‹ Les Autoaccusateurs AlcooliquesChapitre 22 sur 34 · NY TRUE · texte numérisé non relu

NY TRUE

il était entré dans les magasins de M. B... A... par une porte de derrière, et, montant un escalier connu de lui, familier de la maison, il s'était directemeut rendu au cabinet de M. B.., A..., à une heure où il savait devoir le trouver seul. Ensuite, description détaillée de la scène du crime. du sang qui jaillit de l’affreuse blessure. de la fuite rapide et discrète de l'assassin. qui se débarrasse de son arme dans la rue. erre un moment dans le quartier et prend la décision de s’aller constituer prisonnier au Palais de l'Elysée. Récit de l’autodénonciation, du transfert au Dépôt. etc.

Questionné sur les motifs d’un tel acte. X... répond qu'il en voulait depuis longtemps à M. B... A... quis’était montré visà-vis de lui peu confiant et qui s'était éloigné de lui, après lui avoir cependant témoigné auparavant une grande confiance en affaires, X... reconnaît que son acte de vengeance est hors de toute proportion, avec les minces griefs énoncés contre sa malheureuse victime; il se lamente sans cependant verser de larmes; se proclame un misérable, et réclame son jugement en Cour d'assises, où il compte, non pas sur l’acquittement, mais sur une certaine indulgence de la part du jury et du tribunal, à cause de son passé tout de travail et d'honneur. et du caractère en quelque sorte passionnel et morbide de son affreuse action. I] subira le châtiment mérité avec courage, et déplore seulement de terminer si misérablement sa carrière sans défaillance et sans tache.

Lorsque M. Garnier, dans un entretien plein de bienveillance affectueuse et de logique pressante, essaie d'émettre quelques doutes sur la vérité des faits et d'éclairer X... sur son erreur, celui-ci proteste avec véhémence, allègue l’irrécusable preuve des faits vus, accomplis et vécus par lui, durant cette heure de préméditation, de préparation et d'exécution de l'assassinat ; il s'écrie: « comment voulez-vous, sivous doutez de mon récit, que moi je doute de la réalité des faits, de mon entrée dans le cabinet de M. B... A... de mon coup de couteau dans sa pottrine, de la chute de la victime. morte sur le coup, sans même

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pousser un cri, comment voulez-vous que je doute du sang, qui: a jailli de la blessure sur mes mains, qui en sont encore rou-

gies ? » Et ce disant, X... se frotte les mains avec un rictus

d'horreur et des gestes de dégoût d’une dramatique sincérité.

Il en appelle ensuite aux résultats de l'enquête judiciaire et

s'étonne, se fâche même, lorsqu'on lui affirme que cette enquête

n'a rien révélé.

La femme de X..., convoquée à l'Infirmerie spéciale, est une petite bourgeoise d’une soixantaine d’années, de mise modeste et de maintien discret, qui reste confondue d’étonnement devant la disparition de son mari du foyer conjugal, où tous deux, très anciens époux, vécurent depuis longtemps dans la meilleure intelligence. l’existence la plus calme et la plus rangée. Confrontée avec son mari, la pauvre femme. en entendant répéter par lui le récit de son crime et l’affirmation de son repentir, est émue par la sincérité du ton et des propos de l’autoaccusateur ; c'est en vain qu’elle proteste, qu'elle lui affirme qu’il n’a assassiné personne, lui ne veut rien entendre, se borne à lui demander pardon de tant de honte, jetée sur elle par le procès qui va s'ouvrir, etc.

Nous apprenons par Mme X... que le malade est un honnête agent d’affaires, très rangé, très sérieux. entouré de l’estime de tous etn'ayant jamais donné le moindre signe de dérangement cérébral. Z{ boït un litre et demt environ de vin par jour et, dans son café, après chaque repas, un à deux petits verres de rhum. Pas ou peu d'apéritifs, jamais d'ivresse. Assez bonne santé, d’ailleurs, sans antécédents nerveux notables, personnels ou héréditaires (?).

Il aurait eu récemment des démêlés d’affaires avec M. B... À..., et, à ce sujet, quelques inquiétudes, sans cependant que ces préoccupations aient paru, à Mm° X..., retentir aucunement sur le sommeil et le caractère, d’ailleurs peu communicatif, de son mari.

L'examen physique ne décèle aucun signe somatique d'alcoolisme, L'appétit est moyen, le sommeil un peu agité, en temps

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ordinaire ; pas de pituites matinales, ni de cauchemars caractéristiques. X... a soixante dix ans et présente tous les signes d'une artério-sclérose prononcée: artères dures, sinueuses, hypertension vasculaire. Cœur gauche un peu gros, sans véritable bruit de galop; traces légères d’albumine dans- l'urine, qui semble claire et un peu trop abondante, au dire de sa femme : pollakiurie nocturne. Léger arc sénile de la cornée ; maigreur, sécheresse de la peau.

Comptant sur la disparition rapide du délire d'autoaccusation, M. Garnier garda X...-en observation. Le lendemain, trois jours après l’autodénonciation, la conviction de X... reste absolument la mème, avec un peu moins de netteté dans la description des faits, dans la représentation mentale du rêve hallucinatoire.

Le quatrième jour, M. Garnier met en présence de X... sa prétendue victime, M. B... A..., qu’il à convoqué à l’infirmerie. |

La scène est alors du plus saisissant effet dramatique. X..., à l’aspect de M. B... A... sursaute de sa chaise, recule terrifié et s'écrie : « Ah! les morts reviennent donc ici!!.. Vous n’êtes pas celui que j'ai tué, que j'ai vu tomber sous mon couteau !.. C’est impossible! » Enfin, sur les instantes prières de tout l’entourage, de la victime elle-même, X... se sent ébranlé dans ses convictions, il se prend la tête dans les mains, pousse des soupirs, des exclamations, etc..., et, progressivement, convient qu’il est peut-être victime d’un mauvais rêve : la lutte se poursuit ainsi encore durant deux jours, entre les éléments hallucinatoires de la conviction délirante et les faits objectifs de la réalité évidente, et X..…., après six jours de délire onirique, se ressaïsit complètement et peut être, sans rnlerne-

ment, rendu à sa femme et à la liberté.

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