesbruilssont isolés, assez foris, suffisamment lents, où le bruit anormal se détache bien sans propagation marquée vers les autres orifices.

Les cas difficiles sont causés : par la complexilé des bruits anormaux, par leui? trop grande faiblesse qui les rend peu ou pas perceptibles ; ou au contraire leur trop grande force qui les fail entendre au niveau des autres orifices, couvrani ainsi des bruits anormaux qui peuvent exister à ces autres orifices, au même temps ou à un temps voisin, ou faisant croire qu'il existe des lésions aux orifices réellement sains ; par la trop grande vitesse des batte ments cardiaques eu égard à ce que l'on doil entendre.

Nom diimn, une lois pour toutes, que ces difficultés d'auscultation en position couchée sont proportionnellement plus grandes et plus nombreues pour. les médecins peu exercés que pour ceux qui font des maladies du cœur leur occupation habituelle. Cependant d'une façon absolue elles n'en existent pas moins aussi pour ces derniers.

Interprétation et intensité des bruits pathologiques.

Ainsi, la complexité des bruits pathologiques et la trop grande rapidité des battements du cœur mises à part, les difficultés éprouvées par les médecins proviennent, soit de la faiblesse, soit de la trop grande force des bruits anormaux. Autrement dit, on ne fait pas de diagnostic paire qu'on entend peu ou pas, ou paire qu'on entend Irop, partout le môme bruit anormal. Dans le premier cas c'esl l'oreille qui est mise en défaut, dans le deuxième c'est l'interprétation. Et que l'on n'aille pas dire qu'on entend toujours assez, que la grosse affaire est l'interprétation, (l'est un non-sens. Et la preuve, c'est que toujours les médecins ont cherché à bien entendre soit en faisant courir les malades, soit en se servant de stéthoscopes renforçateurs. Il est des cas où on n'entend pas assez même pour se prononcer sur l'existence d'un bruit, et alors qu'a-t-on besoin d'interprétation ? Il est d'autres ras, il est vrai, où on n'entend que trop bien, où l'on voudrait même moins entendre ; dans ces cas c'est .1 -interprétation qui est tout. Et à propos de celle interprétation dont quelques médecins veulent se faire une arme contre toute innovation dans la façon d'examiner les malades, nous dirons une chose bien précise et bien évidente pour tout le monde, c'est que l'interprétation est en généra] d'autant moins difficile, que le bruit se localise mieux, se propage moins. Des bruits anormaux que

l'on perçoit bien de celle façon en position couchée, il est presque inutile de chercherà les modifier par l'attitude. Cela ne doit se faire en tout cas, et en attitude relevée, (pic si on veut s'assurer de la non-existence d'au 1res bruits.

Emploi des attitudes suivant l'intensité des bruits.

Mais quand les bruits anormaux sont trop faibles, ou que le cœur bat trop rapidement, celle attitude relevée est de toute nécessité puisque comme nous l'avons montré, elle renforce les bruits, les fait même apparaître et d'ordinaire ralentit le cœur.

Si, au contraire, les bruits anormaux sont trop forts en position couchée, si c'est à cause de leur propagation qu'il est difficile de décider de leur foyer d'origine, alors on ne se servira pas de l'attitude relevée, qui elle, ne fera que les renforcer et rendre le diagnostic plus pénible, mais bien plutôt de l'attitude assise, de la station debout, qui atténuent Pint'ensité dés bruits anormaux au point même de les faire disparaître parfois. Après avoir fait lever le malade, en le laissera au repos quelques minutes, puis on l'examinera en le taisant pencher un peu en arrière et sur le côté droit, pour éloigner le cœur de la paroi thoraciqué cl éviter ainsi, autant que possible, le bruit auriculo-metàlliquè. Pendaiil l'examen on fera élever quelquefois les bras verticalement, afin de saisir par l'inlensification ainsi produite sous l'oreille, les changements survenus à la nature des bruits anormaux.

On sera alors étonné des modifications considérables qui se son) produites dans les bruits pathologiques du

cœur. Celui qu'on entendait en position douchée esl souvenl encore très fort, mais il s'est cependant assez atténué pour que son foyer maximum soit facilement déterminé: Et a cet égard nous allons rapporter 'l'observation suivante :

Un malade, âgé de 29 ans, est couché au lit <J de la salle des hommes, à l'hôpital Andral, le 12 mai 1892. Tous les diagnostics avaient été portés. Avant d'entrer à Andral on avait fait de sa lésion dans un autre hôpital un rétrécissement el une insuffisance mi traie. A Andral, les uns avaient porté le diagnostic d'insuffisance mi traie avec insuffisance aorlique, les autres de rétrécissement pulmonaire.

En position couchée, seule position où on l'avait examiné, on entendait à la pointe un souffle intense couvrant tout le 1er temps, très soufflant, s'entendant avec rudesse au niveau de la pulmonaire où il semblait réellement prendre naissance. 11 était moins fort au niveau du foyer aorlique. Le 2° temps était nettement dédoublé avec maximum à la pulmonaire. Notre diagnostic penchait pour le rétrécissement pulmonaire. En attitude relevée, le souffle du 1er temps devint énorme; il soufflait très fort à la pointe, était devenu râpeux à la pulmonaire; à l'aorte, il s'était un peu intensifié, sans permettre cependant de croire à une insuffisance aorlique. Le 2° temps restait dédoublé, le diagnostic de rétrécissement pulmonaire semblait donc s'imposer de plus en plus.

En station debout, après 2 à 3 minutes de repos, il ne s'agissait plus de rétrécissement pulmonaire. On ne pouvait plus hésiter, il n'y avait qu'une double lésion milrale. A la pointe, on entendait un souffle devenu deux fois moins fort; ce souffle avait un renforcement syslolique el sa propagation se faisait faiblement à la pulmonaire, el encore plus faiblement à l'aorte. Le 2e temps elail toujours dédoublé. Pour contrôler notre diagnostic, nous n'avons pas eu d'autopsie. Mais l'examen fait avant l'entrée du malade à Andral, et à une époque où la lésion était moins bruyante, ayant conduit au diagnostic que nous avons porté doit lui donner toute vraisemblance.

Ainsi, il rie suffit pas d'examiner un malade en position couchée pour établir un bon diagnostic, il faut, comme le conseillent nos maîtres, comme vient de le montrer Gerhard pour l'insuffisance des valvules pulmonaires, varier les attitudes afin de voir comment se comportenl les bruits anormaux entendus.

Mais s'il est nécessaire de taire varier l'attitude, il ne l'est pas moins de savoir celle qui conviendra le mieux,

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qui facilitera le pluste diagnostic. On ne doit pas employer, en un moi, là variation d'attitude saris discèrnemejit.

Après, ce que nous avons dit de l'influence des diverses attitudes, en général, sur l'intensité des bruits normaux et anormaux du cœur, et sur la fréquence des battements cardiaques, il nous sera facile de résumer leur indication suivant les cas.

L'attitude couchée doit suffire quand on entend bien les bruits anormaux, eu égard à l'intensité et à la rapidité ; quand il n'y a pas la moindre hésitation sur l'existence des bruits pathologiques, leur nature, leur siège.

L'attitude relevée doit être employée quand : Les bruits du cœur ne laissent rien entendre d'anormal alors qu'il existe des troubles fonctionnels d'origine cardiaque ;

Les bruits anormaux sont faibles, peu distincts, difficilement entendus par le plus grand nombre ;

Ils sont confondus avec d'autres bruits physiologiques ou non, par suite de la trop grande vitesse des battements cirdiaques;

On veut éprouver les orifices en apparence sains. S'ils

sont réellement sains en n'entend rien de pathologique

bien que les bruits soient intensifiés : s'ils sont malades

on perçoit à Jeu.- niveau un timbre anormal, qui met en

doute lintegntecle l'orifice ou permet d'établir sûrement sa lésion.

L'attitflde assise ou debout, are, lés bra* élevés ou non

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■ "'! '^Propagent partout ne permettant pas

de dlafostlc Pr « de siège, ni de distinction des bruits

se produisant au même temps.

Ces indications ne suffisent pas encore ; elles ne peumaintenant les diverses modalités imprimées aux bruits

normaux et pathologiques du cœur par les attitudes, il faudra les employer isolément ou combinées, suivant le cas et les différents points du diagnostic que l'on veut éclaircir, mais toujours en subordonnant leur usage à l'état du malade et à la possibilité de les pratiquer.

Et malgré tout il restera encore bien des cas insolubles et bien des erreurs à commettre.

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