‹ Les AudranChapitre 8 sur 28 · GÉRARD AUDRAN. — PORTRAIT DE JORDANUS H1LLINQ · texte numérisé non relu

GÉRARD AUDRAN. — PORTRAIT DE JORDANUS H1LLINQ

Un voyage d'Italie entrepris à temps détermina, chez Gérard Audran, un progrès sensible. L'étude attentive des chefs-d'œuvre répandus à Rome en profusion apporta promptement une modification considérable dans la manière de dessiner de l'artiste. Avant de s'être bien pénétré des merveilles de toute nature qui s'offraient à lui, Gérard Audran, à son arrivée à Rome, en 1 666, semble, en signant le portrait de Samuel Sorbière, avoir voulu montrer au maître, sous la discipline de qui il se mettait, ce qu'il était capable de faire. Dans cet ouvrage et dans le délicat petit portrait de Jordanus Hilling, qui doit avoir été gravé à la même époque, comme dans les œuvres publiées précédemment portant le nom de Gérard Audran, le burin est encore exclusivement employé, mais ce burin est déjà souple et précis sans sécheresse ; il produit même un travail assez coloré pour avoir trompé un expert fort intelligent du xvme siècle, P. Remy, qui attribue à Gérard Edelinck le portrait de J. Hilling '.

Ces deux portraits donnent une idée exacte des progrès accomplis par Gérard Audran depuis ses débuts en France jusqu'à son arrivée en Italie. Devenu maître du procédé, rompu à toutes les difficultés du dessin, il va, en abordant des sujets plus vastes et de plus grande importance, appeler à son secours toutes les ressources d'un art qu'il connaît déjà à fond et associer avec une habileté toute nouvelle les travaux de la pointe à ceux du burin; ces outils, se prêtant un mutuel appui, permettent d'obtenir une souplesse dans le modelé et une transparence de ton que chacun d'eux, manié isolément, serait incapable de produire. Un plafond du palais Sacchetti, peint par Piètre de Cortone, fournit à Gérard Audran l'occasion de mettre à profit les qualités qu'il avait acquises, et ces planches, gravées largement, avec une aisance inconnue précédemment, établirent d'une façon sérieuse la renommée du jeune maître. Un graveur d'histoire était acquis à la France, et le bonheur voulut que ce graveur, après avoir puisé son savoir aux sources mêmes de l'art, mît presque toujours au service d'œuvres françaises son merveilleux talent.

Après avoir subi, en effet, l'influence à laquelle n'échappe aucun artiste séjournant à Rome, après avoir payé son tribut d'admiration à

i. On lit en effet dans le « Catalogue des planches gravées vendues après le décès de Michel Audran (i 77 1) » : N° 146. Jordanus Hilling: Gérard Edelinck sculp. Romœ (d'après Nicolas de Largillière, si l'on en croit le rédacteur du Catalogue).

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