‹ Les autres mondes sont-ils habités?Chapitre 8 sur 10 · CL · texte numérisé non relu

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le dessin soigneusement exécuté naguère ; vous êtes convaincu que la planète a subi de profonds changements, lorsque tout à coup, sans cause apparente, sans raison soupçonnable, vous vous retrouvez un beau jour en face de l'aspect primitif, heureusement enregistré sur vos dessins.

Nous voilà donc en présence d'un phénomène entièrement différent de ceux que nous révèlent les cartouches.

Telles sont les apparences mystérieuses qu'il faut expliquer.

Nous allons suivre encore l'astronome américain sans le discuter.

Que faut-il pour l'apparition de la vie végétale sur une planète ? Deux facteurs principaux : des matériaux bruts d'abord, de l'oxygène, du carbone, de l'azote, de l'eau et quelques sels ; puis, un agent excitateur qui est le Soleil.

Sur notre globe, les matériaux ne font jamais défaut, mais le Soleil se retire périodiquement d'un hémisphère pour passer dans la moitié opposée. Si donc, un spectateur pouvait s'éloigner de la Terre à une distance assez grande pour l'embrasser d'un seul coup d'œil, voici certainement ce qu'il constaterait.

Dès la venue du printemps, une onde de verdure envahirait l'hémisphère boréal de la planète et couvrirait bientôt ses continents.

La pousse des plantes ne serait pas, en effet,

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simultanée sur toute la surface. A partir de l'équinoxe, une bande verte se dessinerait vers l'équateur et se propagerait sous la forme d'une onde dont la limite supérieure atteindrait les régions arctiques une centaine de jours après. Le calcul indique, pour la vitesse de cette onde, une valeur de 75 à 80 kilomètres par jour, en moyenne.

Eh bien, sur Mars, nous assistons à un phénomène analogue, mais celui-ci se produit en sens inverse : l'onde de végétation commence au pôle et descend peu à peu vers l'équateur.

D'où provient la différence ? De la climatologie et de la constitution intrinsèque des deux planètes.

Sur Mars, comme sur la Terre, le Soleil revient périodiquement, mais l'eau manque. (( Nous le savons pertinemment par les divers phénomènes que nous présente le disque et qui, n'ayant aucun rapport avec nos recherches actuelles, ne peuvent être le fruit d'idées préconçues. Sa surface n'est diversifiée d'aucune masse d'eau permanente, la traversée des soi-disant mers par des lignes sombres immuables en est une des preuves. La seule eau de surface que connaisse la planète est celle provenant de la fusion des calottes polaires. La végétation ne peut partir qu'après l'arrivée de l'eau. Donc, malgré la présence du Soleil, la végétation doit attendre la venue de

l'eau et suit son maigre débit dans son cours vers l'équateur. »

Les courbes de visibilité des canaux montrent précisément ces apparences opposées à ce que nous observerions sur la Terre, vue de loin. Influencée surtout, non par le retour du Soleil, mais par l'arrivée de l'eau, la végétation renaît, non en remontant les latitudes, mais en les descendant sur le disque.

Les canaux sont donc des bandes de végétation alimentées par l'eau provenant des calottes polaires et nous savons que leur action ne s'arrête pas à l'équateur, mais le dépasse dans l'autre hémisphère.

Mais la présence sur Mars d'une vie végétale nous force par analogie à admettre l'existence d'une vie animale. Evidemment, il est impossible d'avoir aucune preuve directe de la présence d'animaux sur une planète quelconque ; il n'en serait plus de même, toutefois, s'il y avait sur Mars des êtres intelligents, capables de transformer la surface de la planète.

Or, les immenses travaux agricoles de certaines régions terrestres, comme le Kansas ou le Dakota, ne pourraient pas ne pas attirer l'attention d'un observateur extra-terrestre par les variations de teinte se succédant avec liue régularité mécanique. C'est justement, d'après M. Lowel, ce que nous révèle le disque de Mars. « Nous y voyons,

dit-il, les canaux et les oasis offrir précisément les apparences que nos raisonnements a priori nous disent être le signe qu'une planète est habitée. Nous avons des taches rondes ressemblant à nos centres habités et des lignes droites connue nos voies de communication, car les oasis sont assurément les ganglions dont les canaux sont les nerfs. Cette géométrie étrange qui défie touteautre hypothèse devient maintenant la clef même de la solution. Cet aspect d'artificialité qui faisait se méfier des phénomènes eux-mêmes .s affirme comme le nœud vital de toute la question; comme la signature de l'architecte sur la bâtisse achevée, il en indique l'auteur. »

L'absence de toute masse liquide importante est l'indice que l'eau est très rare sur la planète. Celle qui provient de la fusion des calottes polaires est la seule dont nous puissions constater la présence. Dès lors « la faune ne peut survivre qu'en utilisant ce qui reste le mieux possible et, pour y arriver, elle doit y consacrer ses meilleurs efforts dont l'œuvre finira par déformer la surface de la planète et trahir sa présence. Les canaux prouvent donc une intelligence constructive et de plus amples recherches confirment la théorie de leur artificialité ».

Ici, M. Lowell tire argument de l'aspect sous lequel il les voit : « Les canaux sont d'aspect rigide comme un coup de crayon, telle est la carac-

téristique qui frappe de suite l'observateur non prévenu. Schiaparelli a dit depuis longtemps sans s'aventurer à spécifier la nature des canaux, qu'ils étaient tracés comme à la règle et au compas... Leur précision est si minutieuse qu'elle défie tout essai de dessin à main levée... Une règle seule peut reproduire ce que nous montre le télescope et quelque étrange que soit l'aspect des dessins, l'original est encore plus étrange ».

Disons cependant — nous y reviendrons plus loin — que Schiaparelli, dans sa dernière méthode, et Lowell sont les seuls à voir les canaux sous cet aspect. Aucun autre observateur, même muni d'instruments plus puissants, ne peut voir les canaux autrement que larges, diffus, irréguliers et très dégradés sur les bords.

Quoi qu'il en soit, Lowell voit dans la précision géométrique de ces lignes un caractère certain d'artificialité. Leur rectitude ne peut être l'effet du hasard : sur une sphère, une ligne droite est un arc de grand cercle, par conséquent, le chemin le plus économique. Leur largeur uniforme sur d'immenses parcours, est aussi une chose inexplicable par une action naturelle quelconque, tandis que l'extrême ténuité prouve une industrie raisonnée, désireuse de ménager ses ressources. La gémination elle aussi intervient dans le même sens. « Ces lignes parallèles et identiques comme deux files de rails, paraissent

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absolument au-dessus du pouvoir des causes naturelles. Mais elles ne sont plus aussi énigmatiques si on leur donne un caractère artificiel, corroboré d'ailleurs, par la connaissance récente de leur mode de répartition.

Les géminations sont abondantes surtout près de l'équateur, là où la circonférence des longitudes est la plus grande ; elles diminuent ensuite pour disparaître par 60 degrés de latitude et disparaître d'une façon absolue. C'est là quelque chose de très significatif, complètement inexplicable d'une façon naturelle et qu'on ne peut rattacher qu'à un plan de voies de communication ou de canaux, distribuant l'eau d'irrigation vers les basses latitudes. La répartition des géminations est en harmonie avec la loi de développement applicable à l'ensemble des canaux. Les deux composantes de chaque paire peuvent (^tre un canal d'amenée et un de retour, mais nous ne savons encore rien de positif là-dessus. Le sujet peut être beaucoup plus complexe et il faut se garder soigneusement, ajoute plaisamment M. Lowell, « de confondre le fait avec l'imagination ».

La forme ronde des oasis est également bien significative, le cercle ne possède-t-il pas la propriété d'offrir le maximum de surface pour un périmètre donné ? <( Des constructeurs, suffisamment intelligents, seraient fatalement conduits à

établir un plan où la plus grande superficie possible serait obtenue avec la moindre dépense de forces. Cela revient à dire qu'ils chercheront un dessin où la distance du centre au bord sera minimum ; en d'autres termes, ils aboutiront à la forme circulaire ».

Voici enfin un dernier argument, tiré du fait que l'onde de végétation partant du pôle ne s'arrête pas à l'équateur, mais franchit cette ligne et se poursuit très avant dans l'hémisphère opposé.

Une planète au repos, en se refroidissant, aurait pris une forme sphéroïdale, si elle n'avait été soumise à aucune action extérieure. Mais, si la planète est animée d'un mouvement de rotation, il se produit un aplatissement aux pôles et le solide devient un ellipsoïde de révolution. Mais dans les deux cas, la surface est en équilibre hydrostatique et une particule liquide placée en un point quelconque de cette surface théorique doit rester où elle est, sans aucune tendance à un mouvement déterminé.

Telle est la surface de Mars. « Mais l'eau qui réveille la verdure des canaux descend du voisinage des pôles vers l'équateur, à mesure que la saison s'avance. La pesanteur ne l'y sollicite pas. Aucune force naturelle ne l'y pousse et il est impossible d'écarter l'idée d'un mécanisme artificiel établi tout exprès. Cette hypothèse est difficile à

loi LES AUTRES MONDES SONT-ILS HABITÉS ?

détruire, car l'eau ne peut que descendre et la pente ne saurait exister sur une surface en équilibre hydrostatique... » Or, l'entier système des canaux de Mars se développe progressivement des pôles vers l'équateur.

Le mécanisme, quoique inverse, rappelle en plus d'un point ce qui se passe sur la Terre.

La végétation martienne, partie des régions arctiques, met 52 jours pour arriver aux contrées équatoriales. Cette vague ou plutôt cette reviviscence végétale, accomplit ainsi un parcours de /i.24o kilomètres. Cela nous donne pour l'eau une vitesse de 80 kilomètres par jour, un peu moins de 3 kilomètres 1/2 à l'heure et, chose remarquable, le phénomène est très régulier.

Toutes ces particularités indiquent évidemment, conclut M. Lowell, que la nature ici ne prend aucune part à ces manifestations. Les Martiens font tout. Mars, plus petit que la Terre, est plus avancé dans son évolution, les êtres intelligents sont donc plus loin que nous dans le stade de la civilisation et c'est un jeu pour les ingénieurs de ce monde vieilli de tracer des cours d'eau de 5. 000 kilomètres de longueur sur une planète 011 le service des travaux publics est encore favorisé par une diminution très notable de la pesanteur.

Dès que la fonte de la calotte polaire commence, tout le monde est à l'œuvre ; l'eau, si rare, est

recueillie immédiatement et envoyée dans les canaux. Par quel mécanisme est-elle lancée en un flot torrentueux, parcourant 80 kilomètres en 2/1 heures ? Voilà ce que nous ignorons.

Mais si nous ne voyons ni les pompes, ni les machines, ni les écluses, ni les travaux gigantesques auxquels les Martiens ont dû se livrer pour opérer l'irrigation d'un hémisphère entier en 02 jours, du moins pouvons-nous facilement nous rendre compte des résultats.

Ceux-ci ne sont pas douteux. A mesure qu'avance le front de l'onde mouvante, les riverains du canal, sans perdre un seul instant, ouvrent les vannes et arrosent leurs champs, leurs prairies, leurs moissons. La végétation renaît aussitôt sur les rives de ces fleuves artificiels et voilà le phénomène que nous apercevons de loin dans nos télescopes.

La nature, livrée à elle-même n'accomplirait pas ces prouesses ; elle ne tracei'ait pas des canaux rectilignes sur d'aussi vastes étendues, elle ne saurait, sans enfreindre ses lois, transporter l'eau bienfaisante des pôles à l'équateur, et surtout, elle n'aurait pas l'idée d'utiliser l'abondance des flots au moyen de canaux doubles parallèles, de créer des oasis distribuées régulièrement sur un sol désertique, bref de rendre possible la vie végétale et animale sur un monde mourant de soif, de lutter jusquau bout contre la sécheresse

d'un climat saharien et de transformer en éden une planète agonisante.

Non, mille fois non, nous ne voyons pas les Martiens, nous ne les verrons jamais, car à cette distance, nos instruments, aussi perfectionnés que nous les supposions, seront toujours impuissants à nous les montrer, mais nous les voyons à l'œuvre, nous voyons les résultats de leur travail aidant la nature, nous apercevons les effets et nous devinons la cause.

Mars, sans les Martiens, est inexplicable. L'artificialité des canaux, au contraire, explique tout: donc les Martiens existent et la planète, quoique mourante, nourrit encore des êties intelligents.

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