CHAPITRE NEUVIÈME
Vers la fin du mois de mars 1864, la Mère de la Providence écrivait dans ses notes : « On me propose aujourd'hui une fondation à Nantes, est-ce un coup de la Providence ? » C'était un coup de la Providence, le P. Basuiau consulté l'estime ainsi dès le premier moment, il insinue même que, si ses supérieurs l'autorisent, il pourra se rendre à Nantes.
La première idée de cette fondation était venue à Mademoiselle Joséphine Terrien de la Haye, et c'était son oncle qui, le 30 mars, avait vu la Mère Fondatrice, et lui avait demandé dans quelles conditions elle accepterait de venir à Nantes. « La première, Monsieur, dit-elle, c'est que le bon Dieu le veuille, ce qui nous serait manifesté par la volonté de Monseigneur ; jusqu'ici je ne vois que le désir de Mademois^^Ue votre nièce. Et ensuite, il faudrait qu'on m.^ donnât une maison, et qu'on assurât les moyens d'existence des quelques Sœurs qui seraient envoyées dans cette ville. » Monsieur Angebault remercia et promit de poursuivre l'affaire. Tout de suite la Mère de la Providence comprit que la proposition était sérieuse ;
l'idée de cette première fondation ne laissait pas de l'effrayer.
Le 19 avril, Monsieur l'abbé Richard, vicaire général de Monseigneur Jacquemet, évêque de Nantes, venait à son tour savoir toute la pensée de la Mère de la Providence sur la future fondation ; elle n'avait pas changé : une maison et une pension pour chaque sœur. Monsieur Richard ne lui cacha pas que ces conditions avaient un peu effrayé ; la bonne volonté de l'évêque restait pourtant complète, et il ne demandait qu'à connaître celle de Dieu.
Après cette visite, la Mère de la Providence ne douta plus ; la fondation se ferait, mais comment ? Le 24 avril, jour de l'octave du Patronage de saint Joseph, il lui sembla que Notre-Seigneur, entre les deux élévations, lui reprochait son manque de confiance : si elle avait attendu pour fonder la Société que quelqu'un vînt lui dire : Je te donne une maison, et j'assure la vie des sœurs que tu y mettras, elle serait encore rue Saint-Martin. « Il faut seulement, se dit-elle, que là où nous nous établirons, je m'assure de la sympathie de quelques familles ; je demandai au bon Dieu qu'on nous aidât à payer notre loyer durant les premières années, pour le reste, nous nous abandonnerons à la Providence conservant fidèlement le cachet de notre petite Société : l'esprit de foi. »
Pour savoir si cette résolution est bien conforme à la pensée divine, elle agit encore une fois en enfant gâtée, et demande une preuve : une lettre de Nantes. Elle n'a rien reçu de Monsieur Angebault, ni de sa nièce, depuis le 30 mars. Le Père Basuiau approuva le généreux abandon de la Mère Fondatrice : « Je suis pressée, lui dit-elle, d'en faire part à Monsieur Angebault. — Attendez, dit Je Père, le bon Dieu vous en donnera l'occasion. »
Le lendemain, lundi, le Père élait encore là quand la Sœur portière apporta le courrier : deux lettres de Nantes, l'une de l'oncle, l'autre de la nièce. La Mère émue remercie Notre-Seigneur ; le Père lui dit alors : « Vous aviez demandé une preuve ! « Oui, et elle avait été vite exaucée. Monsieur Angebault fut informé des nouvelles dispositions et du prochain voyage d'une personne amie. Le R. P. Provincial, mis au courant, avait permis au P. Basuiau d'aller à Nantes ; il devait y être le 10 mai. L'âme du Purgatoire la plus dévouée au Saint-Esprit, fut chargée d'aider l'affaire au ciel et, pendant trois jours, les communions de la Communauté implorèrent sa délivrance ; le futur établissement fut encore recommandé à Notre-Dame des Victoires.
Le P. Basuiau ne put rencontrer Monseigneur Jacquemet, ilvitMonsieurl'abbé Richard quelques instants seulement ; Monsieur Angebault, toujours très bien disposé, ne doutait pas du succès. Le Pèro avait visité une maison « située sur un boulevard superbe >> à cinq minutes de la résidence des Pères Jésuites, qui lui semblait « devoir suffire dans les commencements moyennant quelques modifications ». Monsieur Angebault fut chargé de l'examiner plus en détail ; et l'on attendit.
Le 24 mai, la Mère de la Providence estimant que la décision ne venait pas assez vite, demande à la Sainte Vierge, supérieure de la petite Société, de lui donner ce jour-là même, une bonne lettre de Nantes. Vers une heure, la lettre arrivait ; le P. Basuiau l'avait reçue le matin même ; Monsieur l'abbé Richard y témoignait tout l'intérêt que Monseigneur l'évêque de Nantes portait aux Auxiliatrices. Le lendemain, la Mère de la Providence écrivait ;
Monseigneur,
«Le R. P, Basuiau me donne connaissance de la lettre de Monsieur l'abbé Richard, votre vicaire général. J'ai lu avec grande émotion que, sans nous connaître, vous aviez l'extrême bqnté de donner votre consentement au projet d'une fondation d'Auxiliatrices des Ames du Purgatoire, dans votre ville épiscopale. Veuillez me permettre de vous exprimer ma filiale reconnaissance, pour cette marque de paternel intérêt. J'espère, Monseigneur, que vous n'aurez pas à regretter de nous avoir admises au nombre des familles de votre diocèse, nous partageons entièrement votre opinion de nous établir sans bruit, désirant ne pas faire parler de nous, mais seulement nous dévouer aux œuvres de miséricorde pour le soulagement des âmes du Purgatoire, Conformément au désir exprimé par Votre Grandeur, dans une lettre que j'ai sous les yeux, je confirme les conditions transmises par le R. P. Basuiau à Monsieur 1 abbé Richard. Ces conditions sont les suivantes : 1° que nous soyons assurées pendant cinq années des intérêts de la somme employée à l'acquisition de notre résidence, 2o qu'on nous procure le mobilier nécessaire à l'usage des dix premières Sœurs qui seront envoyées. Pour réaliser cette double condition, nous comptons sur le zèle et le bienveillant intérêt de plusieurs familles de Nantes, entièrement dévouées à notre Société, car, Monseigneur, je suis bien aise d'assurer à Votre Grandeur que nous ne voulons pas augmenter le nombre de ses sollicitudes, et qu'elle n'aura pas à se préoccuper des difficultés matérielles que pourra faire naître notre installation.
« En attendant. Monseigneur, qu'il me soit permis de recevoir en personne votre paternelle bénédiction,
permettez-moi de la réclamer humblement, et pour vos futures filles et pour toute notre petite Société.
« Daignez agréer, Monseigneur, l'assurance du profond respect avec lequel je suis, de Votre Grandeur, la très humble fille en Notre-Seigneur,
Marie de la Providence. »
Le 2 juin, veille de la fête du Sacré-Cœur, la Mère de la Providence pria la bienheureuse Marguerite- Marie de donner son cœur au Cœur Sacré de Jésus, et demanda pour le lendemain un nouveau signe de la divine volonté : si Monsieur Angebault veut bien donner, en quatre ou cinq ans, la somme de dix-huit à vingt mille francs qu'il a proposée le 30 mars, ce sera la preuve bien claire que le divin Cœur de Jésus désire la fondation de Nantes. Le lendemain, le P. Basuiau annonçait que le propriétaire diminuait de vingt mille francs le prix de son immeuble et, à quatre heures, il envoyait rue de la Barouillère, une lettre de Monsieur Angebault : « Voilà ce à quoi je m'engage personnellement : je donnerai à la bonne Mère, pendant cinq ans, les intérêts de la somme qu'elle devra emprunter pour payer la maison de Nantes, pourvu que cela ne dépasse pas cinq mille francs par an ; de plus, un petit mobilier. » Le Sacré- Cœur donnait plus qu'on ne lui avait demandé : pendant l'octave de la fête, la Mère Fondatrice récita son ofïice pour le bon succès du voyage qui s'imposait, et qu'elle redoutait beaucoup.
Le 9 juin, elle informait Monseigneur Jacquemet que le généreux concours, sur lequel elle avait compté, était assuré et demandait un témoignage officiel de l'approbation de Sa Grandeur. Elle le recevait le 14 juin :
Ma Révérende Mère,
« Oui, sans doute, c'est de tout mon cœur que je vous reçois dans mon diocèse et dans ma ville épiscopale. Votre œuvre m'a beaucoup touché dès les premiers jours où je l'ai connue. Elle est éminemment chrétienne et manquait à l'Église. Vous serez très bien accueillies par notre population si bonne et si pleine de foi. Néanmoins, vous savez que je désire que votre établissement se lasse sans bruit, et que l'on n'apprenne votre présence que lorsque vous aurez déjà acquis droit de cité.
« Venez donc, ma chère Mère, et vous toutes, mes chères filles, je vous bénis par avance. Ma santé étant altérée je ne pourrai pas dès l'abord vous voir autant que je le désire, mais j'espère me dédommager plus tard. »
« Recevez, ma Révérende Mère, l'assurance de mon respectueux dévouement,
t Alexandre, Evêqiie de Nantes. »
Oui, c'était bien par leur dévouement que les Auxiliatrices comptaient obtenir leur droit de cité, les bénédictions des malades le leur assureraient. Le lendemain, 15 juin, après avoir remercié Monseigneur, la Mère de la Providence, sans se faire connaître comme religieuse, achetait la maison de Monsieur Desaunoy ; elle s'engageait à payer comptant, le jour de l'entrée en jouissance, le 30 août : la Communauté informée de la grande nouvelle, communia, le dimanche 19, en action de grâces.
Monsieur Gabriel voulut lui-même annoncer, à Monseigneur Darboy,la future fondation et les heureuses circonstances dans lesquelles elle se présentait, et demander quel jour Sa Grandeur pourrait recevoir
la Mère de la Providence : « Mais, quand elle voudra! » Le lundi 20, à midi, elle sonnait à l'archevêché ; Monseigneur la félicita des progrès de la Société et des grandes grâces que Notre-Seigneur lui avait accordées, il fut très aimable. Le même jour, Monsieur AngebaulL lui demandait de vouloir bien venir à Nantes le 30 juin ; le l^^" juillet ils pourraient tout régler ; il ajoutait :
« Madame Angebault a le plus grand désir de vous voir et de vous faire quelques demandes. Elle a grand besoin de consolations : deux enfants nous ont été enlevés, et la dernière, âgée de vingt-cinq ans, vient d'entrer à Neuilly, au couvent des Dames Anglaises, où sa mère l'a conduite elle-même il y a trois semaines. . . Venez donc chez nous, prier, souffrir, agir ; que Notre- Dame de la Providence et sainte Anne, patronne des Bretons, vous soient en aide ; ce sont de puissantes Auxiliatrices ; elles vous feront trouver chez nous des prières et des secours pour consolider la nouvelle fondation, >'
Le 1«^ juillet était le premier vendredi du mois, la Mère de la Providence accepta cette date avec empressement ; quel jour pouvait être meilleur pour conclure cette affaire ! Les choses allaient trop bien ; le Roi Jésus est un roi couronné d'épines, et son Cœur a été percé par la lance ; le 23 juin le P. Basuiau recevait du Père Marquet, supérieur des Jésuites à Nantes, une lettre inquiétante ; Monseigneur Jacquemet était mécontent ; pour l'achat de la maison on s'était servi de l'intermédiaire d'une dame qu'il eût préféré ne pas voir mêlée à cette affaire. Cette dame avait indiqué au P. Basuiau la maison que personne ne savait être à vendre ; ayant été la première informée des intentions du propriétaire, il était naturel qu'elle poursuivît officieusement les pourparlers ; rien
d'ailleurs n avait été conclu sans le consentement de Monsieur Angebault. Mis au courant de tout, le P. Basuiau envoya le simple récit des faits à Monsieur l'abbé Richard ; la Mère de la Providence, à cause de cette malencontreuse histoire, voulut partir dès le 29. Le Père hésitait à se rendre à Nantes, un mot de Monseigneur Jacquemet le fit changer d'avis : le prélat ne voulait traiter qu'avec lui seul les questions d'argent ; il partirait donc le 29 au soir. On promit vingt-cinq chemins de croix aux âmes du Purgatoire, qui avaient eu le plus de dévotion au Cœur de Jésus, si tout s'arrangeait.
Le 29 donc, la Mère de la Providence, la Mère Saint-Augustin (Estelle Lobert), la Mère Saint-Pierre, et la Mère Saint-Ignace, partaient pour Nantes à neuf heures du matin. Elles faillirent manquer le train, mais les bons Anges veillaient et le soir, sous la protection du Cœur de Jésus, de la très sainte Vierge, de saint Joseph et des âmes du Purgatoire, les voyageuses arrivaient à Nantes. Monsieur Lafargue, un ami, les attendait à la gare ; elles n'avaient pas cru devoir accepter l'hospitalité qu'on leur offrait — les chambres étaient toutes préparées — elles descendirent à l'hôtel de France, n'ayant pu trouver place dans une Communauté religieuse. L'arrivée fut plutôt pénible, l'omnibus, n'appartenant pas à l'hôtel ne put entrer dans la cour, il fallut descendre et transporter les bagages devant les consommateurs installés au café du rez-de-chaussée. La Mère de la Providence refusa des chambres séparées, il fallut faire monter des lits dans les deux seules qui communiquaient. L'hôtel était tout près du théâtre, sous les chambres se trouvait un cercle, et le P. Marquet avait bien recommandé de ne pas descendre dans un hôtel, cela ferait mauvais effet... Monsieur et Madame Lafargue
el leurs enfants, redoublaient, d'amabilité, ils étaient venus voir l'installation des Auxiliatrices, et leur avaient fait promettre de venir chez eux passer quelques instants, après le souper. La Mère de la Providence accepta, il fallait bien trouver le temps d'installer les lits. Épuisées de fatigue, les pauvres voyageuses n'étaient guère en état de soutenir une conversation, et arrivées chez Monsieur Lafargue, malgré l'amabilité prévenante et les délicatesses de leurs hôtes, c'était, dans le salon, un désespérant mutisme ; la Mère Marie de la Providence n'en pouvait plus. Pour dire quelque chose. Madame Lafargue demande à la Mère Saint-Pierre : « C'est vous qui chantez, ma Mère ! » Brisée de fatigue, la Mère Saint- Pierre trouve la force de chanter un cantique que Mademoiselle Lafargue accompagne. En quittant les religieuses, qu'il a reconduites à l'hôtel de France, Monsieur Lafargue leur laisse ces derniers mots : « Surtout, ma bonne Mère, ne vous gênez pas ; faitesmoi chercher même pendant la nuit, si je puis vous être utile. » Il était onze heures, un seul lit était monté, il fallut encore attendre un repos pourtant bien gagné. Le lendemain, la Mère de la Providence accompagnée de la Mère Saint-Pierre se rend, à la première heure, rue Dugommier, à la résidence des Pères Jésuites. « Le P. Basuiau est-il arrivé ? » Oui, répond le frère portier. La Mère demande s'il peut descendre : de concert avec lui, on fixe l'emploi de la matinée. Impossible de joindre Monseigneur, on ira d'abord chez Monsieur Angebault, puis chez Monsieur l'abbé Richard. Le R. P. Marquet veut bien descendre un instant au parloir : « Vous voilà donc Nantaises ? — Oui, mon Père, depuis hier soir et nous sommes descendues à l'hôtel... et à l'hôtel de France. — Ah ! ah ! vous avez bien choisi,
c'est tout ce qu'il y a de pire !.. » Après quelques paroles, la Mère de la Providence remercie le P. Supérieur de sa sollicitude, il répond qu'il n'a encore rien fait, mais sera tout heureux d'être utile.
La Mère de la Providence et la Mère Saint-Pierre montent en voiture, et sonnent chez Monsieur Angebault : point de Monsieur Angebault. Elles vont à l'évêché et demandent Monsieur l'abbé Richard ; Monsieur l'abbé Richard est à la campagne avec Monseigneur. « Mais peut-on aller à la campagne voir Monseigneur ? — Oh ! Madame, c'est impossible, Monseigneur ne reçoit pas, puis il faut une lettre d'audience, et Monseigneur est bien souffrant ! » Les religieuses reviennent rue Dugommier : « Gela va très bien, mon Père, car tout va de travers... pas de Monsieur Richard, pas de Monsieur Angebault. — Eh bien ! que comptez vous faire, reprend le Père Basuiau ? « La rue Dugommier est à deux pas du boulevard Delorme, il est tout naturel de se rendre à la maison. « La porte du 18 est grande, écrit la Mèi'e de la Providence qui a raconté dans les plus petits détails la fondation de Nantes, elle est garnie de pointes de fer pour garantir de toute escalade, pas de croisées donnant sur la rue, enfin la maison a une vraie apparence de couvent. Un bel escalier de pierre s'offrit d'abord à mes regards, voilà qui sera excellent, pensai-je, pour les Sœurs qui n'aiment pas à cirer. Après avoir parcouru le second, nous descendîmes au premier, tout était si bien entretenu, que l'on ne pouvait se figurer que la maison était habitée par un homme seul. La vue s'étend sur le jardin, puis sur une propriété voisine plantée de beaux arbres, si touffus qu'avec un peu de bonne volonté on se croirait vis-à-vis d'un bois ; pour ajouter à l'illusion, l'air est aussi bon qu'à la campagne. La visite du second étage
touchait à son terme, lorsque M. Desaunoy, fils du propriétaire, amena le Père Basuiau ; presque au même instant la Mère Saint-Augustin et la Mère Saint-Ignace, que j'avais fait chercher à l'hôtel, vinrent compléter la réunion. Je ne savais trop comment m'y prendre pour les annoncer, car Monsieur Delaunoy ignorait à qui il avait affaire ; sans entrer dans aucune explication, nous continuâmes tous ensemble la visite de la maison. Le salon du premier me parut très convenablement disposé pour la chapelle ; bel étage, plafond magnifique, trois croisées ouvrant sur une terrasse qui se prolonge tout le long de la maison, et descend au jardin par des escaliers placés aux deux extrémités ; impossible en un mot de mieux rencontrer pour établir notre petit sanctuaire. Une grande pièce contiguë servira de sacristie, La maison éclairée au gaz est dans les meilleures conditions de salubrité. Je ne pouvais m'empêcher de laisser de temps en temps percer ma satisfaction, malgré les grands signes du P. Basuiau. Monsieur Delaunoy ne tarda pas à deviner mes sentiments : « Vous allez, me dit-il, regretter de n'acheter votre maison que cent mille francs ! — Pardonnez-moi, Monsieur, je la trouve parfaitement payée ! »
« Le P. Basuiau nous quitte vers onze heures pour se rendre à i'évêché, espérant y trouver Monsieur l'abbé Richard... Après son départ la promenade continuant, je crois devoir dire à Monsieur Desaunoy que nous étions des religieuses toutes dévouées aux âmes du Purgatoire, par la pratique des bonnes œuvres. — « Je m'en doutais, madame », répondit-il. Je m'expliquai alors brièvement sur le but de notre petite Société en ajoutant : « Voilà pourquoi je vous écrivais qu'ayant cru travailler pour le temps, en me vendant votre maison, vous aviez bien plus travaillé
encore pour l'éternité. — C'est un très beau dévouement, Madame, Dieu vous en récompensera. »
Ce jour là même, les religieuses quittaient l'hôtel de France et acceptaient l'hospitalité de Madame Lafargue ; le soir vers sept heures, au moment du dîner. Monsieur Angebault, de retour de la campagne, et Monsieur Dubois, un autre ami tout dévoué, venaient se mettre à la disposition des voyageuses. Le lendemain, toute la petite colonie se trouvait à midi chez Mademoiselle Joséphine T.^rrien ; son oncle, Monsieur Angebault et sa tante étaient là, bien entendu. Vraiment, on était en famille ; Madame Angebault promit d'être une des premières aux réunions de travail du lundi et de s'occuper de la chapelle. « J'ai justement en vue, dit Monsieur Angebault, un autel qui fera votre affaire, c'est entendu, comptez sur moi. — Et je donne pour ma part le Christ et les chandeliers, continue sa femme, ils seront blanc et or, cela vous convient-il, ma mère ? »
Blanc et or, la Mère de la Providence eût préféré autre chose, mais le moyen de le dire ? Madame Angebault voulut que la première messe, dite dans la chapelle du boulevard Delormc, fût offerte pour sa fille morte depuis six mois seulement, elle donnera la chasuble noire ; sa seconde fille, celle entrée aux Dames Anglaises trois semaines auparavant, avait laissé cent francs pour les Auxiliatrices, elle voulait être inscrite la première parmi les bienfaitrices. Et ce n'était pas tout. Monsieur Angebault était allé voir le notaire : « Voilà une merveille : s'écria-t-il, en rentrant, Monsieur Desaunoy, sans un mot de discussion, vous donne jusqu'en 1871, pour trouver vos cent mille francs ! — Je dis alléluia dans mon cœur, et demandai ce que je devais verser ce jour-là. — Pas une obole ; vous verserez votre premier paiement
le 1er septembre 1865 : c'est, inouï ! Les affaires ne se LraiLent pas comme cela ici. — Eh bien ! Monsieur, c'est le complément : vous avez été choisi par le Cœur de Notre-Seigneur pour nous faire venir à Nantes. — Ah ! j'en suis bien heureux ; c'est ma femme et ma fille qui m'ont déterminé à vous aider. » C'était la vérité. De toutes les âmes quelles actions de grâces montaient vers le Cœur de Jésus !
Il fallait pourtant voir Monseigneur ; la Mère de la Providence entrant à la cathédrale demande à iNotre-Seigneur la grâce d'être reçue envers et contre tout, ce jour-là même à l'évêché, afin de pouvoir partir le lendemain.
« A trois heures et demie, continue le récit, noue étions chez le notaire, homme très religieux, dirigé par le P. Marquet ; Messieurs Angebault, Dubois et Desaunoy s'y trouvaient également. On fit la lecture de l'acte de vente que la Mère Saint-Ignace signa. K j\Iais, observai-je, je ne vois pas qu'il soit question de la manière dont les paiements s'effectueront ? — Ah ! c'est vrai, dit Monsieur Angebault, cela a été oublié ; qu'en pensez-vous, Monsieur Desaunoy ? » — Je me hasardai alors à demander va celui-ci s'il ne voulait pas me laisser la faculté de le payer par petites sommes, et quand je le pourrais, en le prévenant un mois à l'avance. — « Mais oui, Madame, dès qu'il ne s'agit pas de sommes trop petites. — Des sommes de dix mille francs, répondis-je en hésitant ? — Très bien. Madame, c'est entendu. Et l'on fit un nouvel acte qu'il fallut encore signer. — « Maintenant, Monsieur Angebault, reprit le notaire, c'est à vous à vous exécuter. » Ce bon Monsieur Angebault s'assit à la table, prit la plume, soupira un peu et dit : « Malgré mes soixante-huit ans, voici la .première fois que je donne ma signature pour quel-
qu'un ! » Cette réflexion me toucha beaucoup et me fournit l'occasion d'exprimer une fois de plus ia reconnaissance dont j'étais animée à l'égard de notre généreux bienfaiteur... Monsieur Angebault s'approcha de moi et me dit : « Je suis déjà vieux, on ne sait pas ce qui peut arriver, il est bon de prendre ses précautions : Notaire, donnez-moi, je vous prie, un morceau de papier. Voyons, ma chère Mère, je vous ai promis un petit autel, n'est-ce pas ? — Votre autel a-t-il des gradins, parce que c'est beaucoup plus facile à orner les jours de fête ?.. — Va pour des gradins, on en mettra, s'il n'y en a pas. Ma femme vous a promis un Christ et des chandeliers, quatre, je crois, vous n'aimeriez pas mieux six, ma Mère ? — Oh ! beaucoup mieux, mais n-i me consultez pas, car j'aimerai toujours plus. — Cela vous va-t-il blanc et or ? — Il faut vous l'avouer, je préférerais du cuivre doré, comme étant bien plus solide. — Voilà qui est entendu ! » Et le bon Monsieur Angebault mit soigneusement son papier dans son portefeuille. J'entre dans les plus petits détails afin de montrer, dans son ensemble, l'action providentielle de Dieu dans notre première fondation. »
La Mère de la Providence était gâtée comme toujours, mais Monseigneur... pourrait-elle le voir et partir le lendemain ? La soirée avançait. Le Père Basuiau croyait inutile d'insister ; la Mère obéissante, se résigne, mais à sa façon. « Monsieur, dit-elle à Monsieur Angebault, je vous en prie, couronnez votre œuvre, prenez une voiture, allez trouver Monseigneur à la campagne, dites à Sa Grandeur que tout est terminé, que ia Mère de la Providence a fait cent cinquante lieues pour le voir, demandez-lui qu'elle veuille bien nous accorder une audience demain dans la matinée, et une au P. Basuiau dans
l'après-midi ! » Tout cela était bien uii peu en contradiction avec la prière de la cathédrale, mais il fallait voir Monseigneur. « Je n'ai rien à vous refuser, répond Monsieur Ang?baull, j'y vais de ce pas », néanmoins, il était facile de voir que cette démarche lui coûtait.
La Mère de la Providence n'était pas rentrée depuis cinq minutes chez Madame Lafargue, quand on frappe à la porte. C'est la Mère Saint-Ignace : « Vite, vito, ma Mère, votre châle, votre chapeau. » Et Monsieur Dubois suivait, répétant : « Que la Révérende Mère se presse, on Tattend. » On l'attendait à l'évêché ; le P. Basuiau s'y rendait à pied, la voiture de Monsieur Dubois était là : « Montez vite, il n'y a pas une minute à perdre ; surtout ne payez rien ; c'est ma voiture, c'est mon domestique, ce sont mes chevaux. » On part, et la Mère s'aperçoit qu'elle a gardé ses pantoufles, oubliant une paire de souliers cirée à Paris, en vue de la visite à l'évêché !
Cette visite ce n'était pas Monsieur Angebault qui l'avait obtenue ; Monseigneur Chalandon, très lié avec Monseigneur Jacquemet, informé de la fondation de Nantes, avait recommandé à l'évêque celle qu'il appelait et qui était toujours son enfant, et sa recommandation fut efficace.
L'accueil de Monseigneur fut paternel : « J'ai reçu une bonne lettre de Monseigneur Chalandon à votre sujet. — Monseigneur a dû vous dire que j'étais son enfant. — Oh ! oui, son enfant, répondit Sa Grandeur avec un accent qui me toucha profondément. » Fatigué, immobile dans son fauteuil, les mains jointes, obligé de demander simplement à ses visiteuses la permission de prendre un peu de lait pour pouvoir parler : « Je suis heureux, dit-il, de vous voir vous établir dans mon diocèse, au milieu de cette bonne
population à laquelle on n'a pas encore ravi sa foi, vous y ferez du bien ! « J'expliquai alors à Monseigneur le but et les œuvres de notre petite Société, puis tout ce que j'avais fait depuis la veille, combien le Cœur de Jésus nous avait protégées ! — « Tout cela, ma Mère, est providentiel, ce n'est pas ainsi que les Nantais procèdent dans leurs afïaires : bénissons ensemble le Seigneur ! Votre œuvre est éminemment chrétienne et manquait à l'Église, » Un mot rapide sur la malheureuse intervention de Madame*** :. « Très bien, très bien, dit Sa Grandeur, je craignais que cette personne parût dans votre affaire... Qui allez-vous me donner, ma Mère ? » Et montrant la Mère Saint-Pierre : « Viendrez-vous, Madame ? » — Non, Monseigneur, repris-je, nous avons le bonheur de suivre la règle de saint Ignace, ma sœur fait son troisième an, c'est une faveur que nous lui avons accordée de venir recevoir votre bénédiction. — Il faudra que vous nous donniez quelqu'un de bien prudent... «
La Mère de la Providence avait fait copier le tableau des expositions et des bénédictions du Très Saint Sacrement de la chapelle de Paris, accordées par Monseigneur Sibour et approuvées par Monseigneur Morlot et Monseigneur Darboy ; elle le présente ; Monseigneur le lit attentivement et, doucement : « Il faudrait presque autant accorder tous les jours. — Non, Monseigneur, il n'y a que le dimanche et le lundi pour les âmes du Purgatoire. — Vous me laisserez ceci, ma Mère, vos filles le trouveront quand elles arriveront. Quand comptez-vous me les envoyer ? — Au mois de septembre, j'espère,, quand les travaux seront terminés. »
Un domestique frappe et remet une carte : « Ah î dit Monseigneur, le bon Père Basuiau. » Je me levai
pour me retirer. — Non, ma Mère, restez, nous avons encore à causer ensemble. »
Quelques minutes après Monseigneur va chercher le P. Basuiau dans le salon voisin, l'embrasse et l'amène. Le Père veut exprimer son regret de la fâcheuse intervention de Madame * * * ; Monseigneur no le laisse pas achever : « Il ne faut plus parler de cela, c'est un malentendu... Réellement, mon Père, tout ce que la bonne Mère m'a raconté est merveilleux, cela va trop bien, je crains une croix. — Moi aussi, Monseigneur. — Non, repris-je, les âmes du Purgatoire sont les avocates des causes désespérées... » Au bout de quelques minutes, le P. Basuiau se leva en disant : « Monseigneur nous ne voudrions pas abuser dé vos instants... — Mon Père, je compte sur vous, vous viendrez installer votre œuvre, et il faudra que vous veniez ensuite de temps en temps pour ranimer l'esprit... » Nous nous mîmes à genoux pour recevoir sa bénédiction. Monseigneur ôta son anneau pour nous le faire baiser, ce qui ne se fait pas ordinairement ; il voulut ensuite nous reconduire lui-même, et comme je le suppliais de n'en rien faire : « Au plus loin possible, ma chère Mère, me dit-il. »
Les visiteurs étaient vraiment abasourdis d'un si paternel accueil ; on ne parlait à Nantes que de la froide étiquette qui régnait à l'évêché. « Vous m'avez procuré une réception comme je n'en avais jamais eue », avouait le P. Basuiau. « C'est vraiment surnaturel ! On n'y comprend rien ! » répétait le P. Marquet. La Mère de la Providence lui demandant de ii\ bénir avant de le quitter : « Oh ! ma Mère, ne put-ii s'empêcher de dire, vous recevez des bénédictions qui viennent de plus haut ! »
Le lendemain, samedi 2 juillet, les voyageuses
rentraient à Paris sans encombre, mais bien fatiguées. Les préparatifs n'étaient pas achevés en septembre comme on l'avait espéré, ce fut seulement le 19 décembre que les Auxiliatrices s'installèrent, 18, boulevard Delorme ; elles y sont toujours. La Mère de la Providence amenait ce jour-là avec elle, la Mère du Sacré-Cœur, nommée supérieure, et la Mère de l'Annonciation (Joséphine Kapi'erer), qui devait la seconder comme Mère ministre, — la Mère Ministre s'occupe dans les maisons de la Société de toute l'organisation extérieure ; — le lendemain 20 décembre, arrivèrent la Mère Saint-Louis de Gonzague et la Sœur Sainte-Thérèse ; le 21, la Mère Saint- Francois-Régis et la Sœur Sainte-Madeleine venaient compléter la nouvelle maison. Le 23, Monsieur l'abbé Richard, nommé par Monseigneur supérieur de la petite Communauté, célébrait la première messe et assurait à nouveau les religieuses de son entier et paternel dévouement ; il avait voulu offrir la pierre sacrée et le premier missel. Monseigneur avait, selon sa promesse, envoyé le tableau des bénédictions du Très Saint Sacrement signé et même encadré, constate le diarium.
Dès leur arrivée, les Auxiliatrices de Nantes commencèrent la visite des malades pauvres, et les autres œuvres de leurs sœurs de Paris, et comme à Paris, elles furent visiblement bénies de Dieu dès le début.
En même temps qu'elle se développait au dehors, la Société — et cela devenait nécessaire — se développait au dedans, c'est-à-dire que le nombre des novices augmentait ; le 7 novembre, la salle des conférences étant devenue trop étroite, il fallut les installer à la salle Saint-Ignace ; dès le mois de février, Nantes envoyait sa première novice. Madame Petitpierre, qui devait être la Mère Marie de Sainte-Jeanne
de Chantai. Née d'un père protestant et d'une mère catholique, elle n'avait été baptisée qu'à l'âge de trois ans. Mariée à un protestant elle n'avait eu qu'une pensée : l'amener à la vérité. Monsieur Petitpierre se convertit en effet, et mourut paisiblement en baisant le crucilix. Même avant l'abjuration, Monsieur l'abbé Richard, son ami, disait de lui à Madame Petitpierre : « Il a la foi d'un catholique ! « Son mari mort, celle-ci ne voulut plus vivre que pour Dieu, et dès qu'elle connut la Mère Marie de la Providence, son choix fut fait : elle serait Auxiliatrice des Ames du Purgatoire. Venue à Paris faire une retraite décisive, elle ne voulut pas retourner à Nantes et chargea sa bonne, Aimée Grosseau, d'annoncer à sa famille un départ dont elle-même dans une lettre donnait le motif. En septembre. Aimée Grosseau rejoignait sa maîtresse, rue de la Barouillère. L'ayant vue cirer ses souliers, balayer et même repasser, elle n'avait eu qu'un cri : « Quoi, Madame, faire notre ouvrage ! » Maîtresse et servante servirent Dieu et les âmes du Purgatoire dans la Société pendant près de cinquante ans.
Dieu permit alors que la Mère de l' Immaculée- Conception qui, assistante de la Mère fondatrice, l'avait plus d'une fois remplacée pendant ses absences, et que Monsieur l'abbé Gabriel lui-même evait , un instant, pensé à substituer à la Mère de la Providence comme Supérieure de la petite Communauté de la rue Saint-Martin, fut contrainte, par des crises réitérées qui affectaient gravement son état mental, de sortir de la Société. Il fallut enfin se rendre compte que la vie religieuse était devenue pour elle un fardeau insupportable. Tout avait été tenté pour sa guérison ; après différents séjours dans des maisons spéciales et plusieurs essais de retour rue de la Barouillère, le
médecin trancha la question : l'état de la malade ne lui permettait pas de reprendre la vie de communauté. Ce fut une vraie douleur pour la Mère de la Providence qui sans doute avait souffert, et toute la Communauté avec elle, de ses bizarreries ; mais pourtant, elle était une des premières appelées, une des fidèles de presque dix années ; au moment d'une telle séparation les difficultés et les souffrances passées pèsent bien peu, il faut, pour l'accepter, qu'elle soit véritablement inévitable et permise par Dieu, et si les vies s'éloignent les unes des autres, les âmes n'oublient jamais les longues années d'union, les luttes, les souffrances et les grâces communes.
Le P. Basuiau voyant le développement pris par la Société, crut devoir conseiller à la Mère de la Providence de se décharger un peu, et de confier le gouvernement de la maison de Paris à une supérieure locale. Elle choisit la Mère Saint-François de Borgia encore aspirante, c'est-à-dire qui n'avait fait ni son troisième an, ni ses vœux perpétuels, et plus complètement encore elle sépara le noviciat de la Communauté, confiant toute autorité sur les novices à la jeune Mère Maîtresse, la Mère de la Miséricorde. Ainsi, peu à peu, les besoins créaient, ou perfectionnaient les organes. Cette décision fut un événement, comme on le pense bien : « Grande sensation, écrit la Mère de la Providence. Je n'ai qu'à bénir le bon Dieu de l'esprit religieux qui règne dans notre chère famille ! »
Le 29 janvier, on fêta rue de 'la Barouillère le commencement du généralat de la Mère fondatrice, et ce jour-là même, comme première bénédiction de sa charge, le bon Dieu et les anges gardiens des petits chinois lui adressaient Mademoiselle Anna de Béchenec, la future Mère Saint-Paul, une vénérée jubilaire aujourd'hui ; ses soixante-seize ans gardent la
flamme de la jeunesse et. la même vivacité d'esprit ; elle venait en ce jour du 29 janvier dire à la Mère générale son désir et son espoir de devenir bientôt ^sa fille, malgré de grandes difficultés de famille. Le 11 février, Monsieur l'abbé Gabriel écrivait :
Ma chère Fille, « Vous pouvez annoncer à vos filles l'honneur que me fait le Saint-Père en me nommant prélat de sa maison. Je ti?ns à vous le dire : Je suis heureux de cette marque de haute bienveillance parce qu'elle me vient absolument de la bonté de notre Père h tous. « Je suis bien vôtre en Notre-Seigneur,
Gabriel, Curé de Saini-Merry. »
La Mère de la Providence était malade, elle voulut néanmoins que la Communauté organisât une petite fête ; il fallait honorer la prélature du dévoué supérieur ; Monsieur Gabriel se chargea du dîner ; sa paternelle bonté, au témoignage du diarium, doubla le menu composé par la Mère économe. La Mère de la Providence accepta, bien entendu, mais jamais elle ne voulait se laisser vaincre en générosité ; elle commanda un très bel anneau, à l'intérieur duquel elle fit graver le mot Reconnaissance, et toute joyeuse l'ofl'rit en témoignage de respect filial à celui qui, depuis les jours si difficiles de la rue Saint-Martin, s'était montré le plus dévoué et le meilleur des pères.
L'Œuvre des Auxiliatrices, mieux connue, était partout appréciée : « Allons, Dieu soit béni, écrivait le directeur de l'Association des mères chrétiennes de Troyes, il y a encore sur cette terre des cœurs qui connaissent Iv' prix des âmes ! Pièce vez pour vous et pour vos filles mes félicitations sincères, pour l'honneur que Dieu vous a fait en vous appelant à ce beau
dévouement » ; un fabricant d'aiguilles, dans un style original et une orthographe douteuse, s'enquérait de& conditions pour faire partie de l'œuvre ; une pauvre servante apportait trente francs et promettait quinze francs tous les six mois ; les consolations se multipliaient, les épreuves n'étaient pas loin.
La Mère de la Providence fut souffrante tout le mois di février, et le Père Basuiau lui laissa entrevoir que sa vie serait vraisemblablement une suite de douleurs : il fallait bien payer son œuvre. C'était l'opinion du R. P. de Ponlevoy : « Elle souffrira toujours, elle se trouvera dans de grands embarras d'argent..., mais le bon Dieu la tirera toujours d'affaire. » La souffrance physique n'était pas la plus dure ; il y avait les tortures morales : « Dieu seul sait l'état par lequel je passe. — Tant mieux, mon enfant, mais n'ayez pas peur de la mort, cette peur est une preuve que vous n'allez pas mourir, vous souffrirez beaucoup avant peut-être ; et quand vous mourrez, vous n'y penserez pas ! » Les douleurs physiques redoublèrent, toutes et toujours offertes pour les âmes du Purgatoire ; au bout de dix jours, il y eut une légère amélioration : « Aujourd'hui, écrit-elle le 24, je demande si je pourrai aller à la messe ; le Père me répond d'être raisonnable. — Eh ! mon Père, je le suis bien, il me semble : voilà douze jours que je ne suis pas sortie de ma chambre et je n'ai témoigné aucun désir ! Mon Dieu, je me suis donnée, donc je n'ai rien à dire, mais je ne me reconnais plus ; il me semble maintenant que je n'ai plus qu'une dévotion, celle de me soumettre à votre volonté ; votre volonté m'est toute chose ! » Pendant tous ces jours, elle ressentait une tristesse extraordinaire, dont le pourquoi restait difficile à exprimer et à trouver. Le Père Basuiau lui dit que, à partir du lundi 27, il célébrerait
pour elle la sainte messe, à l'oratoire de Saint-Joseph, durant trois jours, à une intention particulière. Laquelle ? Il l'exhorte à la patience. Sans doute ; mais pourquoi ?
« Lundi 27 : j'assiste à la messe pour la première fois depuis quinze jours, à l'oratoire, seule avec la sœur Saint-Augustin. J'aurais voulu être fervente ; impossible ; seulement, pendant la messe, j'ai été singulièrement frappée de cette pensée que Dieu seul existe. Tout le reste n'est que néant. Toutes les créatures, par la maladie, par des souffrances de tout genre s'en vont petit à petit, tout se résume en un peu de cendre, mais Dieu seul est... Je sens à cette pensée mon cœur s'élargir : Mon Dieu, peut-être que je vous aime d'un amour de complaisance ! Le Père, auquel je dis ces différentes impressions me répond que, durant sa méditation d'aujourd'hui, il a été frappé de cette pensée : Dieu seul ! et tout le reste disparaît et s'efface comme ce qu'enlève une éponge...
« Mardi 28 : J'assiste à la messe à l'oratoire. Le Père consacre une hostie sur la patène ; nous sommes unis dans la fraction du pain, me suis-je dit ; mon Dieu, unissez nos âmes dans votre amour, pour i ; temps et pour l'éternité. Le Père me dit combien il aime à dire sa messe dans ce calme parfait et m 3 répète à plusieurs reprises : Que Dieu est bon !
« Mardi, 1^^ mars. — Ouverture du mois de saint Joseph. Le Père, pour la troisième fois, célèbre sa messe à l'oratoire. Après l'action de grâces, il cherche des cendres à la sacristie, et me les donne. Je passe ma journée à tâcher de me remonter, promettant à saint Joseph de redoubler de ferveur pendant son mois, de lui faire tous les jours une visite à l'oratoire et enfin d'essayer d'imiter sa douceur. »
Le P. Basuiau ne vient pas pour le salut, le P. L. Long-
haye qui le remplace, annonce qu'il part ce soir pour Amiens... Et il n'a pas prévenu le matin !
Le jeudi 2 mars, la Mère écrit : « J'ai fait tout ce ^ue j'ai pu pour m'abandonner et vouloir ce que Dieu veut. O mon Maître, vous savez ce que j'éprouve... Donnez-moi votre force et votre appui ! »
Évidemment, c'était l'épreuve et l'épreuve la plus redoutée. Repassant les trois jours qui viennent de s'écouler, la Mère de la Providence comprend bien que le Père savait tout et que Dieu avait voulu la préparer lui-même : les pensées communes du lundi : « Dieu seul existe » ; le mardi, le Père était resté plus longtemps à l'oratoire ; quand elle en fit la remarque : « Le temps me paraît court, quand je prie pour mes enfants », avait-il répondu. Et elle continue : « Le soir, au salut, il parut souffrant : « Qu'il fait chaud dans cette chapelle, dit-il à la sacristie, j'ai cru que je n'irais pas jusqu'au bout! Il essuyait, sans rien ajouter, une sueur froide. Le lendemain, au moment de la •communion, ses doigts tremblaient en donnant la sainte Hostie. Il avoua que, s'il n'avait pas dû dire la messe à l'oratoire, il ne serait pas venu. Près du feu, il fit semblant de se chauffer, puis il parla de la vie de sacrifice, et d'une vie paisible. — « Celle-ci n'est pas celle d'un jésuite et ne m'irait pas. — Vous aimez la vie d'un jésuite sur la brèche ? — Oui, assurément. — Mais vous êtes malade, mon Père ! — C'est le temps ! Donnez-moi la brochure des Auxiliatrices, celle qui est corrigée » ; puis, me donnant sa bénédiction, il partit, sans que je pusse me douter de rien. A cinq heures et demie, mon bon ange me prévint en quelque sorte que le Père ne viendrait pas donner le salut ; à cinq heures trois quarts, je cherchai une image pour marquer mon livre de lecture pendant le carême. L'image de l'Agonie fut la seule qui me
CHAP. IX. NANTES. LE P. BASl lAU PART EN CHINE 347
tomba sous la main, et je la repoussai instinctivement, me sentant si triste. Je pris le portrait du curé d'Ars, je descendis h la sacristie et toujours mon impression augmentait. Enfin, le Père L.Longhaye arriva et me donna la nouvelle du départ du P. Basuiau pour Amiens, le soir même... »
Le 4 mars seulement, une lettre, peu explicite et qui ne parlait pas de retour, parvint rue de la Barouillère : « 0 mon Dieu, rien ne se fait sans votre permission ! »
La Communauté, accoutumée aux petites absences du Père ne s'étonna pas trop tout d'abord ; cependant bien vite la Mère de la Providence apprend que le Père s'est offert pour aller en Chine. Pourquoi ne lui a-t-il rien dit, pourquoi ne pas la préparer au sacrifice ? Le veJidredi, 10 mars, le R. P. Fessard vient rue de la Barouillère, il affirme que le P. Basuiau reviendra, mais qu'ensuite, s'il part pour la Chine, on ne le retrouvera plus qu'au ciel ! « Il a fallu qu'il vous crût bien forte, ajoute le Père Provincial, pour vous donner ce rude coup. » Un rayon d'espérance console l'âme de la Mère de la Providence ; après une communion, il lui semble que Notre-Seigneur lui dit : « Je te l'ai donné sans l'intervention des hommes, je te le rendrai de même. » Oui, il rendra aux Auxiliatrices du Purgatoire la direction si surnaturelle et si éminemment pratique du Père Basuiau, dans trois ans, mais non plus à Paris, en Chine ! Dieu n'a besoin de personne. Au retour de Nantes, la Mère avait dit : « Mon Père, l'œuvre tient plus à vous qu'à moi. Que ferais-je si je ne pouvais plus compter sur vos conseils? — Votre œuvre ne tient pas à moi, mais je tiens à votre œuvre, avait-il répondu. »
Nantes prenait sa part de la douleur commune ; la Mère de la Providence écrit tout ce qu'elle sait et prêche la résignation ; le Père les bénit toutes, il veut
qu'on fasse généreusement le sacrifice de la correspondance : « Voici maintenant ma pensée, je vous ia dois et je vous la donne entièrement. Notre Père est. allé passer trois ou quatre mois en Angleterre, afin d'y apprendre parfaitement l'anglais. De là, il partira pour la Chine dans un temps plus ou moins long, peut-être pour toujours, et comme il ne pourrait alors continuer la correspondance, il ne veut pas la commencer et il brise tout de suite. Le bon Père savait tout cela, et il ne nous a rien dit ; c'est son secret ; qu'avons-nous à faire et à dire, mes très chères filles ? Nous résigner à la volonté de Dieu, recevoir de sa main cette croix si lourde. Plus que jamais l'obéissance doit nous lier à notre petite Société, et, si nous sommes ses vrais enfants, nous devons ressentir à l'heure de l'épreuve le besoin intime de nous serrer les unes tiontre les autres, en ne formant qu'un cœur et qu'une âme par la pratique et non par la théorie, dans le Cœur de Notre-Seigneur.
« Je crois qu'il serait superflu de vous recommander de prier toujours pour notre Père, et je suis convaincue que vos prières le suivent dans son voyage. «
Un peu d'espoir restait : Pourquoi le P. Basuiau ne pourrait-il, restant en France, s'occuper des affaires de la Chine ? Le 8 avril, la Mère de la Providence note : « II me semble que Notre-Seigneur me rappelle cette parole dite à sainte Catherine de Sienne : « Pense à moi et je penserai à toi », et qu'il ajoute : «Je t'ai choisie avant le P. Basuiau pour mon œuvre, compte sur moi. »
Le 17, le R. P. Fessard vient faire une excellente conférence à la Communauté : « Il faut répéter Alléluia, quand même. « La pauvre Mère semble revenue aux indécisions de 1856 et de 1857 ; souffrir pour les âmes du Purgatoire la soutient, la console :
« Je trouve un peu de calme quand je me figure faire mon Purgatoire ; je suis séparée de tout ce qui me calmait, me reposait ; jamais je ne pourrai rendre la désolation de mon âme. Mon Jésus, tirez-moi par un moyen quelconque de la position où je suis ! Ah ! quand je me sens accablée du poids de ma faiblesse, et que je pense que je soutiens, ou que je dois soutenir quarante-cinq personnes, je ne fais que répéter : Je puis tout en Celui qui me fortifie. Mon Dieu, si je ne puis dire, Alléluia, quand même, je dis, dans l'intime de mon âme : Fiai, quand même. On ne peut pas tant soufïrir, sans qu'il y ait au bout une grande bénédiction. »
Le 16 mai, elle retournait à Nantes ; elle y trouvait la grande bénédiction de Dieu, tout allait bien ; les Pères Jésuites prenaient le plus vif intérêt à la jeune famille nantaise ; Monseigneur et Monsieur l'abbé Richard lui témoignaient la même bienveillance ; elle résolut d'y envoyer quatre autres religieuses. La bonne Mère de la Nativité, la doyenne des Auxiliatrices — elle était de 1813 — fut une des élues ; il lui en coûta de quitter le centre de la Société qu'elle avait vue naître rue Saint-Martin, et ses compagnes de toujours. Ce fut la première fois qu'on la vit pleurer : elle s'accusait de faiblesse, s'efïorçant de dissimuler sa douleur. On la regretta, rue de la Barouillère ; toutes avaient su apprécier l'élévation de ce cœur si simple et si généreux ; elle emportait pour sa consolation une lettre de la Mère Générale, qu'elle lut et relut pendant le voyage.
Revenue à Paris le 7 juin, la Mère de la Providence qui ne pouvait se résoudre à voir le P. Basuiau ne plus continuer son œuvre rue de la Barouillère, et ne savait comment y suppléer, écrivit au Très Révérend Père Général pour lui exposer le grand embarras où
la laissait dans les débuts de la Société ce lointain départ. Loyalement, elle a promis de réciter pendant l'octave de la Fête-Dieu, deux Te Deum : l'un pour remercier Notre-Seigneur de rester ainsi exposé pour nous sur l'autel, l'autre pour le remercier de toutes ses peines, bien qu'elle n'en puisse plus ; elle estime pourtant qu'elle n'aura pas fait tout son devoir envers ses filles si elle ne tente pas l'impossible pour leur garder leur Père. Le Père Général répondit :
Borne, 8 juillet 1865.
Madame la Supérieure Générale,
« Bien volontiers je me suis conformé au désir que vous m'avez manifesté dans votre lettre du 14 juin dernier. Je vous ai recommandées toutes, vous et vos saintes filles, d'une manière spéciale au Cœur adorable de notre divin Maître, afin que vous soyez toutes, de plus en plus, remplies et embrasées du feu du saint amour, et de zèle pour le soulagement des âmes du Purgatoire. Je continuerai à recommander souvent à Dieu l'œuvre apostolique à laquelle vous vous êtes consacrées.
« J'espère que vous voudrez bien en retour vous souvenir, dans vos bonnes prières, de toute la Compagnie de Jésus et de son Père Général.
« Je conçois aisément. que vous regardiez comme une épreuve le départ du P. Basuiau pour la Chine. Ce n'est qu'après avoir mûrement réfléchi devant Dieu que je me suis rendu à la demande qu'il m'a faite, d'aller passer quelque temps dans ce vaste empire, pour y reconnaître, sur les lieux, les besoins des missions dont il est le procureur. Cette demande m'a paru suggérée par l'esprit de Dieu, je suis donc porté à croire qu'en même temps que ce voyage sera utile aux intérêts de nos missions, la bonté divine ne
permettra pas qu'il soit nuisible aux vôtres. Elle a tant de moyens de faire tourner à notre avantage les événements qui semblaient devoir nous être contraires !
« J'ai l'honneur d'être, avec un profond respect, Madame la Supérieure Générale,
« Votre très humble serviteur en Jésus-Christ,
Pierre Beckx, Général de la Compagnie de Jésus. »
Le P. Basuiau avait donc estimé que son devoir était d'aller en Chine, ses supérieurs pensaient comme lui ; dès lors sa résolution ne pouvait faire aucun doute : la volonté de Dieu l'appelait, il partait ; lui-même l'avait demandé. Un autre, peut-être, dans les mêmes circonstances, aurait pensé que la plus grande gloire de Dieu exigeait qu'il restât à Paris, et cet autre nous ne le blâmerions pas ; trop de motifs permettent de soutenir sa manière de voir. La lumière divine, dans l'âme des saints, n'éclaire pas toujours le même aspect d'une seule vérité ; Dieu choisit. Dieu décide, et les saints croient que le choix divin et la décision divine sont les meilleurs, ils ne se trompent pas.
Quand la lettre du Très Révérend Père Beckx arriva rue de la Barouillère, le P. Basuiau était de retour à Paris ; il était revenu le vendredi 30 juin ; son absence avait duré quatre mois. Le jour même, le P. L. Longhaye annonçait à la Mère de la Providence que le Père viendrait le lendemain, à 10 heures. « Le lendemain l«r juillet, le P. Basuiau arriva à l'heure dite. Son émotion ne fut pas moins grande que la mienne. Quant à moi, après lui avoir demandé sa bénédiction, il me fut impossible de parler. Au bout de quelque temps, je lui dis : « Comment allez-vous, mon Père ?
— Qu'en pensez-vous ? me répondit-il simplement. — Pourquoi ne m'avoir pas dit vous-même votre départ?
— J'ai cru mieux faire, je ne voulais pas qu'il fût connu. » — Et il ajouta : « Nous nous retrouvons, chère fille, mais ce n'est pas pour longtemps. >»
La Mère de la Providence ne souffrait pas seule de ce départ : très neuve dans sa charge de fondatrice, elle recourait au Père dans les moindres détails et cette obéissance faisait sa grande sécurité. Mais celui qui s'en allait, par une bonté toujours calme et une énergie toujours souriante, avait su gagner la confiance de toutes ; les filles et la mère, lui ouvraient leur cœur également, elles trouvaient, dans ses conseils, lumière et force pour leurs premières années de vie religieuse : comme il allait manquer à toutes ! Il était bien impossible que le P,Basuiau,après s'être dévoué durant sept années pour le bien de la chère petite Société qu'il avait, pour ainsi dire, protégée dès le berceau, après avoir aidé les âmes, d'autant plus efficacement qu'elles étaient plus confiantes, n'éprouvât pas lui-même un véritable brisement ; les derniers jours qu'il passa au milieu d'elles, furent pour la Mère de la Providence et pour ses filles, la meilleure de toutes ses prédications.
Après son entretien avec la Mère Générale, le Père vit les conseillères, bénit les sœurs sans dire un mot, et partit emportant de l'ouvrage : des notes à lire, des questions à résoudre.
« Je le revis un peu le lendemain ; il voulut recevoir en particulier les sœurs coadjutrices... Le jeudi 6, le Père arriva à une heure et demie, et je ne lui cachai pas ma peine. — « Ma pauvre enfant, me dit-il, il faut que l'amour de Dieu et sa volonté passent avant tout ! — Et certainement, mon Père, sans quoi vous ne seriez pas religieux, ni moi religieuse. — Le bon
Dieu nous demande ce sacrifice, il faut le faire généreusement... )' Ému jusqu'aux larmes de l'émotion dont il était cause, et avouant à la fondatrice que la pensée de la situation où elle allait se trouver ne lui était pas une petite peine, il ajouta : « En ce qui me concerne, je ne calcule rien du tout. Je ne me demande pas si ce voyage me plaît ou non, je suis r?ligieux avant tout, et dès que je pense que le bon Dieu veut une chose je me jetterais au milieu des flammes... Je n'éprouve aucune répugnance, — Mon Père, je n'en suis pas là ! s'écria la Mère de la Providence. — Vous êtes dans une voie spéciale. C'est par la souffrance que votre œuvre s'étendra... et peut-être serez- vous toujours comme cela... Je vais voir les novices aujourd'hui ; samedi, les aspirantes et les professes, et dimanche, nous traiterons ensemble toutes les affaires. Je remets à ce jour-là la solution de toutes vos questions. »
A toutes, comme s'il n'eût eu rien d'autre à faire, à la veille d'un pareil départ, le P. Basuiau donna ses derniers conseils, et prit définitivement congé de cette petite famille dont la reconnaissance lui est si justement acquise pour jamais : « Dieu est impénétrable dans ses desseins ; nous ne comprenons pas bien souvent ici-bas ce que nous comprendrons un jour et bénirons, en voyant ce que la miséricorde du Maître cachait sous l'enveloppe de l'épreuve », ce furent ses derniers mots à la Mère de la Providence.
Le 14 juillet, il quittait Paris ; le 19, il s'embarquait à Marseille sur le Mœris. Trois années ne s'étaient pas écoulées, et le même paquebot emportait, vers le même lointain pays, les deux premières Auxiiiatrices missionnaires en Chine. Chargé par ses supérieurs de les recevoir, elles, comme celles qui devaient les suivre sur cette terre païenne, le Père Basuiau con-
SAMON. — LES AUXIIIATRICES DU PUP.G MÛIKE. — I. 23
tinua pendant vingt et un ans, près de la petite colonie si éloignée da berceau, son fécond apostolat de Paris. Oui, Dieu est impénétrable dans ses desseins, mais il est aussi impénétrable dans sa bonté.