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Ce dernier facteur d’autointoxication, le surmenage, joue un rôle parfois majeur, chez les déséquilibrés alcooliques, dans l'éclosion du délire d’Autoascusation; chez ces prédisposés, en imminence d’onirisme toxique, il suffira d’une insomnie un peu prolongée, d'un excès de fatigue, d'un traumatisme, d’une inanition relative pour faire éclore, à la suite d'un rêve nocturne ou diurne, l'idée d’autoaccusation.
Le délire d’Autoaccusation, qui reconnaît l'alcoolisme comme facteur étiologique prépondérant, s’observe surtout dans deux des principales formes des psychoses alcooliques : l'ivresse délirante et le délire alcoolique subaigu. Dans le premier cas, il apparaît chez des individus plus ou moins anciennement alcooliques, mais en état d'ivresse et se trouvant sous l'influence d'un récentet massif excès de boisson ; c’est à cette classe qu'appartiennent la plupart des autoaccusateurs. Dans le deuxième cas, il apparaît en dehors de toute ivresse, chez un alcoolique chronique, comme une forme délirante d’alcoolisme subaigu ; mais, presque toujours, il a besoin, pour se développer, d’une circonstance occasionnelle surajoutée qui réalise, sous la forme de l’autoaccusation onirique, les tendances psychopatiques permanentes de l’intoxiqué.
Le caractère prédominant du délire d'Autoaceusation alcoolique c'est que « ce n'est pas un délire, mais un rêve (1) » et que c'est surtout un rêve éveillé ou de jour, faisant suite au rêve nocturne. Le passage du délire
(1) Lasègue. Loc. cit.
M} ou
dormant au délire éveillé s'opère sans transition et le délire continue les idées écloses pendant le rêve: c'est ce que Ball {1) appelle un rêve prolongé. C'est au cours de ce rêve éveillé que naît l’autoaccusation. En effet, il peut arriver qu en ce rêve se déroule une action malfaisante quelconque, à laquelle l’alcoolique prend part comme témoin ou comme auteur, et sa croyance à la réalité de ce drame fictif est telle qu’il se considère comme coupable et va s’accuser. ;
Un autre caractère du délire d’Autoaccusation aleoolique, c'est qu’ilest toujours hallucinatoire. Le délire alcoolique engendre presque invariablement la crainteet l'angoisse la plus vive et, si le malade ne se croit pas menacé par des ennemis acharnés à sa perte, sa disposition lypémaniaque le fait s’armer d’une fausse accusation contre lui-même. Il déclare qu’il vient de commettre un crime épouvantable ; le cadavre de sa victime est là, attestant son forfait ; il en parle avec un indicible effroi, montre les taches sanglantes qui souillent ses vêtements et ses mains, et envisage le châtiment qui ne peut tarder à le frapper et qu'il reconnaît comme juste.
Une autre particularité du délire ébrieux consiste dans les emprunts nombreux, qu'il fait aux idées et aux sentiments qui occupent l'individu à l'etat normal. Tantôt l'événement rêvé est purement imaginaire, et a été créé de toute pièce par le délire: dans ce cas, l'alcoolique s'accuse d’avoie assassiné sa femme, ses enfants, une personne de son entourage habituel, un personnage poli-
(1) Ball. Les réves prolongés. Paris, 1885.
tique en vue et détesté, ou enfin, une eourtisane célèbre. D'autres fois, c’est un crime d'actualité plus ou moins retentissant, qui à frappé le malade et est devenu. le point de départ d’un rêve délirant, pris pour la réalité. On sait, en effet, que le nombre des autoaccusateurs alcooliques augmente beaucoup après un crime retentissant, dont les auteurs restent inconnus, et que, dans ces moments, il y à une véritable épidémie d'autoaccusateurs envoyés à l'Infirmerie spéciale.
Le délire alcoolique d'Autoaccusation comporte toujours la conviction profonde et tenace en la culpabilité. Le. malade, qui vient se dénoncer, le fait avec une telle sincérité, que souvent on est porté à croire l'accusation. réelle, et que ce n’est qu’en constatant dans la déposition des impossibilités matérielles, que l’on en reconnaît la fausseté. Pendant la crise aiguë du délire, le malade ne varie pas dans ce qu'il raconte et recommence le même récit continuellement et textuellement. Si vous le poussez dans ses idées d'hallucination, il vous y suit un moment, mais revient bientôt à sa version première et si même vous lui démontrez l'impossibilité des faits dont il s'accuse et si vous le mettez en présence de sa prétendue victime, il ne vous croira pas : aprèsun moment d'hésitation, il affirmera de nouveau et avec insistance. les faits dont il s'accuse. et celà jusqu’au moment où, la conscience et le jugement étant revenuset la crise passée, il se reconnaîtra et rira, s’il n'en rougit pas, des sinistres avéntures dont il est le héros.
Le délire d’Autoaccusation alcoolique obéit aux lois générales de la folie alcoolique ; il en présente surtout