MICHEL AUDRAN
Dans une supplique adressée par les entrepreneurs de tapisseries aux Gobelins, en 1776, à M. d'Angivillier et publiée par M. Lacordaire dans sa Notice sur les manufactures de tapisseries des Gobelins, Paris, 1 853, in-8°, p. 111, nous trouvons sur Michel Audran et sur sa situation à cette époque des détails navrants :
« L'exemple le plus frappant (de la mauvaise situation faite aux entrepreneurs de tapisseries) est celui du sieur Audran, père, né avec une fortune honnête, d'une conduite irréprochable, dont la veuve se trouve aujourd'hui réduite à une pension de 600 livres, c'est-à-dire qu'elle ne pourrait subsister sans le secours de la famille.
« Le sieur Audran père a réuni plusieurs successions considérables; il a eu de sa femme près de 80,000 livre.? de bien; il s'est privé, il est vrai, d'une partie pour l'établissement de ses deux filles et pour une charge de conseiller au Châtelet dont il a muni le plus jeune de ses fils; pour l'aîné qui a l'honneur d'être sous votre direction, Monsieur, sa seule dot a été l'association aux ouvrages de son père et à son fonds. Mais les pertes cumulées et considérables qu'a fait le sieur Audran père, tant de l'intérêt annuel d'un gros fonds de soyes et laines, que sur ses ouvriers, soit par mort ou désertion..., sont les seules causes du dérangement de sa fortune. »
Michel Audran fut nommé directeur des Gobelins le 4 septembre 1792, à la place du sieur Guillaumet; cette haute situation, il la devait à son séjour, depuis quarante ans, dans la manufacture, et à une série de renseignements fort précieux qu'il avait communiqués aux rédacteurs de Y Encyclopédie, renseignements relatifs à la teinture des laines et des soies employées dans la fabrication des tapisseries. Michel Audran n'occupa pas longtemps ce poste : il fut arrêté le 29 octo-
bre 1793, et interné à Sainte-Pélagie pendant dix mois; voici la lettre
qui annonça au ministre de l'Intérieur l'arrestation du directeur :
« Cet octodi, ire décade de brumaire, l'an 2" de la république française une et indivisible, à quatre heures du matin (29 octobre 1 7q3).
« Citoyen,
« Les sans-culottes du faubourg Saint-Marceau, surveillants intrépides et infatigables des ennemis de la République, vous préviennent qu'ils viennent d'incarcérer à Sainte-Pélagie le nommé Audran, ancien ami des Roland, et affilié depuis longtemps à toute la clique liberticide.
« Nous nous empressons de vous faire part de cette capture, parce que le nommé Audran étant directeur provisoire de la manufacture nationale des Gobelins, il importe à l'intérêt public et à celui des sans-culottes qui y sont employés que vous lui nommiez promptement un successeur, bon sans-culotte et franc républicain.
« Salut et fraternité !
« Les membres du Comité de surveillance de la section du Finistère,
« Loyer, président, Lacombe, Langlois, Baron, de Flandre, Rognon, secrétaire. »
Arrêté le 29 octobre Jjg3, Audran était révoqué, sans aucun jugement, le i3 novembre suivant, et son successeur désigné était le peintre Augustin Belle; mais, le 14 avril 1795, Audran fut réintégré dans ses anciennes fonctions; l'arrêté suivant, publié par M. Lacordaire, nous l'apprend :
« Le Comité d'agriculture, considérant que la détention du citoyen Audran, directeur de la manufacture nationale des Gobelins, et la destitution qui en a été la suite et peut-être le motif, ne peuvent être regardées que comme des actes purement arbitraires qu'il est de son devoir de réparer, arrête :
« Art. i°r. Le citoyen Audran est rétabli dans sa place de directeur de la manufacture des Gobelins.
« Art. 2. La Commission d'agriculture est autorisée à payer au citoyen Audran les indemnités attachées à cette place, depuis l'époque à laquelle il a cessé de les recevoir.
« Art. 3. La Commission d'agriculture est autoriséeà reprendre le fonds des soies et des laines qu'avait le citoyen Audran, comme chef d'atelier, et à lui rembourser ces objets au même prix qu'ils lui avaient été vendus par le gouvernement.
« Art. 4. La Commission d'agriculture est chargée de l'exécution du présent arrêté.
« Signé : B. Sauveur, Precy, Himbert, Poullain, Grandprey, P. Fliger. »
Fort peu de temps après avoir repris possession de son poste, Michel Audran mourut: décédé le 20 juin 1795, il fut remplacé, le 29 juin, par l'ancien directeur Guillaumot. Il était le second fils du graveur Jean Audran, et était né le 19 février 1701.