‹ Les aubesChapitre 8 sur 25 · SCÈNE DEUXIÈME · texte numérisé non relu

SCÈNE DEUXIÈME

A l'Aventin (cimetière sur une hauteur). Le peuple est réuni. IIaineau occupe la tribune : un tombeau plus élevé que les autres. Des faisceaux d'armes sont dressés parmi les jardinets funéraires. Des croix, des stèles, des cippes, des colonnes émergent d'entre les fleurs. Debout sur le mur d'enceinte, des ouvriers armés veillent. La nuit tombe. Des feux s'allument.

HAINEAU

Je conclus donc, comme je concluais hier: Il faut, dans une révolution, frapper les idées dans ceux qui les personnifient. Il faut avancer peu à peu, sans emballement, vouloir des choses immédiates. Froidement, chacun de nous choisira son homme, sa victime. Aucun ne prendra de repos avant que les trois Régents et les deux Consuls d'Oppidomagne soient morts. C'est l'œuvre de terreur qui provoquera l'œuvre de salut.

LA FOULE

— Pourquoi proclamer ce qu'il faut taire?

— Chacun est maître de son couteau.

— Silence !

LIAINEAU

L'ennemi incendie les églises, les banques, les parlements. Il nous reste le Capitole et la Régence. Détruisonsles. Descendons par groupes, la nuit, dans Oppidomagne.

QUELQU'UN

Impossible, l'Aventin est cerné.

HAINEAU

On finit toujours par corrompre quelqu'un.

LA FOULE

— A quoi bon ces massacres ?

— Un chef meurt, un autre succède.

— C'est la masse qu'il faut conquérir.

HAINEAU

Ce sont les têtes qu'il faut couper pour abattre la bête, fadis, dans Oppidomagne, quand on s'exaltait entre comxignons, qui donc songeait aux demi-mesures ? On idmirait ceux qui supprimaient et les biens et les gens, banques et théâtres sautaient — et sans peur, impassibles, es admirables assassins des idées vieilles mouraient, ous pour les juges, héros pour le peuple. C'étaient les emps des sacrifices naïfs, des décisions tragiques, des ;xécutions rapides. Le mépris de la vie se dressait sur 'univers. Aujourd'hui, tout est flasque et veule : l'énergie emble un arc débandé. On tergiverse, on attend, on :alcule, on raisonne — et vous avez peur de cette Oppilomagne vaincue alors que victorieuse, tous l'affrontaient.

LA FOULE

— Nous l'aimons depuis qu'on l'assiège.

— Nos femmes et nos enfants y sont encore.

— Notre grève n'aboutira pas.

— Rentrons dans Oppidomagne.

HAINEAU

Dès qu'on veut, il faut vouloir à travers tout. L'heure est venue de l'extrême désespoir. Qu'importent les deuils et les sanglots des mères, si grâce à nos angoisses, la vie nouvelle est conquise !

QUELQU'UN (en désignant Haineau)

Il n'a pas d'enfants !

HAINEAU

J'en aurais que je les sacrifierais à l'Avenir.

QUELQU'UN

Ce sont des phrases : Vous reculez, dès qu'on agit.

HAINEAU

J'ai fait mes preuves aux temps d'émeute.

QUELQU'UN

Vous vous cachiez quand on tuait le peuple.

kAINEAlj

Si j'avais les mille bras d'une foule, j'agirais seul et

vous dédaignerais. . . (Huées; Bousculade. On déloge Haineau de la tribune).

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