CHAPITRE PREMIER : LOOS-LEZ-LILLE
possession de la chambre d'Eugénie, el souvent la jeune fille vint, s'agenouiller à ses pieds pour lui confier ses désirs, ses préoccupations, s'épancher fîlialement près de sa divine Mère. Une t'ois, elle crut entendre des mots qui, passant à travers les lèvres de Marie, atteignaimt jusqu'à son cœur : « Un jour, je serai dans une chapelle. )) Elle ne comprit pas, ou peut-être elle n'osa pas comprendre, mais Notre- Dame de la Providence savait ce qu'elle disait ; la statue est maintenant rue de la Barouillèrc et Notre- Dame de la Providence s'appelle aussi la Reine du Purgatoire^.
Il semble que pendant les dix années qui suivent la sortie d'Eugénie du Sacré-Cœur, elle oublie un peu les âmes du Purgaoire ; du moins, on ne trouve pas dans les récits qui résument cette période, l'élan enthousiaste des premières années ; Dieu veille, il attend son heure ; elle est venue. Le premier novembre 1853, Eugénie sent son âme pénétrée du recueillement le plus intime ; elle entend la sainte messe toute imprégnée des consolations les plus vives, et prend la résolution de sanctifier cette journée et d'en faire une fête du ciel. L'après-midi, avec les siens, elle va aux vêpres. Au moment où le célébrant expose le Saint Sacrement, elle se sent portée à réaliser une idée bien chère, idée qui l'année précédente, à la même époque, remplissait déjà son âme, mais que les préoccupations de la grande loterie de la Sainte- Enfance lui avaient fait écarter : fonder une association de prières et de sacrifices pour les âmes du Purgatoire. Mais l'illusion lui semble si facile, et en outre la Providence est si délicatement bonne qu'elle sollicite pour son idée un signe qui marque l'appro-