‹ Les Auto-intoxications de la grossesseChapitre 18 sur 32 · PATHOLOGIE DES AUTO-INTOXICATIONS · texte numérisé non relu

PATHOLOGIE DES AUTO-INTOXICATIONS

de la santé (i) : " L'aulo-intoxicatiou reste possible aussi longtemps que la cellule hépatique n'a pas reconquis la plénitude de ses fonctions physiologiques, et l'insuffisance persiste souvent quelque temps apr^s la guérison, mt^me d'un ictère simple, "

Un rien peut déterminer l'insuffisance hépatique. Cassaet (2) nous a montré qu'un simple embarras gastrique peut détruire l'équilibre; Roger nous dit qu'une fièvre de surmenage trouble la fonction glycogénique, condition essentielle du rôle antitoxique du foie.

« C'est dans ces circonstances, dit Murchison (3i, que sedéveloppe souvent cet étal biliaire par torpeur du foie, caractérisé par de la langueur, de la céphalalgie, une langue chargée, de ta constipation, une sensation de pesanteur après les repas, l'hypocondrie. »

On connaît du reste l'influence de l'intestin sur le foie ; l'utérus comprime dès les premiers jours l'intestin et plus tard l'estomac. Enfin : Il l'insuffisance hépatique est exlrômcment fréquente chez la femme {-l) pour des causes diverses, dont la plus importante parait être la vie sédentaire. Le corset doit avoir également une influence et favorise la stagnation de la bile »,

Notons enfin, avec Hanot, l'influence des cU-

{!) Chauffard. - Trailé rte loéd. Chabcot-Boucuabu, III.

(-2) CA99AE1' et MoNTWn. — De la facilité du surmenage bépatiqiie. Soc. Biol., 18 mars 1890, 18 juin IS9G.

[3) MuBCHTsos. — Leçons cliniques sur les tnaladies du loie, 1870. —Arch. miel. Bai-deitvr, imv. 1R9i.

(t)DEUUEtiET. — ItdatLOD patli. du foie et des reins. Purîs, 1S94.

IL N'EXISTAIT AUCUNE MALADIE ANTÉRIEURE 47 mais, de rarlhiilisime (Cazalis, Hanot), l'hépatisme de Gliînard.

Mais cette disposition parLiculière du foie, cetLc intoxication spt^ciale existe donc dans les premiers mois de la grossesse '.' puisque certaines femmes présentent des vomissements, dès les premiers jours, et font même souvent par ces signes le diagnostic de leur état ?

Je pense que ces accidents t}-ês précoces sont relativement rares, et que, par conséquent, ils peuvent ne se produire que chez des femmes en imminence d'hépatisme, chez des femmes déjà fatiguées ou inloxiquées, et surtout chez celles que leur système nerveux avait pour ainsi dire désignées d'avance. En elTet, lout à fait au début de la grossesse, on ne remarque guère que des complications qui sont secondairement sous la dépendance du système nerveux.

Enlin, je répondrai rapidement à cet argument : que, si les femmes grosses sont sujelles à des intoxications aussi dangereuses, comment peut-il se faire que certaines ne soient jamais aussi bien portantes qu'alors? Cela existe en effet chez quelques-unes qui se portent mieux parce qu'elles mangent mieux, ce qui arrive pour les lymphatiques, et leur nutrition a subi un nouvel élan ; mais, avant tout, il faut que les organes soient snflisanls ; s'ils le sont, la santé est excellente.

Mais, si l'équilibre est une fois rompu, voit-on bien que le foie, ne remplissant plus safonclion, laisse passer dans la circulation générale tous

48 PATHOLOCIE DES AUÏO-IMOXICATIOSS les poisons qu'il devrait retenir; ainsi le sérum sanguin devient plus toxique ; plus le sérum est toxique, plus l'insuffisance augmenle parce que les cellules qui ont résisté finissent par se nécroser, et alors se trouve complet le cercle vicieux dont j'ai parlé. Le foie insufiisant. du fait qu'il est insuffisant, tend à le devenir de plus en plus, jusqu'à presque la mortification complète, comme dans certains cas d'accfts éclamptiques.

2" PnÉNOMÈ>ES qu'on PEUT ATTBIBL'EK A IINEHÉPATO-

ToxHÉJUE. — On remarque, pendant la grossesse, certains phénomènes qui sont superposables h, ce que Uauot, puis Lévi ont étudié dans l'insuffisance hépatique consécutive aux maladies du foie et que je vais énumérer.

Qu'on me permette de les mettre en regard les uns des autres, cela facilitera la comparaison.

Petits signa pour Lévi :

CliBngenicnls de capaclères Id.

LBSsitudiî, aslhénie musculaire . U.

CéphalalKic. — Vartiges CeiilialalgiG fronlslr.

Troubles du suinmcil Id.

Insomnie. — Somnolencfl Id.

Névrileii loiiquira Id.

Truubles QCulwveB Id.

l'rurit Pruril généraliBs^ de Stciln.

Pljalisme Id.

t'eliU signes pour Hanat (1) :

Troubles dyiipep(it|iiiis lil.

Méléurisme Id.

(l) IIanot. ioc, cit. — Considération.! y'^néralca sur cirrboses. Sent, mid., i8K3.

IL ^'EX^3TAIT AUCUNE MALADIE ANTÉniEUlIE 49

JNSUFFia*NKE EÉPATIOUE llÉPATO-TQïllÉMIE

ORDINAIRD (inAVIDIQL'U

ConstipalioQ Iil ,

Teinta bronzés Tadies pigmeiiloires.

Prurit Id.

ÉpLstaiiB U.

Hémorragies gingivalea Ici. (Pmard) .

ŒdèniBB Œdèmes sans alLnininuile.

Urobiliourie U.

Glycoauria alimenlaire Id.

Si les lésions s'accentuent :

Pour Lit* :

Délire hépatique Id.

Folie hépatique (KUppel) Id.

Convulsions Id.

Èclampaie Id.

Pour Banal :

PigmentBtion de la peau Id.

Ictère hémaphéique Id.

Albuminuriii Id. (Goiigel).

Œdèmes eénéraiisêa ■. Id. Bana albuniicuHo.

HémorraeiB. — Épistftiis Id.

Varices Id,

Constipation Id.

Douleur hépatique Pcui-filre la douleur de Cliaus-

VomÎBBemenls Id,

Loin de moi l'intention de faire une comparaison absolue entre ces deux ordres de faits, et de refuser à une action ri^flexe une certaine importance dans la production des phénomènes.

On peut admettre, par exemple, que les vomissements incoercibles débutent à la suite d'une émotion vive ou coïncident avec une rétroversion, comme Audebert en rapporte un fait très intéressant; ou bien i'éclampsie sur-

*DTO-1NTOX1GAT]ONS 4

PATHOLOGIE DES AUTO-lMTOXICATIONS

vient il la suite d'une (émotion, d'un traumatisme ; mais faut-il pour cela, avec Gu^niot (I).

admettre une pathogi^nie spi^ciale del'éclampsié ou des vomissements incoercibles? En aucune façon, et ce qui arrive pour le delirium tremena est, je le rt-pèle, vrai pour les accidents qui nous occupent : ne voit-on pas les salles de chirurgie encombrées de malades n'ayant qu'une fracture simple de jambe et qui présentent un accès de délire dans la nuit qui suit leur entrée.

11 est donc singulier de rencontrer des phénomènes aussi superposables, et on est autorisé à penser qu'ils ont une commune origine.

Je m'empresse d'ajouter que rien n'est encore prouvé d'une façon absolue. Ce travail n'est destiné qu'à poser la question sans la résoudre. Mais il est certain que la théorie de l'hépato-toxhémie rend un compte beaucoup plus exact des faits que les autres théories.

On m'objectera aussi que l'on voit dans l'urémie bïîghtique quelques-uns des phénomènes que je viens de passer en revue : en particulier, le foie brightique, la sialorrbée urémique, des convulsions, avec abaissement de température.

Gela est certain, et il est probable que, dans certains cas, comme je l'ai déjà dit et comme je le répéterai, l'insuffisance rénale se joint à l'insuffisance hépatique, mais je répéterai aussi que, dans tous les cas de femmes éclamptiques dont j'ai fait l'autopsie (42 aujourd'hui), le foie a

[LPTEXISTAIT AUCUNE MALADIE ANTÉRIEURE G1 toujours été trouvé Ir&sraalnde.irunc façon différente suivanl les auleurs, quanta la forme do la lésion, tandis que le rein a quelquefois été vu absolument sain ou avec dos lésions peu importantes ou secondaires.

Je développerai du reste cet argument au chapitre des accès éclampliques (voir pages (il et suivantes).

3° TotîS CES PHÉh-OMÈNES PKUVEST- ILS f-TRE RlUlNIS PAR UK LIEN QUI MOKTBE lVnJTÉ DE I.EITR ORIGINE?

Nous ne retenons parmi eux que les plus importants, ou ceux qui donnent à la pathologie de la grossesse une physionomie spéciale. Ce sont :

Les vomissements elles troubles digestifs.

Le prurit généralisé.

Les vomissements dits incoercibles.

Le ptyalisme qui leur est si souvent réuni, Les aidâmes sans albuminurie, Les névrites toxiques.

Les ictères et la colique hépatique, Certains troubles de la peau et l'herpès gestationis,

La manie puerpérale,

L'albuminurie gravidique,

Los accès éclamptiqucs,

La mort du fœtus et les lésions placentaires.

Je ne puis faire l'histoire de chacun d'eux, mais je donnerai seulement les arguments qni paraissent démontrer leur origine.

Mais je tiens à dire, dès maintenant, qu'ils sont

S2 HÉPATO-TOXHÉMIE GHAVIDIQUE

réunis par un lien d'une importance capitale:!

c'esl le traitement.

En effet, le régime lacti^, c'est-k-dire l'alimentation qui permet aux chiens de se passer de 1 leur foie, réussit admirablement aussi dans la] plupart de ces cas.

Il va sans dire qu'il est inactif quand les acci- I dents ont une origine lointaine, et quand le foie \ a déjà subi des lésions considérables; mais, 'pris i k temps, ils cèdent au régime lacté, surtout a' même temps on facilite le fonctionnement des i émonctoires de la peau et de l'intestin.

Ce régime ne peut vraiment réussir que s'iLl a'agit d'intoxication.

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