I. Rom. XI
OAMON. — LEà AUXIUATP.ICES DU PURGATOIRE. — I. 8
jeune communauté ne pouvait ni vivre ni se développer dans les cinq pièces que lui cédait Mademoiselle Joly ; mais le P. Aussant trouvait que nos exigences ne font qu'embrouiller les œuvres de Dieu et « qu'il lui faut une fameuse dose de patience pour nous supporter sous ce rapport, comme sous tant d'autres. Dieu vous demandera, écrivait-il à Eugénie, toujours dans la même lettre, suivant toutes les probabilités^ de venir à Paris, sans que vous sachiez où reposer la tête, sans que vous puissiez par conséquent couvrir votre folie même aux yeux de vos amis les plus dévoués... Quittez donc tout, même ces pauvres, ces bonnes œuvres, ces parents et tout cela qui n'est pas Dieu ou Dieu seul ; désormais c'est Dieu seul que vous devez aimer et servir.
« Tout vôtre en ce bon Maître,
P. L. Aussant. des Frères Pr. »
Eugénie avait lu cette lettre aux pieds de Notre- Dame de la Providence : les écailles lui tombèrent des yeux, un nouveau monde sembla lui apparaître r oui, c'était la vérité, il fallait, passant par-dessus les angoisses, marchant sur son cœur, retourner au plus vite à Paris, et elle s'occupa sérieusement de placer en mains sûres les œuvres qu'elle avait si longtemps dirigées, qu'elle avait créées, et qui lui étaient si chères. La lutte, menée virilement, n'en fut pas moins terrible ; sa frêle santé, sous de si rudes assauts flécKit, mais les encouragements héroïques venus de Paris, maintenaient l'âme en face et à la hauteur du terrible et surnaturel devoir. Le 7 mars Madame Jurien écrivait :
Ma chère Enfant, « L'état où vous êtes est bon, très bon. Je ne vous en souhaite pas un autre parce que vous pourriez-
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tomber ; tandis qu'étant par terre, et face contre terre, par l'état de misère où vous êtes, vous n'avez rien à craindre. C'est en liaut qu'il faut craindre de se sentir planer ; mais en bas et si bas qu'on puisse être, il n'y a qu'à louer Dieu de la grâce qu'il nous fait de nous tenir par cette posture hors de tout vertige et de toute tentation contraire à l'humilité. Vous n'avez rien à faire en ce moment concernant l'œuvre. Pourquoi donc Dieu vous donnerait-il sa grâce pour agir ? Allons donc, chère fille, bénissons Dieu l'une et l'autre de ce qu'il vous tient si bas, si petite, si incapable d'aucun acte sensible d'amour pour lui, parce qu'alors sa grâce venant à couler en vous, les effets n'en pourront être attribués par vous et par autrui qu'à l'Auteur de tout bien ; autrement nous perdrions notre temps et notre peine, et nos efforts pour le bien ne seraient couronnés d'aucun succès glorieux à Dieu notre Maître, notre amour, notre Tout. »
Eugénie, accompagnée de sa plus jeune sœur, et d'une orpheline élevée au Bon-Pasteur, qui brûlait de la suivre comme sœur coadjutrice, quitta Loos ]e 25 mars ; comme Marie, elle disait à Dieu : Fiai mihi secundum verbum tuum^. L'arrivée fut pénible, sa remplaçante l'attendait à la gare : « Ma Mère, vous avez bien fait de revenir ; le désordre le plus complet règne rue Saint-Martin. » Les difficultés étaient sans doute très grandes, mais très grandes aussi les bizarreries du caractère de celle qui, pendant un mois et demi, avait conduit la petite communauté. Monsieur Gabriel ne l'aborda pas autrement : « Il était bien temps que vous revinssiez, rien ne marche, tout va de travers. » Une de ses premières visites fut pour le docteur Montargis qui, pendant son