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La situation psychopathique de D... s'améliore done manifestement, mais demeure encore trop mauvaise pour permettre sa mise en liberté. D... est transféré à Sainte Anne, après deux semaines d'observation à l'Infirmerie spéciale.
La persistance des idées fixes postoniriques. de l’amnésie, d'un état persistant de confusion mentale s'explique par le degré prononcé de déséquilibration cérébrale de D..., qui est un type de dégénéré.
Le père de D... était un absinthique, qui s’est noyé dans un accès mélancolique. La mère est bien portante. Une sœur est très nerveuse. De plus, D... a reçu, du fait de sa tentative de suicide, un fraumatisme cérébral, qui a aggravé la déséquilibration congénitale de ses facultés. C'est un dégénéré type Morel-Magnan, doublé d’un cérébral type Lasègue. L’absinthisme s’est surajouté à ce faisceau étiologique, puis le surmenage, etc.
On voit, en somme, dans cette observation, la complexité et la ténacité des effets cliniques, succédant à la multiplicité et à l'importance des moments étiologiques.
OBsERvVATION XIII
Autodénonciatlion imaginaire d'un assassinal par un artérioscléreux dgé, alcoolique, sous l'influence d’un accès temporatre de délire ontrique. Pas de signe physique d’alcoolisme. Observation au Dépôt. Pas d’internement. Guérison. Mise
en liberté.
(Dupré. Observation personnelle, publiée dans son rapport au Congrès de Grenoble, 1902).
X..., âgé de soixante-dix ans, agent d’affaires, est envoyé à l’Infirmerie spéciale du Dépôt par le commissaire de police du
quartier de l'Elysée, avec un procès-verbal constatant que le malade s’est présenté, dans l'après-midi, au poste du Palais de l'Elysée, en déclarant qu’il venait d'assassiner M. DistA rs propriétaire d’un grand magasin de nouveautés de l'avenue de l'Opéra, avec lequel il était en relations d'affaires, et qu'il se constituail prisonnier, prét à expier son crime. X..., l'air terrifié et les yeux égarés, demandait instamment de l'eau et du savon pour se laver les mains, rouges encore du sang de la erclime, et effacer ces traces de l'assassinat ; il ajoutait qu'il avait poignardé M. B .. A... de deux coups d'un fort couteau, qu'il s'était intentionnellement procuré la veille et dont il était muni en allant trouver sa victime.
Le récit, fait au poste du Palais de l'Elysée, étail très détaillé, très précis et fort vraisemblable. Renseignements pris, M. B .. A... n'avait été l’objet ni d’une tentative d’assassinat, ni même d'une visite de la part de X... Le commissaire adressa l’autoaccusateur à l’Infirmerie spéciale du Dépôt, où nous le vimes le lendemain de son arrivée.
À ce moment, l’exaltation et l’anxiété de X... s'étaient apaisées et le malade se présente et répond à nos questions avec le plus grand calme et avec le ton et l’attitude d’un homme coupable d’un grand crime, conscient de sa responsabilité et prêt à en accepter toutes les conséquences, Depuis son arrivée au Dépôt jusqu’à la visite du lendemain, il s’est promené de long en large dans sa cellule, poussant de grands soupirs, se parlant à lui même d’une voix sourde, indistincte ; et, la nuit, le sommeil avait été agité, sans hallucinations ni terreurs cependant. Plusieurs fois dans la journée et le lendemain matin, X... avait demandé instamment de l’eau et du savon pour se laver les mains et effacer les taches de sang persistantes, dont la vue lui était des plus pénibles.
A la visite, X... fait un récit aussi détaillé, aussi précis que possible, des circonstances du crime. Parti de chez lui vers une heure. il s'était rendu rue Saint-Roch, au coin de la rue d'Argenteuil, et là, muni d’un fort couteau acheté à ce dessein.