SCÈNE PREMIÈRE
Quinze jours après.
Appartement (I'Hérénien — le même qu'au deuxième acte. La table de travail, chargée de papiers, est près de la fenêtre, où des carreaux sont cassés. Dans les rues, la foule va, vient, s'éloigne, s'approche, des groupes crient : « A bas le vendu ! — A mort, le traître ! A mort !... à bas ! »
CLAIRE
Voici le quinzième jour que cela dure ! La maison semble un bateau en détresse. Des rafales de clameurs et de colères l'assaillent. Oh î cette maudite aventure, là haut, sur l'Aventin ! Tomber d'un coup du pavois de l'enthousiasme, dans la disgrâce et dans la haine.
Haineau entre brusquement.
Toi, ici !
HAINEAU
Moi-même.
CLAIRE
Que veux-tu ?
HAINEAU
Tu ignores donc mon discours au Marché vieux?.. Je m'attendais à un meilleur accueil.
CLAIRE (désignant la chambre (I'Hérénien)
Comment, toi ! son adversaire et son ennemi !
Montrant la rue.
Toi qui attises ces cris et ces tempêtes !
HAINEAU
A cette heure, après ce qu'il doit savoir, Hérénien, m'agréerait mieux que toi, mon amie et ma sœur.
CLAIRE
Je ne comprends pas.
HAINEAU
Tu comprendras bientôt. En attendant, dis-moi quelle fut son humeur pendant ces jours de vaine et misérable colère.
Oh ne crois pas qu'il soit vaincu î II est resté superbement debout ; il mène à bien le plus hardi des projets : il réconciliera Oppidomagne avec Tennemi.
HAINEAU (désignant la rue)
Mais ces émeutes qui hurlaient à sa porte ?
CLAIRE
Les premiers temps, c'était dur. J'avais beau épouser ses furies, l'entourer de ma ferveur, le servir mieux que jamais : il ressassait ses rancunes, il s'excitait lui-même, il bondissait à la fenêtre, montrait le poing à la ville,
criait de rage, et des larmes sautaient de ses yeux. C'était, dans toute sa violence, le formidable enfant que tu connais,