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GÉRARD AUDRAN. — LA NAVIGATION

Grisaille de Raphaël au Vatican.

certains ouvrages de Raphaël et de Dominiquin et après avoir multiplié plusieurs peintures de Piètre de Cortone, Gérard Audran revint en France à la sollicitation de Colbert. Sa réputation avait devancé son retour; quelques épreuves des planches qu'il venait de graver en Italie étaient déjà connues à Paris. Charles Le Brun, qui les avait vues et qui n'avait pas eu de peine à discerner ce qu'elles contenaient de supérieur et de véritablement remarquable, signala au premier ministre les travaux du jeune artiste. Il fit comprendre à Colbert l'importance qu'il y aurait à donner à Gérard Audran une situation qui le fixât désormais en France. Jean-Baptiste Colbert n'était pas homme à ne pas tenir compte de la recommandation de Le Brun; il assura à Audran un logement aux Gobelins, le nomma graveur ordinaire du Roi et, ce qui peut être regardé comme un service plus grand rendu à l'art, il lui confia la gravure des Batailles d'Alexandre, que Charles Le Brun venait de terminer. Dans les grandes entreprises, les hommes d'une valeur véritable se font mieux connaître que dans les travaux ordinaires; s'ils ont une science réelle, ils sont à même de la montrer au grand jour et de conquérir de suite le rang élevé auquel ils ont le droit de prétendre ; s'il en est autrement, leur ignorance même les confond, et l'échec public qu'ils subissent leur enlève jusqu'au droit de se plaindre.

Gérard Audran sortit vainqueur de l'épreuve à laquelle il avait été soumis; les quatre estampes qu'il grava, en l'espace de six années, d'après les peintures de Charles Le Brun, furent, à leur apparition, — et la postérité a ratifié ce jugement, — regardées comme les meilleures productions de la gravure française '. Le Brun lui-même, si l'on en croit une tradition qui paraît tout d'abord peu conforme au caractère despotique de ce grand peintre, aurait proclamé que Gérard Audran avait embelli ses tableaux; enfin l'Académie royale, voulant donner un témoignage public de son admiration pour la haute valeur de Gérard Audran, l'appela

i. Gérard Audran toucha pour la gravure des planches le Passage du Graniqtte, la Bataille d'Ar belles et le Triomphe d'Alexandre, 10,795 livres (Archives nationales, Bâtiments du Roi, 1676. p. no verso [Oio,4o5]). i3 Décembre JG76. Au S* Audran pour son par/ait paiement de io,jq5 livres pour les trois planches de l'histoire d'Alexandre. Le premier acompte fut payé le 22 février 1671. En additionnant les différents acomptes reçus par Gérai d Audran pour la planche du Pot us blessé, nous arrivons à la somme de 4,33i livres 5 sols. Le dernier acompte est du 18 juillet 1678. Pour la cinquième pièce qui compose cette suite, la Tente de Darius, Gérard Edelinck reçut 5,5oo livres.

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