‹ Les auxiliatrices des ames du Purgatoire 1856-1909Chapitre 18 sur 40 · I. La mort d'un de ses oncles le retai-da · texte numérisé non relu

I. La mort d'un de ses oncles le retai-da

Les encouragements ne lui manquent d'ailleurs pas. Le Père Renault, supérieur des Jésuites de Lille et le Père Bertrand, venus à Loos, faire une visite à Monsieur et à Madame Smet félicitent Eugénie et font les vœux les plus sincères pour sa réussite. L'entreprise est bien grande et bien difficile, mais, après tout ce qui est arrivé, il est probable que la volonté de Dieu est là. De Belley lui arrivent aussi les meilleurs souhaits : le ciel s'est éclairci ; le premier moment d'humeur passé, Monseigneur Chalandon est redevenu le père d'autrefois et de toujours : « Quand j'ai lu dans votre lettre que vous croyiez, n'être plus mon enfant, j'ai craint que les névralgies ne vous eussent rendu un peu folle. Vous l'êtes toujours et je bénis Dieu des grâces qu'il vous accorde comme s'il me les accordait à moi-même... Que Dieu rende cette année 1856 la plus belle et la plus sainte de vos années. Amen. »

Quelques jours plus tard, Monseigneur Chalandon l'informait que du 30 ou 31 janvier au 6 février, il serait à Paris, chez les sœurs de Saint-Joseph, rue Monceau 21 : w Et je n'ai pas le temps d'en écrire plus long. Et vive la Providence ! Qu'elle vous protège toujours ! »

Eugénie recevait ce billet bien peu de jours avant son départ pour Paris. On l'y attendait impatiemment, depuis le retour de Monsieur Largentier. Eugénie Lardin jetait tout son cœur si chaud, si simple et si grand, dans une lettre du 9 décembre.

« Ma mère ! Oh ! ma mère ! Nous avons donc enfin une mère, le Seigneur vous a envoyée vers nous, vous êtes nôtre maintenant. Ne vous effrayez pas de vos grands devoirs, le Seigneur vous donnera toutes les grâces qui vous seront nécessaires pour l'œuvre,^ pour vous, pour nous. Oh ! ma mère, que j'ai mainte-

nant un grand désir de vous voir ; au moins nous noua comprendrons, nous oserons parler de l'amour du Seigneur. Vous viendrez bientôt, ma mère puis nous pleurerons ensemble devant le Seigneur, afin qu'il fasse connaître à ceux que nous laissons combien son joug est doux. . . . Ma mère, j'ai passé de suite au cou la relique que vous m'avez envoyée, (relique de saint Eugène). Je ne sais rien de mon patron, vous m'apprendrez sa vie, puis tant de choses que j'ignore, que j'ai besoin de savoir. . . Oh ! mon Dieu, que j'ai besoin d'une mère, que j'ai de joie que vous me la donniez. . . Ma mère, j'ai parlé à Monsieur Largînti^r de Pauline ; que fait-elle dans le monde ? Pourquoi ne vient-elle pas avec nous ? . . .

« Je ne vous dis rien de plus, parce qu'il faudrait vous dire trop de choses. On a beaucoup prié pour vous, hier à Lyon, mais sans savoir de quoi il s'agissait. . . Adieu, à Dieu, ma mère, je ne vous demande plus de prières pour moi, vous ne pouvez plus faire autrement maintenant.

« Je suis dans le Cœur de Notre-Seigneur, Votre fille dévouée,

Eugénie Lardin. »

Quelques jours plus tard Mademoiselle Smet recevait de ses futures filles une lettre signée de leurs noms à toutes, d'une même écriture, ce qui lui fit croire un instant qu'elles ne savaient pas toutes écrire. Ce n'était plus l'expansion filiale de Mademoiselle Lardin, le même cri de l'âme.

Très chère Sœur,

« Combien nous vous sommes reconnaissantes de

la participation que vous avez prise à la fête de notre

première consécration, (8 décembre). Avec quel

empressement et consolation nous accueillons l'es-

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pérance de vous posséder parmi nous ! A cet effet, le jour même que notre Père nous a l'ait part de votre édifiante lettre, que nous avons lue et relue avec bonheur, nous avons regardé comme un devoir de réciter l'invocation incluse, afin qu'unissant nos faiblesses, et unissant aussi nos prières, nous ayons le bonheur de faire une sainte violence à la Justice divine et d'obtenir la délivrance des âmes bienaimécs de Notre-Seigneur Jésus-Christ...

« Nous joignons nos noms, comme vous l'avez marqué, afin que malgré la distance qui nous sépare, nous soyons, en attendant mieux, unies de cœur et d'esprit.

« Recevez, très chère Sœur, les sentiments d'une naissante, mais déjà très profonde affection, »

Deux seulement des signataires. Mademoiselle Eudoxie Trigory, et Mademoiselle Joséphine Molard, devaient persévérer et mourir dans la Société.

Mademoiselle Joly qui, sans voir encore comment elle pourrait entrer un jour dans la Communauté, était pourtant heureuse d'offrir une partie de son appartement, rue Saint-Martin, et de faire l'essai de la vie en commun, écrivit une bonne lettre à Eugénie, le 30 décembre ; elle la terminait ainsi : « Permettez-moi en vous quittant de vous donner le doux titre de mère qui vous convient si bien et de vous assurer de toute l'affection qu'a déjà pour vous celle qui voudrait pouvoir se dire pour la vie,

« Votre toute dévouée et respectueuse fille en Jésus-Christ.

Julie Joly, »

Si Mademoiselle Joly demandait à Eugénie de lui permettre de lui donnsr le titre de mère, c'est qu'Eugénit^ avait protesté. Mademoiselle Lardin, dans sa

lettre du 28 décembre, avait encore désobéi, parce « qu'elle était entêtée, et qu'elle voulait se faire bien connaître, qualités et défauts, » mais elle avait bien affirmé qu'elle désobéissait pour la dernière fois ; et de fait, le 31, elle disait : «Ma chère Sœur, » le nom ne faisait rien ;"i la chose ; elle restait une fille très soumise, disposée à accompagner Mademoiselle Smet partout où elle voudrait ; simple, ouvrant à deux battants son âme, où il n'y a rien à cacher ; aimante, les petits présents venus de Loos lui font plaisir : « Mais ce qui m'est surtout précieux, c'est votre affection en Notre-Seigneur », toute intérieure : « J'ai horreur de tout ce qui est action, mouvement, je ne puis me souffrir qu'à l'église, la tête dans les mains pour ne rien voir ni entendre » ; elle signait d'ailleurs, cela n'était pas défendu :

« Votre petite enfant.

Eugénie Lardin. «

Oh ! oui ; Dieu fait bien ce qu'il fait ; en unissant ces deux âmes si belles, si profondément surnaturelles, aux qualités si rares et si différentes, c'était, pour la Société des Auxiliatrices du Purgatoire, vingt années qu'il préparait admirables par l'unité des vues, la fécondité des œuvres. La Mère du Sacré-Cœur après avoir filialement aidé la Mère Marie de la Providence à porter le fardeau de la supériorité, devait à son tour le garder sur ses épaules six années. Ce n'est pas tout ; avec Eugénie Lardin, amenée par elle à la Société et à Eugénie Smet, c'est Joséphine de Mons, la Mère Marie de la Miséricorde, qui, entrée le 28 août 1856, continuera pendant trente ans, perfectionnera l'œuvre des deux premières Mères Générales ; mieux que personne elle peut transmettre aux jeunes qui grandissent leur esprit dans toute sa pureté : elle était du

début, elle a trempé ses lèvres aux premières eaux qui jaillirent. Si Eugénie Smet avait pu prévoir cet avenir, en décembre 1855, elle aurait encore mieux compris qu'elle était vraiment, comme l'abbé Largentier le lui disait déjà, « l'enfant gâtée de Dieu et des hommes. »

Le départ pour Paris était donc résolu. Eugénie n'avait rien dans sa bourse, elle ne voulait rien demander aux siens, elle ne voulait rien prendre sur les sommes recueillies en vue de la fondation ; la Providence intervint. Madame Viernot devait prendre l'habit au Garmel, le 2 février ; elle souhaitait qu'Eu- ■génie assistât à la cérémonie : « Je sais, lui écrivitelle, qu'avec toutes vos œuvres il vous serait difficile de faire les frais de ce voyage ; ceci vous expliquera les quatre cents francs contenus dans cette lettre. »

Madame Smet ne voulait pas qu'Eugénie voyageât ^eule ; deux de ses amies partaient le 19 janvier, elle partirait avec elles ; son père consentant, elle écrit à Monsieur Largentier pour le prévenir de son arrivée.

19 janvier 1856 ! les Auxiliatrices des Ames du Purgatoire considèrent ce jour comme leur jour de naissance ; et elles ont bien raison. Ce jour-là Eugénie Smet répondait pleinement à l'appel divin, elle acceptait toutes les conséquences de son acte, elle acceptait d'être fondatrice ; pour soutenir son courage, elle avait, avec le souvenir desgrâces reçues, des lumières venues du ciel et de la terre, une douce et chère parole qui, quelque temps avant, était arrivée d'Ars : « Cette œuvre est la réalisation d'une pensée d'amour du Cœur de Jésus. »

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