‹ Les aubesChapitre 13 sur 25 · L'ÉMISSAIRE · texte numérisé non relu

L'ÉMISSAIRE

Mon frère répond qu'Oppidomagne se défend, que la révolte contre cet égorgement de peuples doit partir, non des vaincus, mais des vainqueurs. Et d'autres soldats survenus, attestent que les assiégeants sont las, que les désertions ne se comptent plus, que des rébellions éclatent, journalières, qu'il n'y a plus d'armée, qu'on sera forcé de lever le siège, si l'épouvantable épidémie qui décime les troupes continue. On veut l'union de toutes les détresses contre tous les pouvoirs.

Eh bien, qui donc, après une telle affirmation de solidarité humaine, oserait dire encore que la conscience demeure immobile.

Oh! ces premières confidences tremblantes, La nuit, parmi les dangers noirs

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Et les affres de guerre et de désespoir ;

Ces premières confessions de l'âme humaine,

Enfin lucide et triomphante,

Les étoiles sereines.

Là-haut, ont dû les entendre.

HAINEAU

Vraiment, je vous admire ! A la moindre lueur qui vous arrive par la fente d'une porte, vous concluez à la présence énorme du soleil. Depuis qu'Oppidomagne est bloquée, s'est-il passé un jour, un seul, sans que des pièges vous fussent tendus ? Qui vous garantit la sincérité de ces soldats? Qui vous dit qu'Oppidomagne ouvrira ses murs, même à des ennemis désarmés? En aveugle, vous croyez tout. La force qui vous anime est aussi folle qu'elle est ardente !

HÉRÉNIEN

C'est la seule vraie : être au service des circonstances, se tenir à la merci de l'immense espoir qui traverse, à cette heure, le monde !

HAINEAU

Vous croyez donc que lennemi abdiquerait la victoire et ferait une paix sans profit ?

HÉRÉNIEN

Vous raisonnez sans rien savoir. Les vagabonds et les paysans, qu'au début du siège on rejeta vers la campagne et qui vivent, Dieu sait comme, entre les assiégeants et nous, jour -par jour, m'ont renseigné. Hordain, confirme leurs avis et j'ai contrôlé tout. Le bombardement a dû cesser. L'épidémie mange le camp : vingt mille hommes sont morts ; les fossés des retranchements débordent de cadavres. Un général fut tué hier, par un soldat, devenu fou tout à coup. Les inférieurs se liguent entre eux, pour détruire les travaux du siège : on encloue les canons ; on jette au fleuve, balles et poudre. C'est donc la misère, la détresse, les angoisses, les pleurs, les rages, les terreurs universelles qui font surgir enfin ces espoirs d'entente, ces cris profonds et fraternels. La force même des choses est d'accord avec la

nôtre.

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LE BREUX

Vous êtes admirable ! On vous croyait abattu et, plus que jamais, vous vous dressez pour une œuvre géante.

HÉRÉNIEN

C'est que j'ai la foi, une foi capable de se communiquer, au monde entier. Je me vois, je me sens, je me multiplie dans les autres ; je me les assimile. L'armée d'Oppidomagne m'est acquise; celle de l'ennemi obéit à Hordain, mon disciple et mon fervent. Nous avons tous deux travaillé d'enthousiasme. Qu'importe l'ancienne sagesse, prudente, systématique, consignée en des livres. Elle fait partie de la petite humanité d'hier ; la mienne date d'aujourd'hui. (A l'émissaire) :

Va dire à ceux qui s'en iront, ce soir, aux avant-postes, que je serai des leurs. Tu préviendras Hordain.

Acclamations dans la rue. Le soldat sort.

HÉRÉNIEN (à Haineau et à Le Breux)

M'accompagnerez-vous? Voyons, dites vite.

LE BREUX

Certes.

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HÉRÉNIEN (à Haineau)

Et VOUS ?

HAINEAU

Aussi longtemps que les chefs vivront, ils pourront nuire. Aussi longtemps qu'ils auront des armes, ils tueront. Ils seront la réaction qui suivra votre victoire. Supprimons-les d'abord.

HÉRÉNIEN

Ils seront le passé, l'impuissance et le néant. Voyons, m'accompagnerez-vous ?

HAINEAU

Non.

HÉRÉNIEN

C'est bien, nous ferons les grandes choses sans vous.

Acclamations nouvelles dans la me. Hérénien se penche à la fenêtre et se laisse acclamer.

LE BREUX (à Haineau)

Il m'étonne toujours. 11 voit l'obstacle, comme toi et

moi. Sur quels prodiges compte-t-il pour le réduire ? Et comme il vous entraîne dans le tourbillon de sa tempête !

HAINEAU

Cet homme a pour lui les forces inconnues de la vie. (Après un repos). J 'accompagnerai quand même.

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