DÈMES NON ALBUMINURIQUES S
des traces d'hémoiTagies anciennes, quoique la malade n'eût jamais présenté d'albuminurie,
IV. Vomissements dits incoercibleB. — Les vomissements de la grossesse qu'on appelle vomissements incoercibles, ne mettent la vie de !a femme en danger qu'après un certain temps ; mais la façon dont se comporte l'organisme montre bien qu'il s'agit d'une auto-intoxication lente, d'origine Itépatique. Si J'on veut bien se rapporter au tableau que fait Hanot des cirrhoses au début, on y verra notés, en môme temps que les vomissements et les troubles dyspeptiques, le changement du caractère, l'insomnie, la constipation, la céphalalgie. N'est-ce pas là ce que l'on voit dans les vomissements incoercibles? Et la fa^-on de moui'ir n'cst-elle pas absolument la môme dans les deux cas?
Encore une fois, nous ne refusons pas à l'action réflese une part: dans la production de ces accidents, mais cette part est petite; seule, elle n'aurait jamais pu les déterminer.
Ici encore, le régime lacté, appliqué d'une certaine façon, aura une merveilleuse action si on n'a pas laissé l'organisme s'intoxiquer profondément.
Je n'ai pu trouver trace d'examens du foie, ni de la toxicité des urines et du sang dans ces cas, non plus que de l'analyse chimique des urines. Cela présenlei'ail un grand intérêt.
V. Œdèmes non albuminuriques. — Chacim d'entre nous a rencontré des cas dans lesquels il a été frappé de voir un œdème généralisé, ne
HEPATO-TOXlIliMlE GRAVIDIQUE
;' ilâ1|
disparaîssaul pas parle repos. Onfaîl analysi les urines, rien d'anormal n'y est d(^cel6; mftmo tous les organes paraissent absulumcat ' sains. En niômc leraps que la face devient bouffie, uncertaiiidegréde dyspepsie se montre. quelquefois nu^me il y a de légers troubles de la vue.
Je sais que, pour ma part, je n'hésite pas î condamner une telle nialadeà un régimesévère; j'ai toujours vu le succiis suivie de pri^s le traitement.
VI. Névrites toxiques. — Ce phénomène' assez rare est absolument analogue S celui quft l'on rencontre dans certaines infections comme la grippe, ou certaines intoxications, comraô l'alcoolisme, dans lesquelles le foie joue un rôle, si important- MM. Pinard (1), Desnos et Geoffroy^ ont publié en 1881' un cas d'atrophie musculaire: des quatre membres survenue dans la gros et consccutizement à des vomissements incoerciblea.
Ce dernier membre de phrases se passe da commentaires.
Vil. Ictères et colique hépatique. — Ei dehors des maladies préexistant à la grosses» et qui peuvent, pendant son cours, détermina des ictères, celle-ci peut- elle, ainsi que le dit li professeur Queirel ('.'}, être la cause directe di celle complication? Le Masson (3) a étudié ï
nsse.Arch. locol., p.U)
œDÊMES SON ALBCMI.SURIQUES S7
fonci la quealîon et je mécontente de; résumer SCS conclusions:
Il Les ictères sporadiques sont toujours secondaires et liés directement ou indirectement à l'altération fonctionnelle de la cellule hépatique et à l'insuffisance hépatique.
1 On remarque des ictères bénins et des ictères graves. »
Le système digestif semble avoir une action prépondérante et dans le système digestif le rôle principal revient au foie.
On ne peut actuellement donner une division pathogénique des ictères, mais le pronostic doit être réservé.
Nous admettons tous que certains ictères peuvent Mre sous la dépendance directe de l'état du foie, et je renvoie pour une étude plus complète au volumineux mémoire de Le Masson, qui a réuni tous les arguments contre la théorie rénale de Decaudin, en les appuyant de nombreux documents.
Je parlerai plus lard d'un ictère spécial qui suit certains cas d'accès éclamptiqucs.
H L'ictère de l'insuffisance hépatique (1) n'a rien de commun avec les ictères ortho-pigmentaires (tout au moins au début). Le type de cet ictère, c'est l'ictère méta-pigmentaire, c'est-àdire à pigmentsraodifiés,rictèreuro-bilinurique. Les téguments ont une teinte safranée, allant du jaune sale au rouge brun. Les muqueuses ,
(1) Cabbièbe. — Luc. i
point
-TOXHEMIE GRAVIDIQUE
colorées,
jonctive qui l'est toujours légèrement. »
VIII. Troubles de la peau. — Herpès gestationis. — Ou remarque, en effet, pendant la grossesse, comme flans le cours des maladies du foie (Hanot), une couleur bronzée des iégumeats ou des taches pigmentaires.
Dans l'herpès gestalionis, Bar (1) a constaté la diminution de la toxicité urinaire, et l'abaissement du taux de l'urée, puis la polyurie, l'hy— pertoxicité urinaire, le relèvement de l'urée au moment de la guérison.
IX. Manie puerpérale. — Ces troubles mentaux peuvent exister même en dehors des accès éclamptiques qu'ils suivent quelquefois. C'est ici surtout qu'on pourra indiquer l'influence d'un terrain préparé par l'hérédité, la misère, etc. Bar, Léonard, Olshausen les considéreraient dans certains cas comme un prodrome de l'éclampsie, et ils rentreraient alors dans cette ■ disposition particulière que Bar (2) a qualifiée : cclampsisrac !
Je me contenterai do penser que cet accident est simplement une manifestation de l'hépatotoxhémie. On connaît du reste actuellement les délires causés par les auto-intoxications, et des neuropathologistes. tels que Klippel, attribuent au foie une action prépondérante pour la production de ces accidents (3j.
(1) SCBWiB. — Arch. gén. de Méd., 1897, p. 733.
(2) Tabwieb et 13uw«. — Tr. " (3} ConsulleriRiois.— Délire
albumini:rie gravid[que 59
« Les délires (1) qui surviennent dans l'insuffisance hépatique sont généralement des délires de rêves. Us naissent la nuit pendant le sommeil, sont constitués par des associations automatiques et hallucinations d'images et de souvenirs antérieurs; et, à un degré plus avancé, persistent le jour par une sorte de continuité diurne de rèvc délirant, qui s'est prolongé après un réveil resté incomplet. »
X. Albuminurie gravidique. — Dans les cas où il n'existait pas de mal de Briglit, l'albuminurie est généralement une conséquence de l'intoxication générale. Nous l'avons vue compliquant les maladies du foie.
Murchison (2) a moniré qu'elle peut être a produite par un trouble hépatique en dehors de toute lésion organique des reins, On voit si souvent l'albuminurie associée à des troubles hépatiques disparaître complètement et d'une façon permanente, lorsque ces derniers ont été dissipés, que l'on ne peut guère douter du rôle que joue le foie comme cause d'albuminurie >>. Jaccoud (3) rattache l'albuminurie, dans un cas d'ictère grave, à l'altération du sang produite par la suspension de la sécrétion biliaire.
médicale, iB98, p. 51. — Klutbl. — lu bu fil sauce hépatique dans les maladies mentales. Ân-'i. gén. de Stéd., août Wii. — Klifpel. — Délire et întoiicatian hËputique. Reoue de Psychiatrie, sept. 18'J7. — Hcud. — Aspects cl iniques de l'atilu-inloiication, Americ. Journ. o/' insonii., juillet 1897.
(1] CxanlftHR, — Loc. cit. ■
(3) ÏIuRcuisaN. — Mltladies du foie.
(3) JiccotiD. — Clinique do LariboiiiiÈre.
60 HÉPATO-TOXHÉMIE GRAVIDIQUE
Bouchard a montré que i< le foie peut élaborer certaines substances albuminoïdes, de telle sorte que l'albuminurie en résulte ».
Il pourrait enfin exister une albuminurie par compression, telle que celle résultant de l'ascite ou d'une tumeur hépatique. Mais, dans ces cas, le foie est très atteint dans son fonctionnement, et la compression ne serait encore qu'un phénomène secondaire.
J'ai vu plus haut que HuchanI (11, Rendu (2). Mollièrc {3j en terminent complètement la démonstration.
Enfin les expériences de Gaucher (4) et de Gouget (.')) y ajoutent des preuves certaines.
Le diagnostic de cette variété d'albuminurie sera fait au moyen des signes différentiels des néphrites chroniques anciennes, et les caractères chimiques de l'urine, qui se voient dés que le foie devient insuffisant, pourront servira préciser la chronologie des faits.
Cette albuminurie disparaît souvent par le régime lacté, à moins que l'intoxication trop ancienne n'ait déjà provoqué des lésions anatomiques profondes.
Elle est caractéristique quand, très peu abon-
(1^ HL-cu*ni>, — Bull, mid., 1B92, p. UK
(2) Rendu. - Sem. méd., juin 1892.
(3) MoLLiÈBE. — Les néphr. aiguës el chroniques. Lyon Mid., fév. Wik.
(4) G*i;cHEH, — Palhog. du mal de Briglil. Soc. méd. des hôpil.,iSS&.
(.'0 GouGËT. — Icriuence des maladies du foie sur le rein. Htoue de midtcine, 1S8B, p. 67,
daDte, elle le devient subitement davanlagc, au moment des décharges toxiques qui précèdent l'accès d'éclampsie. Et dans ces cas, elle guérit souvent complètement en quelques jours, quand cesse l'intoxication.
La quantité de cette albumine n'est pas toujours en rapport avec la perméabilité du rein. On sait qu'il peut y avoir une imperméabilité considérable, sans albuminurie dans le mal de Bright. I'otocki(l} a prouvé au contraire que, dans quelques cas d'éclampsie, la perméabilité rénale pouvait être complète en môme temps que les urines contenaient une grande quantité d'albumine.
J'ai dit que, d'après Roger, le sang pouvait contenir, comme dans la pneumonie, des albumines spéciales, combinées h des alcaloïdes très toxiques, qui ne pouvaient passer îi travers le rein môme sain, parce que ces produits ne sont pas dialysables.
L'albuminurie peut donc être un phénomène secondaire, un signe de l' képato-toxhémie gravidique.