CHAPITRE PREMIER : LOOS-LEZ-LILLE y
son Cœur qu'elle ne doute du cœur de ses parents. On ne peut concevoir l'âme d'Eugénie sans une confiance tendre et filiale pour la Providence divine qui la traita toujours en enfant gâtée. Voici la première des grâces dont elle avait gardé le souvenir :
Au Sacré-Cœur les plus jeunes élèves occupaient les premiers bancs à la chapelle. Eugénie aimait sa place, elle y était plus près du tabernacle, elle pouvait mieux voir les cérémonies. On annonce une fête imprévue, pour laquelle, comme aux plus grands jours, on mettra les robes blanches ; celles qui n'en auront pas, devront descendre aux derniers bancs. La robe blanche d'Eugénie est dans sa famille ; il est trop tard pour la demander, comment faire donc pour garder sa place ? « O ma chère Providence, vous savez bien que j'attends tout de vous depuis une épingle jusqu'au ciel, envoyez-moi ma robe blanche et je vous aimerai toujours. » Naïve prière, et plus naïve promesse encore ; longtemps après la Mère Marie de la Providence se souvenait de l'émotion qui fit alors battre son cœur, comme aussi de la certitude qu'elle eut d'être exaucée. Son cœur pourtant battait encore bien fort, quand, la veille de la cérémonie, après la prière du soir, elle montait au dortoir. Les blanches toilettes dé ses compagnes sont là, et la sienne ? 0 bonheur ! Sa robe blanche, la voilà sur son lit ! Sa chère Providence ne pouvait pas l'abandonner.
Sur l'âme si délicatement reconnaissante d'Eugénie^ ces faveurs faisaient une impression profonde, et dans son cœur d'enfant elle cherchait comment remercier Dieu, et payer la dette d'amour que les jours et les grâces accumulées augmentaient sans cesse : il était sa Providence ; s'il existait un moyen de devenir la sienne ! Un jour la lumière se fait ; sans qu'elle le
comprenne encore c'est toute sa vie qui s'éclaire et se résume dans une pensée. Son rêve devient une réalité. Oui, elle sera la Providence de Dieu ; le problème n'est pas insoluble. Dieu aime les âmes du Purgatoire, il les aime beaucoup ; mais il ne peut rien pour elles, la justice s'oppose à la miséricorde. Eh bien ! moi je lui donnerai ces âmes qu'il aime et je demanderai aux autres de lui en donner par des prières et des sacrifices. Je leur dirai : Soyez la Providence du bon Dieu, Il vous donne tout, donnez-lui quelque chose.
L'enfant qui raisonnait ainsi était admirablement douée pour réaliser son projet. Sa physionomie remarquablement spirituelle, son intelligence vive et pénétrante lui donnaient sur ses compagnes un ascendant indiscutable. C'était une des meilleures élèves de sa classe ; sa gaieté que rien ne pouvait éteindre, son cœur d'où rayonnait la bonté, lui gagnaient toutes les sympathies. Ses dons lui serviront à plaider la cause qui lui est si chère. Elle quête ; et prières, sacrifices, actes de vertus tombent généreusement dans la bourse des âmes du Purgatoire. Quand vient la fête des morts, elle est particulièrement éloquente : les cloches de la ville qui tintent, l'office récité par les religieuses et les élèves avec le Requiem, répété lentement, dans la chapelle il n'y a qu'un instant parfumée de fleurs et toute éblouissante de lumières, l'impressionnent et tirent de son cœur les mots qui persuadent. Ce qui n'empêche pas d'ailleurs la jeune apôtre d'organiser, quelques minutes plus tard, une partie de jeu dont elle est l'âme et l'entrain.
Ses maîtresses n'avaient pas tardé à saisir les contrastes de cette ardente nature ; ils s'accusaient mieux d'ailleurs avec les années. Les élèves les plus âgées et les plus ferventes pouvaient aller passer une partie de la seconde demi-heure de récréation, devant