‹ Les autres mondes sont-ils habités?Chapitre 3 sur 10 · PLANCHE II · texte numérisé non relu

PLANCHE II

Photographie directe de la Lune :: :: ::

ront éclairés d'une vive lumière pendant que les vallées profondes resteront encore dans l'obscurité. Mais, entre ces parties lumineuses et les régions obscures, la délimitation ne sera pas aussi tranchée que vous pourriez le croire. Même en dehors des points éclairés directement, vous apercevrez des demi-teintes et une foule de détails.

La cause de ce phénomène réside entièrement dans la couche atmosphérique dont les particules renvoient la lumière.

Pour la même raison, un observateur placé loin de la Terre, ne verrait pas une délimitation très nette entre les deux moitiés, l'une éclairée, l'autre obscure, de notre globe en mouvement.

Rien de semblable sur la Lune, Au moment des quartiers, nous apercevons souvent sur les limites de l'ombre et de la lumière de hauts sommets que le soleil frappe de ses rayons; ils se détachent sur le fond noir non éclairé, comme de véritables étoiles sur le ciel. Jamais l'œil ne peut distinguer le pied des montagnes auxquelles appartiennent ces sommets.

Dirigez, au huitième jour de la Lune, votre télescope sur le cirque de Platon ; à l'intérieur de son arène de 96 kilomètres de diamètre, vous verrez se projeter nettement ses remparts démantelés sous la forme d'ombres allongées ; cellesci sont d'un noir d'encre et comme découpées à l'emporte-pièce,

AiTBES Mondes 3

Jamais de d iiii-lcinles ni de clairs obscurs comme sur la Terre.

Mais l'astronome a des moyens plus précis pour affirmer que le globe lunaire n'est pas entouré d'une coucbe atmosphérique. Au spectroscope, la lumière de la Lune n'accuse aucun élément étranger à la lumière solaire. Nous savons, en effet, que la Lune est éclairée par le Soleil, c'est donc le spectre de l'astre du jour que nous apercevons en étudiant les rayons qu'elle nous renvoie. L'intensité seule est modifiée, mais non la qualité.

Autre phénomène plus significatif : lorsqu'une étoile s'éclipse derrière la Lune, le temps de son passage peut être calculé d'une façon très exacte, puisque nous connaissons son mouvement propre. Mais si le rayon émané de l'étoile traverse une couche d'air, ce rayon sera réfracté, courbé à l'entrée et à la sortie du disque lunaire ; l'occultation de l'étoile sera donc écourtée par les deux bouts et l'observation nous le dira.

Ce phénomène est fréquent, donc facilement observable ; aussi a-t-il été étudié depuis longtemps.

Bessel avait déjà conclu autrefois que la netteté et la soudaineté de disparition des étoiles pendant les occultations ne pouvaient s'accorder avec la présence d'une atmosphère dont la don-

site eût été supérieure à la Ooo" partie de la nôtre. Sir John Herschel admettait 1/1980.

En 1897, le Prof. Comstock, avec l'équatorial de 16 pouces de l'observatoire Washburn, a trouvé que les observations ne laissent pas place ik une atmosphère dont la densité serait supérieure à i/5ooo de la nôtre.

Soyons généreux, et admettons pour satisfaire tout le monde que l'atmosphère lunaire ait encore i/iooo de la densité de la nôtre au niveau de la mer.

C'est le vide obtenu dans nos machines pneumatiques ordinaires.

Soit, répondra-t-on, mais le peu d'air qui reste a dû s'accumuler au fond des vallées, des cratères, dans les profondes crevasses du sol et c'est là qu'il peut entretenir la vie.

Cette supposition qu'on a souvent émise devant moi, va à l'encontre de toutes les lois physiques. Dans une enveloppe gazeuse, la densité diminue très lentement avec la hauteur. Pour la Lune, en particulier, on peut être assuré que la densité de l'air ne saurait augmenter d'une façon appréciable en passant du sommet des plus hautes montagnes aux dépressions los plus fortes. Dans l'un et l'autre cas, la couche d'air posséderait au grand maximum la densité de notre atmosphère à 70 kilomètres de hauteur environ.

Cet état de raréfaction est tel que, pratique-

ment, une enveloppe gazeuse aussi insignifiante est tout à fait impropre à entretenir la vie.

Ainsi donc, pas d'air sur la Lune ; point d'eau par conséquent, puiscpie dans le vide cette substance s'évapore pour donner naissance à une atmosphère de vapeurs. Aucun phénomène de condensation, jamais de nuages ; le ciel y reste toujours limpide ; ni brumes, ni brouillards d'aucune sorte ; pas d'absorption lumineuse, les bords du disque restent constamment aussi nets que le centre.

Est-ce à dire que tous les éléments de l'atmosphère terrestre, y compris la vapeur d'eau, n'aient jamais existé sur ce monde voisin ? Aucunement.

L'homme vit dans le temps ; de quelle longueur est la durée de l'humanité comparée aux milliers de siècles nécessaires à une planète pour franchir les étapes de sa vie astrale ? Les mondes peuvent être habités — soit — mais quelle folie est la nôtre de vouloir les doter d'habitants, d'animaux ou d'organismes, vivant exactement à la même époque, à la même seconde.

S'il en était ainsi, comment admettre que la Terre soit restée sans apparence de vie pendant des millions d'années ?

Et cependant, c'est là un fait certain, la vie a conuiiencé sur notre planète à une époque déterminée.

« La vie générale, dit- on, est le but de la

création. » Peut-être, mais qu'en savons-nous ? Tout autour de nous ne voyons-nous pas la nature multiplier les germes afin qu'un petit nombre d'entre eux puissent arriver à l'existence ; pourquoi, dès lors, le Créateur n'emploierait-il pas le même procédé pour les planètes ; pourquoi seraient-elles toutes habitées ou habitables ; en tout cas, pourquoi le seraient-elles toutes en même temps ?

L'étude du Ciel nous montre à chaque instant que l'évohition stellaire n'est pas une vaine supposition. De la nébuleuse à l'astre éteint roulant comme un cimetière obscur dans les profondeurs du ciel, il y a tous les stades imaginables. Par les chocs dus à l'agglomération des particules d'abord espacées, la chaleur se développe et l'incandescence survient. L'astre en formation traverse donc toute la gamme des températures.

Les étoiles sont les soleils de l'espace, mais ce sont des soleils plus ou moins chauds.

Des expériences délicates nous ont montré dans le ciel des étoiles-types auxquelles nous pouvons comparer toutes les autres.

C'est ainsi qu'Alpha Orion, Gamma Cygne, Alpha Cygne, Rigel, Thêta Taureau, Bellatrix d'Orion, nous offrent un bon exemple de la gamme ascendante des températures.

Dans les étoiles les plus chaudes, comme Bellatrix, nous trouvons presque exclusivement l'hy-

drogcnc, l'hélium et quelques gaz inconnus de la chimie terrestre, mais à partir de ce stade supérieur, la condensation ne suffit plus à compenser la perle de chaleur rayonnante.

Beta Persée, Gamma Lyre, Castor, Procyon, Arcturus, peuvent marquer les types de l'échelle descendante.

Le speclroscope nous révèle alors une chose merveilleuse, inconcevable pour les anciens astronomes.

Nous pouvons nous rendre compte de l'âge relatif de notre soleil. A quel degré est-il arrivé ? Commence-t-il son évolution et, dès lors, pouvons-nous espérer pour lui une longue vie, ou bien serait-il au nombre de ces astres que la mort guette dans un prochain avenir.

L'examen de son spectre, hélas ! nous donne la preuve qu'il a déjà fourni une longue car.rière ; sans être précisément à l'agonie, notre soleil se range parmi les étoiles les moins chaudes avec Arcturus, la dernière de la liste précédente.

Encore quelques dizaines de millions d'années et les taches que nous constatons accidentellement se feront plus nombreuses, une écorcc solide recouvrira sa surface ; l'astre du jour, avec son éclat, aura perdu sa place parmi les étoiles de la voûte céleste. wSoleil noir et invisible, épave dangereuse pour les millions d'étoiles lancées

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dans les abîmes, il n'en continuera pas moins sa course à travers l'immensité.

Mais ce qui se passera pour notre Soleil a eu lieu pour chaque planète en particulier.

La Terre a traversé, elle aussi, toutes ces phases ; elle a eu son évolution stellaire avant d'être planète. Océan de feu agité de bouillonnements effrayants, d'explosions formidables, sa surface est peu à peu devenue pâteuse ; ce fut tout d'abord une mince pellicule solidifiée dont les scories de matière légère occupaient la partie supérieure.

Longtemps les forces internes ont rompu cette croûte, disloqué les amorces de ces continents en formation, aggloméré ça et là les débris rejetés par l'ardente fournaise intérieure.

Puis les eaux chaudes ont ruisselé en fleuves bouillants jusqu'au jour où la température a permis aux organismes de s'installer sur ces vagues solidifiées.

Ces notions certaines sur l'évolution dos planètes, nos aïeux ne les soupçonnaient pas et il a fallu tout l'ensemble des découvertes contemporaines pour nous fournir la preuve que les mondes, naissent, se développent et meurent, à l'instar des organismes vivants.

En même temps, nous avons constaté que chaque monde était plus ou moins avancé dans le stage de son évolution.

11 y a d'abord la priorité de la naissance : tous

peut-être n'ont pas été formés à la même époque; puis d'autres conditions ont dû contribuer à leur développement plus ou moins rapide. Les petites planètes se refroidissant plus vite, ont parcouru en des temps plus restreints le stade entier de leur vie astrale.

Ainsi, de ce chef, en supposant que la Terre et la Lune aient eu leur formation contemporaine, il est bien évident que notre satellite, moins volumineux, devait arriver plus rapidement à l'extinction finale.

Au temps où les grand sauriens peuplaient la Terre, la Lune elle-même était peut-être habitée.

Qui pourrait nous affirmer que les Sélénites n'ont pas été témoins des premières convulsions géologiques de notre planète. De leurs observatoires, les astronomes lunaires ont pu contempler l'agitation tumultueuse de^e globe immense autour duquel s'effectuait leur révolution.

Déjà, à cette époque, les cratères de la Lune étaient sans doute éteints, les dernières convulsions de notre satellite avaient modelé sa surface en un puissant relief ; lentement, les mers se desséchaient, absorbées par les roches, l'atmosphère se raréfiait et ce petit monde d'un jour s'apprêtait à mourir.

Aujourd'hui, le temps a fait son œuvre, aucune manifestation atmosphérique ne vient troubler cette nature aux apparences de mort. Les som-

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mets des montagnes ne sont jamais ébranlés par les rafales de neige, les avalanches n'existent pas et l'érosion ne comble jamais les vallées profondes.

Si quelque rocher se détache des hauts sommets, il le fait sans bruit et roule silencieusement au fond des ravins. Si les volcans n'étaient pas éteints, ils lanceraient sans fracas des projectiles énormes et les tremblements de l'écorce ne seraient pas accompagnés de sourds grondements.

La Lune est maintenant le pays du silence éternel.

Sur ce bloc tourmenté, les jours durent i5 fois plus que les nôtres et pendant ce long intervalle de temps, le sol qu'aucune enveloppe ne protège, s'échauffe jusqu'à des températures dépassant, selon toutes les prévisions, celle de l'eau bouillante.

Puis, vient la longue nuit lunaire ; les roches se refroidissent brusquement au contact du froid intersidéral et dans ces régions que rien ne défend contre le rayonnement, un thermomètre à gaz, au bout de quelques jours, y marquerait plus de 260 degrés au-dessus de zéro.

Ainsi s'expliquent peut-être ces fendillements nombreux de la croûte lunaire, ces failles gigantesques et ces rayonnements divergeant des grands cratères.

Qui donc habiterait ces plaines immenses, mers

LES AUTRKS MONDKS SONT-ILS HABITES ?

aujourd'hui desséchées, ces amoncellements de rocs entassés pêle-mêle, ce sol de laves, de scories oij le dernier microbe terrestre ne saurait trouver un atome d'oxygène ? Quel organisme résisterait à ces variations de température, à ces changements brusques, à ces alternatives de plus de 3ôo degrés centigrades ?

Et puis toutes les fantaisies disparaissent devant l'évidence des faits. ^

Un grossissement de /loo fois appliqué à une lunette astronomique permet à un œil exercé d'apercevoir sur la Lune un objet de i35 mètres de diamètre. Avec un pouvoir amplificateur de 600 fois, des taches de 90 mètres de diamètre sont bien visibles, mais nos meilleurs télescopes supportent des grossissements beaucoup plus forts, Ils pourraient nous déceler les moindres traces de civilisation ; un monument, une gare de chemin de fer, un convoi en marche n'échapperaient pas à votre vision télescopique; la moindre place verdoyante serait aperçue des astronomes aux aguets. — Or, personne n'a jamais rien constaté de semblable.

Certaines apparences ont été interprétées dans le sens d'une végétation. C'est ainsi que sur de nombreuses portions du disque lunaire, nous constatons des changements de teinte b mesure que le Soleil monte au-dessus de l'horizon de notre satellite.

Les plus faibles instruments permettent à chacun de s'en rendre compte. Examinez l'arcnc intérieure de Platon, elle s'assombrit chaque jour à partir du premier quartier jusqu'à la pleine Lune ; des grossissements très forts montrent à un œil entraîné une foule de détails, on dirait des routes s'entrecroisant dans tous les sens. Tout le reste du plancher du cirque offre des teintes variées allant du gris noir au vert sombre.

Que nous soyons en présence d'une végétation analogue à celle de nos forets, de nos rizières ou de nos prés, cela n'est pas soutenable après ce que nous avons vu des conditions climatologiques de la Lune.

Aussi personne, à l'heure actuelle, ne voudrait se faire le défenseur d'une telle hypothèse ; mais les partisans de « l'habitabilité quand même » ne seraient pas éloignés de croire que dans ces basfonds pousse une sorte de végétation analogue à celle de nos mousses ou de nos lichens. Nous pourrions leur demander oii ces plantes, même rudimentaires, peuvent s'approvisionner de leur eau de constitution, mais ce moyen de réfutation n'est même pas nécessaire. Un microbe, aussi vivace que nous le supposions, ne saurait résister aux conditions de la météorologie lunaire.

Tous les travaux récents ont montré que les rayons ultia-violcls tuent en peu de temps les germes et les spores les plus vigoureux ; aucune

LES At'TRES MONDES SONT-ILS HABITES ?

cellule ne résiste à leur action. Or, le Soleil est une source puissante d'ultra-violet. Heureusement que les rayons de cette partie du spectre s'éteignent dans les hautes régions de l'atmsphère, sans quoi nulle vie ne serait possible sur le globe terrestre.

Sur la Lune, nous l'avons vu, aucun écran n'arrête le rayonnement solaire ; dès lors que ralmosphcjc en est pratiquement absente, la vie, même en la supposant possible pour des organismes inférieurs s'alimcntant d'oxygène par la décomposition des roches, la vie, dis-je, en a disparu depuis longtemps, si tant est qu'elle ait jamais existé.

Cet argument pércmptoire, que ne connaissaient pas les anciens astronomes, vient clore ici la vieille discussion de savoir si la Lune est habitée.

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