‹ Les Autoaccusateurs AlcooliquesChapitre 14 sur 34 · NS ES · texte numérisé non relu

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l'aggravation nocturne, essentiellement caractéristique

C'est toujours le soir, dans l'obscurité, que les concep= tions morbides reprennent leur empire-et s'imposent de nouveau à un esprit qui, pendant le jour, avait réussi à se débarrasser des fantômes du délire onirique. Il en a l'extrême mobilité, en rapport avec la multiplicité et la variété des hallucinations, avec prédominance des hallucinations visuelles muettes, qui se succèdent avec une mobilité de tableau de lanterne magique, et s’accompagnent quelquefois d'hallucinations auditives.

Le délire d’Autoaccusation alcoolique est transitoire ; beaucoup d'autoaccusateurs, amenés à l'Infirmerie du Dépôt de la Préfecture de police, ne tardent pas, le jour même de leur arrivée, après une soirée assez agitée, à s'endormir d'un sommeil profond et prolongé. Ce fait semble indiquer le besoin de repos dans le sommeil, qu éprouve l'organisme intoxiqué. Souvent, après plusieurs nuits de sommeil, les malades sortent de leur rêve et guérissent de leur délire, si bien que l'on peut dire, comme l’a si justement dit le docteur Dupré (1), «qu'ils « ne guérissent de leur rêve pathologique qu'en dor- « mant, et que c’est le repos du dormeur qui dissipe le « cauchemar de l’homme éveillé ».

La plupart des autoaccusateurs alcooliques s’accusent d’assassinats. Ces assassinats sont presque toujours commis par des hommes alcooliques, récents ou anciens, chez qui, par suite d’une cause occasionnelle, éclate brusquement un ictus psychopathique, de nature délirante et de forme ontrique. Ces crimes s’accomplissent

(1) Dupré. Rapport cité, page 68.

dans des circonstances tragiques, rapides, silencieuses, portent sur des parents, sur des personnes antipathiques de l’entourage immédiat ou de l'actualité, sur des personnages politiques détestés ou sur des victimes de crimes réels retentissants. Presque tous ces crimes sont accomplis à l'arme blanche, avec un poignard, un couteau de boucher, un rasoür, parfois un revolver, s’accompagnent de jets de sang effrayants et de souillures sanglantes persistantes sur les mains et les vêtements des assassins. C'est un di‘ame sanglant, une tuerie tragique et rouge, qui se passe d’une façon très rapide et silencieuse ; la victime tombe en général avec un râle unique ou sans pousser un cri. Puis c'est la fuite éperdue, le remords, enfin l’autodénonciation aux autorités, qui amène le malade à l’Infirmerie du Dépôt.

Souvent l’autoaccusateur, honteux de son crime, refuse de faire connaître son identité, pour épargner aux siens le déshonneur. Parfois il a perdu la notion de son identité civile et présente alors une amnésie élective des éléments de la personnalité. Les jours suivants, après quelques nuits de repos et de sommeil, le malade revient’ à lui; petit à petit la conscience renaît, la confusion mentale, l'anxiété, l’amnésie diminuent, le doute entame la conviction délirante et, assez rapidement, le malade revenu de son erreur, en témoigne sa surprise et sa honte. F

À côté de ces autoaccusations, à allure tragique et sanglante, il existe d’autres cas, mais en petit nombre, où le sang ne jaillit plus de gorges ouvertes, et où le malade s’accuse de vols ou de complots. Mais ces vols

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